‹ Du pantheismeChapitre 3 sur 4 · TU · texte numérisé non relu

TU

Lorsque le corps, doué d'abord du mouvement naturel, est organisé, et que toutes ses parties sont disposées pour les fonctions vitales, il ne lui manque plus pour vivre qu'une seule chose, l'acte même de la vie, et cet acte, c'est Tâme.

Mais la nature ne peut se dégager que par degré des liens de la matière et de la nécessité ; ce n'est que par une progression ascendante des formes qu'elle atteint la forme la plus haute.

C'est une même puissance qui, d'organisation en organisation, d'âme en âme, monte d'un mouvement continu jusqu'au point culminant de l'activité pure; c'est l'être sortant par degré de la stupeur et du sommeil.

Le plus bas degré de la nature est la simplicité absolue des corps élémentaires.

Au-dessus de l'élément vient le mixte , qui suppose la différence des prin-

cipes constitutifs et l'homogénéité des parties intégrantes.

Au delà de la mixtion vient l'organisation, synthèse hétérogène de différents mixtes homogènes, dont l'unité est la vie.

La première forme de la vie est la végétation^ d'où la plante.

Le second degré de la vie est la seu" sation , ce qui fait l'animal.

Le sens général s'élève, par une abstraction successive, du mouvement aux formes immobiles, qui sont l'objet des mathématiques, et de la réalité de la nature à dés conceptions. Alors, et à sa plus haute puissance, e'est Ventende'

ment (tyiv ^làvotav )tal trti wurh* aî«6yjfftv. — KotvTj aîaÔYiaiç, ^làvoia, ^oÇaaTtxbv , Xo-

^icrnxov, termes équivalents).

Cependant^ pour que le sens général s'élève de l'entendement même à sa forme la plus haute, il faut un dernier développement, qui porte à un plus haut degré la mobilité ie l'organisme et achève de le soumettre à l'empire de l'âme.

Tant que la partie inférieure du corps est trop grêle et trop faible, et qu'il faut quatre membres pour le supporter, la face, où siègent les sens, est voisine de la terre et la chair pèse sur l'âme. Dès que les membres s'étendent et s'affermissent, le corps se relève, l'animal se tient et marche debout, l'intelligence se libère du poids de la matière, la mémoire se fortifie, la volonté se fait jour, et avec elle la raison. Dès qu'on voit poindre le pouvoir de délibérer et de choisir, ce n'est plus l'âme sensitive, mais l'âme raisonnable; ce n'est plus l'animal, c'est l'homme.

La première puissance d'où était partie la nature était l'indétermination absolue de la matière, qui, de deux formes contraires, peut prendre indifféremment l'une ou l'autre ; la dernière puissance où elle arrive est la puissance active, qui délibère entre deux partis

FANTBtma

opposés et qui Be décide elle * même pour celui qu'elle préfère. Toutes les formes inférieures ne sont que des degrés par lesquels la nature s'est élevée ù cette forme excellente de Thumanité.

L'homme les représente toutes.

L'humanité est donc la fin de la nature. La nature ne fait rien en vain, et c'est pour l'homme qu'elle a tout fait.

Mais l'humanité est le résumé de tous les règnes et de toutes les époques de la nature. Elle a donc aussi son commencement, sa fin, ses degrés de perfection, et ce n'est que dans sa fin qu'est SB perfection. L'âme est la fin du corps, l'action est la fin de l'âme. Le premier de tous les biens est donc l'exercice de l'activité naturelle de l'âme.

Le dernier et suprême degré de la vie et de l'activité est la sagesse. Le sage est celui qui sait, d'une science certaine et invariable , ce qui ne peut pas ue pas être et ne peut pas varier.

Or, ce qui ne^peut pas ne pas être, et qui est nécessaire par soi-même, c'est l'être simple^ identique à soi-même, de toute éternité. Mais pour saisir le simple et l'invariable il faut une vue simple et invariable, par conséquent un acte perpétuel de pensée, exempt de toute condition matérielle, supérieur à l'opposition et au changement i c'est là qu'est la sagesse.

Lo sagesse est donc la perfection absolue de l'activité de l'âme. La sagesse seule a^ en elle, sa fin et sa satisfaction.

La vie spéculative de la sagesse est une vie solitaire, dont l'objet est l'Être nécessaire et simple, Dieu. Dieu n'est point séparé par la matière et l'espace de la chose qui le pense. Entre la chose qui pense et la chose pensée il n'y a pas ici de milieu; elles se touchent. L'acte de la spéculation est un acte immanent qui ne sort pas de lui-même et de son indivisible unité. La fin de la nature est l'action parfaite de la pensée pure dans Vvadtét absolue de la spéculation.

Telle est la marche de la nature, de rimperfeetion de la matière à la perfection de la forme, de la puissance à l'acte, du néant a l'être.

D(i sein de l'infini^ par une suite de transformations insensibles, elle s'avance vers sa fin, se dégageant peu à peu du chaos , sortant par de^s du sommeil; elle n'est tout entière ellemême qu'au terme de son mouvement, à ce moment suprême de l'activité de la raison.

Or, pour amener la puissance à l'acte et le mouvement à sa fin, il faut une cause motrice, et c'est cette cause première que la philosophie a toujours cherchéa vainement, dont tout le monde a rêvé, sans que personne Tait jamais connue.

La fin dernière ne se trouve qu'au sommet de la série des êtres ; car tous les êtres jusque-là sont des formes imparfaites et des fins relatives. Mais dans chaque terme se retrouvent les termes subordonnés ; dans tous par conséquent se retrouve le dernier terme, c'est-àdire le point où commence le développement de la puissance.

Gomment le prenûer moteur peut-il donner le mouvement ? Le premier moteur est un être, et un être toujours agissant, si bien que hors de lui il n'y a dans le monde qu'une puissance passive, docile à son action ; c'est lui qui se pense dans le monde, et qui, par sa pensée, lui donne l'être, le mouvement et la vie.

Cette cause première du mouvement, cette cause finale n'est pas une fin éloignée, séparée par quelque milieu de ce qui aspire à elle, et qui ne puisse être atteinte que par une suite de moyens.

Le propre de la cause motrice, c'est qu'elle est en même temps que son effet et le mobile où elle le produit. Car cette cause, c'est celle qui agit par impulsion et au contact, et le contact suppose la simultanéitét

PANTBËIfffilË

Or U monde et sa cause flnale se touchent, sans qu'aucun intermédiaire les sépare. £ile n'est pas pour lui un objet lointain, désiré, mais un objet aimé, dont la contemplation immédiate remplit tout son être \ ou plutôt, si c'est cet objet même qui se pense dans la matière, et de sa pensée éveille en elle le désir, n'est-ce pas lui, n'est-ce pas le Bien suprême qui s'aime comme il se pense, et qui, ainsi qu'un père se contemplant dans son fils, embrasse le monde, auquel il donne l'être^ dans un acte étemel d'amour ?

Cause motrice, cause finale, forme essentielle, trois principes qui , dans la nature et daus la réalité absolue supérieure à la nature, ne sont que des points de yue et des rapports différents d'un seul et m^me principe.

Ce principe est à la fois rintelligeuce et l'intelligible ; entre le sujet et l'objet de la connaissance il n'y a plus de mi^ lieu, plus de moyen terme : hx pepïsép £T l'Êtp£ iïg font qu'un, L'uuîté absolue du premier principe est l'unité de Taction de rintelligence. Toute vie est dans l'action, et dans le plus haut degré de l'action est le degré le plus élevé de la yie.

Ce premier principe est donc un être vivant. En outre le plaisir est inséparable de l'action, et l'action du plaisir; dans l'action la plus pure se trouve nécessairement la plus pure félicité. Le premier principe est donc un être vivant, étemel et parfait dans une félicité parfaite, Cet être, c'est ce qu'on appelle Dieu. <ï>ap.sv Se ih ôebv fivat Çwov ai-

Dieu n'est pas une idée inactive, une essence ensevelie dans le repos et comme dans un sommeil éternel. Pieu est im§ intelligence vivante, heureuse du bonheur simple et invariable de sa propre action, et qui eiTrempiit ipçessamiQeiit to\ite i'éteriiité.

