‹ Du paludismeChapitre 5 sur 19 · Recherches postérieures aux miennes · texte numérisé non relu

Recherches postérieures aux miennes

— Le parasite que j’ai décrit dès 1880. comme étant l’agent pathogène du paludisme a été retrouvé aujourd’hui par un grand nombre d’observateurs : E. Richard, Soulié et Vincent en Algérie ; Sternberg, Councilman, W. Osler, James en Amérique ; Marchiafava, Celli, Golgi, Guarnieri, Pietro Canalis, Grassi, Feletti, Antolisei, Angelini, Terni, Giardina, Bignami, Bastianelli en Italie ; Vandyke Carter et Evans aux Indes ; Metcbnikoff, Sacharof, Kbenzinsky, Romanowsky en Russie ; Paltauf, Kahler, Bamberger, Hocbsinger en Autriche ; Plehn et Quincke en Allemagne ; Enrique Morado et T. Coronado à Cuba.

Tous ces observateurs ont vérifié l’existence dans le sang des malades atteints de paludisme.

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des éléments parasitaires décrits ci-dessus ; tous admettent que ces parasites sont la cause du paludisme, mais quelques divergences existent au sujet de l’interprétation des faits et en particulier au sujet des rapports qui existent entre les différentes formes des parasites.

4. L’hématozoaire du Paludisme est un sporozoaire polymorphe. — J'ai émis dès i88i l’opinion que les éléments parasitaires du sang palustre devaient être considérés, malgré la variété de leurs formes, non comme des parasites d’espèces différentes, mais comme des états successifs d’un même parasite polymorphe.

Les corpuscules hyalins, non encore pigmentés, qui forment de petites taches claires sur les hématies, représentent la forme embryonnaire du parasite ; peu à peu ces corps s’accroissent et leur volume finit par égaler ou même surpasser un peu celui des hématies ; en même temps, le nombre des grains de pigment augmente à l’intérieur. Les flagella se développent dans ces éléments et, à un moment donné, ils s’en échappent et deviennent libres.

La relation des corps en croissant avec - les corps sphériques et les flagella n’est pas douteuse, bien qu’on ne sache pas pourquoi les

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corps en croissant, très communs chez certains malades, font défaut chez d’autres.

Plusieurs observateurs Italiens ont admis l’existence de deux ou trois variétés de parasites du paludisme.

D’après Golgi et Pietro Canalis, il faudrait distinguer ; un parasite de la fièvre tierce, un parasite de la fièvre quarte et un parasite des fièvres irrégulières.

Les différences existant entre les parasites de la tierce et ceux de la quarte peuvent, d’après Golgi, se résumer ainsi qu’il suit : le parasite de la tierce accomplit son évolution en deux jours, celui de la quarte en trois jours. Les corps amiboïdes de la tierce ont des mouvements beaucoup plus vifs que ceux de la quarte. Les parasites de la tierce donnent lieu facilement et rapidement à la décoloration des hématies auxquelles ils s’attaquent, tandis que dans la fièvre quarte les hématies envahies par les parasites gardent presque jusqu’au moment où la destruction est complète, leur coloration caractéristique. Dans la quarte, les globules du sang malades ont une tendance marquée à se rétracter, tandis que dans la tierce les globules malades ont souvent des dimensions supérieures à celles des globules sains. Dans la tierce, le proto-

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plasma des parasites est très transparent, les contours sont peu marqués ; dans la quarte, le protoplasma paraît moins délicat, et les contours des parasites sont plus nets. Dans la quarte, le pigment se présente sous la forme de grains ou de bâtonnets plus gros que dans la tierce ; la teinte du pigment serait aussi un peu différente.

Enfin, et c’est là ce qui constitue la différence principale, la segmentation des éléments en rosace ne se fait pas de la même manière dans la tierce et dans la quarte. Dans la tierce, le nombre des corpuscules arrondis qui naissent de la segmentation des éléments pigmentés est plus grand que dans la quarte.

