HISTORIQUE
Le professeur Lister, chirurgien en chef de l’Infirmerie royale d’Edimbourg, avait lutté par tous les moyens préconisés contre les complications qui suivaient fréquemment ses opérations chirurgicales. L’hôpital dans lequel il opérait présentait les conditions les plus favorables au développement et à l’évolution de l’infection purulente, de la fièvre putride, de l’érysipèle, etc., qui moissonnaient ses opérés. Les
découvertes de Pasteur attirèrent son attention, et il fut un des premiers adeptes de la théorie de l’empoisonnement, des plaies par un virus spécial, résultant de l’action des germes de l’air sur les produits de la plaie. Par lui furent institués divers pansements antiseptiques.
M. Lister se servit d’abord du permanganate de potasée, qu’il abandonna bientôt pour se servir de l’acide pbénique.
Ses premiers essais furent faits avec des dissolutions aqueuses d’acide phénique concentré, qui formaient, en se mélangeant avec le sang et les produits organiques qu’elles modifiaient, une sorte de croûte qui recouvrait et protégeait la plaie. L’irritation trop énergique causée par une solution concentrée fit bientôt abandonner cette méthode à M. Lister, qui la remplaça par la suivante :
La plaie était recouverte d’une étoffe de soie trempée dans de l’huile phéniquée, et une sorte de mastic, formé de craie et d’huile phéniquée pétries ensemble, recouvrait la soie et isolait complètement la plaie de l’air extérieur.
Ces premiers essais ne satisfirent pas complètement le chirurgien
d’Edimbourg, qui sentait combien pouvait être funeste l’action des germes de l’air sur une plaie au moment de sa production. Il essaya de l’en défendre en la recouvrant le plus rapidement possible ; en opérant sous une compresse recouverte d’huile phéniquée.
Ce ne fut qu’après ces essais qu’il institua la méthode qui fait l’objet de notre travail.
M. Lister publia ses premiers résultats dans le journal the Lancet , en 1867.
Quelques essais furent faits à Paris, mais rien d’important ne fut publié, et l’attention des chirurgiens français fut bientôt attirée vers le pansement ouaté d’Alphonse Guérin.
Les journaux anglais publiaient tous les jours de nouveaux succès dus à la méthode listérienne. Des essais nombreux étaient faits à l’étranger, en Danemark, en Allemagne, etc.; mais, malgré un article publié en 1869 par M. Lucas Championnière, dans le Journal de médecine et de chirurgie pratiques , la méthode ne fut pas reprise en France.
En 1871, M. Lister écrivit (dans le Holmes System of surgery,
1 vol.) un article dans lequel il exposait les motifs qui l’avaient conduit à employer sa méthode, le manuel opératoire et les résultats qu’il en obtenait.
On trouvera dans les Archives générales de médecine de 1871 cet article, traduit par M. Terrier.
Dans ces dernières années, l’attention des chirurgiens français a été de nouveau attirée vers le pansement de M. Lister. Demarquay (1) publie le résultat de huit expériences qu’il a faites pour juger la méthode listérienne, qu’il attaque dans tous ses points.
M. Clément Darutz, membre de la Société médicale d’Edimbourg, insère dans la Gazette hebdomadaire du 15 janvier 1875 un article dans lequel il montre que les insuccès de M. Demarquay devaient être attribués, non à la méthode listérienne, mais à la façon dont elle avait été appliquée.
Dans la même année, M. Lucas Championnière publie un nouvel article dans le Journal de médecine et de chirurgie pratiques, etinvite les chirurgiens français à tenter de nouveaux essais.
A l’ouverture de la session du British medical Association , à Edimbourg, M. Lister parle des résultats heureux obtenus grâce à sa méthode, et il cite des succès analogues obtenus par les professeurs Saxtorph (de Copenhague), Nussbaum (de Munich), Thierch, Volkmann, Bardeleben et Langenbech.
Enfin, dans le mois de juillet 1875, la méthode listérienne est essayée dans toute sa rigueur à l’Hôtel- Dieu de Lyon, et c’est pendant les mois d’août et de septembre que nous avons pu en apprécier les effets.
M. Verneuil opère aujourd’hui, à Paris, d’apres la méthode listérienne, et il en obtient les meilleurs résultats.
(1) Académie.des sciences, août 1874,.