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CHAPITRE III

DE L’EMPLOI DE L’ALCOOL DANS LE PANSEMENT DE CERTAINES PLAIES COMPLIQUÉES.

Dans ce qui précède, nous avions en vue les plaies ordinaires largement ouvertes, et dégagées de complications immédiates. Ce sont, en effet, celles que nous avons eues à traiter le pins souvent. Nous allons 1 dire actuellement quelques mots du pansement alcoolique : 1° dans les plaies de tête, 2° dans les fractures compliquées de plaies, 3° dans les blessures par armes à feu, 4° dans les plaies des séreuses, 5° dans les plaies empoisonnées. Ces plaies ont en effet toujours attiré l’attention des pathologistes, soit par leur gravité immédiate, soit par leurs suites funestes.

1° Plaies de tête. C’est pour elles surtout que les anciens chirurgiens prescrivaient la médication astringente et conservatrice. Tous sont d’accord sur ce point jusqu’au moment où les expériences de Tenon, au sujet de l’emploi des corps gras sur les os dénudés, vinrent changer la règle traditionnelle.

Comme mode de pansement, comme action immé-

Idiate, nous n’avons rien à ajouter de spécial. Mais, si nous observons que ces plaies sont souvent funestes par leurs complications, inflammation, érysipèle, infection purulente , nous comprendrons facilement quelle est l’importance d’un pansement qui les prévient. Ce fait, que les anciens guérissaient facilement

leurs malades trépanés , tandis qu’ils succombent presque sûrement de nos jours, est, ce me semble, un i excellent argument en faveur de la manière dont ils les traitaient. Or, ils se servaient surtout d’eau-de-vie, seule ou mêlée à des substances résineuses ou astringentes. Dans les ouvrages de chirurgie du XVIIIe siècle, | on trouve de nombreux faits qui prouvent l’efficacité de leur méthode; nous ne l’avons vue appliquée que deux fois. Dans le premier cas, la plaie était simple, le i décollement peu étendu, il y eut réunion par première intention; dans le second, il s’agit d’un homme sur la tête duquel avait passé une roue d’omnibus. — La tempe était le siège d’une vaste plaie contuse, s’étendant jusqu’à la partie postérieure du crâne avec un décollement des lambeaux et dénudation de l’os.

Il y avait en outre un vaste épanchement de sang dans le tissu cellulaire des paupières. Le blessé, porté dans le service de M. le professeur Velpeau, fut pansé à l’alcool et il guérit heureusement, malgré la gravité des lésions.

2° Plaies compliquant les fractures des os longs. Nous n’avons eu qu’un cas de ce genre durant notre internat à l’hôpital des Cliniques. C’était une plaie trèsétroite, communiquant probablement avec une fracture du tibia. On pansa à l’alcool, la guérison eut lieu sans accidents. Un pareil fait n’a pas une grande valeur, mais par induction on peut prévoir que, dans des cas plus sérieux, l’alcool aurait un grand avantage sur les autres topiques. C’est d’ailleurs ce que prouvent un grand nombre d’expériences faites par IM. Batailhé.

« Des contusions avec écrasement des os, avec plaie

au niveau des articulations, ont guéri rapidement avec peu de suppuration. Quelquefois d y a eu, non pas du pus, mais un liquide, moitié purulent, moitié plastique; jamais de traces de suppurations diffuses, ni dans le tissu cellulaire, ni dans les gaines tendineuses. Des fractures, avec plaies communiquantes (pratiquées sur les membres antérieurs), avec suture et alcool, ont guéri rapidement avec peu ou point de suppuration » (I).

I! est vrai qu’on ne peut conclure de ces expériences favorables à ce qui se passerait chez l’homme. Mais rapprochées des faits cliniques qui prouvent l’innocuité et les avantages de l’alcool sur les surfaces saignantes en général, elles peuvent légitimer 1 usage qui en serait fait à l’occasion.

3° Plaies par armes à feu. Notre inexpérience est la même pour ce genre de plaies. M. Bataiihé a également fait à ce sujet quelques expériences ; mais les dégâts étaient tels que les animaux mouraient bientôt de souffrance. Après avoir déb ridé la plaie, il la pansait simplement avec l’alcool pur. Chaque fois que les sujets ont survécu quelques jours, il n’a trouvé dans le membre blessé qu’une cavité circonscrite par une sorte de fausse membrane; jamais de suppuration diffuse. A défaut d’observation personnelle et de résultats d’expériences bien confirmatifs, nous pouvons nous appuyer sur la pratique qu’ Ambroise Paré inaugura au siège de Rouen, et qui est exposée dans notre premier chapitre.