Pietro Canalis et Golgi admettent en outre l’existence d’une troisième variété d’hématozoaires caractérisée par les corps en croissant, variété qui, au point de vue clinique, corres- -pondrait aux fièvres irrégulières : fièvres quotidiennes à accès prolongés ou subintrants, continues palustres, cachexie aiguë, accidents pernicieux.

Grassiet Feletti ont admis d’abord l’existence de deux espèces d’hématozoaires du paludisme : la première donnant lieu aux fièvres régulières, la deuxième aux fièvres irrégulières ; cette dernière variété étant caractérisée, comme l’avaient déjà

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dit Pietro Canalis et Golgi, par la forme en croissant.

Grassi et Feletti ont décrit en dernier lieu cinq variétés d’hématozoaires du paludisme non transformables l’une dans l’autre et correspondant à des manifestations cliniques différentes. (Centralhl. f, Bakter. 1891 T. X, p. 5 18). Ces cinq espèces, dont l’existence est très problématique, ont été dénommées ainsi qu’il suit : Haemamoeha malariæ (fièvre quarte simple, double ou triple) — H. vivax (fièvre tierce simple ou double) — H. prœcox (fièvres pernicieuses, quotidiennes, fièvres continues ou subcontinues) — H. immaculata variété caractérisée par l’absence de pigment qui n’existerait qu’à Rome et qui donnerait lieu aux mêmes accidents que H. prœcox — H. Laverania malariæ (fièvres irrégulières, quotidiennes).

E. Antolisei et Angelini, G. Terni et G. Giardina ont publié des recherches confirmatives de celles de Golgi et de Pietro Canalis.

La doctrine de la pluralité des hématozoaires du paludisme soulève de nombreuses objections : L’unité du paludisme au point de vue clinique et anatomo-pathologique est indiscutable et a priori on a de la peine à admettre que la fièvre tierce, la fièvre quarte et la fièvre quoti-

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dieiine soient produites par des parasites différents, d’autant plus que chez un même individu on voit souvent le type de la fièvre se modifier.

D’autre part, les caractères morphologiques assignés aux deux, aux trois ou aux cinq espèces d’hématozoaires sont insuffisants pour permettre de reconnaître chacune de ces espèces aux différentes phases de son évolution.

Les corps en croissant sont, il est vrai, très caractéristiques, mais malheureusement pour la doctrine de la pluralité des hématozoaires on peut rencontrer ces éléments dans des fièvres palustres parfaitement régulières ainsi que j’en ai cité de nombreux exemples (Du paludisme et de son hématozoaire, p. i32).

Les auteurs qui admettent f existence de plusieurs hématozoaires sont obligés, pour mettre leur doctrine d’accord avec les faits, de reconnaître que très souvent on trouve chez les mêmes malades plusieurs variétés d’hématozoaires qui prédominent tour à tour.

Gualdi, Antolisei et Angelini ont essayé de démontrer expérimentalement l’existence des deux ou trois variétés d’hématozoaires ; ils ont injecté six fois, dans les veines d’individus indemnes de paludisme, du sang de malades atteints de fièvre palustre dans le but de constater

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si on reproduirait, chez les individus inoculés, les types de fièvre et de parasites du malade qui avait fourni le sang ; cinq fois sur six les résultats de ces expériences ont été peu favorables ou même absolument opposés à la doctrine de la pluralité des parasites du paludisme. Di Mattéi et Galandruccio ont injecté à des malades atteints de paludisme, du sang renfermant une variété d’hématozoaires qu’on ne trouvait pas chez eux et ils auraient vu constamment la variété nouvelle injectée se développer dans le sang. Les variations d’aspect de l’hématozoaire du paludisme sont trop communes, en l’absence de toute injection de sang, pour qu’on puisse attribuer une grande importance aux résultats de ces dernières expériences.

Je ne crois pas qu’il existe de rapport constant entre les formes sous lesquelles les hématozoaires se présentent dans le sang et les manifestations cliniques du paludisme ; on peut dire seulement que certaines formes 'parasitaires s’observent plus souvent dans certains cas : les corps en croissant, par exemple, dans les fièvres de rechute et dans la cachexie palustre, ainsi que je l’ai établi depuis longtemps.

