EN TOUTES CHOSES ET EN TOUTES MANIERES
Au milieu de ce même siècle , les Evêques d'Afrique , réunis en concile , disaient au Pape Théodore , dans une lettre synodale : Nos lois antiques ont décidé que de tout ce qui se fait, même dans les pays les plus éloignés , rien ne doit être examiné ni admis , avant que voire Siège illustre en ait pris connaissance ^.
A la fin du même siècle , les Pères du VP concile général (IIP de C. P.) reçoivent, dans la quatrième session, la lettre du Pape Agathon , qui dit au concile : « Jamais « l'Eglise apostolique ne s'est écartée en rien du chemin « de la vérité. Toute l'Eglise catholique , tous les conci- « les œcuméniques , ont toujours embrassé sa doctrine « comme celle du Prince des Jpôtres, »
Et les Pères répondent : Oui! telle est la véritable rcgU de la foi ; la religion est toujours demeurée inaltérahh dans le Siège apostolique. Nous promettons de séparer à Vavenir de la communion catholique tous ceux qui oseront
(1) In omnibus et per omma. S. Maxime , abbé de Chrysople , ^lait né à C. P. eu 580. Ejus Op. grœcè et îatiuè. Paris , 1575 , 1 vol. in-fol- — Biblioth. PP. tom, XI, pag. 76. — Fleury , après avoir promis de donner un extrait de ce qu'il y a de remarquable dans l'ouvrage de saint Maxime qui a fourni cette citation, passe en entier sous silence tout le passage qu'on vient de lire. Le docteur Marchetli le lui reproche justement. (Critica , etc. tom. I, cap. II, p. 107.)
(2) Antiquis regulis sancilum est ut quidqiiid , quamvis in remotis vel in longiaquis agatur provinciis , non priùs tractandum vel accipiendum sil , nisi ad notiliam almœ scdis vestraj fuissel deductum. Fleury traduit : « Les trois Primats écrivirent en commun une lettre synodale au Pape « Théodore , au nom de tous les Evêques de leurs provinces , où , après V avoir reconnu l'anlorité du Saini-Siéje , ik se plaignent de la nouveaulé " qui a paru à C. P. » (liiàt. eccl. liv, X.XS.VIII, n. 41.) La traduction ne sera iias trouvée servile.
n''être pas cV accord avec cette Eijlise. — Le Pati-iaivljo de C. P. ajoute : J'ai souscrit cette projession de foi de ma propre main*.
Saint Théodore Slnditc disait au Pape Léon III, au commencement du IX® siècle : Ils n'ont pas craint de tenir un concile hérétique de leur autorité , sans votre permission , tandis qiCils ne pouvaient en tenir un , même orthodoxe , à votre insu , suivant L'ANcrENNE coutume ^.
Wetstein a fait , à l'égard des Eglises orientales en général , une observation que Gibbon regarde justement comme très-importante. « Si nous consultons , dit-il , « l'histoire ecclésiastique , nous verrons que dès le IV° « siècle^, lorsqu'il s'élevait quelque controverse parmi « les Evêquos de îa Grèce , le parti qui avait envie de « vaincre , courait à Piome pour y faire sa cour à la ma- '< jesté du Pontife , et mettre de son côté le Pape et l'é-
« pjscopat latin C'esl ainsi qu'Alhanase se rendit à
« Rome bien accompagné , et y demeura plusieurs « années*. »
(1) Huic profession! subscripsi meâ manu, elc. Joli. Episc C P. ( Voy. le loin. V des conc. edil. de Coletli, col. 622.) Bossuel appelle celte déclarajion du Vi* concile g&éral , un formulaire approuvé par toute l'Egiise catholique (Formulam lolâ Ecciesiâ comprobatain). Le Saint-Siège , en vertu des jjromesses de son divin Fondateur , ne pouvant jamais faillir . (Defeubio clcri gallicani , lib. XV , cap. Vli.)
(2) Flenry , hisl. ceci. lom. X , liv. Xi.V , n. 47.
(3) C'esl-à-dire depuis l'origine de l'Eglise , car c'est depuis celte dpoque seulement qu'on la voit agir exlërieuremenl comme une société publiquement constituée , cvant sa biérarcbio , ses lois , se» usages , etc. Avant son émancipation, le cbrisliaaisine élait trop gène pour admollre le couw ordinaire des appels. Tout s'y trouve cependant, mais seulement en germe.
