‹ Du page. 18. éd. seule conforme à celle de 1821, augm. de lettres inédites de l'auteur, de notes et d'une table analytiqueChapitre 56 sur 83 · Ii · texte numérisé non relu

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11 y a des religieux cl des religieuses à la Chine , et il y en a chez les Mexicains^ Quel accord entre des nations si différentes de mœurs , de caracrère , de langue , de religion et de climat ! Mais voici qui doit surprendre davantage.

Celait une croyance assez générale dans l'antiquité, que la Divinité s'incarnait de temps en temps, et venait, sous une forme humaine , instruire ou consoler les hommes. Ces sortes d'apparitions s'appelaient des théophanies chez les Grecs , et dans les livres sacrés des Brahmes elles se nomment des avantaras. Or, ces mêmes livres déclarent que lorsqu'un Dieu daigne ainsi visiter le monde, il s'incarne dans le sein d'une vierge , sans mélange de sexes ^.

Et les anciens Hébreux avaient la même idée sur leur Messie futm'^.

Suivant les Japonais , leur grand dieu Xaca était né d'une reine qui n'avait eu de commerce avec aucun homme*.

Les Macéniques , peuples du Paraguay , habitant les bords du gi'and lac Zarayas , racontaient aux missionnaires que jadis une femme de la plus rare beauté mit au monde , de la même manière ^ un très-bel enfant qui, étant devenu homme, opéra d^ insignes miracles dans le monde , jusqu'à ce qu'un jour ^ en présence d'un très-grand nom-

(1) M. de Guignes, Voy. à Pëkin , etc. in-8, tom. II, p. 367 ei 368.— M. deHumboldt, Vue des Cordilières , etc. in-8, Paris , 1816 , tom. I, p. 237 et 238.

(2) Supplément aux OEuvres du chevalier W. Jones, in-4, tom. II . pag. 548.

(3) Berthier, sur Isaïe , in-8, loji. î, ^ag. 293.

(4 ) Vie de saint François Xavier , par le P. Bouhours , Paris, 1787 tenj. II , liv. V, in-12 , pag. 5.

hiede ses disciples , il s'clcca dans les airs et se transforma en ce soleil que nous voyons ' .

Les Chinois généralisent cctlc docirinc. Suivant eux, les saints, les sages , les libérateurs des peuples naissent d'une vierge^. C'est ainsi que naquit Heou-tsi , chef de la dynastie des Tchcou. Kiang-Yucn , sa mère, qui avait conpw PAR l'opération de Chang-ty , enfanta son premier iiè sans douleur et sans souillure. Les poêles chinois s'écrient : « Prodige éclatant ! miracle divin I maià « Chang-ty n'a qu'à vouloir. 0 grandeur I ô sainteté de « Kiang-Yueii! loin d'elle la douleur et la souillure^! »

Après la virginité, c'est la viduilé qui a joui partout du respect des hommes ; et ce qu'il y a de bien remarquable , c'est que , dans les nombreux éloges accordés à cet état par toutes sortes d'écrivains , on ne trouve pas qu'il soit jamais question de l'inlérêt des enfants , qui est néanmoins évident ; c'est la sainteté seule qui est vantée ; la politique est toujours oubliée.

On connaît le préjugé des Hébreux sur l'importance du mariage et l'ignominie attachée à la stérilité ; ou sait que, dans leurs idées, la première bénédiction était celle de la perpétuation des familles. Pourquoi donc , par exemple , ces grands éloges accordés à Judith, pour avoir joint la chasteté à la force , et passé cent cinq ans dans la maison de Manassé son époux, sans lui avoir donné de successeur P Tout le peuple qu'elle a sauvé lui cLantc ce

(1) Muratori , Crislianesimo felice , etc. Venise, 1752, toiu. î, fliap. V.

(2) Mémoires des missionnaires, in-l , tom. IX, pag. 3S7. — .Wnioire du P. Cibot.

(3) Ibid. Noie, — Je ne prdsenle aucun commenlaire sur ces derniers textes. Comme ce ncsî pas ici le iicu de disserter , chacun en peusera ce qu'il voudra.

choeur : « Vous êtes la joie cl l'honneur de noire peuple ; « car vous avez agi avec un courage mâle , et votre cœur « s'est affermi , parce que vous avez aimé la chasteté , ei « qu'après avoir perdu voire mari , vous n'avez point « voulu en épouser un autre*. »

Quoi donc! la femme qui se remarie pcche-t-elle contre la chasteté? Non, sans doute; mais elle semble renoncer à la sainteté; et si cette dernière gloire la touche , elle en sera louée à tous les moments de la durée et sur tous les points du globe , en dépit de tous les préjugés contraires.

Dans le Feda , il n'est jamais fait mention du mariage d'une veuve ; et la loi dans l'Inde exclut de la succession de ses collatéraux le fils issu d'un tel mariage^.

Menu crie à ses disciples : « Fuyez le fils d'une femme « qui a été mariée deux fois^! »

Et pendant que je médite sur les textes de la vénérajle Asie, Kolbe m'apprend que chez les Hottentots, la femme qui se remarie est obligée de se couper un dotgt'^.

Chez les Romains , même honneur à la viduité , même défaveur sur les secondes noces, après même que , sur le déclin de l'Empire , les anciennes mœurs avaient près* que entièrement disparu. Nous voyons la veuve d'un empereur , recherchée par un autre , déclarer qu'il seraii SANS EXEMPLE ET SANS EXCUSE qu^unc femme de son nom et de son rang essayât d'un second mariage ^.

En général, l'opinion chez les Romains récompensait,

(1) Judith, XV, 10 et 11; XVI, 26.

(2) Lois de Menu , dans les OEuvres de Jones , lom. III, chap. IX, n. 57 et 460.

(3) Ibid. chap. m, n. 155.

(4) Kolbe, Description du Cap de Bonne-Espdrance. Amsl. 1741, 3 vol. in-8.

(5) Il s'agit ici de Valérie , veuve de Maximien, <juc Maximin voa-

par une grande csiime , les veuves qui se refusaient à un nouvel engagement. La langue leur avait même consacré une épilhètc particulière ; elle les nommait uniciras ou univirias (Jemmcs d'un seul homme) , et ce titre se montre encore sur le marbre des épitaplics , où il est Lier remarquable qu'on le jugeait digne de paraître parmi les titres honorifiques'.

Mais personne m'a mieux exprimé l'opinion romaine sur ce point , que Properce dans sa dernière élégie , mor= ceau plein de gi'âce , d'intérêt et de sensibilité.

Une dame romaine de la plus haute distinction venail de mourir. Cornélie en son nom , et Pauîc par son mari , elle joignait à ces dons de la fortune le mérite d'une irréprochable sagesse. 11 paraît que sa mort prématurée avait fait mie grande sensation. Le poëte qui voulut célébrer les vertus de Paule , imagina de donner à son élégie une forme diamalique. C'est Paule qui paraît , c'est Paule qui prend la parole et qui l'adresse à son époux. Le poëte se cache entièrement derrière cette ombre aimable,

La mallieureuse épouse voit tout à la fois ce flambeau qu'on éleva le jour de ses noces , et cet autre flambeau qui précéda son convoi. Elle jure par ses ancêtres, par tout ce qu'il y a de plus sacré pour elle, qu'entre ces deux termes, sa concience ne lui reproche pas la moindre faiblesse :

lait ('pouser. Elle rt'pondit entre autres choses : Poslremè nefas esse illiiis noiuiuis ac loci femiijam sike MORE , sise exemplo, uiariluiu ultcrum experiri. ( I,acl. de morte persec. cap. XXXIX. )

il serait fort inutile de dire : C'était une ea-a-sc-,, puisque l'excuse iiième eût été prise <lans les moeurs et daus l'opinion. Or, il s'agit préci- Éénienl des mœurs et de l'opinion.

