‹ Du pantheismeChapitre 4 sur 4 · Ce que Spinosa fut àBescartes, Fichté le fut à Rant · texte numérisé non relu

Ce que Spinosa fut àBescartes, Fichté le fut à Rant

Kaat avait établi, comme résultat de sa Critique de la Raison pure, que toute notre manière de connaître dépend des formes de nos facultés ; que celles-ci, étant puremeut subjectives ou propres au sujet, n'ont de valeur que pour lui et ne Tautorisent jamais à affirmer la vérité objective de l'élre, pas plus en nous que hors de nous, puisque nous ne voyons que des phénomènes modifiés par les formes de notre entendement ; qu*ainsi toutes les notions de la raison pure n'ont aucune réalité objective^ ou du moins que nous n'avons aucun droit de leur en attribuer une semblable, ni par conséquent de les imposer aux autres ; que nous ignorons ce que sont les choses en elles-mêmes, par elles-mêmes ; que nous savons seulement comment elles se réfléchissent en nous; qu'ainsi les idées de Dieu, de rame, de son immortalité, de sa liberté/ et toutes les idées métaphysiques sont purement subjectives, sans valeur réelle et objective.

Fichté part de cette subjectivité kantienne, de même que Spinosa était parti de la substantialité cartésienne, et la réalité, que Kant admet en pratique comme correspondant au^ potions rationnelles^ Fichté démontre qu'elle n'est qu'un résultat même de notre esprit dans son développement \ il démontre que les phénomènes non f seulement reçoivent de notre esprit forme et loi^ mais encore existence et réalité; que l'esprit de l'homme seul existe avec ce qu'il pose ou objective en vivant; que le moi est non-seulement législateur, mais créateur; que les existences sont non - seulement con çues dans les formes de la pensée, mais sont la pensée même dans ses formes diverses.

Spinosa avait matérialisé la substance cartésienne et divinisé la nature; Fichté

spiritualise la matière ou la réalité kantienne et divinise l'homme.

L'un et l'autre affirment qu'il n'y a qu'une substance, mais elle est objective pour Spinosa, subjective pour Fichté.

L'homme n'est qu'une modification de Dieu, une pensée de sa pensée, suivant celui-là ; d'après celui-ci l'univers n'est qu'une modification de l'homme, qn produit de sa réflexion. Chez tous deux c'est un pur et strict monisnoe.

L'organe et le principe unique de la science de Dieu et du monde, dit Fichté (1), est la pensée pure, la pensée qui est d'elle-même et par elle-mêEoe, dos selbststàndige Denken,

L'acte vivant de la pensée peut seul, par cet acte vital même, conteo^pler et saisir le vrai absolu, le voir et le possé»

der avec une évidence immédiatç, une certitude inébranlable; car la pensée pure est elle-même l'existence divine, et l'existence divine à son tour pi'est autre chose que la pensée pure (2).

Il n'est personne qui, ^ans Pétude systématique de la philosophie des éco-> les, ne puisse arriver à cette pensée haute et pure, à cette indépei^dançe de l'esprit, à cette science des sciences; car elle ne suppose et u'exige qu'une nature franche^ saiue et libre, que le sens droit et naturel de la vérité, propre à tout homme. £t tel est le but d'une philosophie religieuse, qui rend populaire la science elle-niênie) tandis qu'une religion sans philosophie n'est qu'une doctrine de foi destitué^ de science.

Sans doute celui qui a la science de la religion sait que toute multiplicité, toute existence finie a sa base et son terme dans le un, daiis l'Être absolu ; mais

(2) Denn das reine Denken Ut selbst dan gœttliche Daseyn ; und umgehçhrif das gœttliche Daseyn^ in seiner Unmittelbarheit ^ Ut nichts anders denn das reine Denken» A9^6i' Bung zam seUgen Lebeo, p. 35 et saiv.

l'homme simplement religlôus: croit sans voir, admet sans savoir. Le philosophe contemple et voit ; la foi së convertit par la science en évidence. Le premier n'a que l'idée du fait {das hlose Das) ; le second a l'idée du comment {das Wie), ridée du rapport entre l'Être absolu et l'être relatif, entre l'infini et le fini^ entre Dieu et le monde. Savoir ce comment est la condition nécessaire d'une religion vraie, vivante, et d'une vie vraiment pieuse ; Car à ce haut degré science et piété se confondent Le premier critérium de la vraie doctrine religieuse, c^est la négation de la doctrine de la création, qui est l'erreur fondamentale de toute métaphysique fausse , de toute religion erronée , le principe du judaïsme et du paganisme.

Expliquer Torigine des existences finies par la création , c'est- à -dire par un acte absolu de la volonté du Créateur, c'est d*un côté ruiner foncièrement l'idée de la Divinité, et de Tautre fausser pour toujours la raison, changer la pensée pure en rêveries, imaginaires.

Il est de toute impossibilité de concevoir une créature ; aussi le Christianisme est-il en opposition directe avec cette doctrine irrationnelle, d'après le témoignage authentique de S. Jean.