[ï) Wetslein, Proleg. in nov. lest. p. 19, cité par Gibbsu , Hist. cj Id décad. elc. ia-S. iom. lY, c. XXI.
Passons à une plume protestante le parti qui avait envie de vaincre : le fait de la suprématie pontificale n'eu est pas moins clairement avoué. Jamais l'Eglise orientale n'a cessé de la reconnaître. Pourquoi ces recours continuels à Rome? Pourquoi cette importance décisive attachée à ses décisions? Pourquoi ces caresses faites à la majesté du Pontife? Vourquoi voyons-nous en particulier ce fameux Alhanase venir à Rome, y passer plusieurs années , apprendre la langue latine avec une peine extrême , pour y défendre sa cause ? A-t-on jamais vu le parti qui voulait vaincre* , faire sa cour de même à la majesté des autres Patriarches? H n'y a rien de si évident que la suprématie romaine , et les Evêques orientaux n'ont cessé de la confesser par leurs actions autant que par leurs écrits.
îl serait superflu d'accumuler les autorités tirées de l'Eglise latine. Pour nous, la primatie du Souverain Pon^ tife est précisément ce que le système de Copernic est pour les astronomes. C'est un point fixe dont nous partons; qui balance sur ce point n'entend rien au christianisme.
Point d'unité d'Eglise , disait saint Thomas , sans unité de foi... mais point dunité de foi sans un chef suprême^.
Le Pape et l'Eglise c'est tout un ! Saint François de Sales l'a dit^ , et Bellarmin avait déjà dit avec une sagacité
(i) Comme si tout parti ne voulait pas vaincre ! Mais ce que Welsteîn ne dit pas , et ce qui est cependant très-clair , c'est que le parti de l'orthodoxie , qui était sûr de Rome , s'empressait d'y accourir , tandis que le parti de l'erreur qui aurait lien voulu vaincre , mais que sa conscience éclairait suffisamment sur ce qu'il devait attendre de Rome , n'osait pas trop s'y pre'senter.
(2) S. Thom. adversùs génies, L. lY, cap. 76.
(3) Epîtres spirituelles de S. François de Sales. Lyon , 1634. Ht. VII, ep. XLIX. — D'après S. Ambroise qui a dit: « Où est Pierre, >àest l'Eglise. « Ubi PcUus, ibi Ei;c!esia. (Anibr. in psaim. XL.J
qui sera toujours plus admiicc à mesure que les liommcs (leviendroni plus sages : Savez-vous de quoi il s'' agit , lorsqiCon parle du Souverain Pontife ? Il s'agit du clirislianisme'^.
La question des mariages clandestins ayant été décidée à une très-grande majorité de voix dans le concile de Trente , l'un des légats du Pape n'en disait pas moins aux Pères rassemblés, après même que ses collègues avaieni signé : Et moi aussi , légat du Saint-Siège , je donne mon approbation au décret, s'il obtient celle de N. S. P. ^.
Saint François de Sales terminera ce chapitre. 11 eut jadis l'ingénieuse idée de réunir les dilférents titres que l'antiquité ecclésiastique a donnés aux Souverains Poniifes et à leur siège. Ce tableau est piquant , et ne peut manquer de faire une grande impression sur les bons esprits.
Le Pape est donc appelé ,
Le très-saiut Evèque de l'Eglise Concile de Soissons , de 300 catholique. Evêques,
Le Irès-saint et très-heureux Patriarche. Ibid. (om. VIL Concil.
Le très-heureux Seigneur, S. Âugust, Epist. 95.
Le Patriarche universel. S. Léon, P. Epist. 62.
Le Chef de l'Eglise du monde. Innoc. ad PP. Concil. milevit.
L'Evêque élevé au faite apostolique S. Cyprien , Epist. III , XII.
Le Père des Pères. Concile de Chalcéd. sess. III.
(1) Bellarmin , De Summo Pcntifice , in prîef.
(2) Ego pariler legalus sedis apostolicae adprobo decrelum, si S. D. N. adprobelur. (Paliav. hisl. concil. Trideut. lib. XXXII, cap. IV et IX ; lib. XXîïI, cap. IX. — Zaccaria, Anli-Febronius viodicatus, ia-8, tom. Il, dijserl. IV, cr.n. Yill, p. IGTcl 108.
Le Souverain Tonlife des Evèiiues.
Lo Souyernin l'ri'Ire.
IjO Prince des Prêtres.
Le Pr(?fet de la fllaison de Dieu ,
fl lo Gardien do la Yigue du
Seigneur.