( 1 ) Morcclli , 'le stylo inscripi. lib. II , part. ï , cap. 3. V\ovjx . m- ?, 17b0 , pag. 328.

Je vécus sans reproche entre les Jeux flambeaux'.

Toute sa gloire est dans ce mariage , dans cet amour unique, dans cette foi jurée à son cher Paul une fois pour toujours :

Je ne quillai (on lit que pour le lit funèbre.

Qu'on grave sur ma tombe : Elle n'eut qu'un époux^.

Elle se tourne ensuite vers sa fille pour lui dire :

Ma fille , imite-moi 1 qu'un seul homme ait ta main ^.

Je doute qu'on ait jamais exprimé plus vivement le senliment du devoir , et le respect pour une grande opinion.

Mais cette même universalité que nous admirions tout à l'heure se retrouve encore ici , et la Chine pense comme Rome. On y vénère l'honorable viduité. au point qu'on y rencontre une foule d'arcs de triomphe élevés pour conserver la mémoire des femmes qui étaient restées veuves*

L'estimable voyageur , héritier légitime d'un nom illustre dans les lettres , qui nous instruit de ces usages , se répand ensuite en réflexions philosophiques sur ce qui lui paraît une grande contradiction de l'esprit humain. « Comment se fait-il (ce sont ses mots) que les Chinois, « qui regardent comme un malheur de mourir sans pos- « térité, honorent en même temps le célibat des filles? a Comment concilier des idées aussi incompatibles? Mais « tels sont les hommes, etc^. »

{ i ) Nec mutata mea est œlas ; sine crimine tota est. Viiimus insignes inler utramque facem.

(Sext. Aurel. Prop. Eleg. iv , 12, y. 44,45.) (2) Jungor , Paule , tuo sic discessura cubili ;

lu lapide hoc , uni juncta fuisse legar.

(Ibid. 35, 36.) ^3) Fac tencas unum , nos imiiata , virum.

(Ibid. 68.)

(4) M. de Guignes, Voy- à Pékin , clc. loni. ÏI , pag. 183. ^5) Ibid.

Hélas 1 il nous récite les lilanics du XYIIF siècle ; difficilement on échappe à cette sorte de séduction. Montesquieu , par complaisance pour les erreurs qui i environnaient, n'a-t-il pas eu la faiblesse d'avancer « que « le christianisme gêne la population en exaltant la vir- « ginité, en honorant l'état de veuve , en favorisant les « peines contre les secondes noces*? »

Mais dans le môme livre du même ouvrage , libre , je ne sais comment, de cette malheureuse influence , et ne parlant que d'après lui-même , il articule clairement ce gi'and oracle de la morale et de la politique : « Que la « continence publique est naturellement jointe à la pro- « pagation de l'espèce^. »

Rien n'est plus incontestable. Ainsi il n'est pas du tout question d'expliquer ici des contradictions humaines ^ car il n'y en a point du tout. Les nations qui favorisent la population , et qui honorent la continence , sont parfaitement d'accord avec elles-mêmes et avec le bon sens.

Mais en faisant abstraction du problème de la population, qui a cessé d'être un problème, je reviens au dogme éternel du genre humain : Que rien n'est plus agréable à la Divinité que la continence ; et que non-seulement toute fonction sacerdotale , comme nous venons de le voir , mais tout sacrifice, toute prière, tout acte religieux, exigeait des préparations plus ou moins conformes à cette vertu.

On sait quelle condition était imposée au prêtre hébreu qui devait entrer dans le sanctuaire^.

Les simples initiés étaient traités aussi sévèrement chez

(1 ) Esprit des lois , Iït. yXIlI , cliap. XXI,

(2) îLid. liv. XXîii. d«;.-. II.

(3) Videsuprà ji,!-, 320.

les nations paieiincs. Pour êlic admis aux mystères , ils devaient garder la continxiiice, et les droits même de l'époux étaient suspendus* .

Les Romains qui devaient sacrifier étaient soumis à la même préparation^; c'était la loi de Jérusalem : et d'où venait cet accord ?

Tout le monde connaît l'esprit général de l'islamisme. Cependant Mahomet ordonne à ses sectateurs de se séparer de leurs femmes les jours de fêtes, et même pendant tout le pèlerinage^.

Il leur crie : 0 vous qui croyez en Dieu, si vous avez approché vos femmes, purifiez-vous avant de prier ^,

L'Indou qui veut observer la fêle du MerpoiUironnal . (en l'honneur du feu) doit jeûner et se priver de sa fenune^.

Tout le monde connaît Tespèce de Carême prescrit dans le culte de Cérès , de Bacchus et d'Isis , et toutes les mémoires classiques ont retenu les querelles que les poètes erotiques ont adressées à ces divinités exigeantes. Ovide se plaint sérieusem.ent que les maîtresses de Tihulle niaient pu lui pi*olonger la vie en se privant quelquefois de lui'^; il est tenté de douter de l'existence de ces Dieux qui

( 4 ) Antiquité d^voîl^e par ses usages , liv. îïï , cîi. 1.

(2) Sacris operaturi Romani usoribus abslinelmnl , iit erndil& oslendit Brissonius in opère de Formulis ; abslinebanl cl Judœi. (Ilucl. Béisi. t'vaag. in-4, toin. I, Prop. 4, cap. lE, u. 4.J

( 3 ) Alcoran , cbap. I.

(4) nid. chap. V.

(5) Sonaeral, Voyage aux îndes, pag. 2ï8.

(l> ) Qiiid vos saura juvanl? quid nunc jEgyplia prosuui Sistra7 ijoid iu vacuo secubuisse tore?

(OvJd. Am. ill, iX , 33—34,)

laissent mourir les hommes de bien*; il s^ emporte jusqu'à dire : Vivez pieux, vous mourrez pieux ^.

Ailleurs, il rappelle la privation générale qui signalait le retour annuel des fêtes de Cérès""* ; il oublie tout le reste, qu'il regarde comme un simple accessoire.

Bacchus, divinité si joyeuse , est cependant sur ce point principal tout aussi impitoyable que Cérès. La veille des mystères bachiques , Hercule et Ompliale se soume lient à la loi rigoureuse ; car le lendemain , aulever de V aurore, ils doivent être purs pour sacrifier *; et ce conte poétique est fondé sur la tradition universelle et sur les lois sacrées des nations les plus civilisées. Les dames athéniennes, admises à célébrer ces mystères, jurent solennellement d'aboi'd qu'elles ont la foi , «isuite qu'elles n'ont rien à se re-

(1 ) Quàm rapiant mala fata eoîjos (ignoscite fasse), Sollicïtor nulles esse puîare Deos.

(Ovid. Am. lU , IX , 35 — S6. )

(2) Vive PICS, morierepics; cole sacra, coîenlem

]\lors gravis à tciuplis in cava busta trabet.

(Ibid. 37 — 38.) En sorte que les dieux liaient inexcusables de laisser mourir des saints tels que Tibulle. On ne raisonnerait pas mieux à Paris. Voyez cependant les dogmes éternels qui surnagent au milieu de ces extravagances. 1. abslinenee , privatioûs , sacrifices , pour le salut d'cn adtrk ; 2» piété, mérite dans l'abstinence,

(3) Annua vénérant Cerealis tempora fcsti ,

Secubat in racuo sola puella tore,

(Ani.lII, X, ï, 2. ;

(4) Sic epulis funclî , sic danl sua corpora somuo ,

Etpositisjuslà secubuere toris.* Causa , reperlori vitis quia sacra parabant ,

Quœ facercnt i>ibè, cùm foret cria dirt,

( Fasl. II , 325 et seq. )

3j2 procher , et qu'elles sont dans l'état prescrit par la loi ' , Déiuoslhèiic nous a conservé lu formule de ce serwienl.

