JUSTIFICATION DE CE POUVOIR
Les écrivains du dernier âge ont assez souvent u!ie manière tout à fait expéditive de juger les institutions. Ils supposent un ordre de choses purement idéal , bon suivant eux , et dont ils parlent comme d'une donnée pour juger les réalités.
Voltaire peut fournir , danscegnnrc , un exemple excès-
(t) Ycll. Essai, etc. toru. If, cliap. LXV,
sivement comique, tl est lire de la Henriadc , cl u'a pas élé remarque , que je sache :
C'est un usage antique et sacré parmi nons,
Qaaud la mort sur le trône <5teDd ses rudes cour»,
Et que du sang des rois, si cher à la patrie ,
Dans ses derniers canaux la source s'est tarie.
Le peuple au même instant rentre en ses premiers droits;
Il peut choisir un maître, il peut changer ses lots.
Les étals assemblés, organes de la France,
Nomment un sourerain, limitent sa puissaoce.
Ainsi de nos aïeux les augustes décrets
Au rang de Charleraagne ont placé les Capets ^ .
Charlatan! Où donc a-t-il vu toules ces belles choses? Dans quel livre a-t-il lu les droits du peuple P ou de quels faits les a-t-il dérivés? On dirait que les dynasties changent en France dans une période réglée comme les jeux olympiques. Deux mutations en 1300 ans, voilà certes un usage bien constant ! Et ce qu'il y a de plaisant , c'est qu'à l'une et à l'autre époque ,
La source de ce sang, si cher à la patrie, Dans ses derniers canaux ne s'était point tarie.
Il était , au contraire , en pleine circulation lorsqu'il fut exclu par un grand homme évidemment mûri à côté du trône pour y monter \
(1) Ch. VII.
(2) Il est bon d'entendre Voltaire raisonner comme historien sur le même événement. « On sait, dit-il, comment Hugues-Capet enleva la « couronne à l'oncle du dernier roi. Si les suffrages eussent élé libres, « Charles aurait été roi de France. Ce ne fut point un parlement de la nan lion qui le priva du droit de ses ancêtres, comme l'ont dit tant d'histo- « riens; ce fut ce qui fait et qui défait les rois la force aidt^e de la pru-
On raisonne sur les Papes comme Vollaire vient de raisonner. On pose en fait , expressément ou tacitement , que l'autorité du sacerdoce ne peut s'unir d'aucune manière à celle de l'empire ; que dans le système de l'Eglise catholique, un souverain ne peut être excommunié ; que le temps n'apporte aucun cliangemenl aux constitutions politiques; que tout devait aller autrefois comme de nos jours, etc. ; et sur CCS belles maximes , prises pour des axiomes , on décide que les anciens Papes avaient perdu l'esprit.
Les plus simples lumières du bon sens enseignent cependant une marche toute différente : Vollaire lui-même ne l'a-t-il pas dit? On a tant d'exemples dans Vhistoîre de Vunion du sacerdoce ei de V empire dans d'autres religions^! Or, il n'est pas nécessaire , je pense , de prouver que celte union est infiniment plus naturelle sous l'empire d'une Religion vraie que sous celui de toutes les autres, qui sont fausses puisqu'elles sont autres.
Il faut partir d'ailleurs d'un principe général et incontestable : savoir que tout gouvernement est bon lorsqu'il est établi et qu'il subsiste depuis longtemps sans contestation.
Les lois générales seules sont éternelles. Tout le reste varie, et jamais un temps ne ressemble à l'autre. Toujours sans doute l'homme sera gouverné, mais jamais de la même manière. D'autres mœurs, d'autres connaissances, d'autres croyances amèneront nécessairement d'autres lois. Les noms aussi trompent sur ce point comme sur tant d'autres , parce qu'ils sont sujets à exprimer tantôt les
.» dence. » (Volt. Essai , elc. tora. II, ch„ XXXîX.) Il n'y a point ici à'auguitet décrets, comme on voiî. Il écrit à la marge : Uugues-Caj/el * empara du royaume à force ouverte.
