‹ Du page. 18. éd. seule conforme à celle de 1821, augm. de lettres inédites de l'auteur, de notes et d'une table analytiqueChapitre 57 sur 83 · VIE · texte numérisé non relu

VIE

En voilà plus que je n'aurais osé en dire d'api^s mes propres observations; car il m'en coûte beaucoup d'écrire, même en récriminant^ une seule ligne désobligeante; mais je crois que c'est un devoir de montrer l'opinion dans tout son jour. J'honore sincèrement les ministres du saint Evangile , qui portent un très-beau titre. Je sais même qu'un prêtre n'est rien s'il n'est pas ministre du saint Evangile ; mais celui-ci à son tour n'est rien s il n'est pas prêtre. Qu'il écoute donc sans aigreur la vérité qui lui est dite non pas seulement sans aigreur, mais avec amour : Tout corps enseignant , dès qu'il li! est plus permis de croire à sa bonne foi, tombe nécessairement, dans V opinion même de son propre parti ; et le dédain , la défiance, l'éloignement , augmentent en raison directe de l'importance morale de l'enseignement. Si l'ecclésiastique protestant est plus considéré et moins étranger à la société que le clergé des Eglises seulement schismati{{ues, c'est qu'il est moins prêtre ; la dégradation étant proportionnelle à Vintensitèàw caractère sacerdotal.

Il ne s'agit donc pas de se louer vainement soi-même , ou de se préférer encore plus vainement à d'autres; il faut entendre la vérité et lui rendre hommage.

Rousseau n'écrivait-iî pas à une dame française : « J'aime « naturellement votre clergé autant que je hais le nôtre, a J'ai beaucoup d'amis parmi le clergé de France , etc^.»

(1) Sar le vrai caractère du prèlre ërang^ique , par le professeur Marheinexe , à Heidelberg , imprimé dans le mus^e patriotique des Allemands , à Hambourg. — Je n'ai pu lire qu'une traduction française de cet ouvrage , en janvier 1812 ; mais elle m'a éié donnée pour Irès-fidèlo par un homme que je dois croire très-fidèle.

(2) Lettres de J. J. Rousseau, in-8. tom. II, p. 201.

Il est encore plus aimable dans ses Lcllres de la Montagne , où il nous foit confidence « que les ministres ne « savent plus ce qu'ils croient , ni ce qu'ils veulent , ni ce « qu'ils disent; qu'on ne sait pas même ce qu'ils font « semblant de croire , et que l'intérêt décide seul de leur « foi ' . »

Le célèbre helléniste, M. Fréd. Aug. Wolff, remarque avec une rare sagesse , dans ses prolégomènes sur Homère, « qu'un livre étant une fois consacré par l'usage public , la « vénération nous empêche d'y voir des choses absurdes « ou ridicules ; qu'on adoucit donc et qu'on embellit pnr « des interprétations convenables, tout ce qui ne para't. « pas supportable à la raison particulière ; que plus on « met de finesse et de science dans ces sortes d'explications, « et plus on est censé servir la Religion ; que loueurs on « en a usé ainsi à l'égard des livres qui passent pour sa- « crés; et que si l'on s'y détermine pour rendre le livre « utile à la masse du peuple , on ne saurait voir rien de « répréhensible dans cette mesure ^. »

Ce passage est un bon commentaire de celui de Rousseau, et dévoile en plein le secret de l'enseignement protestant. On ferait un livre de ces sortes de textes; et par une conséquence inévitable , on en ferait un autre des témoignages de fi'oideur ou de mépris distribués à l'ordre ecclésiastique par les différents souverains protestants.

L'un décide « qu'il a jugé à propos de faire composer « une nouvelle liturgie plus conforme à l'enseignement « pur de la Religion , à l'édification publique et à l'esprit a du siècle actuel;. et que plusieurs motifs l'ont déKïr-

(1) Lelt. de J. J. Rousseau , Ile lellre de la Montagne.

(2) Frid. Aug. Wolfii Prolegomena in Homeruni — Ilulià Saxonura. 1795 , lom. I , n. 36 , p. clxiij.

tt inlnê à ne point souflVir ([uc les ecclésiastiques se mêlent « aucunemeut de la rédaction de ces formules litur!j;i- « ques* .»

