‹ Du paludismeChapitre 4 sur 19 · I. Recherches antérieures aux miennes · texte numérisé non relu

I. Recherches antérieures aux miennes

— Lancisi et Rasori admettaient déjà au siècle dernier que le paludisme était produit par des animalcules qui se trouvaient en suspension dans l’air des localités marécageuses. Ces idées étaient si répandues en Italie au commencement de ce siècle, que, dans le peuple, les animalcules fébrifères avaient reçu un nom, celui de serajici. Pour Virey les infusoires sont la cause de l’insalubrité des marais. Boudin incrimine les espèces végétales qui se plaisent dans les localités marécageuses et principalement la flouve des marais. Bouchardat attribue les accidents du paludisme à une espèce de venin qui serait sécrété par quelques-uns des animalcules qui pullulent dans les marais.

J. K. Mitchell, Mühry,W. A. Hammond voient dans les spores qui abondent dans les localités marécageuses la cause du paludisme. J. Lemaire, Massy, Cunningham, Corre admettent également comme probable l’existence d’un microorganisme pathogène du paludisme.

De 1866 à 1880 on annonce à plusieurs repri-

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ses que le parasite du paludisme a été découvert, mais les conclusions auxquelles on arrive de différents côtés sont contradictoires.

En 1866 Salisbury décrit comme agent du paludisme de petites cellules végétales (palmelles) qu’il dit avoir trouvées constamment dans l’urine et dans la sueur des fébricitants de TObio et du Mississipi.

En 1869 Balestra signale une algue trouvée dans les marais Pontins comme étant la cause des accidents palustres.

En 1876 Lanzi et Terrigi ariivent à conclure que le paludisme est dû à une bactérie brunâtre et ils expliquent la mélanémie par la présence de ces bactéries brunâtres dans les tissus.

En 1878 Eklund décrit sous le nom de Limnophysalis hyalina un microorganisme souvent rencontré par lui sur les algues des plages fébrigènes et qui lui paraît devoir être considéré comme le parasite du paludisme.

En 1879 Klebs et Tommasi-Crudeli décrivent un hacillus malariæ qui pendant plusieurs années a été considéré par bon nombre d’observateurs, principalement en Italie et en Allemagne, comme l’agent pathogène du paludisme.

D’après Klebs et Tommasi-Crudeli le hacillus malariæ se trouvait dans le sol sous la forme

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de spores ovalaires mobiles, réfractant fortement la lumière et il se développait dans les liquides de culture et dans le corps des animaux inoculés, sous la forme de longs filaments d’abord homogènes puis segmentés transversalement.

2. Description de l’hématozoaire du Paludisme. — Mes recherches sur le paludisme entreprises en Algérie, dès la fin de 1878, me conduisirent à des résultats bien différents de ceux auxquels étaient arrivés les précédents observateurs ; en 1880 je donnais la description d’un nouveau parasite appartenant à la classe des sporozoaires qui me paraissait devoir être considéré comme étant l’agent du paludisme. Depuis lors, je suis revenu à plusieurs reprises sur la description de ce parasite en la complétant sur quelques points et de nombreuses recherches confirmatives des miennes ont été publiées dans tous les pays ou régnent les fièvres palustres.

Ce parasite se présente sous des formes assez variées que l’on peut toutefois ramener aux quatre types suivants : i* corps sphériques, 2® flagella, 3° corps en croissant, 4® corps segmentés ou en rosace.

1® Corps sphériques. — Ces corps représen-

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tent la forme la plus commune des éléments parasitaires ; ils sont souvent animés de mouvements amiboïdes et quelques observateurs ont proposé de leur donner le nom de corps amihoïdes. Constitués par une substance hyaline, incolore, très transparente, ces éléments ont des dimensions variables ; les plus petits ont à peine 1 [Jt, les plus gros ont un diamètre égal ou même un peu supérieur à celui des hématies.