Ce maître unique de la doctrine pure de Jésus, le seul qui l'ait véritablement connue, dans la préface dogmatique de son Évangile, pose en une proposition absolument et éternellement vraie le sommaire, Tesprit, la moelle intime de la doctrine de vérité :

« Dans le principe était le Verbe ; le Verbe était en Dieu, et Dieu était le Verbe, et par le Verbe toutes choses ont été faites* »

Cette proposition^ diamétralement opposée au système de la création, affirme que, dans le principe et avant tous les temps. Dieu était — était le Verbe, — le Verbe par qui seul toutes choses sont faites — et ont été éternellement

faites, —sans qu'il y ait de création successive postérieure à l'être de Dieu, sans qu*il y ait en Dieu et hors de Dieu rien qui devienne, qui naisse, rien qui paraisse. En Lui est éternellement ce qui est, l'être étant, das Seyende , et ce qui doit être doit être primordialement en Lui comme il est Lui.

Il faut donc, d'après l'esprit et là lettre de la doctrine de S. Jean, rejeter le fantôme d'un devenir hors de Dieu, d'une émanation dans laquelle Dieu n'pst plus, et où, délaissant son œuvre et nous séparant de Lui, il nous précipite dans les ténèbres du néant. C'est faire de Dieu un maître arbitraire, un despote capricieux, un tyran ennemi de rhomme.

La raison et S. Jean proclament la doctrine suivante :

Moi, je suis moi.

Le moi pose primordialement'et absolument son être propre ; car je suis absolument, c'est-à-dire je suis absolument parce que je suis, et je suis absolument ce que je suis^ tous deux pour le moi.

Or il n'y a qu'un absolu qui soit par lui-même, Dieu, par qui l'être et tout être possible est donnée de telle sorte que, soit en lui, soit hors de lui, il ne peut y avoir un nouvel être et qu'il n*est rien que Dieu (1).

L'être est donc de lui et par lui-même, car cela seul est qui est de soi et par soi, von, aus^ durch sich. Il est un, simple, absolu, inunuable, învaria-

(i) Ich Un Ich : Das Ich settt unprûnglich schlechthin sein eigenes Seyn. Denn Ich bin schlechthin, éU »., Ich bin schlechthin, weit ich bin; und bin schlechthin, was ich bin; beides fur das Ich, — Es kann sich nicht verbergen, dass nur Eines schlechthin durch sich selbst ist, Gott, durch dessen Seyn ailes sein Seyn, und ailes mœgliche Seyn gegeben ist, so dass weder in Ihm noch ausser Ihm ein neues Seyn entstehen kann, und mithin nichts ist denn Gott, Grundlage der gesammten Wlssenscbaftslehre, i 1.

ble ; rien en lui n*a été, rien n'est devenu, rien ne peut devenir, varier ou changer. 11 est ce quMl est, toujours et éternellement, Têtre étant, dans lequel est tout être possible, et hors lequel il il n*est pas d'être.

Il est à la fois latent et patent, clos et ouvert en lui-même ; car il est vî- ^vant, actif; il est la vie même.

La manifestation de son être par la vie constitue son existence. La vie et la pensée, Texistence et la conscience sont même chose.

L'existence n'est que la conscience on la représentation de l'être en luimême {yorstellung)\ elle est l'être qui est actuellement, das ist zu dem Seyn ; rêtre qui se voit étante qui se réfléchit dans son être actuellement existant, qui se sait et se saisit, se contemple et s'aime dans rimage de lui-même, qui n'est que lui-même.

L'être et l'existence sont un ; à l'être de soi et par soi appartient l'existence qui n'a de fondement qu'en lui.

Mais quand par la réflexion je sépare l'être de l'existence, alors l'existence se pose objectivement à l'être ; elle est pensée comme étant par elle, quoique réellement elle ne soit rien par ellemêi^e et quand on la sépare de l'être qui la pose. Cette conception de l'existence isolée, objectivée, séparée par la réflexion de l'être , est le monde.

C'est l'idée, la pensée active qui est le créateur du monde (1). Pour la pensée et dans la pensée seule par la réflexion, il y a un monde, manifestation nécessaire de la vie de l'être pensant.

Où il n'y a pas de réflexion il n'y a qu'unité.

(1) Der Begriff daher ist âer eigentîiche }FelUehœpfer, — Fur den Begriff nur ^^d im Begrtf/e ist eine Welt^ ah die nothwendige Encheinung des Lebetis im Begriff e; jenseiis des Begriff es aber, das heisst^ wahrhaft und an sich ist nichis und wird in aller Ewigkeit nichts denn der lebendige Goit in seiner Le^ hendigkeit, (8*»Vorle8., 219,229.)

La réflexion seule brise, sépare, divise, distingue de l'être réfléchissant la forme qu'il revêt par sa pensée et qui ne cessé jamais d'être une avec lui ; et tout ce qui apparaît dans cette existence, dans cette forme ou ce monde, n'est autre que cet être un, étemel^ invariable, moi , alpha et oméga de toutes choses.

3. L'univers, selon Spinosa, n'est qu'une substance divine, pensante et étendue. Selon Fichté le monde n'est qu'une pensée révélée, une idée humaine réalisée. D'après ScheUing (1) l'univers n'est ni l'un ni l'autre, mais tous les deux à la fois, substance et idée, matière et pensée, nature et Dieu, identifiés (2).

Dieu, dit-il, est le premier et le dernier, l'alpha et l'oméga ; mais comme alpha il n'est pas ce qu'il est comme oméga.

Gomme alpha il n'est que le Dieu implicite, non développé, der unenU faltete Gott, Comme oméga il est le Dieu explicite, développé, sensu eminente. Comme alpha et oméga unis et identifiés dans l'absolue indifférence, il est le Dieu parfait.

