‹ Du page. 18. éd. seule conforme à celle de 1821, augm. de lettres inédites de l'auteur, de notes et d'une table analytiqueChapitre 23 sur 83 · DU CONCILE DE CONSTANCE · texte numérisé non relu

DU CONCILE DE CONSTANCE

Qiio fant-iî donc penser de celte fameuse session IV, oh le concile (le conseil) de Constance se déclare snpcric;:r au Pape ? La réponse est aisée. Il faut dire que V assemblée déraisonna , comme ont déraisonne depuis le long parlement d'Angleterre, et l'assemblée constituante, et l'assemblée législative , et la convention nationale , et les cinq-cents , et les deux-cents , et les derniers cortès d'Espagne ; en un mot , comme toutes les assemblées imaginables , nombreuses et non présidées.

Bossuet disait en 1681, prévoyant déjà le dangereux entraînement de l'année suivante : Fous savez ce que cest (lue les assemblées , et quel esprit y domine ordinairement^ .

Et le cardinal de Retz, qui s'y entendait un peu, avait dit précédemment dans ses mémoires , d'une manière plus générale et plus frappante : Qui assemble ls PEUPLE l'émeut ; maxime générale que je n'applique au cas présent qu'avec les modifications qu'exigent la justice et môme le respect ; maxime , du reste , dont l'esprit est incontestable.

Dans l'ordre moral et dans l'ordre physique , les lois de la fermentation sont les mêmes. Elle naît du contact, et se proportionne aux masses fermentantes. Rassemblez des hommes rendus spiritueux par une passion quelconque , vous ne tarderez pas de voir la chaleur , puis l'exaltation , et bientôt le délire ; précisément comme dans le cercle

(1) Bossurt, Leitre à l'aiibf^ de Tîanc^. FontaincWcaii, seplcn^lire tfi^l. — HûL de Uossuel, liv. VI, n. 3, U.m. il. p. 94.

matériel , la fermentation turbulente mène rapidement à Vacide et celle-ci à la putride. Toute assemblée tend à subir celte loi générale , si le développement n'en est arrête par le froid de l'autorité qui se glisse dans les interstices et tue le mouvement. Qu'on se mette à la place des Evêques de Constance , agités par toutes les passions de l'Europe, divisés en nations , opposés d'intérêt , fatigués par le retard , impatientés par la contradiction , séparés des Cardinaux , dépourvus de centre , et , pour comble de malheur, inlluencés par des souverains discordants : est-il donc si merveilleux que , pressés d'ailleurs par l'immense désir de mettre fin au schisme le plus déplorable qui ait jamais affligé l'Eglise , et dans un siècle où le compas des sciences n'avait pas encore circonscrit les idées comme elles l'ont été de nos jours , ces Evêiiues se soient dit à eux-mêmes : Nous ne pouvons rendre la paix à V Eglise et la réformer dans son chef et dans ses membres j qu'en commandant à ce chefmênie : déclarons donc qiCil est obligé de nous obéir. De beaux génies des siècles suivants n'ont pas mieux raisonné. L'assemblée se déclara donc en premier lieu , concile œcuinènique ^ ; il le fallait bien pour en tirer ensuite la conséquence que toute personne de condition et dignité quelconque , même papale ^ , était tenue d'obéir au concile en ce qui regardait la foi et V extirpation du schisme '. Mais ce qui suit est parfaiteriient plaisant :

» Notre seigneur le Pape JeanXXIlï ne transférera point « hors de la ville de Constance la cour de Rome ni ses ot-

(1) Comme certains ètaH-gênéraux se déclarèrent assembi-Pe nationale en ce qui regardait la conslUutîon et l'exlirpalion det ahu$. Jamais il n'y eut tie parilë plus exacte.

(2) Ils n'osent pas dire rondement : Le Pape,

(3) Sess. lYe.

« ficicrs, cinclcs conlraindra ni directement ni indirccte- « ment à le suivre , sans la délibération et le consente- « ment du concile , surtout à l'égard des offices et des « officiers dont l'absence pourrait être cause de la disso- « lulion du concile ou lui être préjudiciable *. »

Ainsi , les Pères avouent que , par le seul départ du Pape, le concile est dissous, et pour éviter ce malheur, ils lui défendent de partir; c'est-à-dire, en d'autres termes, (jii'ils se déclarent les supérieurs de celui qu'ils déclarent au-dessus d'eux. Il n'y a rien de si joli.

La V° session ne fut qu'une répétition de la IV ".