Lo Vicaire de J. C. , le Confirina-
leur do la Foi ilc\s Chrétiens.
Le Grand-Prclre.
Lo SouTcrain Poutifc.
Le Prince des Evoques.
L'IIt^rilier des Apôtres.
Abraham par le patriarcat.
Melchisédech par l'ordre.
Moise par l'autorité.
Samuel par la juridiction,
Pierre par la puissance.
Christ par l'onction.
Le Pasteur de la Bergerie do j '<.'.
Le Porte-Clef do la Slalson de
Dieu.
Le Pasteur de tous les Pasteurs.
Le Pontife appelé à la plénitude
de la Puissance.
S. Pierre fui la Bouche de J. C.
La Bouche cl le Chef de l'Apostolat.
La Chaire el l'Eglise principale.
L'Origine de l'unit? sacerdotale.
J.eLieu de l'uuiié.
L'Eglise où réside la puissance , principale ( poientior Princi-
palilas. } L'Eglise , Racine, Matrice de
toutes les autres.
Conc. de Chalc. in pr<pf.
Cône, de Chalc. sess. JVT, "Etienne, Evfque de Carthnge.
Concile de Carlhage , Epist. ad Damasum.
.S. Jérôme , in prcef, in Evang.
ad Damasum.
Valent. , et avec lui toute l'antiquité.
Concile de Chnlcêd. , in Epist. ad
Theod. imper.
Ibid.
S. Bernard , lih. De Cnnsid.
Sa Amhroise, in I Tim. III.
Concile de Chalcéd. Epist. ad
Leonem.
S. Bernard , Epist. 190.
Id. ibid. et inlih. De Consiâ.
Ibid.
Ibid.
Id. lib. 2 De Contid.
Id. ibid. c, 8.
Ibid.
Ibid.
S. Chrysoslôme , hom. Il , «»
divers, serm.
Orig.hom. LV , in Mallh.
S. Cyprien, Epist. LV . ad
Cornel.
Id. Epist. III , 2.
îd. ibid. ÎV, 2.
Id. ibid. ÎH , 8.
S. Anaclel. Pape , Epist. nd omn, Ejpisc. et Fidèles.
Le Sî(?gc sur lequel le Seigneur a S. Damase , Epitl. ad univ.
construit l'Eglise universelle.
Le Point cardinal et le (Ihef de
toutes les Eglises.
Lo Refuge des Evoques.
Le Si(?go suprême apostolique.
L'Eglise présidente.
Episc, S. Blarccllin , P, Epist. ad
Episc. Àntioch, Concile d'Alex. Epist. ad Fc-
lic. P.
S. Athanase, L'cmper, Justin, in 1, 8 , cod. de
sum. Trinit.
Le Sit'gc suprême qui ne peut clie
jugé par aucun autre.
L'Eglise préposée et préférée à
toutes les autres.
Le premier de t»us les Sièges.
La Fontaine aposloliijue.
S. Léon, in nat. SS. Apost, \iclor d'Ulique, in lib. De
Perfect, S. Prosper, in lib. De Ingrat.
S. Ignace , Epist. ad Rom. in subscript.
Le port trgs-sùr de toute Commu- Concile de Rome , sous S. uiuQ calhuii(^uc. C^lase.
La réunion de ces différentes expressions est tout à fait digne de l'esprit lumineux qui distinguait le grand Evcque de Genève. On a vu plus haut quelle idée sublime il se formait de la suprématie romaine. Méditant sur les analogies multipliées des deux Testaments , il insistait sur l'autorité du grand prêtre des Hébreux. « Le nôtre, dit saint « François de Sales, porte aussi sur sa poitrine VUrini et « le Thummîm, c'est-à-dire la doctrine et la vérité. Cer- « tes , tout ce qui fut accordé à la servante Jgar , a bien « dû l'être à plus forte raison à l'épouse Sara*.
