‹ Du pansement antiseptique de Lister dans les opérations chirurgicalesChapitre 7 sur 31 · DES EFFETS CLINIQUES DU PANSEMENT · texte numérisé non relu

DES EFFETS CLINIQUES DU PANSEMENT

En théorie, le pansement de M. Lister est parfait; il éloigne do l’opéré les dangers qui pourraient venir de la plaie et du milieu. Mais il est une troisième source d’échecs, c’est le malade lui-même. La méthode listèrienne pare à tous les inconvénients qui peuvent entraver la marche régulière de la cicatrisation et de la réparation, maison ne doit pas oublier que c’est le malade qui doit se guérir. L’influence des diathèses sur la marche des plaies ne saurait être niée aujourd’hui, pas plus que l’influence des traumatismes sur les diathèses.

Si la constitution du malade est appauvrie, si son sang est vicié, aucune méthode locale ne peut se flatter de prévenir infailliblement les complications ultérieures; mais, même dans les cas défavorables où la suppuration, souvent diffuse, est plutôt la conséquence d’un état général grave que de l’état local, la méthode antiseptique, en prévenant la tendance aux décompositions putrides, en enlevant et détruisant les principes septogènes, fera plus que toute autre espèce de traitement pour améliorer la gravité de l’état local, qui est la conséquence de leur stagnation et de leur introduction dans le courant circulatoire, et pour prévenir les suites fâcheuses et fatales de leur absorption.

Quand le pansement est fait avec tous les soins voulus, les plaies fraîches auxquelles on l’applique ne suppurent pas et n’exhalent pas de mauvaise odeur. Les clapiers purulents, fétides, dès qu’ils sont soumis au traitement antiseptique, perdent rapidement l’odeur putride, qui est remplacée par une odeur fade, rappelant un peu celle de l’urine g 5

normale ayant stagné quelque temps dans la vessie, mais n’ayant pas subi la décomposition ammoniacale. Cette odeur elle-même disparaît, et au bout de quelques jours l’odeur de l’acide phénique prédomine. Le pus, lorsqu’il s’en forme, est peu abondant. Le plus, souvent on trouve quelques amas purulents, d’aspect caséeux, qui adhèrent aux pièces du pansement et qui siègent surtout sur les bords de la plaie. Ce pus, quand la plaie est découverte, n’a jamais de mauvaise odeur lorsque le pansement est bien fait.

Il s’écoule de la plaie*, d’abord un liquide sanguinolent, puis une sérosité noirâtre, enfin une sérosité transparente quelquefois, d’autres fois présentant l’aspect d’un liquide visqueux etjaunàtre.

La plaie est rosée, recouverte de granulations excessivement petites, qui rapidement prennent l’aspect cicatriciel. Ses bords sont souples, quelquefois bordés d’une zone légèrement rouge, due au contact de l’acide phéniqué. Elle est parfois rosée, présentant des plaques d’un rouge vif ; mais on la trouve le plus souvent colorée en rose pâle, avec un léger aspect vitreux. Elle garde quelquefois une légère couche blanchâtre, sous forme de concrétions microscopiques.

Cet aspect de la plaie n’est nullement du à une légère couche purulente qui la recouvrirait, car les irrrigations les plus énergiques sont impuissantes à le faire disparaître. Cet aspect est simplement dû à une cautérisation légère des bourgeons charnus, par des doses trop fortes d’acide phénique.

Cette action cautérisante peut être assez profonde, si la solution est concentrée et si elle arrive abondante au contact de la plaie, pour qu’il se forme une véritable eschare molle, d’un blanc grisâtre, rappelant complètement l’aspect de la pourriture d’hôpital.

Un malade, nommé Pierre Aristat, couché au n° 12 de la salle Saint- Joseph, amputé au bras, éprouva, le cinquième jour après l’opération et à la suite d’un pansement mal fait, de vives cuissons dans la plaie. Le surlendemain, le moignon était couvert d’une couche pulpeuse blanc grisâtre, adhérente, qui fut prise pour de la pourriture d’hôpital.

Le pansement, fait avec plus de soin, ne produisit plus de dou-

leurs, et, deux jours après, la lamelle blanchâtre n’existait, plus. L’eschare produite par la cautérisation était tombée. Dans ces cas, ce qui doit éloigner de l’idée de pourriture, c’est d’abord l’état du malade, qui n’a rien de grave; ce sont les cuissons vives produites par l’action caustique, résultant du contact prolongé de l’acide phénique; mais surtout la consistance ferme, l’adhérence de la couche escharifiée et l’absence de tout détritus hémorrhagique.

Le malade que nous avons cité plus haut avait eu l’artère humé-, raie tordue. 11 sortit complètement guéri dans les premiers jours de septembre.

Les malades que nous avons vu opérer par la méthode de M. Lister présentaient un état général excellent: dormant pendant les nuits, supportant bien la nourriture qui leur était donnée, ils cicatrisaient rapidement leur plaie. La réaction fébrile a toujours été peu vive et est tombée très-rapidement. On peut dire que la fièvre traumatique est aussi réduite que possible. Nous n’avons jamais constaté de putréfaction à la surface des plaies lorsque le pansement était fait avec tout le soin désirable ; et, lorsque des symptômes fâcheux sont survenus, il a toujours été possible d’en rattacher l’apparition à des négligences et à des oublis.

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