SECTION PREMIÈRE
CAUSES PRÉDISPOSANTES § t. — Age
AU premier rang des causes prédisposantes du Nervosisme et des maladies nerveuses, il faut mettre Yàge adulte. C'est en effet dans la période moyenne de la vie, plutôt que dans Tenfance et dans la vieillesse, que s'observent les troubles nerveux, multiplesi primitifs ou secondaires dont l'ensemble caractérise celte névrose.
La faiblesse de la réaction fébrile et des actions sympathiques ou réflexes chez le vieillard explique très-bien l'espèce d'immunité dont il jouit k l'égard de cette maladie.
L'enfance y échappe sans qu'on puisse g'eo rendre compte et malgré l'impression nabilité du système nerveux, elle ne présente guère que des convulsions éclamptiques, choréiques ou épileptiques, des con'tractures, des phénomènes spasmodiques, des para«lysies, des névralgies et des viscéralgies d'une façon isolée : troubles fonctionnels de faiblesse, d'anémie peut-être, de nervosisme futur, mais n'ayant pas en** core le caractère de cette névrose. Ces phénomènes n^appartiennent pas plus au Nervosisme qu'à l'hystérie, et Briquet s'est un peu mépris sur leur nature en les rapprochant trop exclusivement à l'affection
hystérique. En effet, les 87 cas d'hystérie chez Tenfant, rapportés par mon honorable collègue (1), 3 1 audessous de cinq ans, 37 de cinq à dix ans, le reste jusqu'à douze ans, sont pour la plupart des faits qu'il faut considérer comme de la gastralgie, de la névralgie intercostale, de l'éclampsie, dç l'épilepsie, des paralysies essentielles, etc.
Chez les enfants, je n'ai rencontré le Nervosisme que chez les filles et jamais au-dessous de onze ans. Jamais il n'est aussi marqué que chez l'adulte, et il est borné à des douleurs de tête, de l'irritabilité dans le caractère, des troubles visuels, des hallucinations, de l'angoisse précordiale avec névralgie intercostale, dé la gastralgie et de la dyspepsie avec gastrorrhée ou Constipation, de l'hypereslhésie et parfois des contractures ou de la paralysie des membres.
§ t. "^ (âexe, — menuitruatioii, — maladies utérineii, — gromewe, — allaitement
Le Nervosisme aigu ou chronique se montre chez les femmes plus que chez l'homme. Néanmoins, ce dernier peut en être affecté et les observations que je rapporte en sont la preuve. On en trouve d'autres dans les différents traités de l'hypochondrie, de l'anémie, de la chlorose, de l'hystérie, et Briquet en rapporte un certain nombre qu'il considère à tort comme des exemples &' hystérie chez Ihomme^ rap-
(1) Criquet, loc. cit., p. 52.
SEXE 2i
prochant ainsi du sujet de ses études favorites plu* sieurs maladies foncièrement différentes. Le Nervosisrae doit donc être considéré comme assez rare chez rhomme qui est beaucoup plus souvent affecté A'hypochondrie et de Va névralgie générale fiécviie^^r Valleix (1). Les femmes, au contraire, depuis l'agacement exagéré dont elles se plaignent si souvent, et qui les rend malades autant qu'il importune leur entourage, jusqu'à l'état nerveux morbide bien caractérisé, en présentent de nombreux exemples. — Il est peu de maladies aiguës et surtout chroniques dans lesquelles l'état nerveux ne joue de prime abord ou secondairement un rôle considérable.
La première apparition des règles^ leur retour périodique s'accompagnent souvent de malaises locaux et généraux, de douleurs vagues et mobiles, de fièvre, d'inappétence et de syncope, de troubles sensoriels, d'irritabilité morale, etc., caractérisant bien uu faible degré du Nervosisme aigu.
Il en est de même des engorgements et des déplacements de l'utérus avec ou sans ulcération du col^ — de certaines aménorrhées^ comme on pourra le voir dans l'observation suivante publiée par Rullier en 1808, et dans celle que j'ai recueillie près d'une dame qui me fut adressée par le docteur Beuzelin (d'Elbeuf).
(1) VaUeix, Guide du médecin praticien, 5« édition. Paris, 1866, t. !«'.
22 GAtJSES
Obs. L — Nêrvôêimê aigu, mite d' aménorrhée. — Fièvre, — Convulsions* — Spasmes du pharynx, — Mort. — Pas de lésion anatomique,
(c Une jeune fille de quinze ans, nommée Alice, offrant tous les signes de la puberté confirmée, éprouva une suppression des règles à la suite d'une vive frayeur. Rien de fâcheux n*en résulta cependant, mais au retour de Tépoque suivante elle est prise de malaises et se plaint d'engourdissement datis les jambes et dans les cuisses. Le jour suivant, sentiment de strangulation tel que T aurait déterminé un collier très-serré ; région hypogastrique siège d'un gonflement marqué ; sensation de gêne dans les parties génitales. Les membres et le tronc sont agités de mouvements convulsifs répétés. Gonstriction et spasme au pharynx, tellement intenses, que la malade ne peut prendre la moindre quantité de liquide. Quelque besoin qu'elle ressentît de boire, et quelques efforts qu'elle fît pour y parvenir, cela lui devint toujours impossible. Le lendemain elle est conduite à l'Hôtei-Dieu.
