CHAPITRE IX
sua UN TILVÎT PARTICULIER DU CARACTÈRE GREC. ESPRIT DE DIVISION.
Un caractère particulier de la Grèce , et qui la distingue , je crois , de toutes les nations du monde , c'(«t
(1) Passage remarquable où l'on voit ce <ju"élait la comédie , et comment elle ^lait jugée par l'opinion romaine, (2J Cicer, pro riacco, XXYHI.
rinapliuidc à toute grande association politique eu morale. Les Gi'ccs n'eurent jamais l'honneur d'être un peuple. L'histoire ne nous montre chez eux que des bourgades souveraines qui s'égorgent et que lien ne put jamais amalgamer. Ils brillèrent sous celte forme, parce qu'elle leur éuiit naturelle, et que jamais les nations ne se rendent célèbres que sous la forme de gouvernement qui leur est propre. La diÛerence des dialectes annonçait celle des caractères ainsi que l'opposition des souverainetés ; et ce même esprit de division , ils le portèrent dans la philosophie qui se divisa en sectes , comme la souveraineté s'était divisée en petites républiques indépendantes et ennemies. Ce mot de secte étant représenté dans la langue grecque par celui àlièrésie , les Grecs transportèrent ce nom dans la Religion. Ils dirent Xhérèsie des ariens , comme ils avaient dit jadis Vhérésîe des stoïciens. C'est ainsi qu'ils corrompirent ce mot innocent de sa nature. Ils furent hérétiques^ c'est-à-dire divisionnaires dans la Religion, comme ils l'avaient été dans la politique et dans la philosophie. ïl serait superflu de rappeler à quel point ils fatiguèrent l'Eglise dans les premiers siècles. Possédés du démon de l'orgueil et de celui de la dispute , ils ne laissent pas respirer le bon sens ; chaque jour voit naître de nouvelles subtilités : ils mêlent à tous nos dogmes je ne sais quelle métaphysique téméraire qui étouffe la simplicité évangclique. Voulant être à la fois philosophes et chrétiens , ils ne sont ni l'un ni l'autre : ils môleai à l'Evangile le spiritualisme des platoniciens et les rêves de l'Orient. Armés d'une dialectique insensée , ils veulent diviser l'indivisible , pénétrer l'impénétrable ; ils ne savent pas supposer le vague divin de certaines expressions qu'une dccle humilité prend comme elles sont, et qu'elle évite même de circonscrire , de peur de faire
AU naîire ridée Ju dcdam et du dehors. Au liftu de croire on dispute, au lion dn prier on aigiimcnte ; les grandes routes se couvrent d'Evèqucs qui courent au concile ; les relais de l'empire y sulTisent à peine ; la Grèce cntièrcî est une espèce de Péloponnèse tliéologiqiic où des atomes se battent pour des atomes. L'histoire ecclésiastique devient , grâce à ces inconcevables sopliisles , un livre dangereux. A la vue de tant de folie, de ridicule et de fureur, la foi chancelle, le lecteur s'écrie plein de dégoût et d'indignation ; Paie moti sunt pcdes mei^ !
Pour comble de malheur, Constantin transpire l'empire à Ryzance. Il y trouve la langue grecque , admirable sans doute et la plus belle peut-être que les hommes aient jamais parlée , mais par malheur extrêmement favorable aux sophistes ; arme pénétrante qui n'aurait dû jamais être maniée que par la sagesse , et qui , par une déplorable fatalité, se trouva presque toujours sous la main des insensés.
Byzance ferait croire au système des climats , ou à quelques exhalaisons particulières à certaines terres , qui influent d'une manière invariable sur le caractère des habitants. La souveraineté romaine en s'asseyant sur ce trône, saisie tout à coup par je ne sais quelle influence magique , perdit la raison pour ne plus la recouvrer. Qu'on feuillette l'histoire universelle, on ne trouvera pas une dynastie plus misérable. Ou faibles ou furieux ,, ou l'un et l'autre à la fois , ces insupportables princes tournèrent surtout leur démence du côté de la théologie dont leur despotisme s'empara pour la bouleverser. Les résultats sont connus. On dirait que la langue française a voulu faire justice de cet empire en le nommant Bas. H
(1) [Ps. LXXII, 2.]
péril comme il avait vécu, en disputant. Mahomet brisait les portes de la capitale pendant que les sophistes mitres argumentaient sur la gloire du mont tuabor.
Cependant , la langue grecque étant celle de l'empire , on s'accoutume à dire l'Eglise grecque comme on disait l'empire (jrec, quoique l'Eglise de Conslantinople {"ùt grecque précisément comme un Italien naturalisé à Boston serait Anglais ; mais la puissance des mots n'a cessé d'exercer un très-grand empire dans le monde. Ne dit-on pas encore V Eglise grecque de Russie , en dépit de la langue et de la suprématie civile? Il n'y a rien que l'habitude ne fasse dire.