‹ Du page. 18. éd. seule conforme à celle de 1821, augm. de lettres inédites de l'auteur, de notes et d'une table analytiqueChapitre 76 sur 83 · CHRONOLOGIQUE · texte numérisé non relu

CHRONOLOGIQUE

L*esprit de division et d'opposition que les circonstances ont naturalisé en Grèce depuis tant de siècles , y a jeté de si profondes racines, que les peuples de cette belle contrée ont fini par perdre jusqu'à l'idée même de l'unité. Ils la voient où elle n'est pas ; ils ne la voient pas oîi elle est ; souvent même leur vue se trouble , et ils ne savent plus de quoi ils parlent. Ils ont exporté en Russie un de leurs grands paralogismes , qui fait aujourd'hui un effet merveilleux dans les cercles de ce grand pays. On y dit assez communément que l'Eglise grecque est plus ancienne que la romaine. On ajoute même , en style métaphysique , que la fremière fut le berceau du christianisme. Mais que veulent-ils dire ? Je sais que le Sauveur des hommes est né à Bethléem ; et si l'on veut que son berceau ait été celui du clifistianisme , il n'y a rien de si rigoureusemenl

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vrai. On aura raison encore , si l'on voit le berceau du christianisme ù Jérusalem, etdansle^enacZcd'où parlif, le jour de la Pcntccôlc , ce feu qui éclaire , qui Cchauffe et qui furifie ' . Dans ce sens , l'Eglise de Jérusalem est inconicslablcment la première : et saint Jacques , en sa qualité d'Evêque , est antérieur à saint Pierre de tout lo temps nécessaire pour parcourir la roule qui sépare Jérusalem d'Anlioche ou de Rome. Mais ce n'est pas de (luoi il est question du tout. Quand est-ce donc qu'on voudi'a comprendre qu'il ne s'agit point entre nous des Eglises , mais de l'Eglise ? On ne saurait comparer deux Eglises catholiques , puisqu'il ne saurait y en avoir deux, cl que l'une exclut l'autre logiquement. Que si on compare une église à l'Eglise , on ne sait plus ce qu'on dit. Affirmer que l'Eglise de Jérusalem , par exemple , ou d'Anlioche, est antérieure à l'établissement de l'Eglise catholique , c'est un truisme , comme disent les Anglais ; c'est une vérité niaise qui ne signifie rien et ne prouve rien. Autant vaudrait remarquer qu'un homme qui est à Jérusalem ne saurait se trouver à Rome sans y aller. Imaginons un souverain qui vient prendre possession d'un j)ays nouvellement conquis par ses armes. Dans la première ville frontière , il établit un gouvernement et lui donne de grands privilèges ; il en établit d'autres sur sa route ; il arrive enfin dans la ville qu'il a choisie pour sa capitale ; il y fixe sa demeure , son trône , ses grands officiers , etc. Que dans la suite des temps la première nl!e s'honore d'avoir été la première qui salua du nom de i-oi le nouveau souverain ; qu'elle se compare môme aux autres villes du gouvernement , et qu'elle fasse rom:;rquer son antériorité même sur celui de la capitale, rien ufe

\^\) Division du sciniou ùc Bouràulouc sur !.i l'cnlccôte.

serait plus juste ; comme personne n'empêche à Antioclie de rappeler que le nom de chrétien naquit dans ses murs. Mais si CE gouvernement se prétendait antérieur au gouvernement ou à l'état , on lui dirait : Fous avez raison si vous entendez prouver que le devoir d'obéissance naquit chez vous , et que vous êtes les premiers sujets. Que si vous avez des prétentions d'indépendance ou de supériorité , vous délirez ; car jamais il ne peut être question d'antérioi'ité contre Vétat , puisqu'il n'y a qu'un état.

La question théologique est absolument la même. Qu'importe que telle ou telle Eglise ait été constituée avant celle de Rome? Encore , une fois, ce n'est pas de quoi il s'agit. Toutes les églises ne sont rien sans l'Eglise, c'est-à-dire l'Eglise universelle ou catholique qui ne revendique à cet égard aucun privilège particulier, puisqu'il est impossible d'imaginer aucune association humaine sans un gouvernement ou centre d'unité de qui elle tient l'existence morale.

Ainsi les Etats-Unis d'Amérique ne seraient pas un état sans le congrès qui les unit. Faites disparaître cette assemblée avec sou président , l'unité disparaîtra en même temps, et vous n'aurez plus que treize états indépendants, en dépit de la langue et des lois communes.

Ajoutons , quoique sans nécessité pour le fond de la question , que cette antériorité dont j'ai entendu parler tant de fois , serait moins ridicule s'il s'agissait d'un espace de temps considérable , de deux siècles , par exemple, ou même d'im seul. Mais qu'y a-t-il donc d'antérieur dans le christianisme à saint Pierre qui fonda l'Eglise romaine, et à saint Paul qui adressa à cette église une de ses admirables épîtres ? Toutes les églises apostoliques sont égales en date ; ce qui les distingue c'est la durée; car toutes ces Eglises , une seule exceptée , ont disparu ; aucune

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n'est en état de remonter, sans intcrnipjon et par des Evt'ques connus, légitimes et orthodoxes, jusqu'à l'Apôlra fondateur. Celte gloire n'appartient qu'à l'Eglise romaine.