Cette essence divine ne doit pas 6tre cherchée dans la vibtuautb d'une SUBSTANCE PENSANTE, maU dans Vac* tion.,. elle n'est pas l'intelligence (NqOç) à proprement parler, mais la pensée

TOUTE SEULE (Novjaiç).

11 n'y a rien dans l'intelligence spé» culative on absolue que l'action de la pensée qui se % pense elle-même sans changement comme sans repos, ef la, pensée véritable est la pensée de la

pensée^ Aùtov âpo^ yoet , ÊÏirgp i<n\ T9 xf qiTt-

En définitive, la nature est comme pénétrée de la pensée substantielle qui lui donne la vie, et qui l'agite sans cesse d'un inquiet et insatiable désir; elle fait tout, sans le savoir, pour une seule et même fin^ qui est la raison même.

L'univers, la science, la vertu, le monde du corps et de l'âme, tout n'est que l'instrument, l'organe fait pour servir à la pensée divine, qui pçnse sa pensée dans l'éternité de son action uniforme et de sa félicité suprême (t).

Le dieu d'Aristote, si Pieu il y a pour Aristote, est un dieu abstrait, logique, insaisissable, qui n'a d'être que dans et par la raison, ou plutôt il n'est que la raison humaine elle-même divi-> nisée.

5. Voici maintenant la nature, la matière divinisée à son tour, dans la doc« trine non moins logique et peut-être plus conséquente du Portique, Ce n'est plus le pieu-Raison, c'est le Dlev,* monde dont le nom est constamment dans la bouche de Zenon (2)^ d'AristoUi de Cléanthe (3) et de Chrysippe (4).

(1) AristQtelis optrçit Basile», Wi i MetiHfih.t XII, XIII; de Cœlo, I, IV. Cic, de NaL deor,^ Paris, PaDckQUcke, 1835, p, 45, 16S, 173 et ^59.

(2) 840 avant Jésus-Christ.

(3) 264 avant Jésus-Christ.

\k) 280 avant Jésus-Christ* « Cleanthus autem, qui Zenonem audivit, una cum eo quem proxime nominavi, tumipsum mundum Deum dicit esse, tum toUus natura menti atque animo tribuit hue Bomen ; tum ^I|imuw, et al*; tissimum, atque undique circapifmi))iB| ft fiv

PAI9THÊISME

Le monde, disent Zenon et son école, considéré comme système, ne peut être étemel, mais a nécessairement un commencement (1).

Quel est le principe de ce monde?

Ce monde a une double manière d'être, active et passive. Donc il a deux principes , doués Tun d'une puissance passive, principium ex quo^ l'autre d*une force active, principium per quod.

Le principe passif est la matière première, masse substantielle, morte, non ordonnée, sans qualité particulière, sans caractère distinct , sans force. Cette masse, invariable quant à la quantité, est capable d'être formée, hildungsfàr hig^ comme disent les Allemands ; elle peut recevoir toutes les qualités, toutes les formes que le principe actif, par son influence, produit et détermine.

Ce principe actif, quant à la substaoce, est aussi un être corporel (car tout ce qui est, existe et subsiste, est corps ; le corps seul peut être réellement et actuellement) ;. mais ce principe actif, matériel, a une nature de feu éthéréen, 7uveûp.a; c'est le feu artiste, ignis artificiosîiSf distinct par sa nature du feu élémentaire. Ce principe, par la force et Inactivité dont il est doué, donne à la matière informe et immobile la forme et le mouvement, et devient ainsi la cause effective de la naissance et de la formation du monde et des choses qu'il renferme dans sa totalité. Car rien ne vient de rien ; d'où la nécessité de la matière première, ex quo; mais par rien rien ne vient à être ; d'où la nécessité dé la cause première, per quod.

Cette cause virtuelle, efficiente, se

tremam omnia cingentem atque complexum ardorem j qui œther nomioatur, cerUssimum Deam Jadicat. » De Nat. deor., I, S 1^*

(1) Les stoïciens prouvent, par diverses démonstrations, la nécessité d'un commencement du monde, comme Tavait fait d^à Aristote dans sa Métaphysique,

manifeste de diverses manières. D'abord elle forme et modèle la masse inordonnée, elle en extrait et sépare les éléments, qui apparaissent sous des formes propres, avec des qualités spéciales, et qui continuent à subsister comme tels; dans cette première manifestation elle a pour substratum matériel l'air.

Ensuite^ comme cause de toute ?ie dans la nature, de la vie inférieure de la plante et de la vie supérieure de Tintel* iigence, elle a pour substratum matériel l'éther pur, qui, par sa puissance péné* trante, vivifie et anime tout.

Donc un principe un, avec des puissances et des fonctions diverses, agissant d'après des lois Gxes et certaines, lois mécaniques dans la sphère inorganique, organiques dans le règne organique, rationnelles dans la sphère intelligente.

Comme puissance rationnelle, le principe actif est en même temps la source primordiale du droit et de la morale, le principe de la législation et de Tordre moral. Car la loi morale est la loi la plus haute de la puissance rationnelle, qui forme , conserve , régit le monde d'après des idées et un but moral.

Ce principe actif est Dieu.

Dieu, la raison divine, Fâme du monde, est partie intégrante du monde. Il est le seul positif, le principe moteur, le principe viviûant, animant ; il est la force générale de la nature, unie à celle-ci comme l'âme l'est au corps ; car l'homme est l'image du monde, il est le monde en abrégé, le microcosme en rapport avec le macrocosme universel; et comme Tâme et le corps, qui ne font qu'un, ne sont cependant pas même chose, ainsi l'âme du monde est différente du monde corporel, inerte par lui-même et vivifié par elle.

Et de même que, parmi les puissances de l'âme, ht raison, principe moral et législateur, est la puissance la plus sublime, ainsi, parmi les puissances de

rame du inonde, la raison universelle est la puissance motrice, législatrice et souveraine, le ^({mvmov dans le macrocosme.

Mais de même aussi que Tâme, habitant le corps, le pénètre dans toutes ses parties, et par le lien de la vie lui est unie et forme avec lui le tout d'une individualité humaine, ainsi Dieu est un et identique avec le monde.

Le monde est avec Dieu dans un rapport de dépendance et d'immanence :

de dépendance, car ce qui commence dépend de ce qui produit, ce qui passe de ce qui le détruit ; d'immanence, car rame est inséparable du corps, le principe de l'effet, la nature de ce qui la pénètre et la vivifie, et Dieu est l'âme du monde, natura naturans. Ce qu'il est est au monde; ce qu'il a appartient au monde ; ses attributs sont ceux du monde ; le monde est, comme lui, avec lui, en lui et par lui, , non-seulement vivant, animé, mais sage, mais raisonnable, mai^ heureux.

Le monde, comme système, a commencé ; il y a donc eu un chaos primitif, alors que le principe actif n'avait point encore travaillé cette matière chaotique et formé le système du monde. Alors aussi la force de ce principe était latente ; car, si elle se fût toujours activement manifestée, le monde aurait éternellement existé, ce qui est impossible.

Vinvolution a donc précédé Vévolu' iion ; la force agissante du principe immanent du monde donnait ; elle s'est réveillée tout à coup, et l'évolution a commencé. Mais à son tour l'involution lui succédera ; toutes choses retourneront à l'unité chaotique de la matière première, quand, dans la conflagration générale du monde, le principe actif manifestera sa puissance destructive, comme il a manifesté sa puissance productrice et conservatrice. Et à ce retour, à cette involution, succédera de

nouveau une évolution, une renaissance du monde, et cela sans fin.