Un autre défend à tous les niinistrcs et prédicateurs de ses états , d'employer la formule Que le Seigneur vous bénisse , ctc» « attendu , dit le prince, que les ecclésiastiques « ont besoin eux-mêmes de la bénédiction divine, et qu'il « y a de l'arrogance de la part d'un mortel de vouloir a parler au nom do la Providence^ . »

Quel sacerdoce et quelle opinion ! Je l'ai étudiée , cette opinion , dans les livres , dans les conversations , dans les actes de la souveraineté; et toujours je l'ai trouvée invariablement ennemie de l'ordre ecclésiastique. Je puis même ajouter (et Dieu sait que je dis la vérité) que mille et mille fois en contemplant ces ministres, illégitimes sans doute et justement frappés, mais cependant moins rebelles eux-mêmes qu'enfant de rebelles, et victimes de ces préjugés tyranniques

Que pcut-ciro en nos cœurs Dieu seul peut effacer ;

je voyais dans le mien un intérêt tendre, une tristesse fraternelle , une compassion pleine de délicatesse et de lévérence , enfin je ne sais quel sentiment indéfmissable que je ne trouvais pas à beaucoup près chez leurs propres frères. Si les écrivains que j'ai cités au commencement de cet

(1) Journal de Paris , me.rereJi21 décembre 1808, n, 556, p. 2573 — Il faut l'avouer, c'est un singulier speclacle que celui de 1 orJie ecclcsiaslinue ddclaré incapable de se mêler des affaires ecclt^siastlques.

(2) Journal de l'Empire, du 17 octobre 1809 , p. 4, (sous la rubrique de Francfort, du 11 octobre.) Par la mèuac raison, un pcro serait un arrogant s'il s'avisait de bëni'r son fils ! Quelle force de raisonnomenl 1 Mais tout cela n'est qu'une chicane faite au clergé qu'où ■ diiue j^iai.

article , s'étaient contentés d'affirmer que le clergé catholique aurait probablement évité de grands malheurs , s'il avait été plus pénétré des devoirs de son étatj je doute qu'ils eussent trouvé des contradicteurs parmi ce clergé môme ; car nul prêtre catholique ne se trouve au niveau de ses sublimes fonctions; toujours il croira qu'il lui manque quelque chose : mais en passant condamnation sur quelques relâchements , fruits inévitables d'une longue paix, il n'en est pas moins vrai que le clergé catholique demeure sans comparaison hors de pair pour la conduite comme pour la considération qui en est la suite. Cette considération est même si frappante, qu'elle ne peut être mise en question que par un aveuglement volontaire.

Il est heureux sans doute que l'expérience la plus magnifique soit venue de nos jours à l'appui d'une théorie incontestable en elle-même; et qu'après avoir démontré ce qui doit être , je puisse encore montrer ce qui est. Le clergé français, dispersé chez toutes les nations étrangères, quel spectacle n'a-t-il pas donné au monde ? A l'aspect de ses vertus , que deviennent toutes les déclamations ennemies? Le prêtre français, libre de toute autorité, environné de séductions , souvent dans toute la force do l'ags et des passions , poussé chez des nations étrangères à son austère discipline, et qui auraient applaudi à ce que nous aurions appelé des crimes , est cependant demeuré invariablement fidèle à ses vœux. Quelle force l'a donc soutenu , et comment s'est-il montré constamment au-dessus des faiblesses de l'humanité? Il a conquis surtout l'estime de l'Angleterre , très-juste appréciatrice des talents et des vertus , comme elle eût été l'inexorable délatrice des moindres faiblesses. L'homme qui se présente pour entrer dans une maison anglaise, à titre de médecin, dechinu-

gien , d'inslilutcur , etc. , uc passe pas le seuil , s'il est célibaiairc. Une prudence ombrageuse se défie de tout homme dont les désii's n'ont pas d'objet fixe et légal. 0« dirait qu'elle ne croit pas à la résistance , tant elle redoute l'attaque. Le prêtre seul a pu éclui])per à cette soupçonneuse délicatesse : il est cuué dans les maisons anglaises en vertu de ce même litre qui en aurait exclu d'autres hommes. Une opinion rancuncuse , âgée de trois siècles , n'a pu s'empôchcr de croire à la sainteté du célibat religieux. La défiance s'est tranquillisée devant le caractère sacerdotal, et tel Anglais peut-être qui avait souvent parlé ou écrit d'après ses préjugés contre le célibat ecclésiastique , voyait sans crainte sa femme ou sa fille recevoir les leçons d'un prêtre catholique : tant la conscience est infaillible ! tant elle s'embarrasse peu de ce que l'esprit imagine ou de ce que la bouche dit !