Il n'y a point de Dieu sans nature, ein unnatûrlîcher Gott, comme cela ressortirait du théisme ; il n'est point de nature sans Dieu, eine gottlose Natur^ comme l'affirme le naturalisme ; ce qui est, c'est Dieu et la nature dans leur absolue identité.

Une nature sans intelligence, enveloppée en elle-même, n'ayant point conscience d'elle-même, est une conception spinosiste, ce n'est pas Dieu.

Une intelligence qui ne pose que sur elle-même, sans base autre, sans substratum, sans principe qui la précède, est une idée fichtéenne, et n'est pas

(2) Voir Abhandlung ûber das Wesen der menschlichen Freiheit, p. 429. Denkmal, p. A, 7, Sa. Philo*s, Unter,, p. 429, OSl, 492 et SOiv. Jœscbe, U 111, p. 1S9, IM.

Dieu. L^întelligence divine a sa base ^ dans la nature divine, et la nature divine se manifeste par rintelligence suprême.

, Bien parfait en puissance, in poten»

fia, mais non en acte^ actu. Dieu dans ^ son aséitéy causa sui^ est le principe primordial f rrp^runo^, qui n'a pas de principe, Ungrund, Il est une nature une, antérieure à toute dualité , en qui se confondent, identifiés et indifférents, sujet et objet, réel et idéel, lumières et ténèbres, en qui il n'est ni attribut, ni qualité. Mais cette nature est à la fois expansive et attractive, positive et négative.

Par sa force centrifuge elle se révèle; mais elle se perdrait si, par sa force centripète, elle ne se reprenait ellemême ; et c'est ce double acte de position hors^ d'elle par l'expansion, et de reprise eu elle-même par la concentra- I tion, qui constitue et rend seul possible la personnalité divine, der hewusste ) 6ott.

Sans Vipsèité^ sans la force d'égoïsme, Egoitat^ Selbstheit^ l'être n'aurait I pas conscience de lui-même ; car, avoir conscience de soi, c'est se ramasser, se reprendre soi en soi. Sans Texpansion, sans la force extendante, l'être resterait clos et latent en lui-même.

Dieu inconnu , ne se connaissant pas lui-même. Il faut donc que le Dieu virtuel se manifeste actuellement pour se parfaire, et qu*îl se repose perpétuellement dans sa virtualité pour ne pas s'évanouir. Mais pourquoi l'actualité parfaite, le parfait actuel n'a-t-il pas été toujours et dès le commencement?

Parce que Dieu est vie et non pas seulement être. Toute vie a une histoire, Schicksal; toute vie est soumise à la souffrance et au développement, dem Leiden und H^erden unterthan ; toute vie, sans exception^ part d'un état clos et enveloppé, dans lequel^ par rapport à son état postérieur d'exposition, elle

est comme ténébreuse et morte ; il en est ainsi de la vie de Dieu même.

Cette vie, se développant et s'enveloppant, se révélant et se cachant successivement, fait le lien du principe naturel, qui est la base, et du principe idéel, qui est le radical. Ce lien vivant, unissant, identifiant les deux termes qui le posent, est l'esprit. Dieu est donc esprit^ et ainsi se constitue la personnalité de Dieu. Hors de là, dans l'idéalisme pur comme dans le pur réalisme, le dieu de Fichté comme le dieu de Spinosa est un être impersonnel.

La création est la manifestation successive et périodique de Dieu.

Le un étemel a, de toute éternité, le désir de s'engendrer lui-même, die Seànsucht sich selbst zu gebâhren.

Ce désir est le premier rayon de la volonté, le vouloir, der JVille in dem JVillen.

Dieu s'engendrant en lui-même, se parlant son propre désir, pose son intelligence, sa lumière. Celle-ci, manifestant ce ^e renferme le principe dont elle est, tend à diviser les forces que ce premier principe, par son désir immanent, retire et maintient en lui^ même.

Car ce principe veut rester clos tout en désirant se manifester, il veut être lui tout en désirant être autre; il tend perpétuellement à réabsorber les vertus cachées que révèle et expose la lumière projetée de son centre. A mesure que la lumière manifeste ce que le principe renferme, l'essence de la nature se révèle davantage^ jusqu'à ce qu'enfin, dans la division suprême des forces primitives, le centre central lui-même s'ouvre.

Chaque être manifesté dans la nature a, comme l'être primordial, un double principe, un principe obscur et clos, qui est la volonté propre de la création, et un principe lumineux, intelligent, par lequel la volonté se révèle et tend à s'identifier avec l'être universel.

Ainsi quaad, par des mutations progressives et continues, par les divisions successives de toutes les forces, le point le plus profond de l'obscurité primitive d*un être est complètement passé en lumière, alors la volonté de cet éU:e s'identifie avec la volonté universelle, avec rintelligence absolue, et ne fait plus qu'un tout [avec elle. Cette élévation complète du centre en lumière, ce passage parfait des ténèbres à la clarté par Tidentification de la volonté particulière avec la volonté universelle, n'a lieU) parmi les créatures, qu'en rhomme.

Dans l'homme est toute la puissance du principe obscur^ en même temps que celle de la lumière» î)ans Thomme se trouvent le plus profond abîme et le plus haut des eieux, les deux centres, ou plutôt le centre et le pôle son image. L'étemel désir du Dieu latent s'est réalisé dans la volonté de l'homme.

