DE L*INFA1LLIBILITÉ DANS LE SYSTÈME PHILOSOPHIQUE
J'entends que toutes les réflexions que j'ai faites jusqu'à l)résent, s'adressent aux catholiques systématiques, comme il y en a tant dans ce moment , et qui parviendront , je l'espère , à produire tôt ou tard une opinion invincible. Maintenant je m'adresse à la foule , hélas ! trop nombreuse encore, des ennemis et des indifférents, surtout aux hommes d'état qui en font partie , et je lem' dis : « Que voulez- « vous et que prétendez-vous donc? Entendez-vous que les o peuples vivent sans religion , et ne commencez-vous pas « à comprendre qu'il en faut une? Le christianisme, « et par sa valeiu* intrinsèque , et parce qu'il est en pos- « session , ne vous paraît-il pas préférable à toute autre ? « Les essais faits dans ce genre vous ont-ils contentés , et « les douze Apôtres , par hasard, vous plairaient-ils moins « que les ihéophilanlhropes ou les martinistes? Le sermon « sur la montagne vous paraît-il un code passable de mo- « raie ; et si le peuple entier venait à régler ses mœurs
(1) Thomassin, Discipline de l'Eglise, tom. V, p. 295. Ailleurs, il ajoute avec une égale sagesse : a Rien n'est plus conforme aux canon.» 0 qne le violement des canons, qui se fait pour un plus grand bien que » l'observation même des canons. » (Liv. II, ch. LXVIII, n, 6.) On ne wurail ni mieux penser, ni mieux dire.
« sur ce modèlô , sericz-vous contents ? Je crois vous cn- « tendre répondre affirmativement. Eh bien ! puisqu'il ne « s'agit plus que de maintenir cette religion que vous « préférez, comment auriez-vous , je ne dis pas l'impéri- « tie , mais la cruauté d'en faire une démotralic , et de « remettre ce dépôt précieux, aux mains du peuple ? « Vous attachez peu d'importance à la partie dogmati- « que de cette religion : par quelle étrange contradiction » voudriez-vous donc agiter l'univers pour quelque vé- » tille de collège , pour de miséraljles disputes de mots » ( ce sont vos termes ) ? Est-ce donc ainsi qu'on mène « les hommes? Voulez-vous appeler l'Evoque de Québec « et celui de Luçon pour interpréter une ligne du ca- « téchisme? Que des croyants puissent disputer surl'in- « faillibilité, c'est ce que je sais, puisque je le vois; mais « que l'homme d'état dispute de même sur ce grand « privilège^ c'est ce que je ne pourrai jamais concevoir. « Comment , s'il se croit dans le pays de l'opinion , ne » chercherait- il pas à la fixer? comment ne choisirait-il « pas le moyen le plus expéditif pour l'empêcher de di- « vaguer? Que tous les Evêques de l'univers soient con- « voqués pour déterminer une vérité divine et nécessaire « au salut , rien de plus naturel si le moyen est indis- « pensable ; car nul effort, nulle peine , nul embarras, ne « devraient être épargnés pour atteindre un but aussi re- « levé ; mais s'il s'agit seulement d'établir une opinion « à la place d'une autre , les frais de poste d'un seul « infaillible sont une insigne folie. Pour épargner les « deux choses les plus précieuses de l'univers , le temps « et l'argent , hûtez-vous d'écrire à Rome afin d'en faire « venir une décision légale qui déclarera le doute illégal : « c'est tout ce qu'il vous faut ; la politique n'en demande « pas davantage. »