La plupart des observateurs s’accordent aujourd’hui à reconnaître que l’hématozoaire du

l’hématozoaire du paludisme

paludisme doit être rangé parmi les sporozoaires, à côté des coccidies. Or le polymorphisme est pour ainsi dire de règle dans Thistoire de ces êtres et les dilîérences que l’on constate dans l’évolution de l’hématozoaire du paludisme ne suffisent pas pour autoriser à admettre Inexistence de plusieurs variétés distinctes de parasites.

5. Sporozoaires analogues chez les animaux. — On observe, chez bon nombre d’animaux, des hématozoaires dont quelques espèces ont une grande analogie avec l’hématozoaire du paludisme.

Gaule et Ray Lankester ont décrit un hématozoaire de la grenouille {rana esculejita] qui se rencontre dans les hématies sous la forme d’un corps allongé, à côté du noyau, ou bien à l’état libre dans le plasma ; le parasite présente dans ce dernier cas des mouvements très vifs {Drepanidium ranarum).

Dans le sang des lézards {Lacerta viridiSy Lacerta agilis) on trouve fréquemment des hématozoaires inclus dans les hématies ou bien à l’état libre ; ce parasite a l’aspect d’un vermicule dont les extrémités sont effilées et qui mesure de 10 à i5 {Ji de long; l’hémocytozoon du lé-

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zard est animé parfois d’un mouvement rudimentaire consistant en une flexion dans le sens de la courbure normale suivie d’un redressement brusque (Danilewsky et Ghalachnikow).

Le sang de la tortue des marais renferme souvent aussi des parasites libres ou inclus dans les hématies. Ces parasites qui ont été décrits pour la première fois par Danilewsky en i884, se présentent d’abord sous l’aspect de petites taches claires, arrondies ou oblongues, à côté du noyau de l’hématie, puis sous la forme d’un vermicule cylindrique effilé à ses extrémités qui, arrivé à son développement complet, devient mobile et s’échappe de l’hématie.

Certains hématozoaires des oiseaux, décrits par Danilewsky, se rapprochent des hématozoaires du paludisme à ce point que quelques observateurs, parmi lesquels Danilewsky, Grassi et Feletti admettent qu’il y a identité.

Ces hématozoaires ont été trouvés dans le sang d’un grand nombre d’oiseaux : geai, hibou, chouette, pigeon, corneille, tourterelle, alouette, moineau, pinson, etc., j’ai pu les étudier pour ma part dans le sang du geai, de l’alouette, du pinson et du pigeon.

Ces parasites se rencontrent le plus souvent à l’état d’inclusion dans les hématies. L’hémato-

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zoaire, à son premier degré de développement, forme dans les hématies, qui ont conservé d’ailleurs leur aspect normal, de petites taches

Fig. 2. — Hématozoaires de l’alouetle. a, b, c, hématies avec de petits corps sphériques pigmentés ; — d, hématie renfermant un corps sphérique en voie de segmentation ; — e, f, g, h, hématies avec des corps cylindriques à diflérents degrés de développement ; J, corps cylindrique devenu libre avec le noyau de l’hématie qui le renfermait ; — j, k, corps cylindriques se transformant en corps sphériques, on voit encore à côté le noyau des hématies qui renfermaient ces corps; — Z, corps sphérique libre entièrement développé ; — m, corps sphérique avec trois flagella ; — n, flagellum libre.

claires, arrondies ou allongées. Une même hématie peut renfermer deux ou trois de ces éléments. Les grains de pigment au nombre d’un ou deux seulement dans les plus petits élé-

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ments parasitaires ne tardent pas à se multiplier.

