‹ Du paludismeChapitre 8 sur 19 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Naguère encore on admettait que le paludisme pouvait entraîner la mort sans donner lieu à aucune altération anatomique apparente. Cette opinion n’est plus soutenable aujourd’hui ; alors même que la mort arrive rapidement, à la suite d’accès pernicieux, on trouve toujours chez les sujets qui succombent au paludisme des altérations anatomiques qui sont caractérisées surtout par la présence d’éléments pigmentés dans le sang, en d’autres termes par la mélanémie.

1. Altérations anatomiques dans le paludisme aigu. — Rate. Ramollie et souvent diffluente, elle a une teinte brunâtre très caractéristique. L’augmentation de volume de la rate n’est pas toujours considérable, mais on peut dire qu’elle est constante. J’ai trouvé en Algérie, comme poids moyen de la rate chez les sujets morts d’accidents pernicieux, 685 grammes.

La rate très ramollie devient globuleuse, la capsule amincie et distendue se rompt facilement sous les doigts et souvent, surtout si l’on ne prend pas de grandes précautions, on n’arrive à retirer la rate que par morceaux.

La bouillie splénique a une couleur brunâtre que Maillot compare à celle du chocolat à l’eau ; dans aucune autre maladie on n’observe cette coloration qui est produite par l’accumulation des éléments pigmentés, ainsi qu’il est facile de s’en assurer par l’examen histologique de la pulpe splénique. Lorsque l’autopsie est faite quelques heures seulement après la mort, on reconnaît au milieu des éléments dissociés de la rate et des leucocytes mélanifères, les éléments parasitaires caractéristiques, mais ces éléments se déforment assez rapidement sur le cadavre.

Foie. Il est souvent un peu augmenté de volume et de poids, mais l’altération la plus re-

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marquable consiste dans le changement de coloration de ce viscère qui présente, sur les coupes comme à la superficie, une teinte brunâtre très caractéristique, si bien qu’avec un peu d’habitude on reconnaît immédiatement, à la simple inspection, le foie d’un sujet mort de fièvre pernicieuse, du foie d’un sujet mort d’une maladie étrangère au paludisme.

Cette coloration brunâtre du foie est due, comme celle de la rate, à l’accumulation d’éléments parasitaires pigmentés dans Les petits vaisseaux, ainsi qu’il est facile de le constater sur des coupes histologiques du foie.

Reins. Ils ont généralement leur aspect normal ; sur les coupes histologiques on constate la présence d’éléments pigmentés dans les petits vaisseaux ; c’est au niveau des glomérules de Malpighi que ces éléments se trouvent en plus grand nombre.

Chez les sujets morts de fièvre bilieuse hémorrhagique, les reins sont augmentés de volume et de poids, on observe sous la capsule des ecchymoses et sur les coupes, des hémorrhagies interstitielles dans la substance corticale (Pellarin, Barthélemy-Benoit).

Tube digestif. 11 ne présente en général aucune altération, les plaques de Peyer sont intactes, à moins que le paludisme se soit compli-

qiié de fièvre typhoïde, de même qu’il peut se compliquer de dysenterie ; on observe, dans ce dernier cas, les lésions caractéristiques de la dysenterie dans le gros intestin.

Poumons^ plèvres. Ils sont sains d’ordinaire. On observe quelquefois les lésions de la congestion pulmonaire ou de Thépatisation (pneumonie lobaire ou lobulaire).

Cœur, Le myocarde est normal ou bien il est flasque avec la teinte feuille morte ; Vallin a constaté dans plusienrs cas des altérations des fibres du cœur chez des sujets morts de fièvre pernicieuse. Lorsque l’endocarde est altéré, il s’agit presque toujours d’altérations anciennes relevant d’autres causes que du paludisme.

Centres nerveux. Chez les sujets morts de fièvre pernicieuse avec accidents cérébraux (accès délirants, comateux), on observe d’ordinaire une injection assez vive des méninges à la convexité du cerveau. Lorsqu’on a dépouillé le cerveau des méninges, la substance des circonvolutions apparaît souvent avec une teinte d’un gris beaucoup plus foncé qu’à l’état sain. Cette coloration anormale du cerveau dépend, comme celle de la rate et du foie, de la présence d’éléments pigmentés en grand nombre dans les petits vaisseaux du cerveau ; si elle est plus marquée dans la sub-

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stance grise que dans la substance blanche, c’est que les capillaires sont bien plus nombreux dans la première que dans la seconde. Sur les coupes histologiques du cerveau des sujets qui ont succombé à des accès pernicieux délirants ou comateux, on constate souvent que tous les capillaires cérébraux sont obstrués par des éléments pigmentés qui siègent toujours dans l’intérieur des vaisseaux et qui forment le long de ceux-ci un piqueté noir assez régulier.

Dans les masses grises centrales du cerveau, dans le bulbe et dans la moelle épinière, on retrouve les mêmes altérations.

Système osseux. La moelle des os a une teinte brune très caractéristique ; des coupes histologiques faites sur des fragments d’os décalcifiés, montrent que la moelle des os renferme un grand nombre d’éléments pigmentés analogues à ceux qui se trouvent dans la rate et le foie.