Les philosophes paileiit comme les poêles : Vonnonsmus bien garde , nous dit le sage Pluiarquc , d'entrer le matin au temple, et de mettre la main aux sacrifices après avoir tout fraîchement usé de nos droits; car il est honnête d'interposer la nuit et le sommeil entre deux , et d'y mettre un intervalle suffisant. Nous isous y rr.ÉSEiNTEPiONS

PURS ET NETS.... AVEC TOUTES NOUVELLES PEiNSÉES^.

Démoslhène est encore plus sévère : Pour moi , dil-il , je suis persuadé que celui qui doit s'' approcher des autels ou mettre la main aux choses saintes , ne doit pas être seu lement chaste pendant un certain nombre de jours déterminés, mais qu'il doit l'avoir été pendant toute sa vie, et U'^ s'être jamais livré à de viles pratiques ^ .

La croyance sur ce point était si profondément enracinée dans tous les esprits, que pour initier un homme aux cérémonies les plus scandaleuses , aux mystères les plus infâmes, on exigeait de lui, comme préparation indispen sable, une continence préliminaire et rigoureuse. On peut le voir dans l'aventure romaine des Bacchanales, si bien racontée par Tite-Live*.

Telle était l'opinion universelle de l'ancien monde. Les navigateurs du XV siècle ayant doublé l'univers, s'il est

(1) L'édition des FartorMm , sur ce vers d'Ovide, Causa reperlori vilis , etc. a cité cette formule : IltoTEÛw xal ily.1 xa.6a.pu -/.ai «yvr, ano Twv à'Aiwv Tûjv xaôxpîvôvTuv , xxt UTZ ùvonoi suvouata^...

Je suis forcé dans ce moment de m'en fier au commentateur d'Ovide, qiii n'a sùromeut pas inventé ce passage.

(2) Plut. Symp. iiv. III, quesl. VIÎ, Irad. d'Amyol.

(3) Demosth. Conirà Timocratcm, édit. grecque de Venise, 1511. in-8, fol. 332.

(4) Tit. Liv. Hist. iib, XXX!X , cap. SOctseq.

permis Je s'es.primcr ainsi, nous trouvâmes I(;s m^-iacs opinions sur le nouvel hémisphère. Au Pérou, on célébrait le premier jour de la lune de septembre , après l'équinoxo , une fête solennelle appelée le Cancu : c'était une purification religieuse de l'âme et du corps, et la préparation était la mémc^ .

Et pendant que les nations déjà parvenues à un certain degré de civilisation, s'accordent ainsi avec celles de l'ancien continent pour nous cerlificr le dogme universel , le Huron , l'Iroquois , à peine dignes du titre d'homme , nous déclarent à l'autre extrémité du nouveau continent , (jue c'est un crime de ne pas observer la continence pendant les vingt-quatre heiu-es qui précèdent la cérémonie du calumet^ .

L'antiquité ne dit point à l'homme qui pense à s'approcher des autels : Examinez-vous bien. Si vous avez malheureusement tué, volé , conjuré, calomnié, diffamé quelqu'un, retirez-vous. Non. Dès qu'il s'agit des dieux et des autels , on dirait qu'il n'y a plus qu'un seul vice et ime seule vertu ^ .

Jérusalem, Memphis, Athènes, Rome, Benarès, Quito, Mexico, et les huttes sauvages de l'Amérique élèvent donc la voix de concert pour proclamer le même dogme. Cette idée éternelle, commune à des nations si différentes, et qui n'ont jamais eu aucun point de contact , n'est-elle pas naturelle? n'appartient-elle pas nécessairement à l'essence spirituelle qui nous constitue ce que nous sommes?

(1) Cérémonies religieuses |de tous les peuples , Paris , 1741 , in-fol. loin. VII , pag. 187.

( 2 ) Maliensie, Voyage dans le nord de l'AinMque. (3) Vos quoqus abesse procul jubeo, discedile ab ari», Quels lulit heslernâ gaudia nocte Venus.

(Tibull. Eleg. I, lib. lï. 11, 12.)

Où donc tous les hommes l'auraicnt-ils prise , si elle n'était pas innée?

Et cette théorie paraîtra d'autant plus divine dans son principe, qu'elle contraste d'une manière plus frappante avec la morale pratique de l'anliquitc corrompue jusqu'à l'excès, et qui entraînait l'homme dans tous les genres de désordres , sans avoir jamais pu effacer de son esprit des lois écrites en lettres divines'^ .

Un savant géographe anglais a dit , au sujet des mœurs orientales : On fait peu de cas de la chasteté dans les pays orientaux^. Or, ces mœurs orientales sont précisément les mœurs antiques, et seront éternellement les mœurs de tout pays non chrétien. Ceux qui les ont étudiées dans les auteurs classiques, et dans certains monuments de l'art qui nous restent, trouveront qu'il n'y a pas d'exagération dans cette assertion de Feller : « Qu'un demi-siècle de « paganisme présente infiniment plus d'excès énormes « qu'on n'en trouverait dans toutes les monarchies chréot tiennes , depuis que le christianisme règne sur la a terre ^.j>

Plante nous a dessiné en six ters cxtrémcmenl curie: x la morale d'un irès-honnête homme de son temps , ceilo (|ue le père de famille le plus sévère prêchait à son fils, et qui caractérisait l'homme irréprochable'*. Lisez ces

(1) Vpifj./iact 0coy. (Orig. adv, Ceîs. lib, I , c. 5.

(2) Gdograph. de Pinkerton, lom. V delafrad. fr. p. 5. L'auteur trace dans ce texte la grande ligne de dëmarcalion cnlro

l'Alcoran et l'Evangile.

(3) Catech. Philos. Li^ge , 1788, in-12 , ton». III, ch. 6, Ql, pag. 274.

CO Nemo hîc prohibet nec veta»

Quin , quod palàm est vénale, si argenlum est, enias. Kemo îre qucmquam publicâ prohibet via ,

vers , et vous verrez que nos lois pourraient très-bien encore faire brûler un saint de celte espèce.

Si je voulais faire le procès à i'anliquilé, sur l'arlicle capital de la morale , je citerais surtout ce qu'elle a loué. Ainsi , par exemple , dans le dessein de déprimer les philosophes, je ne voudrais point mettre Socrale à la torture pour lui faire dire ses secrets , ni m'asseoîr à la porte de Lais pour écrire les noms de ceux qui entrent : j'aimerais mieux citer l'éloge dont cette vertueuse antiquité honora Zenon*.

Et cependant , au milieu de celte profonde et universelle corruption , on voit surnager une vérité non moins universelle et tout à fait inexplicable avec un tel système de mœurs. Un seul ucmme est fait pour une seule fk«aiE , et tout le reste est mal.