L’hématozoaire, en se développant, déforme plus ou moins Tliématie qui le renferme et refoule le noyau. Souvent l’hématozoaire prend une forme allongée : il a alors l’aspect d’un vermicule, arrondi ou effilé à ses extrémités, dont le grand axe est souvent parallèle au grand axe de l’hématie. Chez l’alouette, j’ai constaté quelquefois la disparition du noyau de l’hématie malade, mais en général c’est le noyau qui résiste le plus longtemps et on le retrouve souvent à côté de l’hématozoaire, alors que le reste de l’hématie a disparu (i, J, k, fig. 2). Arrivé à son complet développement, l’hématozoaire devient libre et prend une forme ovalaire ou sphérique ; en même temps apparaissent fréquemment des mouvements qui font défaut pendant la période endoglobu taire : les grains pigmentés sont animés d’un mouvement très vif, le corps sphérique présente un mouvement oscillatoire rapide et des flagella se montrent sur les bords, (m, fig. 2). Ces flagella dont j’ai constaté la présence dans le sang de l’alouette, du pinson et du pigeon ont une grande analogie avec les flagella de l’hématozoaire du paludisme ; au bout de quel-

l’hématozoaire du paludisme

ques minutes ils se détachent et deviennent libres.

Danilewsky a signalé la présence de corps en rosace dans le sang de certains oiseaux ; pour ma part, je n’ai observé ces éléments que très rarement dans le sang des oiseaux {d, fig. 2).

L’analogie de ces hématozoaires des oiseaux avec l’hématozoaire du paludisme est frappante, mais cette analogie n’implique pas l’identité.

Au point de vue morphologique on peut relever des différences, mais ce qui sépare surtout ces parasites, c’est que l’action pathogène et fébrigène des hématozoaires des oiseaux n’est pas démontrée.

Les hématozoaires décrits ci-dessus s’observent chez des oiseaux provenant de régions non palustres ; je dois dire cependant que je n’ai pas réussi à les trouver chez les pigeons d’origine française, tandis que je les ai rencontrés assez souvent chez les pigeons d’origine italienne.

Ces hématozoaires ne donnent lieu, en général, chez les animaux qui en sont porteurs, à aucun trouble apparent, mais ce n’est pas là, il faut le dire, une règle absolue. Danilewsky a constaté que les animaux dans le sang desquels on trouve des corps segmentés sont souvent malades et qu’ils meurent quelquefois.

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Lorsque les hématozoaires existent en grand nombre dans le sang de l’alouette ou du pinson, il n’est pas très rare de voir ces animaux mourir, alors même que le sang ne renferme pas de corps segmentés.

Si les hématozoaires des oiseaux étaient identiques à ceux du paludisme, on devrait réussir à inoculer ces derniers parasites à des oiseaux, en leur injectant du sang palustre, or jusqu’ici cette expérience n’a donné que des résultats négatifs. En 1889 et 1890 j’ai injecté à plusieurs reprises dans les vaisseaux du geai, du sang palustre renfermant des éléments parasitaires caractéristiques, notamment des corps sphériques à leurs divers degrés de développement et le résultat de ces expériences a été négatif.

Celli et Sanfelice ont inoculé sans succès du sang palustre à diflérents oiseaux : pigeons, tourterelles, chouettes. Ces observateurs n’ont réussi à inoculer les hématozoaires que lorsqu’ils opéraient d’espèce à espèce, de pigeon à pigeon par exemple ; chez le pigeon, l’inoculation faite le plus souvent dans l’intérieur du poumon a réussi trois fois sur six.

Di Mattéi, Grassi et Feletti n’ont eu que des résultats négatifs, même dans les inoculations pratiquées entre animaux de même espèce.

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Au mois de mai 1891, j’ai réussi à infecter quelques alouettes saines en injectant dans leurs poumons du sang d'alouettes malades. Une des alouettes inoculées mourut onze jours après l’inoculation ; on constatait chez cette alouette, en même temps qu’une pullulation très rapide des hématozoaires, une anémie extrêmement marquée, comme dans les formes les plus aiguës du paludisme.

Au mois d’octohre suivant, j’ai repris ces expériences sur les pigeons. J’ai inoculé dix-sept pigeons d’origine italienne ou d’origine française, dix de ces pigeons ont été inoculés par injection intra-veineuse du sang infecté, quatre par inoculation intra-pulmonaire, trois par injection dans la trachée et les bronches.

