INTRODUCTION
L’histoire de la maladie communément désignée sous le nom de pannus, n’occupe pas dans la littérature ophthalmologique la place que son importance aurait dû lui faire attribuer. Ce n’est guère que dans les ouvrages publiés pendant ces dernières années que l’on en rencontre des descriptions un peu sérieuses et étendues. Nous possédons, il est vrai, quelques thèses traitant particulièrement du pannus, celles de Hagen (1), de Bratsch (2), de Schrey Yorstmann (3) et de Holtzinger (4) ; mais outre qu’elles sont de date déjà assez ancienne, elle sont toutes écrites en langue étrangère et sont loin d’être complètes.
Il s’en faut de beaucoup cependant que l’affection qui fait l’objet de notre travail, soit dépourvue d’intérêt au double point de vue de sa fréquence et de sa gravité. Nous n’exagérons pas en avançant qu’un dixième au moins des individus qui perdent
(2) De panno oculi. Landishuti, 1819, Tb. inaug,
(ô) De la blennorrhée des nouveau-nés et du pannus. Bruges, 1841.
(4) Das Scharlachfell des Auges als pathologisches Product. Munich, 1841.
la vue dans nos provinces et surtout dans nos campagnes, en sont privés du fait de désordres qui doivent y être rapportés. Dans une tournée que nous avons faite dans le Hainaut, M. Van Roosbroeck et moi, en décembre dernier, nous avons constaté l’existence d’affections panneuses chez 32 individus sur 128 qui nous ont été présentés. De ce nombre il s’en est trouvé 12 que nous avons reconnus susceptibles de guérison par l’inoculation blennophthalmique, et chez qui partant la maladie avait atteint un haut degré de gravité. On le voit, l’affection caractérisée par les développements vasculaires de la cornée, ne laisse pas d’être fréquente. Et elle n’est pas moins grave, car, sauf l’inoculation, qui n’est pas généralement pratiquée en Belgique, nous ne sachions pas qu’il y ait un seul moyen de traitement qui en puisse triompher d’une façon constante et assurée.
Nous croyons qu’il n’en faut pas davantage pour justifier le choix de notre sujet, d’autant que nous nous trouvons en position d’apporter des faits nouveaux à l’appui d’une méthode de traitement frappée d’un injuste abandon, dont nous chercherons à la relever. Nous voulons parler de l’inoculation du pus blennophthalmique ; nous en avons constaté les résultats extrêmement satisfaisants dans des circonstances qui, pour tous, paraissaient désespérées.
Il y a certes peu de contrées où cette affection se montre aussi fréquente qu’en Belgique, ce qui s’explique de reste par les ravages opérés par l’ophthalmie des armées. Combien nos provinces ne renferment-elles pas de malheureux affectés de ces pannus incoërciblespour tous, et réduits ainsi à la plus complète cécité ? Le nombre en doit être considérable et il importe de leur porter remède. Ce remède existe , c’est l’inoculation, et nous croirons avoir bien mérité de la science et de l’humanité en contribuant à en répandre la connaissance et l’application.
Ce n’est donc point seulement le résultat de recherches théo-
riques que nous publions, mais une réunion d’observations intéressantes au point de vue du traitement. C’est en s’appuyant sur l’intérêt qui s’attache à tout ce qui touche de près à l’application pratique de notre art, que notre travail se recommande à l’attention.