PRATIQUE DES ANCIENS CHIRURGIENS DANS LE PANSEMENT DES PLAIES
Pour montrer la pratique des anciens chirurgiens dans le pansement des plaies, naus n’irons point passer en revue toutes les opinions mises au jour sur la matière depuis qu’on écrit en médecine. Un pareil travail nécessiterait plusieurs années de recherches et de critique. 11 nous semble pouvoir arriver au même but plus rapidement et d’une manière non moins sûre en prenant quelques-unes des grandes figures de notre art aux différentes époques et d’étudier quelle fut leur manière de faire dans le cas actuel. En effet, une époque scientifique se résume toujours en un nomme, qui a donné l’élan des travaux, ou qui a résume dans son œuvre les opinions de son temps. Exposer la doctrine de ces hommes, c’est faire connaître celle des époques où ils ont vécu. Or , nous verrons que tous les auteurs dont nous avons fait choix pour servir de jalons dans cette étude historique, se sont surtout préoccupés de l’indication que nous avons énoncée plus haut: Mundum servare vulnus (Paracelse).
§ Ier. Hippocrate.
Au livre des Plaies , Hippocrate pose en principe qu il faut les conserver en bon état en les maintenant
sèches; pour cela il emploie le meilleur topique alcoolique qu’il eût à sa disposition, c’est-à-dire le vin.
« Il ne faut pas humecter les plaies, si ce n’est avec le vin, à moins qu’elles ne soient à une articulation. L’état sec est plus près de l’état sain et l’humide plus près de l’état de maladie (1). On évitera ainsi les accidents inflammatoires , comme il l’indique un peu plus loin : « Toutes les plaies récentes s’enflammeront le moins, elles et les parties voisines, si on y fait marcher la suppuration aussi rapidement que possible, et si le pus n’est pas retenu par l’ouverture de la plaie, ou bien si, empêchant qu’il ne se forme de la suppuration, excepté la petite quantité qui est nécessaire, on entretient la plaie dans le plus grand état de sécheresse, à l’aide d’un médicament qui ne soit pas irritant (2). »
Et ce médicament est toujours le vin seul ou mêlé à des substances astringentes , qui augmentent ses propriétés desséchantes et conservatrices. « Le vin doux employé avec persévérance suffit pour les plaies
de longue durée Le vin astringent, blanc ou noir,
s’emploie froid pour les plaies, froid à cause de la chaleur (3). »
Toujours d’après la même idée, il exclut les substances grasses et émollientes du traitement des plaies récentes ou de celui des plaies anciennes qui sont blafardes et fongueuses. Ces matières sont utiles alors seulement qu’on veut incarner, c est-à-dire taire rapidement bourgeonner la plaie.
(1) Hippocrate, traduction Littré, des Plaies , p. 401.
(2) Hippocrate, traduction Littré, des Plaies, p. 402.
(3) vi, page 12ij.
A propos de la mondification des plaies, il dit encore: «Celles qui, n’étant pas mondifiées d une façon régulière et convenable, anticipent continuellement et se hâtent de bourgeonner , sont surtout sujettes à devenir fongueuses; mais celles qui, mondifiées d une façon régulière et convenable, sont menées par le traitement, à moins qu’il n’y ait contusion, vers une dessication de plus en plus grande, ne sont guèie sujettes à devenir fongueuses (1).
Le vin, le miel fermenté, les résines et les astringents font la base des formules mondificatives du Père de la médecine.
Galien ne fit que développer ces principes en ajoutant à la thérapeutique si simple d Hippocrate beaucoup de drogues au moins inutiles. Le moyen âge le suivit servilement, tout en compliquant encore ses formules déjà si compliquées.
§ II. Guy de Chauliac.
Arrivons tout de suite au XlVme siècle, où vécut Guy de Chauliac. Celui-ci résume, avec une érudition bien rare parmi les chirurgiens de l’époque , toutes les doctrines de ses devanciers. On trouve dans son ouvrage un exposé fidèle de la pratique hippocratique telle que l’avaient conservée les écoles latines ou arabes. Il a en outre le mérité d’établir entre les différentes plaies des divisions nettes et précises, suivant leur étendue, leur forme, la partie qu’elles affectent et suivant qu’elles doivent suppurer ou être réunies immédiatement. Pour chaque espèce il indique le
(1) vi, page 407.
traitement à suivre, les accidents à prévenir avec une sagacité qui dénote un observateur avant tout pratique. a La quatrième intention (qui est de contregarder la substance du membre et empêcher la douleur et apostémalion et autres accidents) est accomplie en emplastrant et oignant le membre avec aulbin d’œufs et choses froides (comme dit Razès) les premiers jours, puis avec du gros vin astringent » (1).
