‹ Du page. 18. éd. seule conforme à celle de 1821, augm. de lettres inédites de l'auteur, de notes et d'une table analytiqueChapitre 33 sur 83 · QUELQUES MOTS SUR LA SOUVERAINETÉ · texte numérisé non relu

QUELQUES MOTS SUR LA SOUVERAINETÉ

L'homme , en sa quaîilé d'être à la fois moral et corrompu , juste dans son intelligence , et pervers dans sa volonté , doit nécessairement être gouverné ; autrement il serait à la fois sociable et insociable , ei la société serait à la fois nécessaire et impossible.

On voit dans les tribunaux la nécessité absolue de la souveraineté ; car l'homme doit être gouverné précisément comme il doit être jugé , et par la môme raison , c'està-dire, pai'ce que,, partout où il n'y a pas sentence, il y a combat.

Sur ce point, comme sur tant d'autres , l'homme ne saurait imaginer rien de mieux que ce qui existe , c'est-àdire une jinissance qui mène les hommes par des règles générales, faites non pour un tel cas ou pour un tel homme , mais pour tous les cas , pour tous les temps et pour tous les hommes.

L'homme étant juste, au moins dans son intention, toutes les fois qu'il ne s'agit pas de lui-même, c'est ce qui rend la souveraineté , et par conséquent la société possi-

blés. Car les c:is où la souvcraincié est exposée à mal faire volonlairemont, sont toujours, par la nature des choses, beaucoup plus rares que les autres, précisément, pour suivre encore la même analogie , con)mc clans l'adininistraiion de la justice les cas où les juges sont tentés de prévariquer, sont nécessairement rares par rapport aux autres. S'il en était autrement, l'administration de l;i justice serait impossible comme la souveraineté.

Le prince le plus dissolu n'empêche pas qu'on poursuive les scandales publics dans ses tribunaux , pourvu qu'il ne s'agisse pas de ce qui le louche personnellement. Mais comme il est seul au-dessus de la justice , quand même il donnerait malheureusement chez lui les exemples les plus dangereux , les lois générales pourraient toujours être exécutées.

L'homme étant donc nécessairement associé et nécessairement gouverné , sa volonté n'est pour rien dans l'établissement du gouvernement ; car , dès que les peuples n'ont pas le choix et que la souveraineté résulte directement de la nature humaine , les souverains n'existent plus par la grâce des peuples; la souveraineté n'étant pas plus le résultat de leur volonté , que la société même.

On a souvent demandé si le roi était fait pour le peuple, ou celui-ci pour le premier? Cette question suppose , co me semble, bien peu de réflexion. Les deux propositions sont fausses prises séparément , et vraies prises ensemble. Le peuple est fait pour le souverain , le souverain est fait pour le peuple ; et l'un et l'autre sont faits pour qu'il y ait une souveraineté.

Le grand ressort, dans la montre , n'est point fait pour le balancier , ni celui-ci pour le premier ; mais chacuî d'eux pour l'autre ; et l'un et l'autre pour montrer l'heure.

Point de souverain sans nation , comme point de nation

Bans souverain. Colle-ci doit plus au souverain , cfiie le souverain à la nation; car clic lui doit rexislencc sociale et tous les biens qui en résultent ; tandis que le prince ne doit à la souveraineté qu'un vain éclat qui n'a rien de commun avec le bonheur , et qui l'exclut même pres(iue toujours.

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