(1) Controverses de scjnt François de Scies. Disc. XL , pag. 2'tT. Une critique romaiiie m'avertit que , dans le luillaut catalogue qu'on vient de lire , sai".! François de Sales a cité deux ou trois décréîalcs fausses qui , de son tenips, n'étalent point encore reconnues pour telles. L'observation, qui est très-juste, laiijse néanmoins subsister danslouto leur force la grande masse des témoignages ; et quand i!s seraient tous faux , il faudrait encore observer quo le saint Evoque k's aurait trouvés justes. Le»
Parcourant ensuite les différentes images qui ont pu iqjréseuler l'Eglise sous la plume des écrivains sacrés : « Est-ce une maison ? dit-il. Elle est assise sur son rocher, « et sur son fondement ministériel , qui est Pierre. Vous « la représentez-vous comme une /ami7/e P Voyez Nolre- « Seigneur , qui paye le tribut comme chef de la maison , « et d'abord après lui saint Pierre comme son représen- « faut. L'Eglise est-elle une barque? Saint Pierre en est le « véritable patron , et c'est le Seigneur lui-même qui me « l'enseigne. La réunion opérée par l'Eglise est-elle re- « présentée par une pêche? Saint Pierre s'y montre le « premier , et les autres disciples ne pèchent qu'après lui. « Veut- on comparer la doctrine qui nous est prêchée « (pour nous tirer des grandes eaux) au filet d'un pêo cheur? C'est saint Pierre qui le jette : c'est saint Pierre « qui le retire : les autres disciples ne sont que ses aides : « c'est saint Pierre qui présente les poissons à Notre-Sei- « gneur. Voulez-vous que l'Eglise soit représentée par « une ambassade P Saint Pierre est à la tète. Aimez-vous « mieux que ce soit un royaume? Saint Pierre en porte « les clefs. Voulez-vous enfin vous la représenter sous « l'image d'un bercail d'agneaux et de brebis? Saint « Pierre en est le berger et le pasteur général sous Jé- « sus-Clirist'.
Je n'ai pu me refuser le plaisir de faire parler un instant ce gi'and et aimable Saint, parce qu'il me fournit une de ces observations générales , si précieuses dans les ouvrages où les détails ne sont pas permis. Examinez
fausses dëcrétales , au reste, peuvent très-bien servir de témoins à la foi contemporaine, et il ne faut pas croire à beaucoup près tout le mal qu'on en a dit.
Cl) Conîroverses de S. Franc de Sales. Disc. XLII.
l'un api^s Tmilrc los grands docteurs de l'Eglise catholique ; à mesure que le principe de sainteté a dominé chez eux , vous les trouverez toujours plus fervents envers lo Saint-Siège, plus pénétrés de ses droits, plus attentifs à les défendre. C'est que le Saint-Siège n'a contre lui que l'orgueil qui est immolé par la sainteté.
En contemplant de sang-froid cette masse entraînante de témoignages , dont les dilférentes couleurs produisent dans un foyer commun le blanc de l'évidence , on ne saurait êcrc surpris d'entendre un théologien français des plus distingués nous confesser franchement qii'il est accablé par le poids des témoignages que BeJlarmin et d'autres ont rassemblés , pour établir V infaillibilité de V Eglise romaine ; mais qu'il n'est pas aisé de les accorder avec la déclaration de 1682, dont il ne lui est pas permis de s'écarter*.
C'est ce que diront tous les hommes libres de préjugés. On peut sans doute disputer sur ce point comme on dispute sur tout ; mais la conscience est entraînée par le nombre et par le poids des témoignages.
(1) Non dissimniandnm Psl in tanfâ teslimonioram mole quae Beliarminus et alii congerunt, nos recognoscere aposlolicœ sedis seu rom. Eccl. ccrtam et infal!il)ilem auctorilaletn ; aï longé diTBcilins esl ea coneiliarc cjim declaralione clcri gallicani . à qaâ recedcre nobis nnn permitlid'r. ( Tourncly , Tract, de Eccles. part. II , quaast. V , art, 3. )
C2 CHAPITRE Vn.
TÉMOIGNAGES TAUTICULIERS DE l'ÉCLISE GALLICANE.
Dans son assemblée générale de 1626, le clergé de France appelait le Pape chef visible de T Eglise universelle j vicaire de Dieu en terre y Evêque des Evoques et des Patriarches; en un mot, successeur de saint Pierre^ en qui Vaposlolat et Vcpiscopat ont eu commencement , et sur lequel Jésus-Christ a fondé son Eglise, en lui donnant les clefs du ciel avec V infaillibilité de la foi, que Von a vu durer immuable en ses successeurs jusqu'à noi jours * .
Vers la fin du même siècle , nous avons entendu Bossuet s'écrier , d'après les pères de CJialcédoine : Pierre est toujours vivant dans son siège \
Il ajoute : « Paissez mon troupeau , et avec mon trou- « peau paissez aussi les pasteurs, qui a votre égard se-