Le monde catholique était alors divisé en trois parties ou obédiences , dont chacune reconnaissait un Pape différent. Deux de ces obédiences , celle de Grégoire XII et de Benoît XIII, ne reçurent jamais le décret de Constance prononcé dans la IV® session ; et depuis que les obédiences furent réunies , jamais le concile ne s'attribua , indépendamment du Pape , le droit de réformer V Eglise dans le chef et dans ses membres. Mais dans la session du 30 octobre 1417, Martin V ayant été élu avec un concert dont il n'y avait pas d'exemple , le concile arrêta que le Pape réformerait lui-même V Eglise, tant dans le chef que dans ses membres , suivant V équité et le bon gouvernement de V Eglise.

Le Pape , de son côté , dans la XLV° session du 22 avril 1418, approuva tout ce que le concile avait fait

(1) Fleury, liv. Cîl.— N. 175,

(2) Il y aurait une infinité de choses à dire sur ces deux sessions, sur les manuscrits de Scheeleslrate, sur les objections d'Arnaud et de Bossuel, s'ir l'appui qu'ont tir^ ces manuscrits des précieuses de'couverfes faites dans I"i bibliothèques d'Allemagne, etc., etc.; mais si je m'enfonçais dans ces détails, il m'arriverail un petit malheur que je Tondrais cepeodaDl l'vilrr, s*il l'iail possible, celui de n'èlre pas lu.

CONCILIAIREMENT ( cc qu'il répèlc (ioux fois) en matière de foi»

Et quelques jours auparavant, par une bulle du 10 mars, il avait défendu les appels des décrets du Saint- Siège , qu'il appela le souverain Juge : voilà comment le Pape approuva le concile de Constance,

Jamais il n'y eut rien de si radicalement nul et même de si évidemment ridicule , que la IV® session du conseil de Constance , que la Providence et le Pape changèrent depuis en concile.

Que si certaines gens s'obslinent à dire : Nous admettons la IV^ session , oubliant tout à fait que ce mot nous, dans l'Eglise catholique, est un solécisme s'il ne se rapporte à tous , nous les laisserons dire ; et au lieu de rire seulement de la IV^ session , nous rirons de la IV® session et de ceux qui refusent d'en rire.

En vertu de l'inévitable force des choses , toute assemblée qui n'a point de frein est effrénée. Il peut y avoir du plus ou du moins ; ce sera plus tôt ou plus tard; mais la loi est infaillible. Rappelons-nous les extravagances de Bâle; on y vit sept ou huit personnes, tant Evêques qu'' abbés , se déclarer au-dessus du Pape , le déposer même , pour couronner l'œuvre , et déclarer tous les contrevenants déchus de leurs dignités, fussent-ils Evêques , Archevêques^ Patriarches , Cardinaux , rois ou empereurs.

Ces tristes exemples nous montrent ce qui arrivera toujours dans les mêmes circonstances. Jamais la paix no pourra régner ou s'établir dans l'Eglise par l'influence d'une assemblée non présidée. C'est toujours au Souverain Pontife , ou seul ou accompagné , qu'il en faudra venir , et toutes les expériences parlent pour cette autorité.

On peut observer que les docteurs français qui se sont

crus obligés de soutenir rinsouienablc session du concile de Constance , ne manquent jamais de se retrancher scrupuleusement dans l'assertion générale de la supériorité du concile universel sur le Pape , sans jamais expliquer ce qu'ils entendent par le concile universel; il n'en faudrait pas davantage pour montrer à quel point ils se sentent embarrassés. Fleury va parler pour tous.

« Le concile de Constance ^ dit-il , établit la maxime de « tout temps enseignée en France'^ , que tout Pape est « soumis au jugement de tout concile universel, en ce qui « concerne la foi '^, »

Pitoyable réticence , et bien indigne d'un homme tel que Fleury ! Il ne s'agit point de savoir si le concile universel est au-dessus du Pape , mais de savoir s'il peut y avoir un concile universel sans Pape , ou indépendant du Pape. Voilà la question. Allez dire à Rome que le Souverain Pontife n'a pas droit d'abroger les canons du concile de Trente , sûrement on ne vous fera pas brûler. La question dont il s'agit ici est complexe. On demande , V quelle est V essence d'un concile universel , et quels sont les caractères dont la moindre altération anéantit son essence? On demande , 2" si le concile ainsi constitué est au-dessus du Pape ? Traiter la deuxième question en laissant l'autre dans l'ombre ; faire sonner haut la supériorité du concile sur le Souverain Pontife , sans savoir , sans vouloir , sans oser dire ce que c'est qu'un concile œcuménique ; il faut le déclarer franchement, ce n'est pas seulement une erreur de simple dialectique , c'est un péché contre la probité.

(1) Après tout ce qu'on a lu, cl surtout après la dëclaralion de 1626, (jucl nom donner à cette assertion?

(2)Fleu|P3, nouy, Opusc. p, 44.

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