Si la plaie est superficielle, que ses bords puissent se réunir, on essaie d’obtenir la réunion immédiate durant les trois premiers jours en faisant la suture et pansant avec le blanc d’œuf et la poudre incarnative (2). Mais si après ce temps la réunion n’est point obtenue il a recours au pansement avec le vin. «Après le quatrième jour, si tu ne la trouves consolidée, soit lavée de vin adstringeant chaud, et y ayant trempé des estoupades et exprimées, soient appliquées et bandées et qu’on les remue de jour en jour, car en peu de temps elle sera consolidée.» Il s’autorise de l’opinion de Galien pour conseiller cette méthode. Celui-ci préconise en effet le vin parce qu’il dessèche et consolide. Guy ajoute «et pour ce disait (maistre Arnauld) que les playes fraiehes lavées d eau ardent (eau-de-vie) reçoivent bientost l’effet de guérison, car
elle est fort desséchante » (3).
Aux autres genres de plaies le vin est encore conseillé soit en topique soit en injection suivant leur
(1) ïrat. lit, doc. 1, chap. t, des Plaies en général. (Trad, Jouberl).
(2) K incens, 2 part., sang-dragon, 1 partie, Bol d1 2 3 Arménie, 3 parties, M.
(3) Arnaud de Villeneuve, dec. 5, chap. 17, aph. 3.
forme et leur profondeur, maïs toujours au début, alors que l’inflammation n’est pas encore venue.
Les corps gras sont aussi employés, mais mélangés aux astrigents, aux alcooliques ou aux résineux, toutes substances essentiellement antiseptiques; l’indication conservatrice est remplie par l’introduction de ces agents dans la composition des topiques si compliqués qui étaient alors en vogue. D’ailleurs, quel que soit le but qu’il ait en vue, que ce soit d’obtenir une réunion immédiate ou de faire développer des bourgeons charnues de bonne nature, il a toujours le soin de laver la plaie avec du vin spiritueux, et de placer au-dessus d’elle une « estoupade » imbibée du même liquide.
11 avait parfaitement saisi et décrit en peu de mots ces deux modes de guérison et la manière de les obtenir. Il y a trois actes nécessaires, dit-il, à la curation des plaies et des ulcères: «Le premier est d’incarner assembler et considérer, ce que pour le présent je réputé être une même chose, les bords séparez et disjoints. Et cet acte convient aux playes en tant qu’elles sont playes. Le second est de s’engendrer la chair au lieu qu’elle fait défaut: lequel convient aux playes et ulcères caves. Le tiers est de cicatriser et seller ladite chair, lequel convient aux playes et ulcères, auxquels la seule peau est requise et nécessaire
Le médicament incarnatif, aggrégatif ou con-
soüdatif, suivant Avicenne, est celui qui desseiche et espaissit 1 humidité demeurant entre les deux superficies prochaines de la playe, de sorte que l’humidité soit convertie à collement et glueraent et que des superficies, 1 une s’attache à l’autre. » (1)
(1) Guy de Chauliac, trait, vu, doc. 1, chap. vi, p, 668.
Les conditions de la réunion par première intention ne sauraient être mieux posées que dans ces derniers mots, et les moyens employés pour la favoriser comprenaient le vin pur en lavage ou en topique, la térébenthine, etc., et beaucoup d’autres baumes qu’on appliquait sur les lèvres de la plaie une fois réunies. Ces baumes avaient le vin blanc pour excipient; avec les essences et les résineux il en formait la partie vraiment active.
Quand la plaie doit bourgeonner, il fait usage de médicaments «régénératifs de chair, » qui, selon Avicenne, sont ceux qui ont la propriété de « permuer en chair le sang qui survient à la playe. » L’aloës, le mastic, l’aristoloche, la couperose brûlée, le plomb et l’antimoine sont les principaux. Ils sont employés en poudre ou incorporés aux onguents. « La manière d’en ouvrer est que la playe estant lavée de vin chaud, on mette de la poudre ou de la charpie dans la playe et pardessus des estoupades baignées en vin et exprimées et soit bandée de la ligature retenant les médicaments et soit renouvelée deux fois le jour».
Quand le moment est venu de hâter la formation de la cicatrice ou a recours aux astrigents ou aux subtances qui passaient pour telles: l’alun calciné, la noix de Galles etc. Mais dans ce cas comme dans les autres il observe qu’on doit toujours recouvrir la plaie avec l’estoupade imbibée de vin austère.
