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Du pansement des plaies par l'alcool

Le pansement des plaies a préoccupé les chirurgiens de tout temps. Si l’on vient à jeter un coup d’œil rapide sur les différents moyens employés dans ce but, on verra qu’ils varient beaucoup suivant les hommes et suivant les époques. Toutefois, il sera facile de s’apercevoir que, depuis le commencement de ce siècle, on a proscrit de cette partie de la thérapeutique toute une classe de médicaments qui jouaient un grand rôle dans l’ancienne chirurgie ; je veux parler des alcooliques, des résineux et des astringents. Les émollients, l’eau froide, et quelques corps gras

ont seuls trouvé grâce devant cette réforme radicale. Ceci tient, ce nous semble , à ce qu’on s’est toujours appliqué, sous l’empire des idées physiologiques, à prévenir ou a combattre l’élément inflammatoire, sans guère songer à éviter les autres complications. Pour les anciens, mettre à l’abri de toute altération les liquides sécrétés à la surface des plaies , telle fut la pensée dominante, depuis Hippocrate jusqu’à Jean- Louis Petit. Aussi faisaient-ils un grand usage de substances conservatrices et astringentes pour préparer leurs topiques.

Ce travail a pour but de montrer les résultats obtenus par l’emploi de l’alcool sur les plaies. C’est une tentative que nous faisons pour réhabiliter et renouveler l’ancienne pratique sous une forme plus simple, plus commode et tout aussi efficace. D’ailleurs, nous sommes loin d’être les premiers à essayer cette réforme. Déjà, depuis 1848, un chirurgien distingué, M. Lestocquoy, professeur à l’École d’Arras, a inauguré dans son service ce mode de pansement. Nous devons à son obligeance une observation importante et des remarques générales sur les résultats qu’il a obtenus. M. Lecœur, de Caen, a également relaté certains faits dont nous avons profité. Ils sont rapportés dans une brochure pleine d’intérêt , que M. le D Batailhé a publiée en 1852. Celui-ci étudie la question de 1 emploi des alcooliques en chirurgie au triple point de

vue expérimental, théorique et historique. Ce que lui ont démontré ses expériences vient à 1 appui des observations favorables qu’il nous a été donné de faire durant une année d’internat à l’hôpital des Cliniques. C’est, d’ailleurs, après avoir lu ce mémoire que nous avons commencé l’emploi de l’alcool dans le pansement des plaies. Si, comme nous espérons le démon» trer, on les met ainsi à l’abri des accidents , tout en favorisant leur marche rapide et naturelle vers la guérison, nous aurons , je crois, fait une chose utile pour l’intérêt des malades et la satisfaction des chirurgiens. Tel est notre plus grand désir.

Notre maître, M. Nélaton, en nous autorisant à tenter ces essais cliniques, a bien voulu nous aider de son expérience et de ses prudents conseils pour marcher dans cette voie nouvelle. Si notre travail a quelque côté pratique, c’est à lui que nous devons en rapporter tout l’honneur.

Quant à la marche que nous allons suivre, la voici: Dans un premier chapitre, nous montrerons la pratique des anciens. 11 sera facile de juger en quoi elle diffère de celle des modernes. Cette étude sera l’historique de la question. Puis, dans les chapitres suivants, nous verrons l’action de l’alcool, liquide essentiellement conservateur, sur les plaies récentes, simples ou compliquées à des périodes différentes et

par extension, nous l’étudierons sur toutes les surfaces suppurantes, sur les ulcères, etc. — Enfin en dernier lieu nous examinerons comment l’alcool s’oppose aux accidents des plaies, à savoir l’inflammation, l’érysipèle, la pourriture d’hôpital et l’infection purulente.

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