Le sang a été injecté pur et sans être défibriné lorsque j’ai fait des injections intra-veineuses, mélangé à du bouillon dans les cas d’injections intra-bronchiques. Dans les inoculations intraveineuses, j’injectais la moitié ou le tiers du contenu d’une seringue de Slraus, dans les inoculations intra-pulmonaires, le contenu entier de la seringue (sang pur), dans les inoculations par la trachée j'injectais deux ou trois fois le contenu de la seringue remplie avec un mélange de sang et de bouillon stérilisé.

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Chez deux des animaux inoculés par injection intra-veineuse j’ai constaté, trois jours après l’injection, la présence de quelques hématozoaires endoglobulaires, mais de nouveaux examens du sang de ces pigeons ont été négatifs. Chez les autres animaux inoculés, des examens répétés du sang n’ont révélé l’existence d’aucun élément parasitaire.

Il est bien probable que les hématozoaires, inoculables à certains moments et sous certaines formes, ne le sont pas à d’autres moments et sous d’autres formes, ce qui expliquerait les résultats, contradictoires en apparence, auxquels on est arrivé jusqu’ici.

Les saisons paraissent avoir une grande influence sur les hématozoaires des oiseaux comme sur l’hématozoaire du paludisme. Au printemps et en été, j’ai observé souvent chez le pinson et chez l’alouette des hématozoaires à développement rapide, entraînant parfois la mort des animaux qui en étaient porteurs ; en hiver, le nombre des animaux malades diminue notablement et dans cette saison je n’ai guère rencontré que les formes à développement lent (corps endoglobulaires, peu de corps sphériques libres et de flagella) qui réagissent peu sur l’organisme.

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Celli et Sanfelice ont constaté que la quinine,, si efficace contre l’hématozoaire du paludisme, est sans action sur les hématosporozoaires des oiseaux, ce qui fournit un nouvel argument en faveur de la non identité de ces parasites.

L’inoculation du sang d’oiseau à l’homme paraît dangereuse à cause du volume des hématies de l’oiseau ; di Mattéi a trouvé cependant un sujet qui s’est prêté à cette opération ; di Mattéi a injecté dans les veines de cet individu un centimètre cuhe de sang de pigeon infecté ; le résultat de l’expérience a été négatif.

Les hématosporozoaires des oiseaux', bien qu’ils ne semblent pas pouvoir être identifiés à l’hématozoaire du paludisme, n’en présentent pas moins un grand intérêt à cause de leur analogie avec ce dernier parasite. On peut espérer qu’on réussira, en les étudiant, à résoudre quelques-uns S des problèmes encore obscurs relatifs à l’évolu- ! tion de ces êtres.

6. Examen du sang. Procédés de conservation et de coloration des hématozoaires.

— L’examen du sang doit, être fait pendant les accès de fièvre et autant que possible au début des accès. Dans l’intervalle des accès il arrive souvent que les hématozoaires disparaissent du

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sang périphérique, surtout si les malades sont soumis à la médication quinique ; les corps en croissant résistent plus longtemps que les autres éléments à cette médication.

L’étude du sang frais et pur est particulièrement intéressante ; on prépare des lames porteobjet et des lamelles couvre-objet bien propres, on pique avec une épingle le doigt du malade dont on se propose d’examiner le sang, on recueille une goutte de sang sur une lame porteobjet, on la recouvre avec une lamelle et si la goutte de sang est un peu grosse on a soin de presser un peu sur la lamelle et d’absorber sur les bords le sang en excès, de façon à obtenir une préparation de sang très mince ; lorsque les hématies se mettent en piles, les hématozoaires sont très difficiles à voir; il faut obtenir des préparations dans lesquelles les hématies se mettent à plat.

Pour les observations ordinaires, il est inutile de border à la paraffine ; le sang qui se coagule sur les bords des préparations, au contact de l’air, forme une occlusion suffisante.