A Rome , et sous les empereurs , « lorsque les femmes , a comme l'a si bien dit Sénèque , ne devaient plus comp- « ter les années par la succession des consuls, mais par « celle de leurs maris, deux grands personnages , FoUioa « et AgTJppa, se disputent l'honneur de fournir une ves- « taie à l'état. La fille de Pollion est préférée unique- « MENT parce que sa mère n'avait jamais appartenu

Dùm ne per fundum septum facias semitam , Dùm te abslineas nuplâ , yiduà , virgine , Jnveutute , et pueris liberis , ama quod lubct. (Curcul. ï , V. 33 et seq. )

Observez que tous les crimes de ce genre ne sont considéras que du côte' de la propriété violëe. Tout homme qui s'abstient de passer per fundum seplum . est irréprochable. Observez de plus que la masse immense des esclaves n'est qu'une proie livrée à la lubricité des maîtres , extrêmement inférieurs en nombre.

(l)nK(5!?stoiî éy,:y-o SHANIÛS. (Diog. Uèït. lib. VIT , §10.)

« qu'au même époux , au lieu qu'' Agrippa avait altère sa « maison par un divorce*. »

A-l-on jamais entendu rien d'aussi extraordinaire? Om donc et comment les Romains de ce siècle avaient-ils rejicontré l'idée de l'intégrité du mariage , et celle de l'alliance naturelle de la chasteté et de l'autel? Où avaientils pris qu'une vierge , fille d'un homme divorcé , quoique née en légitime mariage et personnellement irréprochable , était cependant altérée pour l'autel ? Il faut que ces idées tiennent à un principe naturel à l'homme , aussi ancien que l'homme , et pour ainsi dire partie de l'homme.

$ lï.

Dignité du Sacerdoce.

Ainsi donc, l'univers entier n'a cessé de rendre témoignage à ces grandes vérités . 1^* mérite éminent de la chasteté; 2° alliance naturelle de la continence avec toutes les fonctions relicjieuses , mais surtout avec les fondions sacerdotales.

Le christianisme , en imposant aux prêtres la loi du célibat, n'a donc fait que s'emparer d'une idée naturelle; il l'a dégagée de toute erreur , ii lui a donné une sanction divine , et l'a convertie en loi de haute discipline. Mais contre cette loi divine , la nature humaine était trop forte j et ne pouvait être vaincue que par la touie-puissancé inflexible des Souverains Pontifes. Dans les siècles barbares surtout, il ne fallait pas moins que le bras invincible de Grégoire VII pour sauver le sacerdoce. Souvenons-nous

(1) Prâêlata estPollionis filia nos ob alicd qnàm quôd mater cjus in codem coBjugio inanehal. Nam Agrippa <Jiscidio domum imminueuat. (Tacit. Ann. II, 8G. )

qu'il existe, dans le corps du droit canon, un chapilro intitulé : De A7tiS|?res6j/<enîr«. Sans cet homme extraordinaire, tout était perdu humainement. On se plaint dtf l'immense pouvoir qu'il exerça de son temps ; autant vaudrait-il se plaindre de Dieu qui lui donna la force sans laquelle il ne pouvait agir. Le puissant Démiurge obtint tout ce qu'il était possible d'une matière rebelle; et ses successeurs ont tenu la main au grand œuvre avec une telle persévérance, qu'ils ont enfin assis le sacerdoce f^ des bases inébranlables.

Je suis fort éloigné de rien exagérer , et de vouloir présenter la loi du célibat comme un dogme proprement dit ; mais je dis qu'elle appartient à la plus haute discipline , qu'elle est d'une importance sans égale , et que nous ne saurions trop remercier les Souverains Pontifes à qui nous la devons.

Le prêtre qui appartient à une femme et à des enfants , n'appartient plus à son troupeau , ou ne lui appartient pas assez. 11 manque constamment d'un pouvoir essentiel , celui de faire l'aumône , quelquefois même sans trop penser à ses propres forces. En songeant à ses enfants , le prêtre marié n'ose pas se livrer aux mouvements de son cœur ; sa bourse se resserre devant l'indigence , qui n'attend jamais de lui que de froides exhortations. Il y a de plus , dans la société et le commerce des femmes , certains inconvénients qui sont et doivent être nuls pour nous, parce qu'ils sont la suite nécessaire d'un ordre de choses nécessaire aussi , du moins en général. ÏI n'en est pas de même du prêtre en particulier , dont la dignité est mortellement blessée par de certains ridicules. La femme d'un magistrat supérieur, qui oublierait ses devoirs d'une manière visible , ferait plus de tort à son mari que celle do tout autre homme. Pourquoi? parce que les hautes ma- DU PAPE 22

gislratures possèdent ime sorte de dignité sainte et riéné •• l'uble qui les hh ressembler à un sacerdoce. Qu'en serai-il donc du sacerdoce réel? Je feuillette au hasard les journaux anglais, et j'y trouve l'article suivant :

« On a plaidé la cause du révérend.... contre le marquis « de,,., accusé d'un commerce criminel avec mistriss...» « (épouse de l'ecclésiastique). Il paraît, par les détails du « procès , que le révérend époux ftit outragé chez lui « pendant qu'il célébrait à l'église l'ofllce du dimanche. « Pour excuser la dame , les avocats alléguaient d'abord la « francliise avec laquelle elle convenait ouvertement de « sa tendresse pour le défendeur ^ et de plus l'insouciance « de l'époux. — Dommages et intérêts envers ce dernier, « dix mille livres st.*. »

lien coûte cher, comme on voit, en Angleterre , pour faire des visites chez les révérends maris, pendant l'office du dimanche; mais qu'on se figure un homme déjà affiché, puisque sa philosophique patience était donnée comme un moyen d'atténuation , recevant le prix de son déshonneur , et montant en chaire le dimanche suivant, pour y prêcher contre l'aduhère : il ne manquera pas sans doute de faire v.îi grand effet !

Non-seulement les vices de la femme réfléchissent une grande défaveur sur le caractère du mari-prêtre , mais celui-ci , 5 son tour , n'échappe point au danger commun •T tous les hommes qui se trouvent dans le mariage , l'occasion de vivre criminellement. La foule de raisonneurs

(1) Il appears... that tho offence was commiUed while ihe Révérend îiL-sband of the Lady was performing ihe divine service of ihe sabbalhday. The ground of the defence was carelessness of ihe husband , and Ihe Lady's open déclaration of ihe atlachracnt to the défendant. The daniRges oblai&ed were 10 , 000 1. (E. M. sept. 1804, r; 273 , pag. 235. )

qui ont irailé celle grande question du célibat ecclésiastique, part toujours de ce grand sophisme, que le martageest un état de pureté, tandis qu'il n'est pur que pour les purs. L'épouse est dangereuse quand on ne l'aime pas, et dangereuse quand on l'aime. L'homme irréprochable aux yeux du monde peut élre infâme à l'aulel. L'union môme légitime donne des habitudes sans donner la sagesse. Combien y a-t-il de mariages irréprochables de vaut Dieu? Infiniment peu. Or, si la faiblesse humaine établit une tolérance de convention à l'égard de certains abus , celle loi générale n'est jamais faite pour le prêtre ^ parce que la conscience universelle ne cesse de le comparer au type sacerdotal qu'elle contemple en elle-même ; de sorte qu'elle ne pardonne rien à îa copie , pour peu qu'elle s'éloigne du modèle.

11 y a dans le christianisme des choses si hautes , si sublimes; il y a entre le prêtre et ses ouailles des relations si saintes, si délicates, qu'elles ne peuvent appartenir qu'à des hommes absolument supérieurs aux autres. La confession seule exige le célibat. Jamais les femmes, qu'il faut particulièrement considérer sur ce point, n'accorderont une confiance entière au prêtre marié; mais il n'est pas aisé d'écrire sur ce sujet.