Dans l'involution primordiale le monde était Dieu implicite, Deus implici' tus^ ou mundus in Deo implicitus^ involutus. Par l'évolution primordiale Dieu est devenu monde ; par le développemeut de ses puissances il est devenu Dieu explicite, DetLS explicitusy ou mundus ex Deo evolutus. Par Tinvolution finale de toutes choses le monde redeviendra Dieu, matière première, ensevelie dans le sommeil cosmogonique, d'où jailliront de nouveau la vie, la force et l'action.

Ainsi le Dieu'-monde est un état d'expansion et de concentration permanent, régulier, périodique, alternatif.

L'être passe à l'existence, l'existence rentre dans l'être; la vie sort de la mort, la mort absorbe la vie ; la lumière émane des ténèbres et les ténèbres engloutissent la lumière. Et comme ces involutions et évolutions successives et éternelles sont nécessaires. Dieu est soumis au fatum, qui le fait sortir et rentrer en lui-même; le monde est régi par une loi rigoureuse qui, à des époques fatales, le fait apparaître et disparaître.

Tout est déterminé et arrive invariablement comme il est déterminé ; non-seulement les germes des êtres, mais les germes de leurs formes, qualités, accidents, modes et variations, sont en puissance dans la matière première et en sortent nécessairement et suivant des rapports nécessaires. La puissance productrice du principe actif ne produit que d'après ces lois et ces rapports prédéterminés; car la puissance rationnelle est en même temps puissauce naturelle ; elle n'agit que d'après des lois formatrices fondées dans la nature corporelle et la force active de la matière. Ce sont là les rationes seminalesy Xo^oi owippLaTixol, qui prédéterminent la forme de tout développement

PAKTflÉISMtK

génétique^ eomme Id développefuetit d*une plante est prédéterminé par les loit inhérentes à la plastique végétale , d'où sort la forme da végétal.

Ainsi, le principe divin agissant à la fois comme principe naturel et rationnel, tout se fait dans le monde naturels lemeDt et rationnellement à la fois.

L'organisme total de Tunivers se déve* loppe et d'après les lois naturelles de la matière primitive, et d'après les lois rationnelles de la force formatrice ra** dieale ; de sorte que, entre la nécessité naturelle et l'obligation rationnelle ou morale, entre la loi naturelle du falloir et la loi morale du devoir^ il n'y a pas de différence réelle ; c'est une seule et même loi, considérée sous différents points de vue. Cette loi régit tout le développement dans son ascension et son progrès ; eSe va de l'imparfait au parfait, de la formation des éléments à * celle des corps inorgafiiques, île la pro* duetion des plantes et des bêtes à la manifestation de la nature humaine, jusqu'aux âmes, qui sont des émanations pures, de purs écoulements de l'âme divine du monde.

Tel est le Destin (Eîpka^ii.Évy)), en face duquel il n'est plus de liberté ni divine ni humaine ; tel est le Fatum stoïque, torrent qu'on ne peut arrêter et qui dans son cours entraîne Dieu et homme, nature et monde, action et pensée, droit et loi, mouvement et volonté. Ce Catalisme rigoureux, à la fois physique et intelleetuel, mécanique et logique, s'est complètement réalisé dans le polythéisme ^ qui n'en est que l'expression sensible, puisque l'un figure et représente ce que Tautre imagine et pense.

6. Les Stoïcieis divinisent là nature^ les Ëléates la nient. Adstof e avait dît :

Il n'y a que l'Être individuel qui soit ; l'universel n'existe pas, ou , s'il existe, c*est par la raison et dans ia pensée de l'homiN^* Bîea avant le Lycée et le Por-

tique Parménfde (l) avait affirmé que l'universel seul est et peut être , que l'existence individuelle n'est qu'une illusion des sens, une fiction, un mensonge. Pour Aristote l'homme est tout, et le Dieu qu'il pense n'en est qu*an produit. Pour les Ëléates l'homme n'est rien , et Dieu seul est et peut se connaître. Le Stagyrite est un logicien subtil; Zenon est son fidèle disciple; mais Parménide est leur maître à totis deux , et sa raison est bien autrement sévère , rigoureuse et dogmatique. Ce qui est, dit-il (2), est toujours ou jamais; et Comme rien ne provient de rien, ce qui est a toujours été, sans commencement et sans fin; de telle sorte que naissance et mort sont inimaginables.

Comment quelque chose serait-il né?

Quelle puissance lui aurait ordonné de sortir de son néant et de devenir précisément maintenant, ni plus tôt, ni plus tard? Wé de rien? impossible et inconcevable (8); de quelque chose qui existait? donc il y avait déjà un être existant qui, par conséquent, était antérieur et n'était pas né d'un autre; car être, c'est être y c'est être toujours semblable à soi , comme un tout parfait, qui ne peut être augmenté ni diminué.

Cet être est donc immuable ; car tout changement serait une opposition, une sortie de l'être et une progression vers le non-être. Il ne peut être sujet au changement puisqu'il est parfait, complet, comprenant en lui toute réalité, îl est indivisible, sans partie, sans degré. Rien ne peut être enlevé au tout; il est toujours et partout un et identique avec lui-même. Il est éternel ; car le réel ne peut ni naître, ni mourir; ni naître du non-réel, ce qui serait naître du néant, de l'impossible; ni naître du

(1) UM avant léstis-Chrlst.

(2) Simplicios, in Aritlat, Phyn* de eœh, Tennemann, Hist. de la Philos.^ Parménide.

(S] Parménide, V, 43.

MOTBÉIgMË

réel, oftP lé réel, éMsA , ne peut pas n'a- VOIT pas. été, ee qui serait contradictoire \ m mourir ou passer dans le dodétre, ee qui u*est pas, oo passer es un autre être ^ ce qui ne serait pas mourir, mais contintier à être. Il est infini , enehiant toute multiplicité des choses qui t% liinitarai€N»t réciproquement dams le teinps<

Comme dans une sphère pleine et parfaite, ii n'y a dans Fêtre ni dlfision, ni sépamiîoii^ ni tide, point de partie du locrt qui soft plus remplie de réalité que d^autrcs; ear il n^ a qu'un être qui, dans sa totalhé absolue, comprend toute réalité^ et hors duquel il n'y a rien de i^lel. A cet être ^d)Solument un et Invariable appartient le savoir, la science do lui-^méme. La science absolue et rétro sont un et identiques; Vîr déal et le réel, la pensée et soo objet sont un dans lÎÊIre un qui se sait et se cosnali, qsi est Ofeu, qtn est Tout, et hors duq(iiel H n^est rfem (1).

7. Le» Éléates nient le rapport des sens ; la raise» seule, disent-ils, cosnaft le réel ; lar muR^Ueité de» choses eontingenles perçues par les sens n'est qu^îllusioii, appevenee; elle est en nous (èv iS(Aîv>, sarn» réalité objective^.

Antérîeifrement aux Éléale» les lo- Bîens aToicnt affirmé Tinverse : cela seul est qui se voit, se touche, se perçoit par let^ sens, est palpable, matériel cm un mot. Les Stoïcien» divini^ seut ta nature ; les Ioniens matérialisent la DMttité. Dieu ne se manifeste pkis dians la nature et dans ses éléments ; les éiémeafts mêmes sont Dieu. Se rattachant à la théogonie d^Hésiode, qui lait sovtîr du chaos Dieu , Thomme et le monde, par les lois areugl^ é» la méeaiBqae, Anaximandve (2); dit, et recoin ifoftique anree loi :

(1) Bevoçavi^jÇ t6 êv elvaC 97)91 tàv 0e6v.

Ârist., MeU^ l,c. 5. Sextus, Hypotyp» Pyrrhon,^ I, § 22a.

(2) 610 avant Jésùs-Christ.

Tout est on, et cet un est m même temps tout ; cet un est rinflni (tb àiteifov) , principe do tout^ %t^. Dans cet un impérissable et invariable Sont originairement toutes choses en germe. Cet être primordial est d'une nature matérielle , tenant le milieu entre l'eau et l'air ou entre le feu et Tair, ou plutôt étant un mélange d'éléments di?ers{l).