La préparation est examinée avec un grossissement de 3oo à 4oo diamètres. Je me sers ordinairement de l’oculaire i et des objectifs à sec n° 8 ou n° 9 de Verick. C’est seulement dans ces

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préparations de sang frais qu’on peut observer les éléments parasitaires sous leurs formes les plus caractéristiques : corps sphériques présentant des mouvements amiboïdes, flagella animés de mouvements très vifs et très variés, adhérents à des corps sphériques ou libres.

Les corps en croissant et les corps sphériques se voient bien sur des préparations obtenues par un des procédés qui suivent.

La dessiccation rapide et la fixation par la chaleur des éléments normaux et parasitaires est un excellent moyen de préparation du sang palustre. Une goutte de sang est étalée en couche mince entre deux lamelles couvre-objet bien propres, les lamelles sont ensuite séparées, séchées rapidement à l’air, puis passées trois fois dans la flamme d’une lampe à alcool.

La chaleur qui altère profondément les globules rouges dans le sang frais et liquide, fixe au contraire très exactement ces globules dans leur forme, lorsque le sang est déjà desséché.

Le sang desséché se conserve longtemps ; on distingue très bien sur ces préparations, quelques-uns des éléments parasitaires ; les corps en croissant notamment se montrent avec le même aspect que dans le sang frais.

Il faut avoir soin de monter à sec, le baume

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du Canada rendrait les hématies et les éléments parasi(aires trop transparents. La lamelle couvre-objet à laquelle adhère le sang desséché est appliquée sur une lame porte-objet ; on borde à la paraffine afin d’empêcher l’humidité et les poussières de pénétrer entre les lamelles.

Le sang desséché peut être soumis aux différents réactifs colorants ; il est bon, pour fixer les hématies dans leur forme, plus fortement encore qu’elles ne l’ont été par la chaleur, de faire agir sur le sang desséché un mélange d’alcool et d’éther à parties égales (Roux).

Parmi les réactifs colorants, le bleu de méthylène seul ou associé à l’éosine, le violet de gentiane et l’hématoxyline sont ceux qui donnent les meilleurs résultats.

Pour obtenir la coloration avec le bleu de méthylène on verse sur la lamelle recouverte de sang desséché, quelques gouttes d’une solution aqueuse concentrée de bleu de méthylène ; au bout de trente secondes, on lave à l’eau distillée et on sèche la préparation qui est montée à sec ou dans le baume. Les éléments parasitaires prennent dans ces préparations une teinte bleue plus pâle que celle des noyaux des leucocytes, les hématies conservent leur couleur normale.

En faisant agir sur le sang une solution

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aqueuse d’éosine, avant d’employer la solution de bleu de méthylène, on obtient une double coloration ; les hématies sont colorées en rose, les éléments parasitaires et les noyaux des leucocytes en bleu ; dans le sang des oiseaux les noyaux des hématies se colorent également en bleu. Ces préparations sont montées dans le baume du Canada.

J’ai obtenu de meilleurs résultats en faisant agir successivement l’éosine et le bleu de méthylène, qu’en me servant du mélange de bleu de méthylène et d’éosine qui a été conseillé par Ghenzinsky et par Hochsinger.

Pour l’étude des corps sphériques de petit volume adhérents aux hématies, le violet de gentiane donne d’assez bons résultats ainsi que le violet dahlia ; si on emploie une solution concentrée de ces matières colorantes, il faut avoir soin de la laisser quelques secondes seulement en contact avec le sang et de laver ensuite avec soin. Il importe, en effet, que les hématies ne se colorent pas ou ne se colorent du moins que très légèrement, de façon à rester bien distinctes des éléments parasitaires.

Sur les préparations colorées à l’aide des violets dahlia ou de gentiane on distingue mal les grains de pigment des éléments parasitaires, ce

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qui est un inconvénient ; les grains de pigment se voient bien au contraire sur les préparations colorées au moyen du bleu de méthylène. L"bématoxyline alunée (formule de Latteux) donne aussi de bons résultats.

