ÉPILOGUE
Que devint dans la .siiile l'amie de Jouhert ? Ses u destins » furent-ils conformes aux oracles de las liologue ? La question ne saurait être indifférente aux lecteurs, et je suis sûr qu'il n'en est pas un dont je ne prévienne le désir en la posant : les sympathies de Joubert sont de celles qu'on ne se peut empêcher de partager.
La vie de M^^^ de Fontanes se dérobe à peu près. Me fùt-elle révélée dans la continuité de la trame et dans le détail familier, je ne consentirais pas volontiers à la produire au grand jour. Seul un intérêt général en pourrait soutenir les diverses particularités. Or, cet intérêt général fait défaut, sauf en un point (1). Et, d'autre part, impoi.3r à l'attention publique mille petiis incidents d'ordre privé me semblerait trop cou traire aux aspirations de l'àme fière et délicalc qui.
(1) Edition des Œurrcs de Fontanes. Voir, à l'Appendicp, le? lettre > d^ Chateaubriand, Sainte-Beuve, Roger, Villemain, Rallanchc.
3?«i DL NUL VEAU SLR JOLBERT.
prenant Joubert pour modèle, mit son bonheur à suivre les sentiers couverts et à cacher sa vie.
... Secretum iter et fallentis seinita citœ (1).
Deux traits suiiiront. et. si je les publie, c'est qu'ils rapprochent et associent encore une fois ces noms amis : (Ihateaubriand. Joubert. Fontanes.
Chateaubriand avait quitté depuis une quinzaine de jours le ministère des alîaires étrangères, quand il adressa ce petit billet à M^^*^ de Fontanes :
« l'aiis, ce lî» juin li>'2i.
« M'"'' de Chateaubriand est à la campagne : il faut que notre jeune homme retourne à son régiment : com ment pourrons nous avoir l'entrevue ? Voilà. Madame, des questions que je prends la liberté de vous sou mettre.
« Mille hommages.
(t CHATK.VnîlîlAM» {È). »)
D'après ce billet. M^'*' de Fontanes n'avait pas encore renoncé formellement au mariage. Faible et rapide lueur jetée sur sa vie ; elle ne perce pas le m\ s 1ère. Quel était ce jeune homme qui se présentait sous Ihs auspices de Chateaubriand ? La rencontre projetée eut elle lieu, et dans quelles conditions ? 11 semble, à bien lire le billet, que M^i*^ de Fontanes ne se prétait pas avec beaucoup d'empressement à l'entrevue sollicitée. Déjà, un autre projet de mariage avec le jeune comte Arliillf (le l'iiiilMnl. oiticici- lui .•ni>si. ;i\"Mil dû
^l) lloract.'.
i2i Original aiilngrapli»' ; .•^an> mis» ripUuii.
KIMLOCI'K. :{87
èlre abandonné, par suite de ratlitude décourageante de Christine. Nature aimante, mais vouée à la chi mère, elle échappait au réel en tout genre, et ce fut le malheur de sa destinée. Tant que sa mère vécut, et jusqu'aux environs de 1<S30, je la vois mêlée à la plus brillante société de Paris, riche, heureuse et répandue. Puis l'obscurité tombe sur elle. Je la retrouve successivement à Lausanne, Vevey, Genève, Ferney, Composières, Rome. Elle revint plusieurs fois à Paris, notamment en I.S.S9. Ses relations étaient des plus agréables avec les amis toujours fidèles de son père. .Te n'en retiens qu'un détail qui revient à mon sujet et la fait mieux connaître. Elle accepta de quêter pour Bussy le Repos, en 1846. C'est à Russy, tout près de N'illeneuve-sur-Yonne, que la famille Joubert possédait un vignoble; là, que mûrissaient les raisins préférés de M^^ de Reaumont a les plants de roi » ; là, ([ue se mangeait >( la soupe [de vendange » dont s'était régalée M'1^6 de Chateaubriand, et « que les bons dîners de Montgraham. ne l'empêchaient pas de regretter >), après des années et des années.
(( M*'*^ de Fontanes allait souvent chez M. Joubert, frère de l'auteur des Pemée^. dans cette simple et jolie maison de Villeneuve-sur- Yonne où tant d'hommes despritet de génie se plaisaient à se réunir. A l'époque où j'eus l'occasion de l'y voir, elle venait de perdre sa tendre amie Mathilde, et ce fut un déchirement affreux dans sa vie (1). »
Les fréquentes visites que rappelle M. Fraser eurent lieu vraisemblablement en cette même année 1846.
i|( l.p rorrp!<poinliint, mars 1898.
On voit que les rapports les plus affectueux subsistaient entre la comtesse Christine et la famille du moraliste.
En adressant une de ses sollicitations de quêteuse à M. Mole, elle n'avait pas manqué d'invoquer, à l'appui de sa demande, le souvenir de M. de Fontanes et de Joubert. Voici la réponse : elle était accompagnée dune riche oiîrande.
(( Je suis heureux de cette occasion de faire une chose agréable h M"^'' la comtesse de Fontanes. Le sou venir de son père et celui de notre ami commun, M. Joubert. vivront toujours dans ma mémoire et dans mon cœur.
u Je dépose entre ses mains mon oiîrande pour Bussy le Repos, et la prie d'agréer l'hommage de mon respect.