‹ Du pansement antiseptique de Lister dans les opérations chirurgicalesChapitre 8 sur 31 · AVANTAGES DU PANSEMENT DE LISTER · texte numérisé non relu

AVANTAGES DU PANSEMENT DE LISTER

Nous n’en finirions pas si nous voulions décrire tous les pansements antiseptiques qui ont été proposés pour empêcher la fermentation putride de se former à la surface des plaies. De nombreuses substances ont été préconisées, et, dans ces derniers temps, l’alcool et la glycérine, les Lyposulfites, le charbon coaltaré, l’acide salicylique, etc. Nous croyons que la méthode de Lister est supérieure aux autres moyens antiseptiques employés, parce qu’elle protège la plaie, dans les opérations chirurgicales au moins, dès sa formation ; parce qu’elle ne s’atta-

que pas à un seul ennemi, mais que, par son ensemble, elle prévient toutes les complications.

Thiereh a obtenu d’excellents effets du pansement salicylique, mais il a suivi les principes de la méthode listérienne en substituant l’acide salicylique à l’acide phènique. La valeur de la méthode réside moins dans le choix de la substance antiseptique que dans son mode d’emploi; le succès tient à l’exécution scrupuleuse de ses minutieux détails, et M. Raoul Hervey se trompe étrangement lorsqu’il écrit: « On ne lira pas sans intérêt tous les minutieux détails que comporte l’application des pansements à l’acide phènique; on peut mêmevdire que c’est à la négligence de la plus grande partie d’entre eux qu’il faut attribuer le succès « d’estime » que le pansement de Lister a obtenu en France jusqu'à présent (1). »

C’est, au contraire, à la négligence des détails qui paraissent les plus insignifiants qu’il faut rattacher les cas fâcheux observés par Demarquay et d’autres opérateurs, qui interprétaient plutôt la méthode qu’ils ne la suivaient.

IJ est un autre pansement qui jouit en France d’une vogue méritée, mais sur lequel nous croyons que la méthode listérienne présente de nombreux avantages.

Le pansement ouaté d’Alphonse Guérin ne répond qu’à la théorie des germes de l’air; il est impuissant à modifier le milieu d’une manière efficace. La présence de vibrioniens est un fait démontré aujourd’hui sous le pansement ouaté ; si elle n’a pas eu, dans un certain nombre de cas, de suites fâcheuses, il n’en a pas toujours été ainsi.

Chauffard (2) cite l’exemple d’un cheval auquel on avait appliqué un séton, et qui donnait par la plaie un pus fétide sans être infecté. Il n’avait que 32 pulsations ; sa température rectale était de 37°5. Quelques gouttes de ce même pus furent injectées sous le tissu cellulaire du

(1) Archives générales de médecine , décembre 1871 ; Pansement à l’ouate, par Raoul Ilervey.

(2) Bulletin général de thérapeutique de 1873: de la Fièvre traumatique et de l’Infection purulente, par Chauffard.

cou de l’animal, qui périt en quatre jours à peine. C’est ce qui arrive quelquefois chez les opérés : les matières putrides sont en contact avec une plaie plus disposée à suppurer qu’à absorber, et l’infection ne se produit pas; mais une simple éraillure peut se former à la surface des bourgeons charnus, et le poison pénétrer par cette voie dans le torrent circulatoire. Le pansement ouaté ne préserve pas les malades de ce danger; tandis que, dans la méthode listérienne, en admettant que des putridités aient pu se former à la surface de la plaie, elles seront entraînées par les irrigations. Il est des savants qui admettent l’entrée des germes de l’air par les voies respiratoires. #Les germes iraient, portés par le torrent circulatoire, jusqu’à la plaie, ou ils détermineraient une fermentation que l’enveloppe de coton serait impuissante à prévenir et à arrêter.

Si la suppuration est abondante, le pus, imbibant successivement les couches de coton, arrivé au contact de l’air extérieur, subit une fermentation putride qui envahit rapidement la plaie.

Le coton peut renfermer des germes au moment où on l’applique ; dans tous les cas, l’air qu’on emprisonne peut en contenir.