Il faut ajouter encore que cette question d'antériorité . si futile et si sophistique en elle-même , est déplacée surtout dans la bouche de l'Eglise de Constantinople , la dernière en date parmi les Eglises patriarcales , qui ne tient même son titre que de l'obstination des empereurs grecs et de la complaisance du premier Siège trop souvent ebligé de choisir entre deux maux. : jouet éternel de l'absurde tyrannie de ses princes , souillée par les plus terribles hérésies , fléau permanent de l'Eglise qu'elle n'a cessé de tourmenter pour la diviser ensuite , et peut-être sans retour.

Mais il ne peut être question d'antériorité. J'ai fait voir que cette question n'a point de sens , et que ceux qui l'agitent ne s'entendent pas eux-mêmes. Les Eglises pholiennes ne veulent point s'apercevoir qu'au moment même de leur séparation , elles devinrent protestantes , c'est-àdire séparées et indépendantes. Aussi pour se défendre , elles sont obligées d'employer le principe protestant , c'est-à-dire qu'elles sont unies par la foi , quoique l'identité de législation ne puisse constituer l'unité d'aucun gouvernement , laquelle ne peut exister partout où ne se trouve pas la hiérarchie d'autorité.

Ainsi , par exemple , toutes les provinces de France sont des parties de la France , parce qu'elles sont toutes réunies sous une autorité commune ; mais si quelquesunes rejetaient cette suprématie commune , elles deviendraient des états séparés et indépendants , et nul homme descns ne tolérerait Ysisscrûon qu'elles font toujours portion du royaume de France, parce qi^cUesont conservé la même langue et la même législation,

Les Eglises phoricnnesont précisémenlet iilentiqucmcnt ianiême prclention: elles veulent être portion dnroyaume catholique après avoir abdiqué la puissance commune. Que si on les somme de nommer la puissance ou le tribunal Eomnum qui constitue l'unité, elles répondent qu'il n'y en a point ; et si on les presse encore en leur demandant comment il est possible qu'une puissance quelconque n'ait pas un tribunal commun pour toutes ses provinces ; elles répondent que ce tribunal est inutile, parce qu'il a tout décidé dans ses six premières sessions , et qu'ainsi il ne doit plus/ s'assembler. A ces prodiges de déraison, elles en ajouteror. t d'autres , si votre logique continue à les harceler. Tel est l'orgueil , mais surtout tel est l'orgueil national ; jamais on ne le vit avoir honte ou seulement peur de lui-même.

Toutes ces Eglises séparées se condamnent chaque jour en disant : Je crois à l'Eglise une et universelle. Car il faut absolument qu'à cette profession de droit, elles en substituent une autre de fait qui dit : Je crois aux Eglises D?jE et UNIVERSELLE. C'cst le solécismc le plus révoltani dont l'oreille humaine ait jamais été aftligée.

Et ce solécisme, il faut bien le remarquer , ne peut nous être renvoyé. C'est en vain qu'on nous dirait : 5"^parés de nous , ne prétendez-vous pas à V unité ? séparés de vous , pourquoi n'aurions-nous pas la même prétention ? Il n'y a point de comparaison du tout ; car l'unité est chez nous : c'est un fait sur lequel personne ne dispute. Toute la question roule sur la légitimité , la puissance et l'étendue de cette unité. Chez les photiens au contraire , comme chez tous les autres protestants , il n'y a point d'unité ; en sorte qu'il ne peut être question de savoir si nous devons nous assujettir à un tribunal qui n existe pas. Ainsi l'argument ne tombe que sur ces Eglises, et ne saurait être rétorqué.

La suprématie des Souverains Ponlifes est si claire , si incontestable , si univcrscllen:£nt l'cconnuc , qu'au temps de la grande scission , parmi ceux qui se révoltèrent contre sa puissance , nul n'osa l'usurper, et pas même l'auteur du schisme. Ils nièrent bien que l'Evéque de Rome fût le chef de l'Eglise ; mais aucun d'eux ne fut assez hardi [lour dire je le suis : en sorte que chaque Eglise demeura seule et acéphale , ou ce qui revient au môme, hors de l'unité et du catholicisme.

Photius avait osé s'appeler Pa^narcAe œcuménique, titre qui ne pouvait se montrer que dans la folle Byzance. L'Eglise vit-elle jamais les Evoques d'un seul patriarcat s'assembler et se nommer concile œcuménique? Ce délire cependant n'aurait pas différé de l'autre. Pour ne pas blesser la logique , autant que les canons, Photius n'avait qu'à s'attribuer sur tousses complices cette même juridiction qu'il osait disputer au Pontife légitime : mais la conijcience des hommes était plus forte que son ambition. Il s'en tint à la révolte , et n'osa ou ne put jamais s'élever jusqu'à l'usurpation.

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