L'éternel rayon de vie enfoui dans la profondeur de Dieu, lorsqu'il voulut la nature, s'est réalisé dans Vintelligence de l'homme , et l'intelligence de l'homme, se reposant dans sa volonté, manifeste l'esprit étemel, qui ne subsiste que par cette identité de la volonté et de l'intelligence, du principe réel et îdéel, du centre et du rayon, des ténèbres et de la lumière, de la multiplicité et de l'unité. L'homme révèle le Dieu actuellement existant.

4. Hegel, plus complet, plus rigoureux, plus hardi et plus conséquent que Schelling, professe une doctrine qui est l'apogée du panthéisme. Après lui le cycle des erreurs philosophiques recommence et revient nécessairement à son point de départ.

Dieu est vérité, dit Hegel (1) ; la véritéy dans sa forme pure et abstraite,

(1) Wissmschafider Logik^ NÛroberg» 1812.

Hegeis Encyhlop, der philos, fFitsemch, im Grundrisse^ Heidelberg, 1817.

est ridée. Donc Dieu, ou l'absolu, est l'idée (1). Or la logique est la scienee de la forme de la vérité ou de l'idée.

Donc la logique est la science de Dieu.

L'idée décrite, l'absolu est connu.

Tout ce qui est dit de Fidée est dit de Dieu ; car Dieu, Tabsolu et l'idée par excellence, xat* dÇo^viv, Sont un.

L'idée est ou idée en soi et pour soi, c'est l'objet de la logique ; ou idée dans son existence différente d'elle-même, c'est l'objet de la philosophie de la nature ; ou idée dans son retour vers ellemême, d'où la philosophie de l'esprit.

Dans la nature, dans l'esprit, dans la pensée pure ou l'idée, dans sa forme absolue ou idéelle, sous sa forme concrète et naturelle, dans sa forme active ou spirituelle, c'est toujours le même absolu, l'Idée, Dieu, ou subsistant en lui-même, Seyn, ou Dieu ^xtérioré dans la nature, Daseyn^ ou Dieu rentrant en lui-même, Fûrsichseyn,

Primordialement, avant la création de la nature et dé l'esprit fini , Dieu sans enveloppe, ohne Hillley est en Lui, — - Lui , l'indifférence ou l'identité absolue (2). Ce Dieu antéro-mondain^ vorweltlich^ n'a aucun des prédicats positifs qui appartiennent au Dieu mondain, au Dieu naturel, fVettgott; car il est la pensée identique avec ellemême (3).

Mais cette pensée a une double activité, une activité identique à la pensée ou immanente, et une activité différente de la pensée ou transitive à la fois et rétrospective. Et par cette activité Dieu passe à travers les sphères logiques de la pensée. Il est conception pure, Bègrîff^ dans son principe, dans son unité; jugement, Uriheil, dans sa diversité, dans les moments de son dé-

(1) Gott Oder dos Ahsolute ist die Xdeé,

(2) Seyn kann bestimmt werden^ ait Ich^Jch, als die ahsolute Indijferen» oder Identitat, Ëocykiopé, p. S^, § S9.

(3} Das mit sich selbst identisvhe Denken.

I veloppemeDt, et conclusion, Sc/duss, dans sou retour, dans le rapport des deux premiers termes^ dans leur réidentification.

La vie dialectique, le mouvement logique ou le développement de l'idée, c'est la vie de Dieu. L'absolu se manifeste comme esprit passant de l'être au devenir (1). II abandonne la forme de l'être et prend celle de la conscience dans Texistence : il devient soi , il se réalise (2).

Le premier moment de ce développement spontané, de cette procession infinie, est le passage de Dieu dans la nature, ou la forme de l'existence concrète de ridée, dans laquelle Dieu se pose comme infinie différence de luimême (S); car, pour que l'être arrive à la conscience de lui-même, il faut qu'il se pose d'abord hors de lui, dans la I nature ; puis, que, triomphant de cette nature, il s*en dégage, s'en libère, re- I vienne vers lui-même par l'esprit.

Il était primordialement esprit, mais esprit abstrait ne se sachant pas luimême. Ce n'est qu'après s'être posé hors de lui, opposé, objectivé à luimême, dans la nature^ que, revenant sur lui, il acquiert conscience et con- , naissance et devient esprit se connaissaut comme esprit (4), forme pure de : l'idée se pensant elle-même.

L'idée une et universelle est Dieu.

Le système des idées particulières est le monde ; ces idées particulières sont des phases diverses par lesquelles Dieu, passant à l'existence, développe sa vie réelle (5). C'est pourquoi Dieu est aussi

(1) Vebergang vont Seyn zutn TFerden,

(2] Sich seïbst werden.

(8) Unendliches anden Seyn.

[h] Sich selbst aïs Geist^ toissender Geist; Form der sich selbst denkenden Idée, Wiss.

der Log.

(5) Goit in seiner Lebendigkeit und TFirh' lichknt, und die Welt in ihrem Grunde und Weien^ sind sonaeh eines und dasselbe, und »«» ein^m unzertrennlichen Ganzen vereiniget.

tout ce qui est réel ; mais Fidée particulière, n'étant qu'une phase de l'idée, n'est pas adéquate à l'idée universelle.

Celle-ci, unité absolue dans l'absolue universalité, ne se réalise complète^ meut que dans tous Jes êtres particuliers ensemble et dans le rapport mutuel de toutes les réalités particulières.