De l'unité primordiale de l'être, renfermant la pluralité infinie ou la multiplicité des dfoses en puissance, sont sorties toutes choses. Le principe actif, cause de ce développement de Tunivers actu^ et des exisfences multiples, est la force motrice. Infinie, Inhérente à l'être. Cette force , par son action , développe ce qui est enveloppé, expose ce qui est caché , démontre ce qui est latent ^ ordonne ce qui est eoaifus, divise ce qui est uni , sépare ce qui est mêlé, spéciOe co qui est identique dans le un chaotique prin»ordial.

£t d'abord se séparent du chaos le ciel et les mondes, les premières oppositions du chaud et du froid, du sec et de l'humide, qui, par lemr union, leurs vicissitudes et leurs changements, forment le système des mondes. Se perfectionnant toujours, la progression arrive aux animaux , aux hommes , dernier produit de l'évolution ; et progressivement tout ren[tre dans le chaos^, s'identifie de nouveau avec lui , poirr

(1) Thaïes avait dit : « La vie ne peat sortir gué de la vie; l*Étre est donc un principe de vie, éoDt la vie se retrouve d^os les parties les pins ioesle» en appatence. Cet être prfmW élémentaire est Teau, (iSb>p. Aquum dixit rerum initium, » Cic, de NaU deor, — AnaxImène de Mitet à son tour : a. t'élément primor- (fial es* l'air, db^p, «vsîHjia, 4^5^» qoi, èff se condensant et ea se diiatavft, pffedidt toutes choses. Cet air est inlini, éternel, (Mvin,. le psûicipe de l'âme des hommes et des hôtes , dont la vie n'est (ïtfair, dbnt toute PexMence eti'acU» vite consistent à respirer et à aspirer l'air. » (Diog. Laérce, f^ita Thaïes,) VeÔerdas System des Thaïes, Gïess, Erlangen, 1794. Tïedemann, Thaïes Lehren^ p. 125, 136.

8Si

s'en séparer encore etrecottunencer toujours la série, qui se décompose sans cesse et se reproduit à tout jamais. Dieu est donc la matière primordiale et en même temps la force qui y est inhérente; la matière est le corps , la force est rame de l'univers , et Funivers c^est Dieu.

8. Avec Épicure ( \ ) nous arrivons à la dernière phase du panthéisme grec, à la dernière dégradation de Tidée de Dieu. Les Ioniens conçoivent encore cette idée comme un principe , une force matérielle animant l'univers; Épicure la relègue parmi les fantômes de l'imagination humaine, dont il faut laisser exister le nom pour ne point blesser les opinions vulgaires, mais que le sage s'efTorce d'oublier comme un préjugé d'enfance qui troublerait son repos et son bonheur.

L'univers fut toujours tel qu'il est, dit Épicure (2), et il sera toujours ce qu'il est , puisque rien n'existe en quoi il puisse se réduire; car rien ne se fait de rien et rien ne devient rien. L'univers est corporel. Il se meut dans le vide.

L'univers est infini, et par le nombredes corps qu'il renferme et par la grandeur du -vide. Sans le vide infini les corps n'auraient point de mouvement ; sans le nombre infini des corps ils n'auraient point de fixité. Les corps sont des agrégats à'atomes. Ces atomes n'ont point de principes^ car ils sont les principes, la cause de toutes choses. Infinis en nombre , ils se meuvent dans un mouvement perpétuel et d'une vitesse égale. Lancés et tourbillonnant dans l'espace, ils se heurtent, se pressent, s'accrochent mutuellement et configurent les corps et les âmes. L'âme est un corps composé de parties fort menues, rondes et légères, dispersées dans tout l'assemblage de matière qui consti-

(1) De 887 à 270 avant Jésus-Christ.

(2) Diogène Lafifce, Lettre cTÉpicure à Hérodote.

tue le corps. Sans l'âme le corps n'aurait point de sentiment; mais sans le corps l'âme ne saurait exister. Us périssent l'un avec l'autre quand l'agrégat qui les forme se résout en ses éléments atomistiques. La loi qui préside à la formation de rame et du corps, du ciel et de la terre, des astres et des mondes, est le hasard. C'est au gré du hasard (1) que les atomes s'unissent , se condensent, se transportent, s^accroissent, s'organisent.

Ce n'est donc point la puissance des dieux qui les gouverne. Dès le commencement il s'est formé des tourbillons qui ont produit le monde et les lois codstantes qui en perpétuent les phénomènes. La plus grande peine qui fatigue les âmes humaines est de croire qu'il y a des êtres éternels et heureux, de leur attribuer des fonctions, des volontés, des passions incompatibles avec ce bonheur et cette immortalité , et de voir en perspective les malheurs étemels dont les hommes sont menacés par les fables. On se donne ainsi, par de fausses idées et de sottes frayeurs ^ des tourments et des maux qui n'ont aucune cause réelle. La tranquillité de Fâme demande qu'on s'affranchisse de toutes ces opinions. Cette tranquillité d'âme est la volupté suprême ; cette volupté est le but de la vie. La volupté ou le bonheur consiste d'abord à ne pas souffrir, ensuite à jouir. Or nos douleurs sont ou présentes, ou passées, ou futures; on se délivre de la crainte de l'avenir par la certitude que nous n'avons point affaire aux dieuk et que la mort n'est rien; on s'affranchit des regrets du passé en sachant que le passé est irréparable et sans conséquence.

Quant aux maux présents, s'ils ne sont pas supportables, ils tuent; s'ils ne tuent pas, ils sont supportables; et; d'ailleurs, on peut toujours s'en dé-

(1) Diogèoe Lafirce, Lettre à Pythoclès^ segni.

Sa

barrasser^ pulsqu^on est libre de quitter la tîe quand elle est à charge. La volupté positive eonsiste dans toutes les sensations agréables, dans toutes les impressions ' douces dont notre corps est susceptible; tout ce qui flatte la vue, le goût , le toucher, tout ce qui réjouit les sens est bien et fait la vraie joie de l'âme (I).

Si Épieure ne dit point que tout est Dieu, Son système n'en est pas moins un panthéisme rigoureux, Thylozoïsme strict; cat H affirme que l'univers est un être infini^ éternel, composé d'atomes éternels comme lé tout, et dès lors l'univers est Dieu, puisque Dieu est Têtre étemel et inflni. Aussi le matérialisme d*Épicure est-il la conséquence dernière, mais nécessaii^, là forme finale, mais fatale du j)anthéisme.

Vï. Les enseignements que Pythagore avait reçus des prêtres de l'Orient, et que Platon avait enrichis du luxe de son imagination poétique; les traditions cabalistiques, mêlées aux vérités chrétiennes défigurées par les gnostiques; les nombres de l'école italique, les idées de l'Académie, la magie de Babylone se retrouvent systématisés, mais toujours les mêmes, dans la théorie panthéistique des néo-Platoniciens, Plotin (2), Porphyre (3), Jamblique (4), Proclus (5).

L'être un, pur et absolu, dit Plotin, est et demeure en lui-même sans accident, sans changement. li est le bien pur, qui se suffit à lui-même, à qui seul appartient l'indépendance. Principe de toute existence, source de la possibilité, cause de la réalité des êtres multiples, il engendre primitivement, en se contemplant lui-même, sa Parole, Ac'f0((6).

(1) Cic, Quœst. Tusc.^ III, 18.

(2) 205 de Jésas-Christ.

(5) 293 de JéflUB-Cbrist.

\J\) S33 de Jésus-Ctirist.

(5) ai2 de Jésus-Cbrist.

(0) Enn.^ VI, 1. IX, c. 0.

La parole engendrée, réagissant vers ïé principe engendrant et le voyant comme son objet, devient, par celte vue et cette réflexion; l'intelligence, éternelle comme le principe dont elle part.

De rîntellîgence, irradiation immédiate du Un absolu, émane à son tour immédiatement un troisième principe, pensée, parole, acte de l'intelligence, comme celle-ci' est la pensée, la parole, l'acte (IvEp^eia) du principe pi'incipiant ; c'est l'âme du monde (^ «J^jj^t) tou irav- TÔç, Tôv oXtov), principe du monde extérieur, visible, sensible, qu'elle pose par son activité, en se réalisant au dehors»

comme le Verbe a posé le monde intelligible, invisible, ûiétâphyâique.