En résumé les altérations anatomiques du paludisme aigu se rapportent presque toutes à la mélanémie^ ces altérations sont seulement plus apparentes dans certains organes auxquels elles donnent une teinte brunâtre caractéristique : rate, foie, moelle des os et souvent substance grise des circonvolutions.

La mélanémie s’explique elle-même par la présence des éléments parasitaires pigmentés dans le sang et par la présence des débris de ces parasites, débris qui s’accumulent principalement dans la rate, d’où l’altération prédominante de ce viscère. Lorsqu’on procède rapidement à l’autopsie des sujets morts de paludisme aigu, il est facile de retrouver dans le sang les hématozoaires avec leurs formes caractéristiques.

2. Altérations anatomiques dans le paludisme chronique. — Les altérations que l’on rencontre chez les individus qui meurent de cachexie palustre sont plus apparentes, plus grossières, que les altérations du paludisme aigu ; elles sont aussi plus variées et on a souvent de la peine à distinguer les lésions qui relèvent directement du paludisme, des lésions secondaires ou qui relèvent d’autres causes, de l’alcoolisme, par exemple.

La masse du sang est notablement diminuée, tous les tissus sont anémiés. L’examen histologique du sang ne révèle pas toujours, comme dans le paludisme aigu, la présence d’éléments pigmentés en grand nombre, il peut se faire que ces éléments soient très peu nombreux ou même qu’ils aient disparu complètement, la mort arri-

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vant à la suite d’une cirrhose du foie ou d’une néphrite qui a continué à évoluer alors que le paludisme était guéri.

Rate. La lésion caractéristique et constante du paludisme chronique est l’hypersplénie. La rate est toujours considérablement augmentée de volume et de poids; il n’est pas rare que le poids de la rate atteigne ou dépasse un kilogramme. Au lieu d’être ramollie comme dans le paludisme aigu, la rate a une consistance plus grande qu’à l’état normal.

A la surface de la rate, on constate des plaques blanches de périsplénite. La capsule très fortement épaissie sur certains points a conservé sur d’autres son épaisseur normale, ce qui explique que des ruptures puissent se produire. Ces ruptures sont favorisées par l’existence fréquente d’adhérences de la rate au diaphragme, ce qui donne lieu à des tiraillements ; sur des coupes histologiques de la rate on constate, outre l’épaississement de l’enveloppe péritonéale et de la capsule de la rate, un épaississement marqué de tout le squelette fibreux de la rate.

Les veines spléniques sont dilatées, gorgées de sang et au milieu des hématies on distingue d’ordinaire des éléments pigmentés en plus ou moins grand nombre. On trouve aussi du pig-

ment en dehors des vaisseaux et jusque dans les cellules plates du tissu conjonctif.

La pulpe splénique comprimée entre les tractus fibreux et les vaisseaux dilatés n’occupe en réalité, malgré l’augmentation considérable du volume de la rate, qu'une petite place.

Foie. Les altérations sont celles de la congestion inflammatoire ou de la cirrhose.

Dans le premier cas le foie est augmenté de volume et de poids, sa forme. est conservée, sa surface est lisse, sa consistance est augmentée ; le parenchyme hépatique est d’un rouge sombre.

Sur les coupes histologiques on constate que les capillaires sanguins distendus par le sang compriment les travées des cellules hépatiques. Les espaces triangulaires élargis montrent des amas de cellules embryonnaires.

La cirrhose atrophique du foie s’observe dans la cachexie palustre, même chez des sujets qui n’abusent pas des boissons alcooliques.

Les lésions de la cirrhose atrophique palustre ne diffèrent de celles de la cirrhose atrophique vulgaire que par l’existence d’éléments pigmentés dans le sang ; encore arrive-t-il souvent que le paludisme guérit tandis que la cirrhose du foie continue son évolution, auquel cas on ne trouve plus aucun élément pigmenté dans le sang ; la

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meme remarque est applicable à la néphrite palustre et à la pneumonie chronique.

Reins. Les reins sont souvent altérés. Comme pour le foie on observe ou bien les lésions de la congestion inflammatoire, ou bien celles de l’inflammation chronique. Il s’agit le plus souvent de néphrites chroniques mixtes (portant à la fois sur l’épithélium rénal et sur le tissu conjonctif).

Poumons. La pneumonie aiguë des cachectiques est caractérisée par des lésions qui rappellent la splénisation pulmonaire plutôt que i’hépatisation franche ; on trouve souvent au milieu du parenchyme induré, des noyaux noirâtres, hémorrhagiques. Les exsudais fibrineux sont beaucoup moins abondants que dans la pneumonie aiguë franche, de là l’aspect du poumon.

La pneumonie chronique vraie (cirrhose pulmonaire), sans mélange de tuberculose, n’est pas très rare chez les cachectiques palustres (Ileschl, Lancereaux, Laveran). La trame conjonctive du poumon s’épaissit et donne naissance à de gros tractus fibreux; l’épithélium des alvéoles pulmonaires se transforme parfois au niveau des parties atteintes par la cirrhose, en un épithélium à cellules cylindriques.

Cœur. On n’observe comme dans le paludisme

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