Les femmes même , vouées à ce môme célibat , ont participé à la môme gloire. Combien le philosophisme n'avaitil pas déclamé contre les vœux forcés et les victimes du cloître * / Et cependant lorsqu'une assemblée de fous qui faisaient ce qu'ils pouvaient pour être des coquins ' , se

(1) Ces folles d^clamalions so trouvent , comme on sait , réunies et pour ainsi dire condensées dans la Mélanie de La Harpe. En vain l'auteur, depuis son retour à la vérité , 6t les plus vives instances pour que sa pièce fût ôt^e du répertoire ; on s'y refusa obstinément, et ce défaut de délicatesse fait tort à la nation française bien plus qu'elle ne le pense. Ce n'est rien, dira-t-elle. C'est beaucoup. Cet exemple se joint à la nouvelle édition de Voltaire , à l'estampe de Zambri , dans la Bible de Saci , avec figures ; à la sléréolypie de Jeanne d'Arc , invariablement annoncée dans tous les catalogues , avec le Discours sur l'Histoire universelle, el les Oraisons funèbres de Bossuel, etc. , etc.

(2) Douces expressions de Burke , dans sa fameuse lettre au duc de Bidforl, en j^àïhni de l'assemblée constituante, sur iaijutllB au uioius

donna le plaisir sacrilège de déclarer les vœux illégitimes et d'ouvrir les cloîtres , il fallut payer je ne sais quelle effrontée du peuple , pour venir à la barre de l'assemblée jouer la Religieuse affranchie.

Les vestales françaises déployèrent l'intrépidité des prêtres , dans les prisons et sur les échafauds ; et celles que la tempête révolutionnaire avait dispersées chez les nations étrangères et jusqu'en Amérique , loin de céder aux séductions les plus dangereuses , ont fait admirer de tous côtés l'amour de leur état , le respect pour leurs vœux et le libre exercice de toutes les vertus.

Elle a péri cette sainte, cette noble Eglise gallicane! elle a péri ; et nous en serions inconsolables , si le Seigneur ne nous avait laissé un germe * .

La haute noblesse du clergé catholique est due toute entière au célibat; et cette institution sévère étant uniquement l'ouvrage des Papes secrètement animés et conduits par un esprit sur lequel la conscience ne saurait se tromper , toute la gloire remonte à eux; et ils doivent être cou. sidérés , par tous les juges compétents , comme les véritables instituteurs du sacerdoce ^ .

tout le monde a bien le droit de dire , en parodiant un poète français de quel({ue me'rite littéraire :

. L'histoire menaçanU

Gravant sur les débris le nom Constituante ;

Lui laisse , pour flétrir sa mémoire cruelle Dans ce nom glorieux une honlo éternelle.

[Esménard] (Navigation, ch. V!.)

(1) Nisi Dominus .... reliquisset nobis semen. (Isaï. I, 9.)

(2) [A ces considérations de J. de Maistre, nous joindrons le témoignage d'un homme qui, dans une circonstance récente, s'eçt place' avec <clat hors des rangs du cathoUi^tu^-

« Certes, dit M. Micholet ' , ce n'est pus moi qai parlerai contre in Waiiage ; cette vie aussi a sa saintet(?. Toutefois, ce virginal liymen du prêtre et del'Eglise n'eU-il pas quelque peu troublé par un hymen moins pur? Se souviendra-l-i! du peuple qu'il a adopta s(!lon l'cspril, celui à qui la nature donne des enfants selon la chair? La paternité mystique liendra-l-elle contre l'autre ? Le prêtre pourrait se priver pour donner aux autres, mais il ne privera point ses enfants. Et quand il rdsisteruil , quand le prêtre vaincrait le père , quand il accomplirait toutes les œuvres du sacerdoce , je craindrais encore qu'il n'en conservât pas l'esprit. Non , il y a dans le plus saint mariage , il y a dans la femme et dans la famille quelquo chose de mou et d'e'nervant qui brise le fer et fléchit l'acier. Le plus ferme cœur y perd quelque chose de soi. C'était plus qu'un homme , ce n'est plus qu'un homme.