Guy était assez bon observateur pour avoir vu que les plaies guérissaient seules. Chez les individus à bonne charnure on doit confier à la nature seule le soin de guérir. Mais, dans la plupart des cas, il faut demander aide et secours aux médicaments, soit à
cause des complications de la plaie, soit à cause du mauvais état de santé où sont les blessés. « Nonobstant ce que plusieurs disent que la playe (en tend que playe) n’a besoin de telles choses, ce qu’il faut confesser en petites occasions et ez corps de bonne complexion, mais où ils sont Dieu le sait ! » (1)
Quoique ceci soit un peu en dehors du sujet, il me paraît bon de faire remarquer que Guy de Chauliac est loin de prescrire aux blessés un régime aussi sévère que des chirurgiens plus récents et plus physiologistes l’ont fait; s’il ne veut pas que leur nourriture soit trop abondante, que l’on fasse abus du vin comme Théodore et Henric de Paris, qui recommandaient une diète vineuse et très-chaude dès le commencement (2); il leur prescrit un régime léger mais nourrissant, et du vin avec modération, d’accord en cela avec Razès, Haliabbas, Brun, Guillaume de Salicet et Lanfranc. A-t-on fait autre chose que de revenir à cette pratique en nourissant les opérés?
Ces quelques citations nous montrent quel était l’esprit du traitement de cette époque. Il peut se résumer en ce principe d’Hippocrate un peu vague, mais parfaitement vrai pour qui sait 1 interpréter; «Maintenez la plaie sèche, car le sec est plus près du sain que l’humide. »
(1) Page 227, Guy de Chauliac ; trad. Joubert.
(2) La chirurgie d’Henric d’Hermondaville fut enseignée en Angleterre et avec elle l’usage contre lequel s’élève Guy de Chauliac. (De 1 anglais, je ne m’en ebavs pas : car il ne dit rien que ce qu’il y a en Henric.)
§ 111 . Paracelse. Ambroise Paré.
Au XVIe siècle apparaissent deux hommes qui devaient laisser de profondes traces de leur passage, l’un en médecine, l’autre en chirurgie; j’ai nommé Paracelse et Ambroise Paré. Tous deux passionnés pour la science, rompant avec l’autorité des traditions, cherchèrent dans l’observation des faits les règles de leur art.
Paracelse, esprit de poète, chercheur infatigable mais trop enthousiaste, embrassant la science médicale tout entière, la médecine, la chirurgie et la thérapeutique, mêla dans chacune de ces parties les erreurs les plus grossières aux vérités les plus fécondes en conséquences pratiques. Nous avons étudié son livre des Plaies. Personne jusqu’à lui n’avait plus clairement décrit leur marche naturelle et les indications que le chirurgien doit remplir pour la seconder. «Scias ergo «naturam corporis, carnis, ossium nervosarumque « partium radicalem ac congenitum balsamum in se « continere : qui vulnera, puncturas, omnemque conti- « nui solutionem curandi facultate præditus sit, quod «sic intelliges : Balsamus naturalis fracta ossa conglu- «tinat: Balsamus naturalis in carne reconditus carno- « sum vu 1 nus sanat : sicque omnis humani corporis « pars curationis efficientem causam, id est, naturalem a medicum in se continet, qui ipsius continuitatem
«solutam denuo conjungat.» (I)
L’existence et les propriétés de ce que les modernes ont appelé lymphe plastique ne sauraient être plusclai-
(J) Chirurgien magnee, tract. 1, cap. 21.
rement exposées. L’office du chirurgien est de veiller à la conservation de ce baume, et telle est l’importance de cet office «ut jam recte dicatur, bonus balsami custos, bonus chirurgus.esse. »
Deux conditions doivent être remplies pour arriver à ce but ; veiller au bon état des fonctions de nutrition du malade; sans cela la lymphe réparatrice n’est plus sécrétée avec ses propriétés normales, et la plaie prend mauvais aspect : « Vulnus putrescit ac fæti- « dum exhalat, quæ duo signa nutrimenti errorem « certo tesfantur. » En second lieu, il faut conserver la plaie en bon état : «Nec vero nutrire solum sed et « mundum conservare vulnus oportet, quod in putre- « dine balsami vires deperdantur. »
Mais, après de pareils principes si bien énoncés, nous trouvons la thérapeutique la plus compliquée qu’il soit possible, et répondant souvent assez mal aux indications qu’il venait de poser lui-même. Il n’en accorde pas moins la préférence au vin et aux astringents sur tous les autres topiques, comme étant les meilleurs conservateurs des plaies. « Videmus canes « linguendo vulnera sua curare , nulla alia ratione « quam quod ea expurgent; quos imitali prisci ho- « mines, vulnera sua precipue frequenti linctu cura- « runt : verum successu temporum delicatiores facti,
« a linctu abhorruerunt ac urina vulnera lavare cœpe- « runt, sicque carnosa vulnera facile curavere;sed « quia fætorem vulneribus conciliabat et frequentem « deligationem requirebat, pigritia ducti et hanc reli- « querunt ac ad vinum confugerunt, quod si etiam « contemnendum esset, tamen in magnis vulneribus « suflicere non poteral, tandem ad aquam salsam
« progressi, eam utiliter tum hominibus tum bestiis « adhibuerunt» (1). Le traitement hippocratique était conservé, malgré tous le fatras de formules qu’on y adjoignait. Sans doute, si Paracelse avait eu une pratique aussi vaste que son érudition, il aurait grandement simplifié la partie de ses ouvrages qui traite des différents topiques mis en usage.