Ainsi, l'Absolu ou Dieu étant à la fois l'être un et universel , le principe des existences individuelles et le système de toutes les existences réunies^ Dieu est l'identité de l'infini et du fini, de l'être et du devenir, de l'unité et de la multiplicité. Il est le fondement, l'essence du monde; Dieu est la vérité du monde, et le monde est la réalité de Dieu.

La vie du monde est la vraie vie de BiSvL même, se développant en une série infinie et une richesse sans terme de formes, d'apparitions , de phénomènes, qui le manifestent et le parfont.

C'est par ces formes multiples, par ces moments de passage, que Dieu , devenant Dieu naturel, iVaftir^o^^, arrive au plus haut degré de sa vie personnelle, quand, par le retour qu'il fait sur luimême, il arrive, comme esprit, à la conscience de lui-même.

Dieu n'est donc pas seulement nu être abstrait , comme celui des théistes, mais un être concret; il est l'unité concrète 'et pleine, absolue totalité des existences individuelles et finies : Die concrète, inkaltsvolle Einheitf als die absolute Totalitàt aller einzelnen endlichen Dinge.

Lui seul est par lui-même, et les existences n'ont d'être , de substance, de subjectivité, à'idiostasie , Selbststàndigkeit, que par Lui. C'est Lui qui, par l'activité absolue de son étemel procédé, manifeste et détruit, pose et réabsorbe les formes diverses qu*il prend dans son passage incessant d'une forme à l'autre; et cette production et c^t anéantissement successif et perpétuel constituent la création. La création

n*est que Tliistoire de la genèse ou du dé?eloppement du Créateur même, s'engendrant éternellement lui-même, et se manifestant comme principe réel, unique et absolu, du monde, de la nature et de l'univers.

Lui seul , Dieu, dans son absolue activité, dans la formation de lui-même, Selbstgestaltunffj est réel, positif. Tous les produits individuels qui paraissent et disparaissent, toutes les existences de la nature et du monde spirituel sont le non-réel , le non-actuel : sind das Unreelle und Vnwirkliche, Lui seul est vrai ; mais il n'est vérité dans sa perfection qu'alors qu'il s'est lui-même réalisé dans le tout par son développement complet. Ce n'est qu'au terme , dans le résultat, qu'il est ce qu'il est en vérité , l'Être qui s'est parfait par son parfait développement (1).

X. L'Allemagne était ainsi parvenue^ par de longues et savantes élucubrations, à systématiser de la manière la plus rigoureuse et la plus absolue le spinosisme dans sa partie idéelle, quand, depuis longtemps, la France, toujours à l'avant-garde des nations modernes par le fait et par l'idée , avait réalisé le spinosisme dans sa partie positive et matérielle.

Disciples conséquents de Spinosa, qui avait mis à l'écart la doctrine révélée sans oser encore l'attaquer en face , les philosophes du dix-huitième siècle lui déclarèrent ouvertement la guerre. Arts, sciences, poésie, éloquence;, archéologie, découvertes modernes, philologie,^ théâtre, politique , tout convergea vers un seul but, tout tendit à un résultat suprême , écraser

{%) MU iem Ah9oluUn mu99 fteilich wohl aller Jnfang gemacht werden. Hier istjedoch 2fi§leieh zu erinnem^ âasê éer Jnfang noch tîieht das Ganxe, diètes aberersi das H^ahre in semer VoUstœndtgk$it sey^ als das durch seine Entwickelung sich vollendende fFesen. Phspnomenol., XXII» XXV.

le Christianisme, que Fichté avait traîtreusement voulu confondre avec son propre système.

L'Encyclopédie, la sensation transformée de Condiliac , le matérialisme de Lamétrie , la théorie de Tesprit d'Helvétius, le système de la nature d'Holbach, le fatalisme de Diderot, le déisme de Rousseau, l'optimisme de Voltaire, tout se résume, au point de vue qui nous occupe, dans la formule que proclama solennellement à la Convention celui qui s'appela l'orateur du genre humain (1) : «C'est dans ce « chef-lieu du globe, c'est à Paris qu'é- M tait le poste de l'orateur du genre « humain. Je ne le quittai plus depuis « 1789 : c'est alors que je redoublai de « zèle contre les prétendus souverains « de la terre et du ciel. Je prêchai hau- « tement qu'il n'y a pas d'autre Dieu « que la nature, d'autre souverain que « le genre humain , le peuple-Dieu. Le peuple se suffit à lui-même, il sera toujours debout. La nature ne s'agenouille point devant elle-même. Ju- « gez de la majesté du genre humain « libre par celle du peuple français^ « qui n'en est qu'une fraction. Jugez « de l'infaillibilité de tous par la saga- « cité d'une portion qui, elle seule, « fait trembler le inonde esclave. »

Et qu'on ne croie pas qu'un demisiècle d'expérience ait désabusé les esprits et les ait effrayés par les épouvantables catastrophes qu'ont enfantées ces doctrines, par le bouleversement des empires, l'horreur des guerres les phis sanglantes , l'anéantissement des croyances, l'anarchie des volontés, la corruption des mœurs, le perpétuel conflit des intérêts privés et le hideux despotisme de l'orgueil et de l'égoi^me.

Ecoutons les organes les plus répandus des idées nouvelles, et terminons cette longue série de citations par une cita-

(I) vm, Anacbarsis Clootz. Thien « HitL de la Kévol. franc,, t. V, p. ftSO.