« Et cette poésie de la solitude, ces mâles volupti^s de l'abstinence, cette plénitude de charité et de vie , où l'âme embrasse Dieu et le monde, ne croyez pas qu'elle subsiste entière au lit conjugal. Sans doute , il y a aussi une émotion pieuse quand on se réveille et qu'on voit , d'une part , le petit berceau de ses enfants , et sur l'oreiller , à côté de soi , la chère et respectable tête de leur mère endormie. Mais que sont devenus les méditations solitaires , les rêves mystérieux , les sublimes orages où combattaient en nous Dieu et l'homme? Celui qui n'a jamais veillé dans les pleurs , qui n'a jamais trempé son lit de larmes , celui-là ne vous connaît pas, ô puissance céleste ! » (Goethe, WHhemmeisler. )

Maintenant voici un voyageur catholique apprenant sur un terrain désolé quels seraient les merveilleux effets de l'anéantissement du célibat ecclésiastique :

« Une différence essentielle distingue le sacerdoce arménien : c'est la faculté donnée , ou même le devoir imposé au simple prêtre de contracter mariage. Tous les Derders , qui forment la c'asse des desservants , correspondante chez nous à celle des vicaires et des curés , ont leur Erctoguin ; tel est le nom que porte l'épouse du prêtre. En comparant , même sous le seul rapport temporel , cette portion du clergé avec la nôtre, j'ai pensé mille fois que la meilleure réponse aux contradicteurs et aux ennemis du célibat des prêtres serait de leur peindre en quelques traits la condition d'un prêtre marié , dans l'Orient. Il est bien facile à nos discoureurs d'argumenter spécieusement contre le règlement le plus louable de la discipline catholique , parce qu'ils jugent les choses du point de vue de

(I) Hist. deFiancc\, tom. ii , pajj. 408.

la France , cl qu'ils sonl habilui^s à avoir sous les yeux l'exemple d'un clergé instruit , zéïé et d'une conduite régulière. Ils s'imaginent imprudemment que le mariage serait comme un complément de ces qualités , en ajoutant seulement au caractère sacerdotal le mérite d'une utilité sociale, selon le langage commun des économistes. Ils no savent pas qu'alors le prêtre deviendrait , avec sa femme , ses enfants et toutes les ne'cessilés de la famille , un pesant fardeau à la sociél(5, au lieu de l'allJger cl de la ser- ^ vir par le sacrifice continuel et entier de sa personne , libre de toute entrave terrestre et de tous les liens do la chair, il serait continuellement retenu parles considérations de l'intérêt privé ; cl, s'il ne pensait pas à lui-même , il ne pourrait oublier du moins ceux dont la Providence ou la nature l'aurait chargé. •...,.

o Qu'on ne nous objecte point ici l'exemple des communions protestantes : il n'y a là aucune parité. Le protestantisme, comme d'habiles controversistes l'ont prouvé, ne peut avoir de culte , et se résume toujours forcément dans le déisme. Le pasteur est un homme dont toutes les fonctions se bornent à venir une fois la semaine au lieu du prêche faire une lecture , que chacun peut faire également chez soi , et donner des explications du sens spirituel et littéral, que chacun est libre d'accepter ou dv, repousser. Il n'y a donc pas là de ministère , et le Sacerdoce est une place de lecteur , plus commode à reinp'iir que celle de maire , et aussi plus avantageuse.

« Les comiiuinioiis ehrélienàes de l'Orient sont scliismaliques et mêmi: hérétiques ; mais la pratique des devoirs qui consliluont pour le prêtre la partie active du ministère , quelque altérée qu'elle soit , subsiste toujours. On doit même dire qiio la cause de cette altéralic a est le mariage , qui contraint le pauvre Derder à travailler des mains , pour faire subsister sa famille. En effet , après avoir récite les matines , au lever de l'aube , il va mettre la main à la charrue^ ou paître son bétail , lorsqu'il n'est pas occupé d'autres soins domestiques , jusqu'à l'heure de vêpres , qu'il chante au coucher du soleil , et qui composent la seconde partie obligatoire de son bréviaire. Il manque donc du temps et des moyens d'étudier. Comment ensuiîe pourrait-il instruire ses ouailles? Aussi semble-t-il s'être résigné à la nécessité humiliante de son ignorance , en abandonnant la lecture et i'iuslruction aux docteurs et aux vartabeds, lesquels vivent dans le célibat , ainsi que tous les autres supérieurs ecclésiastiques. Nouvelle preuve de la justesse et de l'utilité de nos règlements , puisque la même église qui ssJoriss le mariage reconnaît aussi que le prêtre élevé, intelligent et modèle doit vivre dans la continence. Les Derders , il faut l'avouer, ne sonl que les premiers valets de ceux-ci, qui les traitent avec