Enfin le chirurgien ne peut pas observer la plaie. Pour être efficace, le pansement ouaté doit rester en place dix-huit à vingt jours; et lorsque, l’état général s’aggravant, l’attention est éveillée, il est quelquefois trop tard pour arrêter les complications survenues.

La méthode listerienne ne présente aucun de ces désagréments. Ceux qui se sont élevés contre elle, pour la plupart, ne l’ont jamais employée, tandis que ceux qui ont voulu l’expérimenter d’une façon sérieuse sont devenus les adeptes convaincus de Lister.

“Il n’y a personne, je crois, en Danemark, écrivait M. Saxtorph à M. Lucas Championnicre (1), qui ne se serve du pansement de Lister dans les opérations. Pour moi, je renoncerais à faire de la chirurgie, si je ne pouvais plus opérer antiseptiquement. »

M. Koit, dans ses nombreuses opérations d’anatomie, a constamment

(1) Lucas Championnière, Chirurgie antiseptique, pag, 95.

et libéralement usé de la ligature de catgut pour faire dans la cavité

péritonéale des ligatures perdues; il en a laissé un nombre considérable

en place sans qu'il soit survenu aucun accident (1).

« Nussbaum rapporte qu’il a pratiqué huit fois l’ovariotomie avec la méthode antiseptique, et qu’il a. eu huit guérisons. Il n’avait jamais eu auparavant huit cas de guérison consécutifs. Ces cas-ci étaient loin d’être particulièrement favorables. Il a opéré sous la pulvérisation; il a même répandu dans le péritoine libéralement de l’eau phéniquée simple. Il a laissé autour du pédicule six tubes pour faire le drainage, et, pour chaque pansement, il a retiré et lavé ses tubes comme on le fait dans tout le pansement de Lister (2).

Cette note réfute victorieusement l’objection qu’on a faite aux pulvérisations phéniquées, d’irriter les plaies. De nombreuses et abondantes irrigations phéniquées ont été faites dans des articulations ouvertes, et les malades n’ont jamais eu à en souffrir. Nous en rapportons un cas dans notre XIe observation, que nous devons à l’obligeance de. notre ami M. Tédenat, interne des hôpitaux de Lyon.

Partout où l’on a suivi scrupuleusement la méthode de Lister, on a vu l’infection purulente, la pourriture d’hôpital, disparaître. Si l’érysipèle s’est montré quelquefois, il a été très-rare et d’une bénignité extrême. Ces résultats précieux ont été obtenus par Lister, qui cite dans son discours d’ouverture, prononcé à la section chirurgicale du Congrès d’Edimbourg, des résultats analogues obtenus grâce à sa méthode, par les professeurs Nussbaum, Volkmann, Bardeleben, Hagedorn.

Depuis six ans qu’il emploie sa méthode à Edimbourg, M . Lister n’a eu qu’un seul cas d’infection purulente, commune autrefois dans l’hôpital de cette ville.

En même tomps que la méthode antiseptique protège chaque opéré en particulier, elle est une cause d’assainissement pour les salles d’hôpital. Aucune matière putride ne peut se dégager des plaies ni des pièces

(1) Lucas-Championnière, Chirurgie antiseptique, pag. 67.

(2) Ibid,., pag. 114.

de pansement, et, grâce aux pulvérisations répétées, l’acide phénique se dégage abondamment dans l’air et le purge des substances délétères qu’il peut contenir. Aussi M. Lister a-t-il pu faire suspendre depuis trois ans le lavage annuel de ses salles, sans que ses malades en aient éprouvé le moindre inconvénient. L’encombrement a été de tout temps considéré comme une des causes des complications chirurgicales; chaque malade est dangereux à son voisin : M. Lister ne craint plus l’encombrement; il accumule des lits supplémentaires. «On voit trois ou quatre enfants dans un lit; il a souvent soixante-dix malades pour cinquante-cinq lits (1).»