Pour la coloration des noyaux des éléments parasitaires, Romanowsl^y a employé le procédé suivant : le sang desséché et flambé sur des lamelles couvre-objet est mis à l’étuve sèche, à la température de io5 à 110°, pendant une heure environ. Les lamelles sont ensuite plongées dans un mélange colorant composé ainsi qu’il suit : solution aqueuse saturée de bleu de méthylène, deux volumes, solution aqueuse d’éosine à 1 p. cinq volumes. Ce mélange doit être préparé fraîchement ; on y laisse les lamelles pendant une heure au moins ; on peut les y laisser pendant 24 heures, mais alors il faut laver avec beaucoup de soin les lamelles.

Mannaberg a conseillé comme fixatif une solution d’acide picrique additionnée d’acide acétique et comme colorant l’hématoxyline.

Sur les préparations simplement colorées au bleu de méthylène, les noyaux des corps sphériques se dessinent sous la forme de corps arrondis incolores.

Sur les préparations de sang palustre ou de

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sang d’oiseau colorées fortement avec le violet de gentiane, on arrive quelquefois à distinguer les flagella (Sacharof), mais l’étude des flagella dans ces préparations conservées est beaucoup moins intéressante que celle des flagella vivants et mobiles du sang frais.

7. L’hématozoaire décrit ci-dessus est l’agent pathogène du Paludisme. — Il ne

paraît pas douteux que l’hématozoaire décrit cidessus soit l’agent pathogène du paludisme.

Ce parasite a été retrouvé dans tous les pays chez les malades atteints de paludisme avec les mêmes caractères et il n’a jamais été rencontré chez des sujets sains ou atteints de maladies étrangères au paludisme.

Avant la découverte de l’hématozoaire, la présence de pigment dans le sang palustre ou mélanémie était considérée comme la lésion la plus caractéristique du paludisme, mais on ne s’expliquait pas pourquoi cette lésion se produisait dans le paludisme et non dans d’autres maladies fébriles. Aujourd’hui nous savons que la mélanémie est la conséquence du développement des hématozoaires et il paraît logique d’en conclure que les hématozoaires qui produisent la mélanémie, c’est-à-dire la lésion la plus caractéristique du

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paludisme donnent lieu également aux troubles qui caractérisent cette maladie.

Sous rinfluence de la médication quiniqueles hématozoaires disparaissent en même temps que guérit la fièvre, preuve importante de la relation de cause à elîet qui existe entre ces parasites et les accidents du paludisme. Les corps en croissant résistent plus longtemps que les autres éléments mais ils finissent eux aussi par disparaître.

Vinoculahilité du paludisme d’homme à homme par injection intra-veineuse du sang renfermant des hématozoaires, constitue un dernier et très puissant argument en faveur du rôle pathogénique de ces parasites.

Dès 1881 j’avais dit que le paludisme devait être inoculable d’homme à homme et j’avais indiqué les conditions de réussite de cette expérience qui a été faite par Mariotti et Ciarocchi, Marchiafava et Celli, Gualdi, Antolisei et Angelini. Les expériences antérieures de Dochmann et de Gherardt sur l’inoculation du paludisme ne sont pas probantes ; les observateurs qui ont essayé de répéter ces expériences en se servant des procédés indiqués par Dochmann et Gherardt n’ont obtenu que des résultats négatifs ; au contraire l’inoculation intra-veineuse que j’avais conseillée réussit presque toujours ; on voit ap-

l’hématozoaire du paludisme o9

paraître les hématozoaires dans le sang de l’individu inoculé en même temps que se produisent les manifestations cliniques caractéristiques du paludisme.

Ces manifestations apparaissent huit à dix jours après l’inoculation, ce qui fournit une indication précise sur Vincubation du paludisme ; indication qui concorde d’ailleurs avec bon nombre de faits d’observation clinique.

Quelques auteurs ont admis que l’invasion du paludisme pouvait être très rapide ; on a cité souvent l’exemple de voyageurs atteints tout à coup d’accidents pernicieux tandis qu’ils traversaient une localité marécageuse. Pour que ces faits fussent probants, il faudrait démontrer : 1° que ces voyageurs n’étaient pas, depuis quelque temps déjà, sous l’influence du paludisme ; 2° que les accidents observés étaient bien dus au paludisme et non à d’autres causes, au coup de chaleur, par exemple. Cette démonstration n’a pas été faite jusqu’ici. Je crois pour ma part qu’il existe toujours une période d’incubation dont la durée minima est de six à sept jours.