tan( (le liautcur qu'ils ne leur jieiuiottcnt jamuis de s'asseoir en leur prc'sence. « Conamcnl pourrais-jo lire et dliidicr , me disait un jour un do « CCS desserrants , à qui je reprochais son peu de connaissance de sa « langue el do sa liturgie? Co n'est pas la coutume , cl, si je le faisais , (( les vartabcds s'en fàclieraient coinmo d'uuo usur^iation. u Que de fois j'ai secrètement gdmi sur la dégradation du celte classe de prèlrc» quu leurs haillons seuls distiagueat des autres paysans et qui s'empressent do rendre aux voyageurs les offices les plus servile.î, pour avoir droit, au dëpart , de tendre la main et de réclamer leur Bakchiche • / »

Considéra tioDS politiques. Population.

L*erreiir redoublant toujours de force en raison de l'imiwriance des vérités qu'elle attaque , elle s'est épuisée contre le célibat religieux ; et après l'avoir attaqué sous le rapport des mœurs , elle n'a pas manqué de le citer au tribunal de la politique , comme contraire à la population. Warburton a dit « que la loi qui sanctifie le célibat est « PAR ESSENCE destructive des élals^ , » et Rousseau , après en avoir parlé dans une note dont il a orné son Héloïse , avec le ton et la science d'un corps de garde , observcailleurs , « que, pour savoir à quoi s'en tenir sur la loi du « célibat , il suffit d^ observer que si elle était géné'alisée, « elle détruirait le genre humain '^. »

(1) Eugène Bore. Correspondance et Me'moires d'un Voyageur en Orient , tom. n, pag. 1002.

(2) Divine légation of Moses. E. ïï , sect. V.

(3) Rousseau. (Lettre à l'Arch. ) Il ne tiendrait qu'à mo! de produire un argument de la même force. Le voici dans les formes : Toule pratique qui tend par sa généralisation à détruire un corps organique quelconque , est mauvaise pour ce corps. Or , la taille des arbres , si ou l'exerce sur toutes les branches , détruit la fructification , et mêtn» l'arbre. Donc , la taille det arbres fruitiers est mauvaise . et ne doit jamais être employée.

Ces deux aveugles peuvent l'eprêsentcr lous les aulrcs. On avait répondu sans doute à tous ces sophistes d'une manière victorieuse. Déjà Bacon , malgré les préjugés de temps et de secte, nous avait fait penser à quelques avantages signalés du célibat ^ Déjà les économistes avaient soutenu et assez bien prouvé que le législateur devait ne jamais s'occuper directement de la population , mais seulement des subsistances , et du reste nous laisser faire. Déjà plusieurs écrivains appartenant au clergé, avaient fort bien repoussé les traits lancés contre leur ordre sous le rapport de la population ; mais c'est une singularité piquante , que cette force cachée qui se joue dans l'univers , se soit servie d'une plume protestante , pour nous pi'ésenter la démonstration rigoureuse d'une vérité, tant et si mal à propos contestée.

Je veux parler de M. Malthus dont le profond ouvrage sur le Principe de la population est un de ces livres rares après lesquels tout le monde est dispensé de traiter le même sujet. Personne , avant lui , n'avait , je pense , clairement et complètement prouvé cette grande loi temporelle de la Providence : « Que non-seulement tout « homme n'est pas né pour se marier et se reproduire ; « mais que dans tout état bien ordonné , il faut qu'il y « ait une loi , un principe , une force quelconque qui *i s'oppose à la muUipIicaiion des mariages. » M. Malthus