Les contours sont indiqués par une ligne très fine. Les plus petits de ces éléments ne renferment qu’un ou deux grains de pigment ou même n’en renferment pas du tout; ils se présentent alors sous l’aspect de petites taches claires sur les hématies. A mesure que ces éléments grossissent, le nombre des grains de pigment augmente ; ces grains forment une couronne assez régulière ou bien ils sont disposés d’une façon irrégulière et souvent ils sont animés d’un mouvement très vif. Ce mouvement n’a ni la constance, ni la régularité du mouvement brownien avec lequel il présente d’ailleurs une certaine analogie ; il diminue ou augmente de rapidité, il s’arrête parfois pour recommencer ensuite, sans que les conditions physiques de la préparation se soient modifiées.

Les mouvements amiboïdes des corps sphéri-

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ques coïucident souvent avec l’agitation des grains de pigment.

Les corps sphériques sont tantôt libres dans

Fig. 1, — a, hématie normale; — b, hématie avec un corps sphérique de très petit volume, non pigmenté ; — c, d, e, hématies avec des corps sphériques pigmentés, petits et moyens ; — f, hématie avec quatre petits corps sphériques ; — g, h, corps sphériques libres ayant atteint leur développement complet; — i, corps segmenté adhérent à une hématie ; — j, corps segmenté libre ; — k. les segments s’arrondissent et deviennent libres ; — l, m, petits corps sphériques libres ; — n. corps sphérique avec trois flagella ; — o, corps sphérique avec un flagellum ; — p, flagellum libre \ — q, r, corps en croissant ; — s, corps ovalaire ; — t, corps sphérique dérivé de corps en croissant ; — u, corps sphérique après le départ des flagella ; — », a?, leucocytes mélanifères.

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le sérum (^, h, l, niy), tantôt accolés aux hématies (ô, c, d, e, f) ; sur une même hématie on trouve parfois deux, trois ou quatre de ces corps {fig. i).

Ces parasites vivent évidemment aux dépens des hématies qui pâlissent de plus en plus à mesure que les éléments parasitaires augmentent de volume et qui finissent par disparaître. Bon nombre d’auteurs admettent que les parasites sont endoglohulaires. Les notions que nous avons sur la structure et sur la consistance des hématies de l’homme permettent difficilement de comprendre que les parasites en question puissent s’y introduire ; il nous semble plus probable qu’ils s’accolent simplement aux hématies en les déprimant. Ce qui rend celte supposition plus vraisemblable encore, c’est que ces éléments parasitaires se trouvent souvent dans le sang à B l’état de liberté, et cela à toutes les périodes de ^ leur développement.

Lorsqu’on examine attentivement un corps sphérique animé de mouvements amiboïdes, il arrive parfois qu’on voit ce corps se segmenter en trois ou quatre éléments semblables mais de plus petit volume ; ces éléments se séparent ou bien ils se confondent de nouveau en un seul élément. Des espèces de boules sarco-

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cliques se forment aussi quelquefois sur les bords.

Au bout d’un temps variable, mais qui dépasse rarement une demi-heure ou trois quarts d’heure, les mouvements amiboïdes s’arrêtent ainsi que les mouvements des grains de pigment, et les corps sphériques prennent leurs formes cadavériques ; les contours sont irréguliers, le pigment s’amasse sur certains points ; ces corps se distinguent encore facilement des leucocytes mélanifères par l’absence de noyau, ou du moins par l’absence de noyaux aussi faciles à mettre en évidence que les noyaux des leucocytes.

Il résulte des travaux de Grassi et Feletti, de Celli et Guarnieri, de Romanowsky, de Sacharof et de Mannaberg qu’on peut à l’aide de différents procédés de coloration déceler la présence d’un noyau dans l’intérieur des corps sphériques ; le noyau ne se colore pas par le bleu de méthylène ; sur les préparations colorées à l’aide de ce réactif le noyau des corps sphériques est représenté par une vacuole claire ; le noyau est en général excentrique, accolé à la paroi. A l’intérieur du noyau on réussit parfois à colorer des granulations ou nucléoles.

2° Flagella. — Lorsqu’on examine avec soin une préparation de sang dans laquelle se trou-

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vent à l’état libre des corps sphériques de moyen volume, il arrive assez souvent qu’on distingue sur les bords de ces éléments des tilaments mobiles ou flagella qui s’agitent avec une grande vivacité et qui impriment aux hématies voisines des mouvements très variés ; les hématies sont déprimées, pliées, refoulées et toujours elles reprennent leur forme dès que les flagella s’en éloignent. Ces mouvements sont tout à fait comparables à ceux d’anguillules qui, fixées par leur extrémité caudale, tenteraient de se dégager.