L’hôpital Frederik, à Copenhague, était réputé pour son insalubrité. Le professeur Saxtorph y pratique la méthode antiseptique, qu’il avait étudiée à Edimbourg, et il ne voit plus se produire les complications qui emportaient autrefois ses malades, à la suite des opérations les plus insignifiantes.

La méthode antiseptique a ouvert aux chirurgiens des horizons nouveaux.

On reculait autrefois devant l’ouverture d’une articulation ; Lister lui-même préférait amputer la cuisse que d’ouvrir l’articulation, dans les cas graves de tumeur blanche du genou.

Aujourd’hui Lister pratique largement la résection du poignet et du genou, et il a vu les plaies se fermer en quatre semaines et même en quinze jours (2). Saxtorph a ouvert largement huit grandes articulations et n’a eu qu’un cas de mort, et le malade qui succomba avait pendant la nuit déplacé son pansement.

La guérison des plaies les plus considérables s’opère souvent dans un temps excessivement court. Saxtorph a vu un amputé de cuisse se lever le quinzième jour après l’opération (3).

Enfin la diminution des complications des plaies. a donné lieu à de véritables hardiesses opératoires : « Lister, assuré que par sa méthode

(1) Lucas Championnière, Chirurgie antiseptique, p. 109.

(2) Ibid.

(3) Ibid. , p. 107.

opératoire les lésions à ciel ouvert se comportaient comme clés lésions sous-cutanées a enlevé à ciel ouvert, et sans accidents, les corps étrangers articulaires; puis, enhardi, il a considéré l’ouverture des articulations comme peu grave. Aujourd’hui, pour une hydarthrose rebelle ayant résisté aux résolutifs connus, il ouvre largement l’articulation du genou, introduit ses doigts dans la cavité, la vide exactement, et met un gros drain pour assurer l’écoulement les jours suivants. A plus forte raison s’il s’agit de pus dans l'articulation. » (Lucas Championnièrc.)Saxtorph n’a pas craint d’ouvrir une articulation de la hanche pour éclairer un diagnostic douteux (1).

Les chirurgiens rêvaient, depuis longtemps, à un moyen capable de préserver les opérés des complications qui les menacent. Nous croyons qu’à Lister revient l’honneur d’une découverte qui promet tant de résultats heureux aux pauvres qui fréquentent les hôpitaux.

(1) Bulletin général de thérapeutique, 15 avril 1876. — Revue de la presse étrangère, par Henri Petit.

Observation I‘

Ablation d’une énorme tumeur du sein.

Marie Racouchol, âgée de quarante-deux ans, entre à l’Hôtel-Dieu de Lyon, salle Saint-Paul, n° 69, le 27 août 1875.

Il y a douze ans, cette femme vit une petite (umeur se former un peu audessous de son sein droit. La tumeur, ayant acquis le volume d’une noix, resta stationnaire pendant six ans ; mais depuis lors elle s’est beaucoup accrue et s’est, ulcérée le 24 août. La tumeur présente l'aspect suivant :

Elle est pyriforme, à sommet dirigé en bas ; son volume est celui d’une tète d’adulte. Les adhérences avec la peau n'existent qu’autour du mamelon et de la partie ulcéûée ; mobilité dans les parties profondes ; large pédicule. La tumeur mesure 54 centim. do circonférence, 18 cent, de diamètre vertical, 20 centim. horizontalement, et de la base au sommet 45 centim .

Le 28 septembre, la malade se plaint de violentes douleurs; l’ulcération augmente. Fièvre intense.

29. — L’ulcération a doublé de surface ; peau lisse et tendue ; langue blanche. Temp. vaginale : matin, 39°5 ; soir, 40°4.

30. — L’opération est pratiquée par M. Letiévant : incision oblique de la peau, sur une longueur de 66 centim., à l’aide de quatorze fers rouges. Pendant l’énucléation, pulvérisations phéniquées. La tumeur pèse 2 kilogr. 700 gram.

Les artères sont tendues. Des boulettes de charpie imbibées d’eau de Pagliari sont maintenues au contact de la plaie par quelques bandelettes agglutinatives. Pansement selon la méthode listérienne.

Le soir, la malade a éprouvé de légers frissons.

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