Ainsi, en face du Un absolu, le Verbe engendré qui repose éternellement dans le principe engendrant. En lui-même (ad intra), par l'activité de sa pensée, par l'acte vivant et productif dé sa contemplation, le Verbe pose le monde des idées (Xo'pç ei^Yi), le monde des intelligences, des esprits purs, qui ont leur être et leur vie non hors mais datis l'intelligence. Enfin, au dehors de luimême {ad extra), par l'acte extérieur de sa pensée, le Verbe produit l'âme du monde, lumière émanée de la lumière, idée obscurcie de l'idéal éternel, image décolorée de l*întellîgence suprême, type du prototype resplendissant dans lequel l'Absolu se reproduit, et s'admire (1).

L'intelligence transmet à l'âme du monde la puissance de se reproduire en image d'elle-même. Dès lors, par sa double activité, type de l'activité double de son principe, l'âme du monde d'un côté se pose au-dessus d'elle-même dans le monde, supérieur, et acquiert, dans cette contemplation , Tévidence des idées pures ; puis, de l'autre côté, se posant au-dessous d'elle, elle se reproduit en types inférieurs, qui se re-

(1) ^nw., yi, 1. m, c. 22.

produisent à leur tour par des transformations et des dégradations successives, par des puissances de plus en plus imparfaites. La dernière de ces puissances s*alliant immédiatement à la matière, s'en revêtant et l'animant, est la puissance plastique, la force organisante, le principe immédiat des formes matérielles ; celles-ci constituent le caput mortuum àe la reproduction, qui ne peut plus se reproduire luimême.

Ainsi rame du monde se révèle successivement comme force intelligente et voulante dansTâme humaine, comme force sensible dans les animaux, force végétale dans les plantes ; et, se dégradant, s'obscurcissant de plus en plus, elle arrive à son. plus bas degré; et là, comme âme de la nature, sa contemplation n'est plus qu'une observation obscure, sans conscience ni intelligence, empriso;mée qu'elle est dans les liens ténébreux de la matière.

Ainsi trois mondes :

1« Le monde divin, la sphère de l'absolu, que nul ne peut contempler, où repose en lui-même le Un, sans forme, sans qualité, sans quantité, sans conscience, sans personnalité, sans perception de lui ni d'aucune chose (1).

2° Le monde intelligible, posé par l'activité intérieure de l'intelligence contemplant l'Être absolu. Ce que l'intelligence pense, elle le pose et le produit hors d'elle comme existant actuellement et réellement. Ces idées réalisées sont identiques dans*leur rapport avec leur principe, mais diverses les unes par rapport aux autres, multiples dans leurs formes et leurs propriétés, et cependant toutes parfaites, chacune dans sa forme. Car dans le rbonde mtelligible tout est parfaitement pur et purement parfait, tout y est un et harmonique, sans séparation par l'espace,

(i)£nti.,VI, 1. IX, c. 1.

sans changement dans le temps, vie infinie et inépuisable où le un se manifeste par le tout, où le tout a la perfection du un, où l'universel s'expose par l'individuel et l'individuel s'absorbe dans l'universel, où l'intelligence est à la fois principe producteur et capacité concevante, force génératrice et forme plastique, un et tout.

8° Le monde sensible, posé par l'âme du monde et reproduisant sous des formes dégradées les lois du monde supérieur, dont il est la copie. Comme les intelligences sont unes et identiques avec rintelligence suprême , les âmes sont unes et identiques avec l'âme du monde, qui revêt successivement toutes les formes, depuis Tâme individuelle de rhomme jusqu'à celle de la nature et de la matière.

Et ainsi c'est une chaîne non interrompue, une émanation successive d'êtres, de puissances, de forces, depuis la première sortie du Un, du bien parfait et souverain, jusqu'à son entrée dans la matière, où il va se perdre dans la privation de toute perfection. La matière et le mal sont donc des suites nécessaires et fatales de la sortie progressive de la puissance universelle, qui, engagée comme âme humaine dans les limites et les formes de la matière, emprisonnée dans le corps élémentaire, doit chercher à s'en dégager, travailler à s'en délivrer, pour revenir, par la lutte et la purification, au bien dont elle émanCy s'unir à l'Être primordial dont elle découle, s'abimer dans la vue de la lumière dont elle part, s'identifier avec l'objet de sa contemplation, et trouver sa joie, ses délices, sa félicité suprême dans cette bienheureuse et étemelle contemplation.

VIL Un nom fameux ouvre la série des philosophes panthéistes du moyen âge. Amalric ou Amaury (1), David de

(1) 1209. « Tout est Dieu et Dieu est lout. Le

Dînan (l),Maroel Ficin (2), Reuchliii(3), Agrippa (4), Paracelse (5), Van Helmont (6), Thomas Campanella (7), Jordan Bruno ont tous puisé leur doctrine dans les ouvrages de leur prédécesseur et maître, Jean Scot Érigène (8).

Non moins fameux, Spinosa est le père du panthéisme moderne.

1 . La doctrine de Scot et de ses disciples, se rattachant aux vérités révélées, est tout empreinte de l'esprit de TOrient, des idées platoniciennes, des mystères de la Cabale, des arcanes de la chimie et de l'astrologie. Ses erreurs sont pleines de génie et d'intérêt, et la science s'y présente sous les formes les plus poétiques.

La doctrine de Spinosa et de son école, entièrement séparée de l'enseignement traditionnel, est le fruit abstrait d'une raison subtile, ne créant, dans les efforts prodigieux d'un travail solitaire, qu'un système froid et roide comme la dialectique et prosaïque comme elle.

Scot est poète, Spinosa est géomètre. Celui-là est à la fois chrétien, pla« tonicien, niystique, naturaliste ; celui-ci est tout ensemble juif et païen, moraliste et mathématicien. L'un voit et dé- Créateur et la création sont an seul et même être. Les idées créent et sont créées. Dieu est la fin de toutes choses, puisque tontes doivent rentrer en Dieu, reposer en lui et durer perpétueUement, unes et idenUques avec lui. » Gerson, de Jmalrico.

(i) 1209. « Le principe des corps est la ma- Uère, OXy); celui des âmes, vouç; celui des esprits. Dieu. Ces principes, tous simples, ne peuvent être dlsUncts, donc ils sont un et identiques. Dieu est aussi bien le principe matériel que TAme des âmes, i*esprit des esprits. » Quatemuli magiBtriy vel tomi de Divirionibtu,

(2) lik99« De Immortaliiaie animi.

(9) 1522. De Ferho mirifico; de Arte cabalùtica,

(4) i486. De Occulta Philosophùt»

(5) 1493. Ph.-Tli, Paracelsi volumen Medi' dnœ paramirum, Argent., 1475, in-8".

(8) Mort en 886.

peint, l'autre pense et raisonne. Le premier, dans son essor hardi, s'élève à l'origine des choses, dît leur émanation du principe créateur, suit dans ses phases diverses l'Être des êtres, depuis sa plus brillante manifestation jusqu'aux ténèbres de la matière où il s'emprisonne pour en ressortir victorieux et triomphant. Le second, s'enfermant dans le cercle rigoureux de son entendement, voit Dieu dans sa pensée, reconnaît les attributs divins dans les lois de la raison humaine, et démontre, sous les formes arides du syllogisme, la doctrine ontologique qu'il tire de ses puissantes méditations.

Dieu, dit Scot (1), le seul être vrai^ est l'être de toutes choses.

De la plénitude de l'être se développent toutes choses pour y revenir. Dieu fait tout, il est tout, et il n'est vrai Dieu que par la création de l'univers (2).

L'univers comprend : la nature qui crée et n'est pas créée , Dieu; la nature qui est créée et qui crée , le Fils de Dieu ; la nature qui est créée et ne crée pas , les créatures ; la nature qui n'est pas créée et ne crée pas, la nature proprement dite, la nature dans son retour (3).