Les églises si malheureusement séparées du centre n'ont pas manqué de conscience , mais de force , en permettant le mariage des prêtres» Elles s'accusent ellesmêmes, en exceptant les évoques et en refusant de consacrer les prêtres avant qu'ils soient mariés. Elles conviennent ainsi de la règle , que nul prêtre ne peut se marier; mais elles admettent que, par tolérance et faute de sujets , un laïque marié peut être ordonné. Par un sophisme qui ne chocjne plus l'habitude, au lieu d'ordonner ' un candidat, quoique marié ^ elles le marient pour Vor-

donner, de manière qa en violant la règle antique, c!!o& la confessent expressément*

Pour connaître les suites de cette fatale discipline , il faut avoir été appelé à les examiner de près. L'abjection du sacerdoce dans les contrées qu'elle régit, ne peut clro comprise par celui qui n'en a pas été témoin. De Tôt t, dans ses Mémoires, n'a rien dit de trop sur ce point. Qui pourrait croire que dans un pays où l'on vous soutien t gravement l'excellence du mariage des prêtres , l'épilhèle de fils de prêtre est une injure formelle ? Des détails sur cet article piqueraient la curiosité , et seraient même utiles , sous un certain rapport ; mais il en coûte d'amuser la malice et d'affliger un ordre malheureux qui renferme , quoique tout soit contre lui, des hommes très-estimables , autant qu'il est possible d'en juger , à la distance où l'inexorable opinion les tient de toute société distinguée.

Cherchant toujours , autant que je le puis, mes armes dans les camps ennemis , je ne passerai point sous silence le témoignage frappant du même prélat russe que j'ai ci té plus hrmt. On verra ce qu'il pensait de la discipline de son église sur le point du célibat. Son livre déjà recommandé par le nom de son auteur, étant sorti de plus des presses même du saint synode, ce témoignage a tout le poids qu'il est possible d'en attendre.

Après avoir repoussé , dans le premier chapitre de ses Prolégomènes, une attaque indécente de Mosheim contre le célibat ecclésiastique , l'archevêque de ïwer continue en ces termes :

a Je crois donc que le mariage n'a jamais été permis « aux docteurs de l'Eglise (les prêtres) , excepté dans a les cas de nécessité et de grande nécessité ; lorsque , « par exemple , les sujets qui se présentent pour remplir « ces fonctions , u'ayant pas la force de s'interdire le

« mariage qu'ils désirent, on rC en trouve point de meil- <t leurs et de plus diyncs qu\'ux ; en sorle que l'Eglise , « ajifès que ces inconlincnls ont pris des femmes , les ad- « met dans l'ordre sacré , par accident plutôt que par e cliojx^ »

Qui ne serait frappé de la décision d'un homme si bien placé pour voir les choses de près , et si ennemi d'ailleurs du système catholique ?

Quoiqu'il m'en coûtât trop d'appuyer sur les suites du système contraire , je ne puis cependant me dispenser d'insister sur l'absolue nullité de ce sacerdoce dans son rapport avec la conscience de l'homme. Ce merveilleux tiscendant qui arrêtait Thcodose à la porte du temple , Attila devant celle de Rome , et Louis XIV devant la table sainte ; cette puissance , encore plus merveilleuse , qui peut attendrir un cœur pétrifié et le rendre à la vie ; qui va dans les palais arracher l'or à l'opulent insensible ou distrait, pour le verser dans le sein de l'indigence ; qui affronte tout , qui surmonte tout , dès qu'il s'agit de consoler une âme , d'en éclairer ou d'en sauver une autre ; qui s'insinue doucement dans les consciences pour y saisir des seg*ets funestes, pour en arracher la racine des vices ; organe et gardienne infatigable des unions saintes ; en- Ci) Quo quidem coguilo, uon erit difficile ialellîctu, an et quomoJô docloribus Ecclesiie permissa sinl conjngia. Scilicet, meà quidem sculcnliâ, iiON permissa usquim , prœterquàm si nécessitas obvenerit , eaquo magna; uli siculi ii (sic) qui ad hoc munuspraesti suntab usu malrimonii Icuiperare sibi nequeaut atque hoc expelaul , mciiorcs verô digniorestiuc desinl ; idcôquc Ecclesia laïcs IiNtempeuantes , poslquàiu uxores dnxcriul , casu poiiùs non deleelu , sacro ordiniadsciscat. ( Mel. Arch. Twcr. liber liisloiicus , etc. prol. c. I , p. 5. )

Il faut bien obaervcr que l'archevêque parle toujours au pr<5jcnl, et qu'il a visiblement en vue les usages de son Eglise, telle qu'il la voyait do soa lemps, Cet oracle grec paraîtra saas doutt : IloAAwï «vT«iioj «i).cdv.

nemie non moins active de ton le licence ; douce stins faiblesse ; effrayante avec amour ; supplément inappii'> ciable de la raison , de la probité , de l'honneur, de toutes les forces humaines au moment où elles se déclarent impuissantes ; source précieuse et intarissable de réconciliation, de réparations, de restitutions, de rcpcniirs efficaces , de tout ce que Dieu aime le plus après l'innocence ; debout à côté du berceau de l'homme qu'elle bénit ; debout encore à côté de son lit de mort , et lui disant , au milieu des exhortations les plus pathétiques et des plus tendres adieux... partez;... celte puissance surnaturelle ne se trouve pas hors de l'unité. J'ai longtemps étudié le christianisme hors de cette enceinte divine. Là , le sacerdoce est impuissant et tremble devant ceux qu'il devrait faire trembler. A celui qui vient lui dire : J^ai volé , il n'ose pas , il ne sait pas dire : Restituez. L'homme le plus abominable ne lui doit aucune promesse. Le prêtre est employé comme mie machine. On dirait que ses paroles sont une espèce d'opération mécanique qui efface les péchés, comme le savon fait disparaître les souillures matérielles : c'est encore une chose qu'il faut avoir vue pour s'en former une idée juste. L'état moral de l'homme qui invoque le ministère du |»rêtre , est si indifférent dans ces contrées ; il y est si peu pris en considération , qu'il est très-ordinaire de s'entendre demander en conversation : Jvez-vous fait vos pâques P C'est une question comme une autre , à laquelle on répond oui ou non , comme s'il s'agissait d'une promenade ou d'une visite qui ne dépend que de celui qui la fait.

Les femmes , dans leurs rapports avec ce sacerdoce , sont un objet tout à fait digne d'exercer un œil observateur

L'anaihùinc est inévitable. Tout prùU'e marié tombera toujours au-dessous de son caractère. La supériorité incontestable du clergé catholique tient uniquement à la loi du célibat.

Les doctes auteurs de la Bibliothèque britannique se sont permis sur ce point une assertion étonnante qui niérite d'être citée et examinée.

« Si les ministres du culte catholique , disent-ils , « avaient eu plus généralement l'esprit de leur état^ it dans le vrai sens du mot , les attaques contre la lleli-

« gion n'auraient pas été aussi fructueuses Heu-

« rcusement pour la cause de la Religion , des mœurs et « du bonheur d'une population nombreuse, le clergé au- « giais ^ soit anglican , soit presbytérien , est tout autre- « ment respectable , et il ne fournit aux ennemis du culte « ni les mêmes raisons , ni les mêmes prétextes'. »

Il faudi'ait parcourir mille volumes peut-être pour rencontrer quelque chose d'aussi téméraire ; et c'est une nouvelle preuve de l'empire terrible des préjugés sur les meilleurs esprits et sur les hommes les plus estimables.

