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Du pansement antiseptique de Lister dans les opérations chirurgicales

Les complications de nature septique, qui suivent trop souvent les opérations, ont été de tout temps l’écueil le plus redoutable de la chirurgie. Ignorant la vraie. cause du mal, le chirurgien ne pouvait la prévenir, et, les accidents une fois survenus, les moyens curatifs offerts par la thérapeutique restaient trop souvent sans efficacité. Diverses méthodes prophylactiques avaient été préconisées, mais toutes péchaient par la base, parce quelles reposaient sur des théories fausses. Un cas d’érysipèle, d’infection purulente, de pourriture d’hôpital, survenant dans ses salles, rendait le chirurgien timide ; il n’osait entreprendre de nouvelles opérations. Il fallait pénétrer la cause du mal pour pouvoir le prévenir d’une façon efficace. La vraie prophylaxie n’a été trouvée que du jour où l’on a employé des moyens capables d’empêcher à la surface d’une plaie la production d’une fermentation putride.

La théorie fondée par Pasteur, qui attribuait dans la fermentation putride le rôle actif aux germes de l’air, donna naissance à deux méthodes prophylactiques.

Pasteur avait isolé l’air de ses germes en le filtrant à travers du co-

ton. Alphonse Guérin recourut au même procédé physique en se servant du même agent. Il recouvrit les plaies d'une épaisse couche de coton, et créa son pansement ouaté.

Lister connaissait les expériences de Pasteur et de Tyndaî ; il avait même étudié comment le coton seul ou imbibé de solutions antiseptiques se comporte vis-à-vis des germes de l’air; mais il préféra recourir à des procédés chimiques et employa l’antiseptique par excellence, l’acide phénique.

Lister empoisonnait les germes de l’air ; Guérin les emprisonna. Mais

la théorie des germes de l’air n’est pas la seule qui explique, de nos jours, comment se produit la fermentation putride à la surface d’une plaie. Nos Maîtres, MM. Béchamp et Estor, ont fondé sur des expériences la théorie des microzymas.

La méthode de Lister peut s’appliquer aux deux théories, et présente, au point de vue pratique, des avantages plus considérables que le pansement au coton, comme nous aurons l’occasion de le démontrer dans ✓

la suite de ce travail.

Le pansement de Lister avait fait peu de bruit en France avant

l’année dernière, et surtout il avait été peu essayé.

Étant à Lyon pendant les mois d’août et de septembre de l’année dernière, nous vîmes un grand nombre de malades, opérés et pansés selon la méthode de Lister, guérir rapidement sans présenter la moindre complication, tandis que l’érysipèle, la septicémie, sévissaient dans d’autres salles où l’on opérait et pansait selon les procédés ordinaires. Quelques cas d’érysipèle s’étant montrés dans les salles où se trouvaient les malades pansés selon la méthode antiseptique , nous ne vîmes jamais cette affection se propager à ceux que protégeait l’atmosphère phéniquée.

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Ces faits attirèrent notre attention ; nous recueillîmes des observations, et nous conçûmes le plan du travail que nous présentons aujourd’hui à nos Juges.

Depuis cette époque, quelques publications ont été faites sur le sujet qui nous occupe, et ont attiré l’attention publique de ce côté. Le choix de notre sujet est donc encore justifié par son actualité ; et, si nos forces sont au-dessous de notre tâche, nous espérons que nos Juges nous tiendront compte de nos efforts et de notre bonne volonté.

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