Ambroise Paré, esprit plus froid et plus positif, observateur sagace et grand praticien, apporta dans toutes les parties de la chirurgie des réformes utiles. Il simplifia le traitement des plaies en bannissant une foule de médicaments absurdes, et se borna le plus souvent à des mélanges assez peu compliqués où n’entraient que des substances vraiment utiles dont l’action conservatrice répondait à la pratique hippocratique si bien développée par Paracelse.
Dans le traité des plaies de tête, après avoir décrit un des accidents qui entraînent la mort du malade et où l’on reconnaît sans peine les signes de l’infection purulente (2), il enseigne la manière de les panser afin d’obtenir une guérison .sûre et rapide (3), si la plaie est simple il la réunit par quelques bandelettes, après l’avoir recouverte d’un baume « cicatrizatif » dont la térébenthine fait la base. Dans aucun des médicaments employés «ne doit entrer aucune huile ni chose onctuoire. »
Mais, si la plaie est vaste et à lambeaux plus ou moins grands, il cite pour indiquer la conduite à te-
(t) Idem.
(2) A. Paré, édit. Malg., Il, chap. xv, p. 27.
(3) A. Paré, édit. Malg., II, chap. xv, p. 29.
nir une observation intéressante, c’était un soldat pris sous un éboulement de terre. La plaie produite était très-grande, à bords contus, un très-vaste lambeau de cuir chevelu décollé pendait sur le visage. Elle fut lavée d’abord avec du vin pour enlever les corps étrangers, puis avec un mélange de térébenthine et d’eau-de-vie. Le lambeau fut alors remis en place et maintenu par quelques points de suture ; ou eut soin de laisser des ouvertures dans les parties déclives. Le malade, pansé tous les jours avec le mélange alcoolique et le vin, guérit sans accidents (1).
Au même chapitre est racontée l’histoire d’une jeune fille dont la tête avait été prise et déchirée par les griffes d’un lion de l’hôtel Saint-Paul. Les plaies traitées par l’application de corp gras étaient enflammées et avaient pris un mauvais aspect. A. Paré, consulté, les considéra comme des plaies envenimées. Des scarifications furent faites, on appliqua quelques sangues, enfin on les lotionna fréquemment avec une dissolution d’ouguent égyptiac, de thériaque et de mithridate, dans l’eau-de-vie «et puis vous asseurer, ajoute-t-il, que dès la première fois que nous eusmes faits tels remèdes, la douleur et inflammation avecque, autres mauvais accidents commencèrent à diminuer, et depuis fut guarie. »
Mais si une fracture ou une perforation de l’os existe, de sorte que la sanie puisse venir baigner la dure-mère, alors surtout les lotions et les pansements avec le vin, l eau-de-vie et l’essence de térébenthine sont formellement prescrites. 11 comprend toute l’im-
(1) A. Paré, 11, p. 39.
portance qu’il y a à empêcher les enveloppes du cerveau d’être en contact avec des liquides sanieux et putrides que pouvait fournir une plaie mal pansée (1).
Dans tous les eas on devra se garder d’employer les émollients et les corps gras qui favorisent cette décomposition des liquides et des accidents qui en résultent. «La douleur étant apaisée faut désister de toutes choses onctueuses, de peur qu’elles ne rendent la playe sordide et maligne, et que les parties proches ne se pourrissent et par conséquent la dure mère et l’os pour ce que les parties ne seraient gardées par leurs semblables, ce qui doit se faire par remèdes dessicatifs» (2).