ât

tioii d«ftiière(l), qui vësumô toutes les théories précédentes et en expose les conséquences dans leur plus complète application,

« Dieu est identique avec le monde; il se manifeste dans les plantes, qui, « sans conscience d'elles-mêmes, vivent « d*unc vie cosmo-magnétique ; il se ma- <i nifeste dans les .animaux, qui, dans « le rêve de leur vie sensuelle, éprou- • vent une existence plus ou moins « sourde. Mais c'est dans Phomme « qu'il se manifeste de la manière la « plus admirable, dans l'homme qui « sent et pense en même temps , qui « sait distinguer sa propre individua- « lité de la nature objective ,^et porte « déjà dans sa raison les idées qui se « font aussi reconnaître à lui dans le « monde des faits. Dans l'homme la « Divinité arrive à la conscience de soi- « même, et, cette conscience , elle la n révèle de nouveau par l'homme. Mais « cela n*arrive pas dans et par les « hommes isolés, mais par l'ensemble « de l'humanité, de telle sorte qu'un « homme ne comprend et ne repré- « sente qu'une parcelle du Dieu-monde, « mais que tous les hommes ensemble « comprennent et représentent dans A l'idée et dans la réalité tout le Dieut( monde. Chaque peuple a peut-être « la mission de reconnaître et de ma- <* nifester une partie de ce Dieu-monde, <t de reconnaître une certaine série de <t faits, de réaliser une certaine sé- « rie d'idées et d'en transmettre le ré*- « sultat aux peuples suivants, auxtt quels une semblable mission est im- » posée. Dieu est, en conséquence, le ^* véritable héros de l'histoire uni ver- « selle. L'histoîre n'est que sa pensée X étemelle, son éternelle action, sa « parole, ses faits, et l'on peut dire « avec raison de Thumanité entière « qu'elle est une incarnation de Dieu...

(4) De VJUem. depuis hnlher^ par H- Hrlnr.

« Aussi le but de toutes nos iustitùtious « modernes est la réhabilitation de la « matière, sa réintégration dans tous « ses droits, sa reconnaissance reli- « gieuse , sa sanctification morale. . . .

« Nous poursuivons le bien-être de lu « matière parce que nous savons que <( la divinité de l'homme se manifeste a également dans sa forme corporelle...

« nous fondons une démocratie de « dieux terrestres égaux en béatitude « et en sainteté.... nous voulons le nec- « tar et l'ambroisie , des manteaux de « pourpre, la volupté des parfums, des « danses, des nymphes , de la musique <t et des comédies (1) ! j»

Nous disions , au commencement de cet article : L'histoire de la philosophie démontre que, hors de la doctrine fondée sur les textes sacrés, tous les systèmes métaphysiques ont erré sur la première des vérités, l'Être-Dieu, et aboutissent à un terme fatal, le panthéisme.

Or nous avons vu ce panthéismeprotée, tour à tour mystique, intellec-^ tuel, rationnel, symbolique, physique, se représenter partout et dans tous les siècles, toujours le même au fond, toujours identifiant le Créateur et la créature, l'infini et le fini, le temps et l'éternité. Matérialisme, hylozoïsme, polythéisme; rationalisme indien, stoïcien, cartésien, kantien; idéalisme des brahmanes, de l'Académie, de la Cabale , d'Alexandrie, de la Germanie ; mysticisme antique, du moyen âge et des temps modernes ; systèmes humains de tous les siècles, de toutes les nations, de toutes les formes, tous divinisent la nature ou matérialisent la Divinité, tous font un seul Tout de l'homme, de la nature, de Dieu et de Tunivers.

Quand Dieu est tout, quand l'homme est Dieu, tout est permis à Thomme,

(ly Voyez aussi la conclusion d'un (les derniers articles tle la Rnute des DeuX' Mondes : fn Poésie njoderne en Angleterre: H. Lord Hymn, nskr H- Tjﻫn--l5oGl/)l>re 1862.

PAI^TUÉISM£

tout est dans won droit; sou pouvoir ii*a de limite que son vouloir, son vouloir n*a de borne que son bon plaisir.

Dès lors plus de liberté morale ; car, où tout est bien, il n*y a pas de choix possible. Plus de mérite ni de démérite ; tout est &ta]^ tout est indifférent, tout est manifestation divine. Ce qu'on appelle crime est nécessaire, comme ce qu'on décore du nom de vertu ; le fond, le but est le même; la forme, le moyen change; la forme ni le moyen n'importent.

Vivre, jouir, dans toute la plénitude de sa vie, de tout et toujours, tel est le droit, la loi de l'homme, proclamée par le spéculatif Hegel aussi bien que par le sensualiste Épicure. Apothéose de la chair, culte des sens, adoration de la matière identifiée avec Tesprit, telle est la conséquence fatale du panthéisme.

Toute doctrine se juge par ses fruits, comme Farbre. Le panthéisme antique s'est réalisé et a été jugé par la profonde perversion , par l'immense dépravation de l'empire romain. Le panthéisme moderne non-seuleméut se juge par les conséquences que ses sectateurs proclament eux-mêmes, mais il s'est réalisé et se réalise encore dans la tendance matérialiste de la société actuelle, dans son goût effréné des plaisirs et son insatiable amour de l'or, dans la prédominance exclusive des intérêts matériels, seuls reconnus comme positifs, dans le dégoût du devoir, dans l'oubli de la vraie destinée de l'homme, dans la corruption des mœurs, descendue des sommités au plus bas degré de récheiie sociale, où le suicide, dernière et nécessaire conséquence du panthéisme ou du droit souverain de l'homme sur lui-même, est devenu plus fréquent qu'il ne l'a jamais été aux plus abominables époques du paganisme.