{!) Volt. Essai, etc. tom. I, eh. XIîJ.
ressemblances des choses couicniporaines , sans exprimer leurs différences , et lanlôi à représenter des choses que le temps a changées , tandis que les noms sont demeurés les mêmes. Le mot de monarchie , par exemple , peut représenter deux gouvernements ou contemporains ou séparés par le temps , plus ou moins différents sous la même dénomination ; en sorte qu'on ne pourra point affirmer de l'un tout ce qu'on affirme justement de l'autre.
« C'est donc une idée bien vaine , un travail bien in- « grat, de vouloir tout rappeler aux usages antiques, et « de vouloir fixer cette roue que le temps fait tourner « d'un mouvement irrésistible. A quelle époque faudrait- « il avoir recours ?.... à quel siècle , à quelles lois fau- « drait-il remonter? à quel usage s'en tenir? Un bour- « geois de Piome serait aussi bien fondé à demander au « Pape des consuls , des tribuns, un sénat, des comices « et le rétablissement entier de la république romaine ; « et un bourgeois d'Athènes pourrait réclamer auprès du « sultan l'ancien aréopage et les assemblées du peuple , « qui s'appelaient ÉGLISES*. »
Voltaire a parfaitement raison ; mais lorsqu'il s'agira de juger les Papes , vous le verrez oublier ses propres maximes , et nous parler de Grégoire VII comme on parlerait aujourd'hui de Pie VIÎ , s'il entreprenait les mêmes choses.
Cependant , toutes les formes possibles de gouvernement se sont présentées dans le monde ; et toutes sont légitimes dès qu'elles sont établies, sans que jamais il soit permis de raisonnei' d'après des hypothèses entièrement séparées lies faits.
(1) Voll. Essai, etc. tom. lîî, ch. LXXXVî. C'csl-à-dire que les assemblées (lu peuple s'appolaienl des assemblées. Toutes les œuvres philosophiques et historiques de Voilaire sont reinplici de ces traits d'une erudilion éblouissante.
Or , s'il est un fait inconleslablc attesté par tous les monumenls de l'histoire, c'est que les Papes, dans le moyen âge et bien avant encore dans les derniers siècles , ont exercé une gi'ande puissance sur les souverains temporels ; qu'ils les ont jugés, excommuniés dans quelques grandes occasions , et que souvent même ils ont déclaré les sujets de ces princes déliés envers eux du serment de fidélité.
Lorsqu'on parle de despotisme et de gouvernement absolu, on sait rarement ce qu'on dit. Il n'y a point de gouvernement qui puisse tout. En vertu d'une loi divine , il y a toujours à côté de toute souveraineté une force quelconque qui lui sert de frein. C'est une loi, c'est une coutume^ c'est la conscience, c'est une tiare, c'est un poignard ; mais c'est toujoui-s quelque chose.
Louis XIV s'étant permis un jour de dire devant quelques hommes de sa cour , qii'il ne voyait pas de plus beau gouvernement que celui 4u Sophi , l'un d'eux, c'était le maréchal d'Estrées , si jè ne rne trompe , eut le noble courage de lui répondre : Mais j sire , j'en ai vu étrangler trois dans ma vie.
Malheur aux princes s'ils pouvaient tout! Pour leur bonheur et pour le nôtre , la toute-puissance réelle n'est pas possible.
Or, l'autorité des Papes fut la puissance choisie et constituée dans le moyen âge pour faire équilibre à la souveraineté temporelle , et la rendre supportable aux hommes.
Et ceci n'est encore qu'une de ces lois générales du monde , qu'on ne veut pas observer , et qui sont cependant d'une évidence incontestable.
Toutes les nations de l'univers ont accordé au sacerdoce plus ou moins d'influence dans les affaires politiques ; ei il a été prouvé jusqu'à l'évidence que, de toutes les nations jiolicées, il n'en est aucune qui ait attribué moins de pou-
voîrs cl de privilèges d leurs prêtres , que les juifs el les chrétiens * .
Jamais les nations barbares n'ont été mûries et civilisées (liie par la Religion , et toujours la Religion s'est occupée [H'incipalementdc la souveraineté.