Les mouvements convulsifs continuaient avec la même force, la suffocation et l'anxiété étaient portés jusqu*au désespoir. Cette malheureuse fille conservait toute sa raison, elle portait les mains à son cou comme pour en ôter le fatal collier. De môme que la veille, elle n'avait pu prendre aucun liquide; elle priait instamment que l'on cessât de lui en présenter, tant était considérable la douleur qu'elle éprouvait au pharynx lorsqu'elle essayait d'avaler.
La gène de la respiration était inexprimable, et à tout moment il y avait menace de suffocation. Le pouls était serré, dwr, fréquent et toujours très-irrégulier. Les mouvements du cœur offraient les mêmes caractères ; ils étaient forts, sensibles au tact et même à la vue. La peau était rouge et couverte de sueur. Cette infortunée expira à 4 heures du soir, au milieu d'une violente exacerbation, et prononçant qu'elle était étranglée.
sexe: 38
Nécropsie. — Le pharynx, Tœsophage et Testomac étaient à l'état normal, l'appareil respiratoire n'offrait aucune particularité remarquable, si cô n'est que le sys* tème à sang rouge était presque entièrement vide, tandis que le système à sang noir était rempli de ce liquide à demi coagulé. Les poumons, sains et crépitants, étaient gorgés de sang noir; les organes des sécrétions furent trouvés à Tétat normal, seulement un sang noir imprégnait tous les tissus et avait engorgé aussi les veineâ cérébrales et les sinus de la dure- mère. (Cette dernièrô' circoi\stance est la seule rapportée par Georget, tant 11 est difficile de se défaire de ses idées premières, mômô en présence des faits.) Malgré les recherches les plus minutieuses, les observateurs ne trouvèrent aucune altération, soit de conformation extérieurcj soit de structure dans l'axe cérébro-spinal. Il en fut de même de ses enveloppes, ainsi que des nerfs émanés de cette source. Le nerf trisplanchique , soumis aux mêmes investigations, n'offrit également rien d'insolite. Les organes reproducteurs étaient comme on les trouve dans Tétat de virginité, excepté les ovaires, qui se trouvaient enveloppés d'une sorte de tunique albuginée, comme transparente en plusieurs points ; ils contenaient une foule de vésicules arrondies et remplies d'un fluide muqueux abondant. »
Dans ce fait remarquable, accompagné d'autopsie faite avec le plus grand soin, les phénomènes nerveux assez graves pour occasionner la mort n'ont laissé dans l'organisation aucune trace matérielle (fe leur présence.
Si CATSES
$emmil de TuUnu,
Madame X... me fdt adressée, le 9 féTrier 1860, d*Elbeuf, par le docteur Beuzelin. Cette dame, malade depuis douze ans, est Tenue passer une fois trois mois à la liaison municipale de santé. Elle a eu un enfant il y a quinze ans, et depuis lors plusieurs fausses couches. Elle se plaint beaucoup du bas ventre où elle éprouve des battements et des élancements continuels avec tiraillements dans les lombes, et leucorrhée. L'utérus est abaissé, hypertrophié et présente une antéversion considérable,',sans ulcération du col. De nombreuses cautérisations ont été faites autrefois sur cet organe.
Elle souifre de Testomac, par des battements épigastriques^ des tiraillements, de. la brûlure, de la pesanteur, des éructations inodores, des envies de vomir avec salivation considérable, et des alternatives de constipation et de diarrhée.
Battements du cœur fréquents, incommodes, sans iouffle aux orifices et dans les artères.
Étouffements continuels avec accès de spasme œsophagien empêchant quelquefois le bol alimentaire de descendre. Cet œsophagisme n'est pas continuel.
Douleurs névralgiques dans la tête, presque continuelles, battements aux tempes. La vision est nette, de temps à autre, hallucinations de personnes vivantes ou disparues. Aucun trouble de Touïe, et de temps à autre hallucinations de Todorat; pas d'anesthésie. Au contraire, il y a de très-vives douleurs intermittentes dans les bras, dans les jambes et surtout dans la cuisse gauche, en avant comme en arrière. — Jamais d'attaques de nerfs.
La pensée est inquiète, et la malade redoute les conséquences de son mal^ elle dort peu, rôve beaucoup, mais