(1) Bataill ié. De l’emploi des alcooliques cri chirurgie , page 8.

4° Plaie des séreuses. Nous n’avons eu qu’une fois l’occasion d’employer l’alcool en pansement sur une plaie de la séreuse abdominale, mais nous n’en sommes venus là qu’après que des accidents graves s’étaient déclarés. Un fragment d’épiploon resté au dehors était sphacélé et la plaie laissait écouler un liquide sanieux. L’alcool la désinfecta rapidement, mais les accidents n’en continuaient pas moins, et le | malade succomba à une péritonite. Nous ne doutons i pas que le pansement alcoolique employé dès' le début j n’eût empêché cette terminaison en s’opposant à la I production de ce liquide sanieux qui avait amené l’inflammation du péritoine.

On pourra objecter que l’alcool lui-même, mis en contact avec les séreuses , peut faire développer une inflammation. A cela nous répondrons par des expériences de M. Batailhé. Elles ont été faites sur des lapins dont le péritoine est peut-être plus sensible que relui de l’homme. « Les plaies pénétrantes simples de l’abdomen ont toutes guéri, dans vingt quatre ou trente-six heures, par réunion immédiate (suture enchevillée entrecoupée d’alcool).

Dans les plaies pénétrantes simples de poitrine (avec pénétration de l’air dans la plèvre), même traitement, même résultat. Nous n avons opéré, ni sur les poumons, ni sur le péricarde, ni sur le cœur.

Nous avons fait des plaies intestinales, longitudinales, transversales, obliques (suture Jobert, alcool, réunion des parois abdominales. par suture enchevillée et entortillée). Toutes les fois que la suture a été bien faite, qu’il n’y a pas eu d’épanchement de matières fécales, guérison. Quand il y a eu épanchement*

sur Je point où les lèvres de la plaie étaient coaptées, il y avait des adhérences entre les lèvres de la plaie intestinale et la paroi abdominale.

Nous avons fait des plaies simples du foie, nous l’avons écrasé entre nos doigts (alcool dans la plaie du foie, suture delà paroi abdominale, alcool ; — guérison sans accidents). Nous n’oserions pas dire pour cela qu’on doive toujours attendre de pareils résultats, surtout chez l’homme. Mais dans les cas moins favorables, l’alcool serait encore utile par son action hémostatique, et en déterminant des adhérences immédiates entre le péritoine pariétal et le péritoine hépatique, et s’opposant par conséquent à la péritonite. »

A l’appui de l’action innocente de l’alcool sur les séreuses , nous citerons la pratique de M. Laugier pour la cure de l’hydrocèle. Ce professeur, après avoir vidé la poche, injecte de l’alcool pur; je ne sache pas qu’il ait jamais éprouvé quelque accident et que ses résultats soient moins beaux que par la méthode ordinaire. Ne pourrait-on pas se demander, en face de pareils faits , si toutes les propriétés reconnues dans ces derniers temps à la teinture d’iode ne devraient pas être rapportées à l’alcool plutôt qu’au métalloïde. C’est une simple question que nous posons, sans nous permettre de la résoudre, faute d’éléments. Longtemps on a injecté du vin pour la cure de l’hydrocèle, longtemps on a eu des succès avec ce liquide, dont la partie active était certainement l’al- ■ cool. M. Laugier, en injectant ce dernier liquide, a suivi la tradition, tout en donnant à l’ancienne méthode plus d’énergie et de certitude.

5° Plaies empoisonnées. — Depuis le début de nos études, il nous est arrivé souvent de voir employer et d’employer nous-même l’eau-de-vie en topique sur les piqûres anatomiques, alors que la succion et le lavage à grande eau en avaient entraîné autant que possible le liquide virulent. Est-ce le hasard, ou l’efficacité des moyens? Aucun des cas dont nous avons été témoin, n’a été suivi d’accidents. L’eau-de-vie était d’ailleurs conseillée longtemps avant l’ammoniaque contre les plaies empoisonnées. Ambroise Paré, étant à Montpellier, fut mordu par une vipère. Après avoir bien fait saigner la morsure, en appliquant une ligature au-dessus, il se pansa avec l’eau-de-vie tenant en dissolution de la thériaque. Il n’eut aucune suite fâcheuse. L’alcool aurait-il une action désorganisatrice sur les veines, ou bien, en coagulant le sang à l’orifice des vaisseaux ouverts dans la plaie, s’opposerait-il à l’absorption? Ce sont deux questions à étudier et que nous ne pouvons résoudre en ce moment.

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