En premier lieu , je ne sais sur quoi porte la comparaison : pour qu'elle eût une base , il faudrait qu'on pût opposer sacerdoce à sacerdoce : or , il n'y a plus de sacerdoce dans les églises protestantes ; le prêtre a diparu avec le sacrifice ; et c'est une chose bien remarquable que , partout où ki réforme s'établit, la langue, interprète toujours infaillible de la conscience , abolit sur-le-champ le ïi\o\, éQ prêtre , au point que déjà du temps de Bacon ^ ce mot était pris pour une espèce d'injure ^. Lors donc

(•J) Blbliolh. britaiiu. m; VEnquirer de M. Goa->viu. Mars, 4708. ^■• 53, p. 'l'&l.

\^Z') M Je j[JCHse i^u'oa ne ùcvi'uil ;)oira coaliuue» du se ào; wi' du luoi de

qu'on parle du clergé d'Angleterre, d'iicosse, etc., on ne s'exprime point exactement; car il n'y a plus de clergé là oii il n'y a plus de clercs : pas plus que d'élat militaire , sans militaires. C'est donc tout comme si l'on avait comparé, par exemple , les curés de France ou d'Italie , aux avocats ou aux médecins d'Angleterre et d'Ecosse.

Mais en donnant à ce mot de clergé toute la latitude possible, et l'entendant de tout corps de ministres d'un culte chrétien, l'immense supériorité du clergé catholique en mérite comme en considération est aussi évidente que la lumière du soleil.

On peut même observer que ces deux genres de supériorité se confondent ; car , pour un corps tel que le clergé catholique , une grande considération est inséparable d'un grand mérite , et c'est une chose bien remarquable que cette considération l'accompagne même chez les nations séparées ; car c'est la conscience qui l'accorde, et la conscience est un juge incorruptible.

Les critiques même qu'on adresse aux prêtres catholiques prouvent leur supériorité. Voltaire l'a fort bien dit : « La vie séculière a toujours été plus vicieuse que « celle des prêtres ; mais les désordres de ceux-ci ont « toujours été plus remarquables par leur contraste avec a la réglée » On ne leur pardonne rien^ parce qu'on en attend tout.

« prêtre, particulièrement dans les cas où les personnes s'en tronvenl offensées.» (Bacon , OEuv. lom. IV, p. 472. Chrislianismo de Bacon, tom. II , p. 241.) On a suivi le conseil de lîacon. Dans la langue et dans la conTersalion aaghise, le mot de priesi oe se trouve plus que dans prtestcraft.

(1) Je ne prends point la peine de chercher , dans les OEuvres volumineuses de Voltaire, ce passage que je trouve cite? dans l'ouvrage allemand, intitulé : Der Triumph , etc. Triomphe de la philosophie dans 1<

Alexandre VI aima la guerre et les femmes ; en cela il fut très-condamnable , et pour trancher le mot, trèscriminel, à raison du contraste avec la règle, c'est-àdire avec la sublimité de son caractère qui supposait la sainteté ; mais transporlons-Ie à Versailles , il ne tiendra qu'à lui d'être Louis XIV, justement célèbre aussi par SCS talents, sa politique et sa fermeté, et qui aimait, comme l'autre , la guerre et les femmes.

Et si cette comparaison fatigue quelques imaginations, à raison des cruautés, si souvent citées, et que je ne veux point examiner ici, je proposerai , sur-le-champ, Jules lî, dont ce même Voltaire a dit : « C'était un mauvais « prêtre \ mais un prince aussi estimable qu'aucun de « son temps ^. » Pour celui-ci , il n'y a plus de doute , il surpassera Louis le Grand par les talents autant que par les mœurs.

La même règle a lieu depuis le Souverain Pontife j usqu*au sacristain. Tout membre du clergé catholique est continuellement confronté à son caractère idéal , et par conséquent jugé sans miséricorde. Ses peccadilles même sont des forfaits ; tandis que de l'autre côté les crimes . même ne sont que des peccadilles, précisément comme parmi les gens du monde. Qu'est-ce qu'un ministre du

XVIIIe siècle , tom. Il, p. 193.) livre très-remarquable sous (ous les rapports.

(1) Parce que, n'étant pas s&uhmenl prê Ire, mais prince , i! avait lu bizarrerie de ne vouloir pas cëderses terres et ses villes aux Vénitiens qui en avaient envie ; et parce qu'ayant à se défendre contre la mauvaise foi la plus insigne, contre la politique la plus détestable, il était obligé déjoues au plus iin et de renvoyer les traits qu'on lançait contre lui.

(2) Volt. Essai sur les mœurs, etc. in-8, tom. III, ch. (IXîI.

Il valait donc autant que le ;>i)rs du peuple , qui eut avec lui de si grandes affaires.

culte qui se nomme réformé? C'est un homme habillé do iicir, qui monte tous les dimanches eu chaire pour y tenir des propos honaùles. A ce métier , tout honncie homme peut réussir , et il n'exclut aucune faiblesse de Vhontiête homme. J'ai examiné de très-près cette classe d'hommes ; j'ai surtout interrogé sur ces ministres évangéliques l'opinion qui les environne, et cette opinion même s'accorde avec la nôtre, pour ne leur accorder aucune supériorité de caractère.

Ce qu'ils peuvent n'esl rien : vëritablemeni hoiuiues, i!s sont ce que nous sommes , Et vioeni coiaïae nous.

On ne leur demande que la probité. Mais , comme je l'ai dit plus haut , qu'est-ce donc que cette vertu humaine pour ce redoutable ministère qui exige Ia^ro5î7e divinisée, c'est-à-dire la sainteté? Je pourrais m'auioriser d'exemj)les fameux et d'anecdotes piquantes, si ce point n'était pas un de ceux sur lesquels j'aime à passer comme sur des ciiarbons ardents. Un grand fait ms suffit, parce qu'il est public , et ne souifre pas de réplitiue : c'est la chute universelle du minisière évangélique protestant, dans l'opinion publique. Le nîal est ancien et remonte aux premiers temps de la réforme. Le célèbre Lesdiguières , qui résida longtemps sur les fronlières du duché de Savoie, estimait beaucoup et voyait souvent saint François de Sales, alors évéque de Genève. Les minisires j>rotestants , choqués d'une telie liaison, résolurent d'adresser une admonestation dans les formes au noble guerrier, aloî's encore chef de lein- parti. Si l'on veut savoir ce qu'il en advint et ce qui fut dit à celle occasion , on peut lire toute l'histoire dans un de nos livres

ascétiques assez l'cpaiidu^ Pour moi, je ne le copie point.

On cite rAnglctcire ; mais c'esC en Angleterre surtout que la dégradation du ministère évangélique est le plus sensible. Les biens du clergé sont à peu près devenus le patrimoine des cadets de bonnes maisons, qui s'amusent dans le monde comme des gens du monde , laissant du reste

A des chautres gag(?s le soin de Iduer Dieu.

Le banc des évoques , dans la chambre des pairs , est une espèce de hors-d'œuvre qu'on pourrait enlever sans produire le moindre vide. A peine les prélats osent-ils prendre la parole même dans les affaires de religion. Le clergé du second ordre est exclu de la représentation nalionale ; et pour l'en tenir à jamais éloigné , on se sert d'une subtilité historique qu'un souffle de la législature aurait écartée depuis longtemps, si l'opinion ne les repoussait pas ., ce qui est visible. Non-seulement l'ordre a baissé dans l'esiime public^uc, mais lui-même se défie de luimême. Souvent on a vu l'ecclésiaslique anglais , embarrassé de son état, effacer dans les écrits publics la lettre^ iatale qui précède son nom et constate son caractère. Souvent encore on l'a vu, masqué sous un habit laïque, quelquefois même sous un habit miliîaire, amuser les salons étrangers avec sa burlesque épée.

