‹ Du pansement des plaies par l'alcoolChapitre 4 sur 19 · ACTION DE L’ALCOOL SUR LES PLAIES RÉCENTES · texte numérisé non relu

ACTION DE L’ALCOOL SUR LES PLAIES RÉCENTES

§ 1er. Mode d’application de l’alcool.

Avant tout, nous allons exposer la manière dont nos pansements ont été faits. Le liquide généralement employé est l’eau-de-vie camphrée ordinaire qui marque cle 18° à 20°. Dans quelques cas nous nous sommes servi d’alcool rectifié à 36°. Celui-ci a paru avoir une action hémostatique dans les hémorrhagies des petits vaisseaux. Cela peut s’expliquer facilement par sa propriété coagulante très-énergique. Il est donc utile, immédiatement après une opération sanglante. Mais, pour les pansements secondaires, on doit lui préférer l’eau-de-vie camphrée. Nous avons eu également occasion de faire des pansements avec l’eau-de-vie fine de table, et nous n’avons pas trouvé qu’elle valût mieux que celle de qualité très-commune, si ce n’est que son odeur plus agréable plaît davantage aux malades.

Dans les plaies qui doivent être réunies par première intention, on pratique une lotion sur toute lâ surface saignante avec l’alcool rectifié. On peut même laisser en contact avec elles, pendant quelques instants, une éponge imbibée de ce liquide. L’hémorrhagie une fois bien arrêtée on procède à la réunion de la plaie. Sur

les lèvres rapprochées, on applique un petit linge ou un tampon de charpie trempé dans l’alcool à 20°. On doit veiller à ce que ce que ce linge soit toujours humide. Suivant les cas, c’était le malade qu’on chargeait du soin de cet entretien, ou bien on recouvrait le pansement d un taffetas imperméable. Celui-ci empêchant l’évaporation du topique conservateur remplit le même but.

Pour les plaies destinées à suppurer à ciel ouvert, on doit les remplir de charpie imbibée d’alcool. Les anfractuosités mal disposées pour la réunion immédiate seront plus particulièrement dilatées par des bourdonnets de charpie. En somme il faut veillera ce que toutes les surfaces saignantes soient en contact avec le topique. Une ou plusieurs compresses et un bandage approprié maintiennent le tout. Dans les premiers jours, il est bon d’envelopper le pansement d’un taffetas gommé. Celui-ci maintient toujours humide la charpie qui recouvre la plaie, de sorte qu’elle n’est jamais adhérente aux parties blessées, circonstance qui facilite singulièrement les pansements, tout en épargnant la douleur au malade. Mais celte précaution devient inutile aussitôt que la suppuration est franchement établie.

11 est certaines plaies sur lesquelles aucun pansement permanent ne peut être appliqué. Alors on se sert de lavages fréquents à l’alcool pur ou étendu d eau. Les opérations faites dans la bouche pour l'extraction des polypes naso-pharyngiens sont dans ce cas. On évite ainsi l’afflux de ces liquides fétides dont la présence est d’un si grand supplice pour les malades.

En quelque cas qu’il soit employé, le pansement al-

coolique est toujours d’une très-grande simplicité, d’une application facile, et jouit en outre de précieux avantages que nous allons essayer de montrer.

§ II. Effets immédiats de l’application de l’alcool.

Que la plaie doive suppurer, ou être réunie par première intention, nous avons dit qu’il était important qu’elle fût baignée d’alcool en tous ses points. Le peu d'hémorrhagie qui existe encore après la ligature des vaisseaux principaux s’ar rête aussitôt par la coagulation du sang dans les orifices des vaisseaux plus petits. La douleur accusée par le malade est presque nulle, s’il est encore plongé dans cette demi-somnolence qui succède an sommeil anesthésique; mais, s’il jouit de toute sa sensibilité, elle est au contraire trèsvive. Le plus souvent, les malades la comparent à la cuisson succédant à une brûlure. Mais cette acuité est très-passagère. Après quelques instants, tout rentre dans l’ordre, et il ne reste plus que des douleurs lancinantes, isochrones aux battements du pouls et parfaitement supportables. Celles-ci durent p’us ou moins suivant la sensibilité des sujets, l’étendue de la plaie et la région quelle occupe. Une plaie de la face ou de toute autre partie richement pourvue de nerfs supporte moins facilement cette première application. Dans un cas d’autoplastie de la face, il a fallu durant les premiers jours affaiblir considérablement l’alcool pour le rendre tolérable. Les excoriations superficielles, qui mettent le derme à nu, donnent lieu à une vive douleur au contact de l’alcool, mais ici elle passe très-vite. La plupart des malades les sentent dispa-

raître dans un temps qui varie entre trois et sept heures. Alors le calme se fait, et la nuit qui succède à l’opération est d’ordinaire remplie d’un bon sommeil. Ces phénomènes immédiats ne diffèrent guère de ceux que l’on observe après tout autre mode de pansement. 11 nous a même semblé que la tranquillité qui succède presque toujours à la période douloureuse est plus grande et mieux tranchée.

Durant les premières heures le pouls reste or dinairement calme. Chez les personnes nerveuses, ou dans des cas de traumatisme considérable, il s’accélère vers le soir, et la peau devient chaude; mais pareille chose se passe quel que soit le moyen de pansement employé.

Si la plaie doit suppurer, le pansement reste appliqué pendant vingt quatre heures environ. C’est dans ce cas qu’il est facile de constater tout ce que nous venons de dire. Si la réunion immédiate est tentée, le peu de temps pendant lequel l’alcool se trouve en contact avec la surface saignante fait que la douleur est très passagère. Une fois le sang bien arrêté, et la suture faite, tout rentre dans l’ordre.

S III. De I 'action de l’alcool sur la réunion immédiate.

Il résulte des quelques faits que nous avons observés et des expériences sur les animaux, que le pansement de la plaie par l’alcool pur favorise la réunion immédiate. Pour peu qu’on réfléchisse, en effet, aux conditions nécessaires pour obtenir ce résultat, on verra combien il les remplit efficacement. Par son action coagulante, il oblitère tous les petits vaisseaux

béants h la surface des plaies et prévient ainsi l’accumulation du sang dans les parties profondes, alors que la suture des bords a été faite, et un pareil épanchement est une des causes les plus fréquentes qui font échouer les tentatives de réunion immédiate. De plus, son application continue sur la suture empêche le développement de l’inflammation, comme nous le démontrerons plus tard. Après une heure ou deux une lymphe plastique de bon aloi est sécrétée entre les surfaces en contact et rien ne s’oppose plus au succès de leur réunion. Il est certains moyens mécaniques qu’il ne faut pas négliger, afin de le rendre plus certain, ce sont tous ceux qui s’opposent efficacement à l’écartement des lambeaux. Ils varient suivant la forme et le siège des plaies. Dans deux de nos cas, une compression légère faite par l’intermédiaire d’un vaste tampon de ouate a été suffisante. M. Batailhé, dans ses expériences sur l’amputation des membres (1), s’est servi de la suture enchevillée pour les parties profondes, de la suture entrecoupée pour les bords. Dans tous les cas on ne doit songer à réunir que lorsque la plaie sera parfaitement à l’abri de tout écoulement sanguin ; l’application de l’alcool rectifié pendant 8 à 10 minutes, suffit pour se mettre en garde contre cet accident. Il va s.^.ns dire que nous supposons liés tous les principaux vaisseaux.

Voici maintenant trois observations qui viennent à 1 appui de la pratique qui vient d etre exposée. Dans deux cas il s’agit de tumeurs du sein.

(I) Les lapins étaient les sujets de ses expériences.

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