Mais il y a trente siècles que le Prophète a dit : « 'Ne vous laisse? point em- • porter par la multitude pour faire le I pîrsôrûspjèr est; J(ie'o ê7uno7

« mal, et dans le jugement ne vous renie dez point à l'avis du grand nombre « pour vous détourner de la vérité (1). »

La Vérité subsiste et subsistera.

Une doctrine, étemelle comme son Auteur et révélée par son éternelle Parole, a proclamé à travers les siècles l'être, le verbe et la vie de Dieu dans sa gloire ineffable. £lie seule reconnaît et afQrme le rapport entre rinfini et le fini, entre le Créateur et la créature, sans jamais confondre ces deux extrêmes. Elle seule comble Tabîme entre Dieu et l'homme, entre l'homme et le monde, entre les créatures intelligentes et libres et celles qui se trouvent sous la loi de la nécessité. Elle seule dévoile le mystère de Dieu, de la créature humaine et du monde temporaire, eu disant par la bouche du plus profond de ses docteurs (2) :

« Dans le principe était le Verbe, et a le Verbe était avec Dieu, et le Verbe « était Dieu. 11 était dans le principe « avec Dieu. Toutes choses ont été fai- « tes par lui. Dans le Verbe était la « vie, et la vie était ia lumière des hoiii- « mes. Le Verbe était cette vraie lu- « mière qui éclaire tout homme venant « en ce monde. Il était dans le monde, « et le monde a été fait par lui, et le « monde ne Ta point connu (3). »

(1) Exode, 23, 2.

(2) Jean, 1.

(S) Et quid est? « In principio erat Verbum.»

In qao principio? «Et Verbum erat apud Deum. » Et quale Verbum ? « Et Deus erat Verbam. » Mumquid forte a Deo factam est hoc Verbum? Non. <t Hoc enim erat in principio apud Deam.u S. Aug., Opérai Basileœ, 1541. In JooHH, Evang, tract. 111, 4. In principio fecit Deus cœlum et terram. Quœri potest ulrum tantum modo secundum bistoriam aocipiendum sit, au eUam figurate aliquid significet, et quomodo congruat Evangelio , et qua causa liber iste sic inchoatus siU Secundum hisloriam au* tem quaeritur quid sit in principio, id est ulrum in principio temporis, an in principio , in ipsa sapientia Dei, quia et ipse Del Filius priucipium se dixit... Principium sine princi-

PANTUÉISiME

Aussi est-ce à cette idée de Tunité dans la trinité et de la trinité dans l'unité, si clairement exposée dans les paroles de TApôtre et incessamment proclamée depuis dix-huit siècles, que le panthéisme moderne a voulu se rat tacher pour se répandre dans le monde avec Fautorité de la parole sacrée. « Le « Dieu de la conscience, a dit un philoa sophe de nos jours, n'est pas un Dieu « abstrait, relégué, par delà la création, « sur le trône désert d'une éternité si- « lencieuse et d'une existence absolue « qui ressemble au néant même de « l'existence. C'est un Dieu à la fois « vrai et éternel, substance et cause, > c'est-à-dire étant cause absolue, un et « plusieurs, éternité et temps, espace « et nombre, infini et fini tout ensem- « ble, c'est-à-dire à la fois Dieu, na- « ture et humanité. En effet, si Dieu « n'est pas tout, il n'est rien. ~ Un « Dieu sans monde est tout aussi faux « qu'un monde sans Dieu. — Tel est le ft fond même du Christianisme : le « Dieu des Chrétiens est triple et un A tout ensemble, et les accusations qu'on ft élève contre la doctrine que j'ensei- « gne doivent remonter jusqu'à la Tri- « Dite chrétienne (1). »

omnia ofedimus. Id., de Genesi ad liiier., c. 8, col. Ù80. Foir aassi Summa theol, S. Thomœ uéquin,^ Lugû., 1677, I, quœst. XXXIV, art. 1, p. 80.

(1) Préface des Fragments philosophiques; Nouv, Fragm. philosophiques ^ p. 72, 5* leçon, 1828. Nous savons parfaitement et nous nous hâtons de constater que, dans les nouvelles éditions de ses ceuvres comme dans ses ouvrages postérieurs aux leçons de 1828, Tillustre piiilosoplie a roodilié ces paroles et a énergiquement et loyalement protesté contre toute doctrine phiiosopliique qui nierait ou voilerait la vérité d'un Dieu unique et personnel, créateur et indépendant de toute créature. H n*en reste pas moins vrai que, au moment où Tauteur des Fragments philosophiques écrivait les paroles dtées dans notre texte, elles étaient le rétamé, sinon de sa propre pensée, si heureusement modifiée depuis, du moins celui de la philosophie moderne, celui surtout de la philosophie allemande mise à la portée des intelii-

Telle n'est pas la Trinité chrétienne, et tel n'est point le dogme fondamental de la doctrine de Jésus-Christ.