« L'iuiérêt du genre humain demande un frein qui re- « tienne les souverains, et qui mette à couvert la vie des « peuples : ce frein de la Religion aurait pu être , par une « convention universelle , dans la main des Papes. Ces « premiers Pontifes, en ne se mùlant des querelles lem- « porelles que pour les apaiser , en avertissant les rois « et les peuples de leurs devoirs, en reprenant leurs cri- « mes , eu réservant les excommunications pour les grands M atteptats , auraient toujours été regardés comme des « images de Dieu sur la terre. Mais les hommes sont ré- « duils à n'avoir pour leur défense que les lois et les « moeurs de leurs pays : lois souvent méprisées , mœurs « souvent corrompues". »
Je ne crois pas que jamais on ait mieux raisonné en 'hveur des Papes. Les peuples , dans le moyen âge , n'avaient chez eux que des lois nulles ou méprisées, et des mœurs corrompues. Il fallait donc chercher ce frein indisi)ensabîe hors de chez eux. Ce frein se trouva et ne pouvait se trouver que dans l'aulorité des Papes. Il n'arriva donc que ce qui devait arriver.
Et que veut dire ce grand l'aisonneur, en nous disant, (l'une manière conditionnelle, que ce fmn, si nécessaire aux peuples , aurait pu être , par une convention universelle^ dam la main du Pape? Elle y fut en effet, non
(1) Hisl. de l'Acaùémie des inscriptions etbelIes-IeUres, in-12, tcm. XV,
T>. J43 Traité historique et dogm. de la Religion par labbé JJergier/
tom. VI, p. 120.
(:î) Volluirc, Esgai, etc. lom. l\, cli. LTi.
par une conveniion expresse des peuples , qui est impossible ; mais par une convention tacite ei universelle , avouée par les princes mêmes comme par les sujets, ei qui a produit des avantages incalculables.
Si les Papes ont fait quelquefois plus ou moins que Voltaire ne le désire dans le morceau cité, c'est que rien d'hu' main n'est parfait, et qu'il n'existe pas de pouvoir qui n'ait jamais abusé de ses forces. Mais si, comme l'exigent la justice et la droite raison, on fait abstraction de ces anomalies inévitables , il se trouve que les Papes ont en effet réprimé les souverains, protégé les peuples^ apaisé les querelles temporelles par une sage intervention , averti les rois et les peuples de leurs devoirs, et frappé d'anathèmes les grands attentats qu'ils n^ avaient pu prévenir.
On peut juger maintenant l'incroyable ridicule de Voltaire , qui nous dira gravement dans le même volume , et à quatre chapitres seulement de distance : « Ces querelles « (de l'empire et du sacerdoce) sont la suite nécessaire « de la forme de gouvernement la plus absurde à laquelle « les hommes se soient jamais soumis : cette absurdité « consiste à dépendre d'un étranger. »
Comment donc , Voltaire ! vous venez de vous réfuter d'avance et de soutenir précisément le contraire. Vous avez dit que a cette puissance étrangère était réclamée a hautement par l'intérêt du genre humain ; les peuples, « privés d'un protecteur étranger^ ne trouvant chez eux, « pour tout appui , que des mœurs souvent corrompues « et des lois souvent méprisées ^ »
Ainsi, ce même pouvoir qui est au chapitre LX^ ce qu'on peut imaginer de plus désirable et déplus précieux, devient au chapitre LXV® ce qu'on n'a jamais vu de plus absurde
(1) Voll. Essai, elç. loin. Il, ch. LXV,
Tel est Vollaire, le plus méprisable des écrivains lorsqu'on ne le considère que sous le point de vue moral ; et par cette raison même, le meilleur témoin pour ia vcrilé , lorsc^u'il lui rend hommage par distraction.
C'était donc une idée tout à fait plausible que celle d'une influence modérée des Souverains Pontifes sur les actes des princes. L'empereur d'Allemagne, même smis état, a pu jouir d'une juridiction légitime sur tous les princes formant l'association germanique : pourquoi le Pape ne pourrait-il pas de même avoir une certaine juridiction sur tous les princes de la chrétienté? 11 n'y avait là certainement rien de contraire à la nature des choses, qui n'exclut aucune forme d'association politique : si cette puissance n'est pas établie, je ne dis pas qu'on doive l'établir ou la rétablir , c'est de quoi je n'ai cessé de protesteisolennellement ; je dis seulement, en me rapportant aux temps anciens , que si elle est établie , elle sera légitime comme toute autre , aucune puissance n'ayant d'autre fondement que la possession. La théorie et les faits se trouvent donc d'accord sur ce point.