De même qu'un fleuve immense émane d'une source unique et mystérieuse qui l'alimente incessamment dans son cours, de même tout bien, toute essence, toute vie, tout sentiment, toute raison^ toute sagesse, tout genre, toute espèce, toute plénitude, tout ordre, toute unité, le temps, l'espace, ce qui est, ce qui se comprend, se sent, et ce qui dépasse tout sentiment et toute intelligence, tout découle de la source de

(1) Johannis ScoUErigenœ^ de DivisUme natures lib. F, Monasterii Guestphalorum , 1858.

(2) Dcus est omnium factor et in omnibus foetus ; non ergo Deus erat subsistens ante*» quam universitatem condereU

(S) Ouvrage cité, p. I* p. 590 gq.

Tétre. Le mourement Immuable et iûébuisable de la souveraine et unique bonté qui s'épand et se répand, qui s*ouvre et difflue partout, est la cause première de toutes choses. Toutes choseâ sont la manifestation de Lui, VÈixe t)ieu {fpsius theophaniasT» Dieu seul est ce qui est véritable ; car il fait tout et se fait en tout, facit omnia et fit in omnibus (1).

Par la création, Lui, l'invisible, se rend visible, l'ineffable se parle, l'inaccessible se laisse toucher, l'incorporel 8*incorpore, l'incommensurable, l'innombrable, l'impondérable prend poids, nombre et mesure, le spirituel se concrète (spiritualis incrassatio)^ Féterhel, l'infini paratt dans le tempb et l'espace. Car Dieu a primordialement créé toutes choses en idées dans son Fils unique, qui est la nature universelle créée et créatrice. Ces idées, prototy-

f»es étemels de la science et de la voohté divine iprototypa, primordialia exempta f pro^rismata, theia tàeiemata)f sont les causes primordiales et universelles de toutes choses, les principes intelligibles et célestes des existences sensibles et terrestres.

Elles créent comme elles sont créées, elles produisent la matière informe, elles animent, vivifient et régissent la nature sensible, comme elles reçoivent leur être, leur vie, leur mouvement de la nature éternelle. La nature sensible ne vit et ne subsiste que par participation aux venus de la nature intelligible (2).

Ainsi tout ce qui sur la terre est bon, vivant, vrai, vertueux, juste, grand, puissant, n'est tel que par participation aux idées étemelles de bonté, de vie,

PAlSTaÊlSME

de vérité, de tertu, de justice, dé grandeur, de puissance, que l'Être a ctéées une fois et simultanément dans son Fils, et sur lô modèle desquelles il a tout disposé, tout ordonné, depuis le plus haut jusqu'au plus bas, depuis le ciel des cieux jusqu'aux abtmes de la terre, depuis les intelligences les plus sublimes jusqu'aux corps les plus grossiers et les plus infimes.

Mais eomme tout proeèdé de Dieu par Une multiplication admirable et divine , ainsi tout doit revenir vers lui pour se reposer en lui et ne plus faire avec lui qu'un seul tout indivis et immuable (1). Ce retour, cette déification (ôï'wfftç) (2), cette réascension universelle s'opère par une septuple échelle.

D^abord toute créature visible, tout ce qui est corps, tout ce qui dort dans le sein dé la terre, ce qui végète et se tneut à sa surface, ce qui circule et s'agite dans Son atmosphère, retournera en ses causes occultes, en ses principes vitaux. Ainsi, dans l'homme, le corps se transformera en mouvement vital ; la vie organique se transformera en vie sensible, les sens deviendront raison, la raison s'élèvera à l'état d'intelligence, celle-ci s'identifiera avec l'âme ; et ces cinq ne feront plus cinq, mais un, rinférieur étant toujours absorbé par le supérieur, non pour n'être plus, mais pour être un. Enfin l'âme s'élèvera à la science, de la scienee à la sagesse, de celle-ci à la perte en Dieu {occasm)^ à l'union même avec Dieu {adunaiio) (3).

Alors sera complétée l'octave de l'étemelle harmonie; après la consommation dé toutes choses, après la revo-

it] SumnuB siquidetn ac trinœ soîiusque verœ

honitali$ in seipsa immutabilis motus ac sim-

'plex muUiplicatio et inexhattsta a seipsa, in

seipsUf ad seipsam di/fusio, causa omnium,

immo omnia sunU Ouv. cit., p. 191, 192.

(2) Sorum participalione subsistunt. P. 174.

(1) Postquam in eam reversa sunt omnia^ in ea omnia quiela truni, et unum indiviénumque atque immutabile manebunL P. 86.

(2) pivina et omnia processio dicitur àva- Xvtik:^, hoc est 9'esolutio ; reversio vero .Ôéeoccç, hoc est deificatio,

(8) In ipsum Deum transtktri «un/, «fi«mque in ipso et cum ipso fuiuri, 9, 590.

PANTSÉISME

lution septénaire des jours de la vie terrestre, la pâture humaine reviendra à soQ principe par la huitième ascension ; le quinquennaire de la créature sera uni au terqaire du Créateur, de sorte qu'en toutes choses sera mani*»

festé Dieu seul, comme dans l'atmosphère la plus pure ne brille que le soleil (I).

2. Voici maintenant le plus illustre des disciples d'Érigène, Jordan Bruno (2), le précurseur immédiat de Spinosa et du panthéisme moderne ; il dit :

Tout est un être unique et cet être unique est en même temps tout (3).

£n contemplant le monde dans sa totalité la première opposition qui se rencontre est celle de la forme et de la matière.

La première est une force qui agît et détermine ; la seconde un sujet qui souffre et est déterminé. La première est à la seconde ce que la forpie de Tart est à la matière qu'elle façoime.

Aux changements iunombrables dont

(!) Ita ut in nullo appareat nisi solus Deus^ quemadmodum in aère purissimo nil aliud nui sola luv^ P. 5d2.^$cot, U faut le dire, dans divers endroits de ses ouvrages , cherche à se défendre du panthéisme, qu'il sent devoir ressortir de sa doctrine; il dit, par exemple, dans l'ouvrage cité, de Divinone, p. 84 : « Non enim Deas geouB est creatura, oec creaturit species Dei , sicut creatura non est genus Dei neqae Deus species creaturse est. Eadem ratio est in toto et in parUbus : Deus siquidem non est lotum crealurs; neque creatura pars Dei, qqpmodo nec creatura est totum Dei... n Aussi a-t-il trouvé un ctiaud et savant panégyriste dans le professeur Staudenmayer («/o/t, Scot Brigéna^ Francfort>sur-Ie-Mein, 1834). Mais le panthéisme de Scot , qui ressort évidemment des passages cités ci-dessus, avait déjà été signalé par Ip célèbre Gœrfes [Christliche Myslik, 1. 1, p. 24S) et par le Judicieux abbé Gerbet [IniroducHon à 'la Philosophie de V histoire, Paris, 1839, p. 101},

(S) Jordani Bruni Nolani Scripta quœ Latine confedtj etc., Gfrœrer, Stuttgartis, 1834, p. 28, 29, AO, 43, 49, 99, 100 sq. Le Ciel réformé^ essai de Ift trft4uctioi| f|a livff» italien Spaecio délia Besiia irior^fante, 1760, p. 26, ^, 32 iq.

la matière est susceptible nous reconnaissons quelque chose qui se change en toutes choses et qui, en ^oi, reste toujours un et le même. Ce gubstratum de toutes choses n'est ni corporel i ni sensible, quoiqu'il anime tout ce qui est sensible et corporel. Car il n'y a qu'un être principe, une matière priU' cipe^ substratum universel des choses incorporelles et corporelles, intelligî-»

blés et sensibles.