{^ Diderot , dans ses Pens(?es philosophiques . VI , a fait le même argument que Rousseau , -vieille et niaise objeelion déjà lofulée par saint Jdiôme , dans son traite contre Jovinianus, liv. I, 177, édit. Martiaiuiy. <x SI lous sont philosophes, il n'y aura pas d'ayricuUours . pas d'orateurs, pas de juriscousullej. Si lous scr.l princes, qui doi!c sera soldat? etc. » ]

(1) Scrmoues fidèles, sive inierior.i reiuiïi. {C Yiii , df in!')l. r; cœlib. 0pp. loui. S , iu-8 , pag. 20. )

obscivc que ruccroîssement des moyens de subsistance , dans la supposilion la plus favorable , étant inférieur à celui de la population dans l'énorme proportion respective des deux progressions, Tune arithmétique et l'autre géométrique, il s'ensuit que l'Etat, en \criu de cette disproportion , est tenu dans un état continuel de danger , si la population est abandonnée à elle-même : ce qui nécessite la force réprimante dont je viens de parler.

Les doctes réviseurs d'Edimbourg ont rendu un plci.i hommage à cette vérité. « L'histoire ancienne, disent-ils , « et l'histoire moderne présentent des exemples sans « nombre de la misère produite par l'oubli de cette sage « abstinence {par rapport au mariage), et pas un seul « exemple qu'elle ait produit , par une trop grande m- « fluence , le moindre inconvénient dans l'état * . »

Mais le nombre des mariages ne peut élre restreint dans l'état qu'en trois manières : par le vice, par la violence ou par la morale. Les deux premiers moyens ne pouvant se présenter à l'esprit d'un législateur, d ne reste donc que le troisième, c'est-à-dire qu'il faut qu il y ait dans Tétat un principe moral qui tende constamment a restreindre le nombre des mariages. Mais celte restreinte morale, commcVappellefort àproposM.Malihus, nesaurait être, ainsi qu'il l'avoue lui-même , que tràs-d: tellement établie. Il propose, pour arriver au but désire, certaines écoles morales où l'on instruirait le peuple sur ce point intéressant : mais c'est la fable du grelot; il s'agit de l'attaclier. Allez proposer au jeune homme biulant

(1) We see countless exor.ples of ihe miscry rrofînccd by ihe ncglc.l of ihis prudenlial abstinence . and no instance of th. siighest i-onven.ence from his excessiye iaflucuce. (Edimb. Reyiew. August. 1810, n, XXVIS, vas. 475. )

d'amour et de désirs , de s'nbstonîr an mariage , sans cesser (Vêtrc sage, pour maintenir l'cquilibre onirc la population et les subsistances ; vous serez bien reçu L'Eglise ( c'est-à-dire le Souverain Pontife ) a , par sa loi du célibat ecclésiastique , résolu le problème avec toute la perfection que les choses humaines peuvent comporter , puisque la restreinte catholique est non-seulement morale, mais divine, et que l'Eglise l'appuie sur des motifs si sublimes, sur des moyens si efficaces, sur des menaces si terribles , qu'il n'est pas au pouvoir de l'esprit humain d'imaginer rien d'égal ou d'approchant ^

Il ne reste donc plus le moindre doute sur l'excellence du célibat religieux et sur la futilité des raisonnements par lesquels on a voulu l'attaquer politiquement. Néanmoins, il est possible encore d'envisager la question sous un aspect tout nouveau , et de la résoudre par un argument plus convaincant peut-être, en ce qu'il attaque l'intelligence par un certain côté plus accessible à la persuasion.

Lorsque chaque mariage donne l'un dans l'autre trois

(i) La conséquence du principe posé par M, !\Iaithus est si ^videnle qu'il est permis à tout le inonde de s'étonner qu'il ait refusé de la lir^ r expressément, et que son savant traducteur, M. Prévôt, de Genève , ail partagé la même rélicence. En réSéchissant sur ccUc restreinte protestante , j'ai cru d'abord qu'il ne fallait pas en chercher d'autrt explicalion que celle qui résulte de la force des préjugés, el surtout des préjngés anciens qui ne nous permettent guère de revenir sur les dogmes de notre jeunesse , et de savoir , comme dit Horace ,

EoDgir à sciïante ans An m qu'on crnt à quiiue.