«Sur l’os qu’on voudra garder sain, ne faut nullement toucher de choses humides, ensuivant Galien (3), qui dit qu’on ne doit nullement user aux os dénudés, de choses onctueuses, mais au contraire de toutes choses qui dessèchent toute humidité superflue (4). >»
Dans les plaies articulaires, il est encore plus formel pour la proscription des émollients, car ceux-ci favorisent l’afflux des liquides et rendent la plaie maligne. Des cataplasmes de lie de vin qui «roborent et sèchent la jointure, et ce faisant sédent la douleur et gardent les humeurs ne courent à la partie» doivent être appliqués sur l’articulation blessée. Quant à la plaie, elle sera pansée avec un mélange astringent et agglutinatif composé de térébenthine de Venise, d’eau-
(t) II, chap. XVII et xvm.
(2) Amb. Paré, II, p. 45.
(3) Gai. Lnr. vi de la méthode.
(4) Amb. Paré, 1 1, cap.xvi.
de-vie, de poudre d’aloès, de myrrhe et de bol d Arménie.
Pour modifier les surfaces suppurantes étendues, comme dans les pleurésies purulentes, il usait des mêmes moyens, que ceux que nous citerons plus tard. Ce sont des injections d’eau vulnéraire mélangée à i’eau-de-vie.et, s’il y a une grande fétidité, de l’onguent égyptiac. S’il existe une ouverture fistuleuse, il a soin d’appliquer contre elle une épange imbibée d’eau-de-vie qui prévient la mauvaise odeur des liquides en empêchant leur décomposition (1).
C’est surtout au livre des Plaies par arquebuses que Paré se montre grand clinicien en sachant profiter des faits qu’il observe pour transformer le traitement de ces lésions. Avant lui, considérées comme plaies empoisonnées, on les cautérisait d’abord par l’huile bouillante, comme le conseillait Jean de Vigo, procédé trouvé sans doute dans quelque ancien formulaire de tortures. Or il advient qu’à sa première campagne en 153G, au siège du château de Valence, «où les chirurgiens eurent de la besogne taillée», l’huile bouillante, qu’il employait sur l’autorité de Jean de Vigo, vint à lui manquer pour uncertain nombre de blessés. Force lui fut de panser les autres avec de la térébenthine émulsionnée avec l’huile rosatet des jaunes d’œufs. Le lendemain plein d’anxiété pour les suites de son innovation, il trouva que ces derniers «sentaient peu ! de douleur, sans inflammation et tumeur, ayant assez bien reposé la nuit », tandis que les autres étaient « fébricitants, avec grande douleur, tumeur et inflammation autour des playes. »
(1) Amb. Paré, chap. xxxnt.
Dès ce moment il considéra les« playes par harquebuses», comme de simples playes contuses qu’il fallait faire suppurer, afin d’éliminer rapidement les parties mortifiées. Il se servit dès ce moment du fameux baume de petits chiens qu’il acheta d’un chirurgien de Turin. Il y entrait des petits chiens, des résineux et de l’eau-de-vie, ce fut sa seconde méthode.
Mais, au siège de Rouen, il fut forcé de revenir au traitement essentiellement conservateur et antiputride «à cause des pourritures, gangrènes et mortifications qui s’étaient mises aux playes par le moyen de l’air vicié. » Dès ce moment l’eau-de-vie pure, les résineux et les astringents furent employés comme dans les plaies du crâne. «S'il y a soupçon de pourriture, faudra passer des suppuratifs aux remèdes contrariants
à la suppuration Aucuns instillent en la playe eau-
de-vie, en laquelle on a fait fondre du vitriol calciné. Tel remède n’est pas suppuratif, mais résiste à la pourriture. On en peut user en temps chaud et humide » (1).
D’autre fois il employait son baume. Celui-ci se composait de térébenthine, de résine, de bol d’Arménie, d’huile d’hypericum et d’eau-de-vie. La plupart de ces formules sont sanssdoute trop compliquées; c’était une condition de la thérapeutique du temps. Toutes avaient des résineux et l’eau-de-vie, substances antiputrides par excellence, au milieu d’autres inertes ou inutiles. C’est donc surtout à ces médicaments alcooliques ou résineux que nous croyons devoir rapporter les propriétés efficaces des baumes formulés par Am-
(1) Ami). Paré, des Playes, pvr ftarquebitses , 11, chap. v,
broise Paré. Nous avons remarqué que les résineux s’employaient surtout une fois la suppuration bien établie, clans le but de hâter la formation de la cicatrice. Nous n’avons pas expérimenté assez souvent cette pratique pour en pouvoir affirmer les avantages. L’alcool seul nous a paru tout aussi efficace.