Quelle que soit donc l'inOnité des formes multiples que prend, dans lat nature actuelle, ce principe simple et indivisible, par cela qu'il est tout et prend toutes les formes, sans pouvoir être représenté par aucune, il n'est rjen en particulier. £t comme toutes les formes naturelles sortent de la matière et y rentrent , et que ces formes, soumises à des variations perpétuelles, ne peuvent subsister sans la matière qui les produit et les réabsorbe, il n'y a rien de réellement subsistant, d'éternel et de principiant que cette matière primitive, universelle.

Cette matière première nniverselle est animée par une forme nécessaire (t), éternelle, première et universelle, forme de toutes les foroies, force suprên)e d'oii découle la puissance active de toutes leç forces, et qu'on peut appeler^ avec les Pythagoriciens, |a vie, l'ême du inonde.

Forme universelle et mjitière universelle, quoique distinctes, sont inséparablement unies et* ne sont qu'un être, L'une suppose l'autre, celle-ci ne peut être sans celle-là. S'il y a toiyours eu une puissance capable d'agir, de prodqire, de créer, il y a toujours eu inie

(1) Il est évident que Bnino prend ici le mot forme dans le sena aolif des théologiens et dai philosophes du moyen &ge, qqiqme syponyme de force plastique , virtuelle, apimant et infqx' mant la matière, lui donnant mouvement et vie, et non dans le sens passif des modernes,

comme syponyme d'eQvelqppe extérieur* • de contenant, de figmpe particoli^e et délerçiiQ^

puissance capable d'être mue, produite, créée.

La virtualité de l'existence des êtres ne peut avoir précédé leur existence actuelle et ne peut lui survivre ; car, sll y avait une puissance d'être parfaite, actuellement sans existence actuelle, les choses se créeraient elles-mêmes et seraient avant d'être, existeraient avant d'exister.

Donc point de matière sans forme ; point de forme sans matière. Le principe formel et matériel primordial est un et inséparable ; en lui sont éternellement unis la force active et passive, le virtuel et l'actuel, le possible et le réel.

Ce principe principiant embrasse toute existence : toute existence possible, puisqu'il peut être tout; réelle^ puisqu'il est tout.

Toutes choses ont été dans ce principe, dans cette raison universelle des êtres, avant d'être produites au dehors; elles ont été préformées avant d'être formulées. Le but de leur production, leur cause finale est la perfection de l'univers, qui consiste en ce que, dans les diverses parties de la matière, les formes arrivent à Texistence actuelle, but qui est si doux, si délicieux pour la raison créatrice, qu'elle ne peut se lasser de produire de nouvelles formes.

Comme le pilote mû avec son vaisseau fait partie de la masse mue, quoi-* que distinct d'elle, puisqu'il varie et change ce mouvement, ainsi l'âme dans le corps, l'âme dans l'univers. Épandue et répandue dans l'univers, cause interne et externe, active et formelle du monde, l'âme traverse, pénètre le monde de part en part; il n'est rien qui ne soit expression médiate ou immédiate de l'ânte universelle. Et cette unité des parties avec le tout^ du tout avec les parties, de la cause avec ses effets, des conséquences avec leur principe, cette éternelle harmonie de l'être

et des êtres qui sont un dans leur multiplicité infinie et multiples dans leur unité absolue, fait le bien, la perfection, le bonheur. Ce qui uous charme, ce n'est pas une couleur, mais la réunion de toutes les couleurs. Un seul son fait une faible impression ; mais l'accord d'une multitude de sons nous ravit.

Eh ! qui pourra comparer l'effet, la sensation que nous cause un objet particulier avec ce que nous éprouvons par notre rapport avec l'Être qui embrasse toute puissance et toute réalité ? Qui comparera une conception quelconque avec la connaissance de la source même de toute connaissance?

Plus notre intelligence s'élève vers cette intelligence suprême, plus notre vue du tout est vraie et droite. Qui saisît cet un saisit tout ; qui ne comprend pas le tout ne comprend rien. Que tout ce qui respire s'élève pour louer le Très- Haut et Très-Puissant , le seul bon et vrai, pour louer l'Être infini, qui est cause, qui est principe^ qui est un et tout!

L'insatiabilité de ma raison qui tend vers la suprême vérité, l'activité sans bornes de mon imagination qui dépasse en grandeur toute grandeur donnée dans l'espace et le temps , mon désir toujours haletant et mon espérance que rien n'arrête, et tout mon être qui tend incessamment vers l'infini, tout prouve que Têtre de mon être, la raison de ma raison, le principe de mon activité, le but de mes recherches, le grand tout que la nature révèle dans sa splendeur et sa magnificence, le Dieu de l'univers, est l'infini, et que son œuvre est infinie comme lui. Car comment l'Être infini pourrait-il produire quelque chose de fini? Comment sa puissance infinie agirait-elle d'une manière limitée? Ce que Dieu produit doit être infini, puisqu'il agit d'après là nécessité de sa nature infinie, nécessité une et identique en lui avec sa liberté.

Si celui qui peut faire des infinis avait créé quelque chose de fini, de simples et faibles mortels seraient plus dignes d'honneur que lui, puisqa^ils ne sont jamais satisfaits de ce qui leur est donné et qu'ils tendent toujours vers rinfîni. Dans Pinfini seul Dieu pouvait se préparer honneur et adoration. Dieu est donc infini dans l'infini, tout en tout ; son siège est le ciel incommensurable; il est la plénitude de l'espace vide, le père de la lumière, l'ineffable, l'immuable.

L'uriîvers (la forme et la matière.

Dieu et son œuvre) est donc un, infini, immuable, incommensurable.

Il ne peut changer son lieu, car il n'y a pas de lieu hors de lui. Il n'est pas produit, puisque toute existence est son existence. Il ne peut périr, puisqu'il n'est rien en quoi il puisse passer. Il ne peut augmenter ni diminuer, car l'infini exclut tout rapport. Il n'est soumis à aucune vicissitude : ni du dehors, car rien n'est hors de lui ; ni du dedans, puisqu'il est à la fois et en une seule fois tout ce qa'il peut être. Son harmonie est Fétemelie harmonie et l'unité même.

Il n'est pas matière, puisqu'il ne peut avoir de figure ni de limite. Il n'est pas forme, puisqu'il est chaque chose et toute chose, un et tout. Il ne peut être mesuré ni servir de mesure.

Il^ne peut se comprendre lui-même, puisqu'il n'est pas plus grand que luimême. Il ne peut être compris, puisqu'il n'est pas plus petit que lui-même.

Il ne peut se comparer ni être comparé à rien, puisqu'il n'est pas telle ou telle chose, mais un et lui, le même. Il est à la fois le composé et le simple, le limité et l'illimité, le formel et l'informe, le matériel et l'immatériel, l'animé et l'inanimé, le temporaire et l'étemel, le passager et l'absolu, le tout et le un.

En lui on ne peut distinguer l'heure

du jour, le jour de l'année, l'année du siècle, les siècles du moment. En lui le corps n'est pas distinct du point, ni le centre de la périphérie. Il n'y a que centre, c'est-à-dire que le centre est partout et la circonférence nulle part.

Et c'est pourquoi ce n'est pas une vaine parole que celle des anciens qui disaient du père des dieux qu'il remplissait toutes choses et avait son siège dans chaque partie de l'univers.

Les choses particulières, qui perpétuellement se modifient et changent, ne cherchent pas une nouvelle existence, mais une nouvelle forme d'existence; elles sont, mais ne sont pas tout ce qui peut être, réellement et en même temps. L'univers non-seulement embrasse en lui toute existence, mais toutes les manières d'exister; il est tout ce qui peut être, dans le fait, en même temps, parfaitement, d'une manière simple et unique.

Tout est vanité excepté le un, toujours immuable et présent partout La substance est l'unique substance ; hors d'elle tout est néant.

3. On a dit que Descartes(l) est le père de la philosophie moderne. Si celle-ci est panthéiste, il faut que le panthéisme ressorte des principes cartésiens. Non pas que Descartes voulût ou prévît les fruits que porterait sa doctrine. Mais ^ ayant posé les principes, n'est-il pas responsable des conséquences logiques qui s'en déduisent rigoureusement?