8. Comment se fait l’infection ? — La découverte de l’hématozoaire du paludisme n’a pas résolu complètement la question de l’étiologie du

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paludisme. Nous iguorons encore sous quelle forme ce parasite vit dans le milieu extérieur et comment il pénètre dans l’économie.

Cette lacune dans l’histoire de l’hématozoaire du paludisme qui serait très grave s’il s’agissait d’un schizophyte, surprend moins quand on songe que ce parasite appartient aux sporozoaires ; l’histoire du développement de ces protozoaires est en effet très obscure, nous ne savons pas les cultiver, comme nous faisons des schizophytes. Tous les essais de culture de l’hématozoaire du paludisme sur des milieux artificiels ou même dans le sang retiré des vaisseaux ont échoué jusqu’ici. Il paraît probable que l’hématozoaire du paludisme existe dans les milieux palustres à l’état de parasite de quelque animal ou de quelque plante. J’ai émis l’hypothèse que les moustiques jouaient un rôle dans la propagation du paludisme comme dans celle de la filariose.

On admet généralement que l’infection se fait par l’air, si bien que le mot malaria (mal’aria) est devenu synonyme de paludisme. Des faits nombreux tendent à démontrer que l’infection peut se faire aussi par l’eau potable.

On a constaté à plusieurs reprises que dans une môme localité des individus vivant dans des conditions identiques, mais faisant usage pour la

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boisson d’eaux de provenance différente, étaient, les uns atteints dans une forte proportion, les autres épargnés par les fièvres palustres.

Dans certaines localités autrefois insalubres, il a suffi de mettre à la disposition des habitants une eau pure à la place de l’eau stagnante qui servait primitivement à la boisson, pour voir les fièvres palustres disparaître.

Les voyageurs qui parcourent des contrées malsaines réussissent souvent à se préserver des fièvres en ne buvant que de l’eau bouillie, tandis que les personnes qui ne prennent pas cette précaution sont atteintes dans une forte proportion.

Salomone Marino a fait ingérer à vingt-cinq individus qui se trouvaient dans une localité saine de l’eau puisée dans des localités palustres. {Sicilia medica, 1891, p. 100). Chez les individus sains et robustes cette ingestion n’a provoqué que quelques nausées; chez les individus plus délicats on a observé des troubles gastrointestinaux ; les individus atteints de maladies chroniques ont eu de la fièvre qui disparaissait avec la cessation de l’emploi de l’eau suspecte ; enfin les malades qui avaient eu antérieurement la fièvre eurent des rechutes et on vit les hématozoaires réapparaître dans le sang.

De ce qu’un individu sain peut boire impuné-

62 ENCYCLOPÉDIE SCIENTIFIQUE

ment de l’eau provenant de localités palustres, on ne peut pas conclure que cette eau ne contient pas le germe du paludisme ; pour contracter le paludisme comme pour contracter la plupart des autres maladies, il faut une prédisposition et les résultats de l’expérience auraient été peut-être différents sur des sujets affaiblis et surmenés.

La question du mode de pénétration de l’hématozoaire du paludisme dans l’organisme ne pourra être résolue que lorsqu’on aura réussi à découvrir sous quelle forme ce parasite se trouve dans le milieu extérieur et c’est à résoudre cette question que devraient tendre aujourd’hui les efforts de tous les observateurs. La marche à suivre me paraît devoir être celle-ci : au lieu de rechercher directement dans l’eau, dans l’air ou dans le sol des localités marécageuses, comme on l’a fait si souvent en vain, le parasite du paludisme, il faut étudier les hématozoaires voisins de l’hématozaire du paludisme et en particulier les hématozoaires des oiseaux, il faut instituer des expériences sur ces parasites et tâcher de découvrir comment les oiseaux contractent cette maladie parasitaire. Les hématozoaires du paludisme se propagent très probablement de la même manière que ces hématozoaires des oiseaux.

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