Permis à Voltaire d'appeler le Pape un étranger , c'est une de ses super ficialitès ordinaires. Le Pape , en sa qualité de prince temporel , est sans doute , comme tous les autres , étranger hors de ses états ; mais comme Souverain Pontife , il n'est étranger nulle part dans l'Eglise catholique, pas plus que le roi de France ne l'est à Lyon ou à Bordeaux.
R y avait des moments bien honorables pour la cour de Rome , c'est encore Voltaire qui parle. Si les Papes avaient toujours îisc ainsi de leur autorité , ils eussent été ks législateurs de V Europe * .
(1) Volt. Essai, etc. loia, îî, ch. LX.
Or, c'est uu fait aiieslé par riiisloiie entière de ces temps reculés , que les Papes ont usé sagement et juste- (iicnt de leur autorité, assez souvent pour être les Ugislaleiirs de V Europe ; et c'est tout ce qu'il faut.
Les abus ne signifient rien; car , « malgré tous les trou- « blés et tous les scandales , il y eut toujours , dais les « riis de l'Eglise romaine , plus de décence , plus de gi-a- « vite qu'ailleurs; l'on sentait que cette Eglise, quand « ELLE ÉTAIT LiBiŒ ' ct bicu gouvcruéc , était faite pour « donner des leçons aux autres "^. Et dans l'opinion des « peuples , un Evéque de Rome était (juelquc chose de « plus saint que tout autre Evéque^. »
Mais d'où venait donc cette opinion universelle qui avait fait du Pape un être plus qu'humain , dont le pouvoir purement spirituel faisait tout plier devant lui? II faut être absolument aveugle pour ne pas voir que rétablissement d'une telle puissance était nécessairement impossible ou divin.
Je ne terminerai point ce cliapitre sans faire une observation sur laquelle il me semble qu'on n'a point assez insisté : c'est que les plus grands actes de l'autorité qu'on puisse citer de la part des Papes agissant sur le pouvoir temporel , attaquaient toujom's une souveraineté élective , c'est-à-dire mie demi-souveraineté à laquelle on avait sans doute le droit de demander compte , et que même on pouvait déposer s'il lui arrivait de malverser à un certain point.
(1) C'est un grand mot ! A cerlains prïnces qui se plaignaient de cerisiiuâ Papes, on aurait pu dire : S'ils /je sont pas aussi boas qu'ils <<«• (ratent l'être, c'est parce que vous les avez fait*.
(2) Volt. Essai , tom. II, cliap. XLV.
(3) Le même, ibid. tom. III, ch. CXXI.
Voltaire a fort bien remarqué que Véhclion suppose nécessairement un contrat entre le roi et la nation' ; en sorte que le roi électif peut toujours être pris à partie et être jugé, il manque toujours de ce caractèie sacré qui est l'ouvrag-ii du temps ; car l'honnnc ne respecte réellement rien de ce ({tt'il a fait lui-même. Il se rend justice en méprisant scii œuvres , jusqu'à ce que Dieu les ait sanctionnées par I(^ temps. La souveraiiKHé étant donc en général fort mal comprise et fort mal assurée dans le moyen âge , la souveraineté élective en particulier n'avait guère d'autre consistance que celle que lui donnaient les qualités personnelles du souverain : qu'on ne s'étonne donc point qu'elle ait été si souvent attaquée , transporico ou renversée. Les ambassadeurs de saint Louis disaient franchement à l'empereur Frédéric II, en 1239 : « Nous croyons que le roi de « France, notre maître, qui ne doit le sceptre des Fran- « çais qu'à sa naissance, est au-dessus d'un empereur « quelconque qu'une élection libre a seule porté sur le « trône ^. »
Cette profession de foi était très-raisonnable. Lors donc que nous voyons les empereurs aux prises avec les Papes et les électeurs , il ne faut pas nous en étonner ; ceux-ci usaient de leur droit , et renvoyaient les empereurs toui simplement , parce qiCils n'en étaient pas contents. Aussi lard que le commencement du XV® siècle , ne voyons-nous pas encore l'empereur Venceslas légalement déposé comme négligent, inutile, dissipateur et indigne^? Et mêoie si
(1) Vollaire, Essai sur les mœurs, elc, tom. ÎII, rhap. CXXL
(2) Crediinus dominum noslrum regera GaTliœ qucm linea regii sangiii- «is provexitaJ sceplra Francorum regenda, excellentiorem essealiquo imjioralore quein sola ulcctio provehil voluniaria. (Maimbourg, ad A. 1239.]