Mais je n'ai pas tardé de concevoir une idée beaucoup plus satisfaisante : c'est que deux excellents esprits voyant que la conséquence élaiS claire et inévitable , se sont contentés de poser le principe , pour évitef toutes querelles avec les préjugés dont ils se sentaient environnés.

enfants à l'cinija population n'est gnèroqac slatîonrtairo; car il en faut deux pour représenter le père et la mère ; et la moitié des enfants qui naissent meurt avant la deuxième année. Si Ton retranche encore du surplus tous ceux qui doivent mourir avant l'âge de la reproduction, on voit que le reste est peu de chose. Il faut donc c[uaire enfants pour que la population devienne croissante , ei c'est un état de prospérité. Or . il ne faut jamais perdre de vue qu'il n'existe pas de véritable prêtre , dont la sage Gt puissante influence n*ait donné peut-être cent sujets à l'état; car l'action qu'il exerce sur ce point n'est jamais suspendue , et sa force est sans mesure ; en sorte qu'il n'y a rien de si fécond que la stérilité du prôti'e ; la source intarissable de la population , je ne dis pas d'une populaiioii précaire, misérable et même dangereuse pour l'élaî, mais d'une population saine, opulente et disponible , c'est îa continence dans le célibat , et la chasteté dans le mariage. L'amour accouple ; c'est la vertu qui peuple. Platon n'a-t-il pas dit : «Rendons les mariages aussi avanta- « geux à l'état qu'il est possible , et souvenons- nous que « les plus saints sont les plus avantageux ^ » Or, ce qui n'était alors qu'un beau rêve, est devenu do nos jours l'état habituel de toute société humaine qui a reçu la loi divine dans toute' sa plénitude; c'est-à-dire qu'il s'y trouve une force cachée , mais puissante au delà de toute expression , qui ne sommeille pas un instant , et qui travaille sans relâche à la sanctification , c'est-à-dire à la fécondation des mariages. Toutes les religions du monde, sans excepter même le christianisme séparé , s'arrêtent à

(1) Plat. deRep. lib. V. 0pp. tom. VII, edit. Bipcnt. pag. 22, Après ce beau passage de pure théorie, lisez pour la pratique IVpigramcie de Martial .' Uxor, vade fsrns.ele. , etc. [ Epigr. XI, lOi. ]

la porle de la chambre nupiialc. Une seule religion cnlr« avec les époux cl veille sur eux sans relâche. Un voilai épais couvre son action ; mais il suffit de savoir ce qu'elle est , pour savoir ce qu'elle fait. Une irès-grande partie de son immense pouvoir est dévolue entièrement à la législation des mariages. Ce qu'elle obtient dans ce genre n'est connu que de ce petit nombre d'hommes qui peuvent, qui savent et qui veulent absolument savoir. Or, dire du minisire célibataire de celte sainte puissance , qit'il nuit à la population y c'est dire que l'eau nuit à la végétation , parce que ni le froment ni la vigne ne croissent dans l'eau. Parmi les lettres de saint François de Sales , on trouve celle d'une femme de qualité , qui l'interroge Tpour ssixo'ir si elle peut en conscience refuser d'être épouse en certains jour s solennels qiCelle aurait voulu n'être qu'une sainte. L'Evêque répond et montre les lois du saint lit conjugal. 3e transcrirais cette lettre, si je ne craignais le vice avec son vilain rire qui est insupportable^.

Ainsi donc , le célibat ecclésiastique étant doublement utile à la population, et comme restreinte morale sans corruption , et comme principe fécondateur sans interruption ni limites, il s'ensuit qu'il est impossible d'imaginer une institution plus avantageuse politiquement , et que tous les souverains de l'univers devraient l'adopter indépendamment de toute autre considération, comme simple mesure de gouvernement.

Salut et honneur éternel à Grégoire VII et à ses suc-

(1) On peut voir la morale sévère de Fenefon , sur ce point capilul , ( OEuvres spirit. in-12 , tom, III. Du mariage, n. 26; et colle da Slme Guyon, dans une lettre qu'elle écrit à un militaire de ses ami?. — Lettres chrf^t. et spirit. de ]\l™e Guyon , tom. II, XXXIV de ses OEuvres. Londres , ;n-12, 1768, lettre XVï , paj;. 45. )

SCO cesseurs qui ont maintenu l'intégrité du sacerdoce contre tous les sophismes de la nature , de l'exemple et de l'hérésie I

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