Les flagella sont si fins, si transparents que, malgré leur longueur, très grande pour des microbes (trois ou quatre fois le diamètre des hématies), il est presque impossible de les voir quand ils sont au repos.

Les flagella sortent des corps sphériques ; on assiste quelquefois à cette excapsulation. Le nombre des flagella qui adhèrent à un meme corps sphérique est variable ; quelquefois on ne distingue qu’un de ces éléments, (o, flg. i), d’autres foison en distingue deux, trois ou quatre (n, fig, i) ; les mouvements de chaque flagellum sont indépendants.

Lorsque les flagella sont au nombre de trois ou quatre, ils se pelotonnent parfois de telle

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sorte qu’il devient très difficile de dire quel est leur nombre et quelles sont leurs dimensions.

Les mouvements des flagella peuvent être constatés dans le sang immédiatement après sa sortie des vaisseaux, surtout lorsque la température du laboratoire est très cbaude ; en général il est beaucoup plus facile de faire cette observation au bout de i5 à 20 minutes. Peut-être les mouvements s’arrêtent-ils sous l’influence du refroidissement que subit le sang à sa sortie des vaisseaux.

L’extrémité libre des flagella présente souvent un petit renflement piriforme, visible seulement lorsque cette extrémité très mobile se trouve exactement au point. Outre ces renflements terminaux on constate quelquefois de petits renflements qui semblent se déplacer le long des flagella.

Tantôt les flagella sont disposés d’une façon symétrique, tantôt ils sont groupés sur un même point du corps sphérique.

Lorsqu’on observe un corps sphérique muni de flagella, tel que le corps n de la figure 1, on a de la peine à se défendre de cette idée qu’on est en présence d’un animalcule muni de pseudopodes ; d’autant plus que les flagella impriment souvent au corps sphérique des mouve-

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ments plus ou moins étendus ; il s’agit d’ordinaire d’un mouvement oscillatoire sur place, mais parfois, surtout si la couche de sang est un peu épaisse, le corps sphérique subit un véritable mouvement de translation.

Le nombre variable des flagella, leur disposition irrégulière, sont peu en rapport avec l’idée d’un parasite muni de pseudopodes, mais ce qui doit surtout faire écarter cette idée, c’est qu’à un momént donné les flagella se détachent des corps sphériques et circulent au milieu des hématies ; les flagella devenus libres sont difficiles à suivre ; au lieu de se mouvoir sur place comme lorsqu’ils adhéraient aux corps sphériques, ils se déplacent rapidement dans le champ du microscope ; on manque ainsi du point de repère que fournit le corps sphérique pigmenté. Il est évident que chaque flagellum vit à ce moment d’une vie indépendante.

Après que les flagella se sont détachés, les corps pigmentés auxquels ils adhéraient se déforment et restent immobiles, les grains de pigment s’accumulent sur un ou plusieurs points.

3® Corps en croissant. Il s’agit d’éléments cylindriques, effilés à leurs extrémités et d’ordinaire recourbés en croissant r, fig. i), la substance de ces corps est transparente, incolore.

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sauf vers la partie moyenne où se trouvent des grains de pigment noir identiques à ceux des corps sphériques.

La longueur de ces éléments est, en général, un peu plus grande que le diamètre des hématies, soit de 8 à 9 g ; il est à noter qu’on ne trouve jamais de corps en croissant de très petit volume, ni d’un volume notablement supérieur à celui qui vient d’étre indiqué ; la largeur est de 2 [J- environ vers la partie moyenne. Les extrémités du croissant sont tantôt très effilées, tantôt arrondies.

Les contours sont indiqués dans le sang frais par une seule ligne très fine, mais il est facile de constater, sur certaines préparations qui ont suhi l’action de l’acide osmique ou de réactifs colorants, qu’il existe un double contour.

Les grains de pigment dont la présence est constante sont presque toujours réunis vers la partie moyenne, ils sont plus ou moins agglomérés. Par exception, le pigment se rencontre à une des extrémités.