En proclamant le Père, le Fils et l'Esprit égaux en nature , un en substance et distincts en personnes; en proclamant que le Père, le Fils et l'Esprit sontconsubstantiels,un en trois et trois en un, un Dieu seul, unique et parfait, incréé, étemel^ tout-puissant, la doctrine chrétienne enseigne la génération éternelle de rÉtre et pose en même temps l'infranchissable limite qui sépare le créé de Tincréé, le monde de Dieu.

En effet, suivant les paroles du dogme, Dieu est FÊtre étant, existant et vivant éternellement en lui, de lui, par lui, l'Être voulant, sachant et aimant ce qu'il est, en lui^ de lui et pour lui.

L'Être universel s'engendre et se pose lui en face de lui-même, tel qu'il est, dans son infinité, son universalité, son éternité, sa perfection absolue.

En Dieu, l'objet connu, le sujet connaissant, la connaissance qui naît de leur pénétration; l'être qui aipae, l'être aimé et l'amour qui les unit ; la puissance qui agit, le terme de Faction et l'action par laquelle ils se croisent et s'identifient, ne sont qu'un Dieu unique par la substance, triple par les termes et les relations. Tel est le Dieu absolu, le Dieu vraiment personnel, étant de lui, par lui, en lui, celui qui est, qui sera et qui a été de toute éternité, avant l'homme , avant le monde, avant le temps, avant la création.

Mais le panthéiste, au lieu du Verbe- Dieu, type parfait de son principe et consubstantiel avec lui, ne connaît que le monde-Dieu, c'est-à-dire Dieu réalisé dans la matière. Dieu manifesté dans les éléments. Dieu confondu avec sa créature, identifié avec son œuvre.

gences françaises en termes clairs, précis, positifs, qui, dans leur énoncé catégorique, ne laissent aucun doute sur le sens de la doctrine qu'ils proclament.

Au lieu du rapport Tivaul et intelligent de TEsprit de Dieu, qui, proeé* dant du Père et du Fils, les unit par le lien de Fétemel amour , le panthéiste ne conçoit que la réaction aveugle, le retour nécessaire et fatal des créatures ▼ers le Créateur, qui reprend ce qu*ii a donné, qui réabsorbe la vie qu*ii a posée, l'existence par laquelle il s'est manifesté.

Dans cette fausse et monstrueuse trinité de Dieu, du monde et de leurs rapports, le fini et Tinfini, le contingent et le nécessaire, la réalité et la vérité, le un et le multiple , le pur et Timpur sont donc mêlés et confondus, sans que les trois termes qui la constituent puissent jamais se réduire à Tunité, n'étant point égaux en nature et en puissance ; car il est absurde de dire que le monde fini, temporaire, contingent, dépendant, multiple, soit égal au principe infini, étemel, nécessaire, absolu, un, qui Ta créé ; comme il est impossible de dire pourquoi ce principe infini et absolu, souverainement bon et parfait, a produit de sa propre substance, et posé hors de lui, un monde fini et limité, mixte et imparfait»

D'ailleurs l'idée panthéiste de la création est aussi fausse que l'idée de la trinité panthéiste. Pour le panthéiste ia création n'est qu'un déploiement, une évolution, une émanation de l'Être absolu; le possible et le réel ont jailli de Dieu et en jaillissent perpétuellement, comme le ruisseau de la source, la lumière du foyer, l'éclair de la nue.

Dès lors l'identité de la nature et de son principe, de Dieu et du monde, qui est sa forme, est nécessaire et fatale.

Or (et telle est l'idée chrétienne de la création, qui, avec l'idée de la Trinité, peut seule préserver du panthéisme) non-seulement Dieu , dans son ineffable Trinité, se sait et se connaît luimême en lui-même, immédiatement; non-seulement il a science et conscience

de son être, de son Verbe, de sa vie; non-seulement il est lui, éternel objet de lui-même, éternellement uni à lui par la vie ; mais encore il connaît son vouloir, il sait qu'il veut, ce qu'il veut, pourquoi il veut. Il a conscience de son idée, il exprime cette idée par son Verbe ; et c'est l'idée que Dieu a de luimême, de ce qu'il est et de ce qu'il veut, qui est le fondement de la possl' bilité du monde et de Tunivers, comme le fondement de la réalité du monde est dans l'expression de cette idée par le Verbe, expression verbale de l'idée divine qui fait à proprement dire l'œuvre de la création. Dès lors la réalité du monde est devant Dieu , en face de lui, non comme objet identique au sujet, de la même nature que le principe, mais comme non-moi distinct à toujours du moi absolu , comme type du prototype, comme réalisation du plan qui est dans l'idée ou la sagesse divine, comme miroir posé par l'Infini en face de lui-même pour réfléchir sa gloire.

Ainsi, tandis que les fausses doctrines de l'homme ont altéré, corrompu, perverti Tidée de la création et l'idée universelle de la Trinité dans l'unité, cette idée, qui préside à l'origine de toutes les idées générales dans l'intelligence, de toutes les notions pures dans l'entendement, des connaissances cmpiriques daâs la raison, des images dans le souvenir ; cette idée, qui est la loi de la vue, de l'observation, de la contemplation, de la compréhension, de la réflexion , du jugement , du raisonnement, de la pensée, de la parole, de la volonté; cette loi philosophique du bien, du vrai, du beau, qui. se réfléchissent dans l'univers , dans les nombres et les dimensions du temps et de l'espace; cette loi essentielle des créatures iotelligentes, de l'homme psychique et physique; cette idée-mère de la science métaphysique et de toute science, est présentée dans la doctrine chré-

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