A l'époque où l'on agita , en Angleterre , avec tant de iVacas et de solennité, la question de V émancipation des calJwîiques (en 180Ê) , on parla des ecclésiastiques, dans

(1) Espritde S. François de Sales, recurilli des dcrils de M- le Camus, ^vcquede Belley , m-8, partie liî, th. XIvUï. (•2) ii. inilialc de Révérend,

le parlement , avec tant d'aigreur , avec tant de dureté , avec une défiance si prononcée , ijuc los étrangers en turent sans comparaison plus surpris que les auditeurs*. Aucun Anglais peut-être n'a exprimé ce sentiment <rune manière plus énergique que le docteur King , ecclésiastique de cette même nation, qui nous a laissé un livre d'anecdotes assez curieux. « Rien, dit-il, n'a fait « plus de tort à l'Eglise d'Angleterre que l'avarice cl « l'ambition de nos évoques, Chaudler, Willis, Potier, « Gibson , Sherlock , sont morts honteusement riches :

« quelques-uns ont laissé plus décent mille guinces

« Ils pouvaient être de fort grands théologiens , mais le « titre de bons chrétiens ne leur appartenait nullement. « L'or qu'ils accumulèrent pour enrichir leurs familles ,

« était dû à Dieu, à l'Eglise et aux. pauvres Ce ne

« fut pas un petit malheur pour la cause du chrislia- « nisme en Angleterre, que la permission du mariage « accordée à notre clergé, lorsque la réforme nous dé- « tacha du Papisme ; car il en est arrivé ce qui devait « nécessairement arriver, et ce qu'on aurait dû prévoir. « Depuis cette époque nos ecclésiastiques ne se sont plus « occupés que de leurs femmes et de leurs enfants. Les « membres du haut clergé y pourvoyaient aisément avec « leurs grands revenus ; mais les ecclésiastiques du se « cond ordre, ne pouvant établir leurs enfants avec de « minces rétributions, jetèrent bientôt sur tous les points r. du royaume des fomilles de mendiants. Pour moi ,

(1) Un membre delà chambre des communes observa ccpcndanl qu'il y ovail quelque cliosc d'e'lraiige dans celle espèce de dCchaînemeni gi-iirrai contre l'ordre ecclésiasllquc. Si je ne me trompe , ce membre flah M. Slèphent ; mais comme je ne pris jias de note éci ilc sur ce point , je n'aftirrae rien, exc^pli^ que la remarque fut faite.

« je n'cxampc point si la continence est une vepfii né- « cessairc à celui qui sert à l'aulcl (au moins elle lui « vaudi-ait beaucoup plus de faveur et de dignité) ; mais « ce que je ne puis m'empêcher d'observer , c'est que « notre gouvernement ne fait nulle diIFcrencc entre 1'»'-. « pouse d'un évêquc et sa concubine^ La première n'a « ni place , ni préséance dans le monde ; elle ne partage « d'aucune manière le rang et la dignité de son époux ; u tandis qu'un simple chevalier dont la dignité est à « vie comme celle de l'évêque , donne cependant à sa « femme un rang et un titre ^. En ma qualité de simple « membre de la république des lettres , j'ai souvent tt désiré le rétablissement des canons qui défendaient le « mariage aux prêtres. C'est au célibat des évoques que « nous devons presque toutes ces magnifiques fondations « qui honorent nos deux universités ; mais depuis i'é- « poque de la réformation , ces deux grands sièges de la « science comptent peu de bienfaiteurs dans l'ordi'o « épiscopal. Si les riches dons de Laud et de Sheldon « ont droit à notre reconnaissance éternelle, il faut aussi

(1).... Oiir Gùvernement makes no différence belween a Bishnp's wife and his concubine. — Expression an moins inexacte. On dirait qu'il y a en Angleterre des concubines , comme il y a des femme» dVvêques ; que les deux ëlals sont connus et marchent ensemble , etc. Si l'auteur a voulu faire une plaisanterie , elle est d'assez mauvais goût.

(2) Ainsi , en Angleterre , la femme de l'archevêque de Canlorb^ry qui est légalement , si je ne me trompe , le premier homme du royaume , s'appelle Slistriss , et n'a point de rang dans l'ëlat. Elle doit céder le pas à la femme d'un citizen que le roi honora la veille d'un coup de plat d'épée ; et celle-ci s'appelle Lady. J'ijnorais ce droit public ; s'il existe re'eliement , et si je l'ai bien compris , ii est irès-remarquablo et prouve à quel point l'esprit delà législature est contraire au clergé. U l'exclut de la représentation nationale, et semble prendre plaisir à l'humilier dans le monde.

'.<■ nous rappeler que ces prélats furent célibataires. De- « puis le commenccmeut de ce siècle , je ne sais pas « voir parmi nos très-révérends^ un seul patron distinct gué de la science ou des savants ; mais personne ne sau- « rail en être étonné, en songeant par quel esprit sont « animés tous ces prélats de fabrique royale- : ce n'est « pas sûrement par l'Esprit-Saint , quoique dans leur « consécration ils se rendent à eux-mêmes le témoignage « qu'ils sont appelés à l'épiscopat par le Saint-Esprit. »

Où trouver plus d'aigi'eur et plus de mépris ? Ce qui est particulièrement remarquable , c'est que le vigoureux critique, qui avait cependant respiré toute sa vie une atmosphère protestante , ne s'en prend néanmoins qu'au mariage des ecclésiastiques de l'avilisscmeiit de l'ordre entier et de tous les maux qui en résultent'*'.

Il faut dire aussi qu'il y a , dans le caractàre même de cette milice évangélique , quelque chose qui défend la conGance et qui appelle la défaveur. 11 n'y a point d'autorité, il n'y a point de règle, ni par conséquent de croyance commune dans leurs Eglises. Eux-mêmes avouent , avec une candeur parfaite , « que l'eccilésias-

(1) Right-ÎIeveresds : titre l^gal des evèques en Angleterre. Le banc qu'ils occupent au parlement se nomme le révérend banc. (The révérend bench. )

(2) Je rends comme je puis l'expression anglaise : Thèse congé d'kiiRE Bishops, dont la finesse tient à des ciiosesiju'i! serait inutile d'expliquer ici.

Voyez le livre anglais intitulé : Poiilical and lillcrary anecdotes of his own tiraes , by àc^l. William KJng , etc. 2^, édil. London , in-8. 1819. On trouvera de longs extraits de cet ouvrage dans in Revue d'Edimbourg . juillet 1819, n. LXIII.

■(3) [ Pour l'étude de cette grave question , les Lettres de Cobbelt sur la réforme, ut l'ouvrage de M. Gustave do Beaumont sur l'Irlando , peuvent être consultés avec grand uvanlage.]

* tique protestant n'est obligé de souscrire une conf rs- « sion de foi quelconque, que pour le repos et la « tranquillité publiques, sans autre but que celui do « maintenir , entre les membres d'une môme commn- « nion , l'union extérieure ; mais que du reste , aucune « de CCS confessions ne saurait être regardée comme une « règle de foi proprement dite. Les protestants n'en « connaissent pas d'aiUre que l'Ecriture sainte*. »

Lors donc qu'un de ces prédicateurs prend la parole, quels moyens a-î-il de prouver qu'il croit ce qu'il dit? et (juels moyens a-t-il encore de savoir qu'en bas on ne se moque pas de lui? Il me semble entendre chacun de s.'^s auditeurs lui dire, avec un sourire sceptique ; En vérité,

JE CROIS qu'il croit QUE JE LE CRClS^ !