(3) Ces cpillii.K's ctui-niraibies pour le buiureùu de saiiH fianyèpomu-
Ton fait abstraction de l'éligibilité qui donne , comme je l'observais tout à riieure , plus de i)risc sur la souveraineté , on [n'avait point encore mis en question alors si le souverain ne peut être jugé pour aucune cause. Le même siècle vit déposer solennellement, outre l'empereur Venceslas, deux rois d'Angleterre, Edouard II et Richard II, et le Pape Jean XXIII, tous quatre jugés et condamnés avec les formalités juridiques; et la régente de Hongrie fut condamnée à mort*.
Aucune puissance souveraine quelconque ne peut se soustraire à ime certaine résistance. Ce pouvoir réprimant pourra changer de nom, d'attributions et de situation; mais toujours il existera.
Que si cette résistance fait verser du sang , c'est un inconvénient semblable à celui des inondations et des incendies qui Réprouvent nullement qu'il faille supprimer l'eau ni le feu.
A-t-on observé que le choc des deux puissances qu'on nomme si mal à propos la guerre de Vempire et du sacerdoce^ n'a jamais franchi les bornes de l'Italie et de l'Allemagne , du moins quant à ses grands effets , je veux dire le renveisement et le changement des souverainetés. Plusieurs princes sans doute furent excommuniés jadis ; mais quels étaient en effet les résultats de ces grands jugements? Le souverain entendait raison ou avait l'air de l'entendre : il s'abstenait pour le moment d'une guerre criminelle; il renvoyait sa maîtresse pour la forme; quelquefois cependant la femme reprenait ses droits. Des puis-
er?» ,* maïs si le Pape avait eu alors le pouvoir dVff rayer Venceslas, celuici serait mort sur sou trône, et serait mort moins coupable.
(1) Voltaire a fait cçiie observation. Essai sur les mœurs, etc. tom. II sh. LXVi et LXXXV.
'io'7 sances amios, d(^s pcraomingcs iinportaiits et mnJcivs s'interposaient ; et le Pape , à son tour , sT! avait été ou trop sévère ou trop liaiif , prêtait rorcille aux remontrances de !a sagesse. Où sont les rois de France, d'Espagne, d'Angleterre , de Suède , de Danemarck , déposés efficacement par les Papes? Tout se réduit à des menaces et à des traités; et il serait aisé de citer des exemples où les Souverains Pontifes furent les dupes de leur condescendance. La véritable lutte eut toujours lieu en Italie et en Allemagne. Pourquoi ? parce que les circonstances politiques firent tout , et que la Religion n'y entrait pour rien. Toutes les dissensions, tous les maux partaient d'une souveraineté mal constituée et de l'ignorance de tous les principes. Le prince électif jouit toujours en usufruitier, il ne pense qu'à lui , parce que l'état ne lui appartient ([uc par les jouissances du moment. Presque toujours il est étranger au véritable esprit royal ; et le caractère sacré , ^peint et non (jravè sur son front , résiste peu aux moindres frottements. Frédéric II avait fait décider par ses jurisconsultes , et sous la présidence du fameux Barthole , qu'il avait succédé , lui Frédéric j à tous les droits des empereurs romains , et qu'en cette qualité, il était maître de tout le monde connu. Ce n'était pas le compte de l'Italie , et le Pape , quand on l'aurait considéré seulement comme premier électeur , avait bien quelque droit de se mêler de cette étrange jurisprudence. Il ne s'agit pas , au reste , de savoir si les Papes ont été des hommes , et s'ils ne se sont jamais trompés ; mais s'il y a eu , compensation faite , sur le trône qu'ils ont occupé , pins de sagesse , plus de science et plus de vertu que sur tout outre : or, sur ce point , le doute même n'est pas permis.
GHAPITBE X.