On aperçoit souvent du côté de la concavité une ligne très fine qui relie les deux extrémités du croissant {q, r, fig. 1), et qui paraît représenter une partie du contour de l’hématie sur laquelle ou dans laquelle le parasite s’est développé.

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A côté des corps en croissant, on trouve souvent d’autres éléments qui sont à peine incurvés ou même dont le grand axe est rectiligne. En laissant un corps en croissant dans le champ du microscope et en l’examinant à plusieurs reprises, on constate parfois sa transformation en un corps ovalaire, puis sphérique, (s, t, fig. i).

4® Corps en rosace ou segmentés, — Les corps segmentés ou en rosace paraissent représenter sinon le mode unique de reproduction, du moins un des principaux modes de reproduction de l’hématozoaire du paludisme. Les bords d’un corps sphérique libre ou adhèrent à une hématie présentent des dentelures légères, peu profondes, c’est le premier degré de la segmentation ; en même temps les grains de pigment qui étaient disséminés dans cet élément se réunissent au centre en un seul amas (f, j, fig. i). Bientôt les dentelures deviennent plus profondes, la segmentation s’achève, le corps sphérique est divisé d’une façon régulière en une série de segments, ce qui lui donne l’aspect qui a été désigné sous le nom de corps en rosace ou en marguerite. Les segments s’arrondissent et se séparent les uns des autres, si bien que le corps segmenté se décompose en fin de compte en une série de petits corps sphériques qui deviennent

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libres {k, l, fîg. i). Il n’est pas très commun de rencontrer des corps segmentés ; il faut les chercher surtout à la première période des accès de fièvre.

On trouve enfin dans le sang palustre des corps hyalins, irréguliers, pigmentés, {v, fig. i) qui sont des formes cadavériques des parasites décrits plus haut et des leucocytes mélanifères qui se distinguent de ces derniers éléments par la présence d’un ou de plusieurs noyaux faciles à colorer par le carmin ou le bleu de méthylène (v, X, fig. i).

Sur 432 cas dans lesquels j’ai constaté en Algérie la présence des parasites, j’ai noté :

Corps sphériques seuls 266 fois.

Corps en croissant seuls 4^ —

Corps sphériques et corps en croissant . . 3i —

Corps sphériques et flagella 59 —

Corps sphériques, corps en croissant et flagella. 33 —

Les corps sphériques seuls ou associés aux au. 1res éléments ont donc été observés 389 fois sur 432 cas.

Les corps en croissant seuls ou associés aux autres formes, 107 fois.

Les flagella, toujours associés aux éléments sphériques, ont été rencontrés chez 92 malades.

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Dans la plupart des cas (96 fois sur 107), les corps en croissant ont été observés dans le sang de malades atteints de cachexie palustre ou de fièvre intermittente de récidive.

Il était intéressant de savoir si les parasites se montraient plus ou moins nombreux dans le sang, avant, pendant ou après les accès.

Sur 79 examens faits peu de temps avant des accès, j’ai observé les parasites 79 fois.

Sur 286 examens faits pendant des accès, je les ai observés 278 fois.

Sur 164 examens faits quelques heures après un accès de fièvre, je les ai observés i4i fois.

C’est donc un peu avant les accès ou bien au début des accès que l’examen du sang doit être fait.

Chez certains malades et en particulier chez certains cachectiques qui paraissent avoir acquis une tolérance très grande pour les parasites, ceux-ci se trouvent non seulement pendant toute la durée des paroxysmes, mais aussi dans l’intervalle des accès, et certaines formes (corps en croissant) ne disparaissent que lentement, alors même que le malade est soumis à la médication quinique.

Depuis que j’ai quitté l’Algérie, j’ai eu l’occasion d’examiner un certain nombre de soldats

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revenant des colonies et de passage ou en congé à Paris. Ces hommes venaient d’Algérie, de Tunisie, du Tonkin, de Cochinchine, du Sénégal, de Madagascar. Toutes les fois que j’ai pu faire l’examen du sang dans de bonnes conditions, c’est-à-dire au début d’un accès, j’ai trouvé des éléments parasitaires, et les éléments étaient les mêmes quel que fût le pays d’origine de la fièvre.

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