L'un des f:matiqiies les plus endurcis qui aient jamais existé , Wnrburton , fonda en mourant une chaire pour prouver que le P,ape est VJntechnst ^. A la honte

(1) ConsiJëralions sur les dtudes nécessaires î» ceux qui aspirent an saint ministère , par Cl. Ces. Ghavanne, min. du S. Ev. et prof, cnthëol. h l'acad. de Lausanne. Yverdun, 4771, in-8, p. 105 et 106.

(2) I' credo ch* ei credetle ch' io credesse. Dante , Infern. XÏI , IX. (3^ Ce nom de }Varburton me lait souvenir qu'au nombre de ses

Œîivres se trouve une édition de Shakspeare avec une préface et un coraffieniaire. Personne sans doulc n'y verra rien de répréhensible do !a part d'un homme de lettres ; mais que l'on se figure si l'on peut Christophe de Beanmonl , par exemple , éditeur et commentateur de Corneille ou de Molière, jamais on n'y réussira. Pounjuoi? Parce que c'est un homme d'un autre ordre que Warburlon. Tous les deux portent la mitre. C(=pendaut l'ua est Pontife, et l'autre n'est qu'un gentleman. Le premier peut être ridiculisé ou flétri par ce qui ne fait nul tort à Taulre.

On sait que lorsque Téléraaque parut , Bossuct ne trouva pas l'ouvnige assez sérieux pour un prêtre. Je me garde bien de dire qu'il eut raison , ^e dis seulement que Bossuel a dit cela.

de noire mallieureusc nature , cette chaire n'a pas encore» vaqué ; on a pu lire môme , dans les papiers publics anglais de cette année ( 1817 ), l'annonce d'un discours prononcé à l'acquit de la fondation. Je ne crois point du tout à la bonne foi de Warburton ; mais quand elle serait possible de la part d'un seul homme , le moyen d'imaginer de même comme possible une série d'extravagants ayant tous perdu l'esprit dans le même sens , et délirant de bonne foi I Le bon sens se refuse absolument à cette supposition ; en sorte que , sans le moindi*e doute , plusieurs et peut-être tous auraient parlé pour de l'argent contre leur conscience. Qu'on imagine maintenant un Pitt , un FoXj un Burke ^ un Grey^ un Grenville , ou d'autres têtes de cette force , assistant à l'un de ces sermons. Non-seulement le prédicateur sera perdu dans leiiî' esprit , mais la défaveur rejaillira même sur l'ordre entier des prédicateurs.

Je traite ici d'un cas particulier ; mais il y a bien d'autres causes générales qui blessent le caractère de l'ecclésiastique dissident, et le ravalent dans l'opinion. Il est impossible que des hommes dont on se déGe constamment, jouissent d'une grande considération ; jamais on ne les regardera, dans leur pai'ti même , que comme des avocats payés pour soutenir une certaine cause. On ne leur disputera ni le talent , ni la science , ni l'exactitude dans leurs fonctions ; quant à la bonne foi , c'est autre chose.

« La doctrine d'une Eglise réformée , a dit Gibbon , « n'a rien de commun avec les lumières et la croyance a de ceux qui en font partie , et c'est avec un sourire ou « un soupir que le clergé moderne souscrit aux formes de

« l'orthodoxie et aux symboles établis Lesprédic

« tions des catholiques se trouvent accomplies. Les armi- « niens , les ariens , les sociniens , dont il ne faut paf

« calculer le nombre d'après Uura congrégations rcspecti- « ves , ont brise et rejeté renchaînemcat des mystères. » Gibbon exprime ici l'opinion universelle des protestants éclairés sur leur clergé. Je m'en suis assuré par mille et mille expériences. Il n'y a donc plus de milieu pour le ministre réformé. S'il prêche le dogme , on croit qu'il ment ; s'il n'ose pas le prêcher, on croit qu'il n'est rien.

Le caractère sacré étant absolument effacé sur le front de ses ministres , les souverains n'ont plus vu dans eux que des officiers civils qui devaient marcher avec le reste du troupeau , sous la houlette commune. On ne lira pas sans intérêt les plaintes touchantes exhalées par un membre môme de cet ordre malheureux , sur la manière dont l'autorité temporelle se sert de leur ministère. Après avoir déclamé , comme un homme vulgaire , contre la hiérarchie catholique , il plane tout à coup au-dessus de tous les préjugés , et il prononce ces paroles solennelles : « Le protestantisme n'a pas moins avili la dignité sa- « cerdotale \ Pour ne pas avoir l'air d'aspirer à la hié- « rarchîe catholique, lespréfres protestants se sont défaits « bien vite de toute apparence religieuse, et se sont tous « mis très-humblement aux pieds de l'autorité tempo-

« relie Parce que la vocation des préfres protes-

« tants n'était nullement de gouverner l'état , il n'aurait « pas fallu en conclure que c'était à l'état à gouverner « l'Eglise^ Les récompenses que l'état accorde

(1) Ainsi ce caractère est avili des deux côt(«s ! Il faudrait bien cependant prendre un parti ; car si le sacerdoce est avili par la hiérarchie et par !a suppression de la hi(?rarchie , il est clair que Dieu n'a pas su faire un sacerdoce , ce qui me paraît un peu fort.

(2) Nulle part l'état ne gouverne LÉctiSE ; mais toujours et partout 11 gouvernera justement ceux qui , s'étant mis hon de l'Eglise , osent

« aux ecclésiastiques , les ont rendus tout à fait sceu-

« liers Avec leurs habits sacerdoîaux , ils ont dé-

« pouillé le caractère spirituel L'état a fait son

<! métier , et tout le mal doit être mis sur le compte du

« clergé protestant. 11 est devenu frivole.... Les prêtres

« n'ont bientôt plus fait que leur devoir de citoyens

« L'état ne les prend plus que pour des ofliciers de

« police Il ne les estime guère, et ne les place quo

« dans la dernière classe de ses officiers Dès que la

« Religion devient la servante de l'état , il est permis de

« la regarder, dans cet état d'abaissement, comme l'on-

« vrage des hommes , et même comme une fourberie ^

« C'est de nos jours seulement qu'on a pu voir l'indus-

« trie , la diète , la politique , l'économie rurale , et h

« police entrer dans la chaire Le prêtre doit croire

V qu'il remplit sa destinée et tous ses devoirs en faisant « lecture en chaire des ordonnances de la police. Il doit 'i dans ses sermons publier des recettes contre les épici zooties , montrer la nécessité de la vaccination , ei « prêcher sur la manière de prolonger la vie humaine. « Comment donc s'y prendra-t-il après cela pour détacher « les hommes des choses temporelles et périssables , tan- « dis qu'il s'efforce lui-même , avec la sanction du gou-

cependant s'appeler l'Eglise. Il fast choisir entre k hii^rarchio catholique et la suprématie civile, il n'y a point de milieu. El qiii oserait blâmer des souverains qui établissent l'unité civile partout où ils n'en trouvent pas d'antre ? Que ce clergé séparé , qui ne se plaint que de lui-même, renire donc dans l'unité légitime, et tout de suite il remontera comme par enchantement à ce haut degré de dignité dontlui-mêrae se reconnaît déchu. Avec quelle bienveillance , avec quelle allégresse nous l'y reporterions de nos propres mains 1 Noire respect les attend.

{!) Voilà précisément ce que je disais tout à l'heure ; et c'est ua «ujei iuf'puisable d'utiles réflexions^

3!A r> vcrnemcat , d'aitacher les hommes aux galères de la

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