Descartes trouva, dans le pays même où furent écrits et répandus d'abord ses ouvrages, un disciple hardi et conséquent, qui voulut et sut imperturbablepient tirer des données du mattre le système qu'elles renfermaient. On sait que Spinosa commença sa carrière philosophique par l'exposition de la doctrine cartésienne. Il en adopta la méthode, les principes, le langage, la

PAKTHÉISME

démonstration mathématique ; il acheva Tgeuvre commencée. En efîfet Descartes, mécontent de la science de 3on siècle, voulait recoQstruire Tédifice des connaissances humaines sur un fondement solide. Il ne pouvait^ à cet effet, ni accepter les idées d'autrui, ce qui était, selon lut, fonder la science sur la base antiphilosophiquç de la foi, ni garder ses propres idées, résultats de$ préjugés de Tenfance et de l'éducation, sans aucune certitude objective. Il fit donc table rase dans son entendement, et, se trouvant en face du doute seul, il se dit : Puisque je doute^ je pense ; car le doute implique la pensée actuelle.

Puisque je penser je suis; car la pensée est un acte qui suppose un être comme priucipe.

Le moi, substance pensante^ tel fut le principe de la philosophie cartésienne. Ce fut au$si celui du spinosisme. Partant tous deux de la subjectivité de l'être pensant, qui n'admet comme certain que ce qui est évident à la taison, juge souverain et infaillible de la vérité, tous deux partent de la même définition de la substance; ou plutôt SpiQosa s'empare de la définition de Desçartes, en logicien sévère, digue du maître. Celui-ci avait dit : La substance est ce qui rCa besoin que de soimême pour exister, Celui-là conclut :

Donc togt ce qui n'est pas de soi et par soi n'est pas substance; donc tous les êtres finis, ayant besoin de l'Être créateur pour exister, ne peuvent être conçus que comme de simples attributs de la substance uniqqe ou de l'Être divin, qui seul existe indépendamment de toute autre chose. Le maître avait dit :

Les seules idées ou catéggries §ous lesquelles nous pouvons concevoir les, existences sont la pe7isée et rétendue.

Dpnc, conclut le disciple, les seules modifications possibles de la substance sont la pensée et l'étendue.

Le maître avait dit : La substance est

ce qui est de soi, et Dieu seul est de soi. Donc, dit le disciple, une substance unique est seule possible, et, celle-ci admise, on ne peut rien concevoir hors d'elle qui ne soit elle ; elle ne peut rien produire qui soit d'une na^' ture différente d'elle-même. Car, ajoute* t-il, ou la substance productrice et la substance produite ont de» attributs différents, ou elles ont les mém^s attributs. Si elles ont des attributs différents, on ne peut concevoir que Tune soit la cause de l'autre, puisque la cause ne peut pas produire ce qu'elle ne renferme pas. Si, au contraire, elles ont les mêmes attributs, elles ne sont plus distinctes. Car comment peut-on discerner la différence des substances, supposé que cette différence existe? par leurs attributs, sans doute^ et par leurs attributs seuls ; si donc les substances ont les mêmes attributs, il faut conclure leur identité de nature. Si donc la substance qu'on suppose productrice et la substance produite ont les mêmes attributs; si Dieu est un être pensant, et si l'homme pepse ; si Dieu est immense en étendue, et si les corps sont étendus ; il est évident que, les attributs étant les mêmes, les substances ne peuvent différer, et qu'ainsi l'homme et la. nature ne sont que des modifications de l'Être unique, de la substance DieuCl).

(1) Renati Doioartei Opéra pJtihiophiea , Amstelodami, apud L. et p. EIzevirios, anno 1756. Disseriqtio de Metjiodo prinçipiorim philosophiœ, pars prima, 51, p. 13. «Per substanUam Dibil aUud iotelUgere possamaa qaaia rem qa« ita exiatit ut duIU lîift re indigeatad exiatep(}QiD*.. Ct gaidem subataoti^^ quse nulla plane re indigeat» unica tantum potest inteliigi, nempe Deus.

Sur le rapport du cartésianisme et du 8piiio« sisme, voir lea ouvrages dea professeara Sigwart et Ritter, couronnés par l'Académie de Berlin : Veber den ZusammenhanQ des Spinashmus mit der cartesianischen Philosophie; Veber die Philosophie des Cartesius uv^d &pi^ nosa^ und ihre gegenseitigeir Berûhrungs'punkte^ Foir aussi VHistoire de la Philoso'

Maintenant écoutons Spinosa (i) luimême dans l'exposition de ^on système (2).

Le but de toutes nos pensées, la fip de la philosophie est la perfection de notre nature : perfice te ipsum, La \Taie fin de Thorame, le souverain bonheur est de savoir que nous sommes un avec l'univers (3).

C'est à ce but que doit tendre la science. Comment Thomme parvîen* dra-t-il à ce but ? Quelle méthode suivra-t-il? Toute méthode suppose un point de départ, des moyens, un ins^ trument.

Le point de départ doit être une idée vraie, ayant sa certitude en e)le«méme et servant de mesure pour toutes les conceptions. Point de méthode sans une idée antérieure ; celle-là dépend de cel]e«ci, en est la réflexion ; c'est Tidée de ridée. Le critérium de cette idée vraie est la conscience même que nous avons de sa vérité, car la lumière est son critérium à elle-même (4). Celui qui a une idée vr^ie sait qu'il l'a.

Les moyens? Distinguez l'idée vraie de toutes les autres perceptions, et met^ tez-vous en garde contre celles-ci, Posez des règles pour reconnaîtra les choses inconnues d'après la norme donnée ou l'idée préétablie, Établissez l'ordre et la liaison des idées pour ne pas être fatigué par des choses inutiles*

L'instrument? C'est la raison, dont il

phie de Tennemaon, article Spinosa, et le Précis de l'histoire de la Philosophie déjà Cité, 1855, p. Se4.

(2) B. de Sj4nosa epera qua supers, omnia, Jenx, 1803; Tractatus de Intell, emend, et de via.

(S) Summam aatem bonam est eo pervenire ut iUe cam alils lodivlduis, si fieri potest, tali natura fraatar. Qaxnam aatem illa sit natara ostendemus suo loco, nimiram esse cognitionem unionis qaam cam iota natura habet.

(4) IJnde patet quod ad certitudlnem veritatis nallo alio signo sit opus qnam veram babere ideam.

faut reconnaître la nature et la puissance. Or ce que la raison pense est.

Il y a identité entre la pensée et son objet, entre l'idée et l'Idéal, entre la science et ce qui est su. La méthode est parfaite dès qu'on a l'idée de l'Être parfait.

C'est à la connaissance de cet Être qu'il faut se hâter d'arriver, puisque, cette norme donnée, tout en découle, et qu'il doit y avoir correspondance parfaite entre le développement de l'idée et de ses conséquences et celui de l'idéal et de ses produits, de sorte que la science est la copie parfaite de l'univers.

L'homme, en contemplant l'univers, doit chercher (et c'est toute sa vie) :

lo L'idée de Dieu, de son être, de ses attributs infinis ;

2"* L'origine du fini ou du monde des choses hors de l'absolu ;

3« L'origine et la nature de l'âme et son rapport avec Dieu et la nature ;

4^ La doctrine pratique^ morale et religieuse qui résulte de la doctrine théorique de Dieu, de la nature et de l'âme.

Qu'est-ce que Dieu ? Qu'est-ce que la nature? Qu'est-ce que l'âme? Quelle est la fin de l'homme, sa loi ?

1<> Dieu est l'être absolument infini, c'est-à-dire la substance constituée par des attributs Infinis, dont chacun exprime son essence infinie et éternelle (1).

La substance ne peut en produire une autre. La substance est nécessairement infinie.

Hors de Dieu il n'y a donc point et on ne peut point concevoir de substance.

Tout ce qui est est en Pieu, et sans Dieu rien ne peut être conçu (3).

(1) Ethices parsT, de Deo^ Jepffij 1805, p. 80^ def. 6.

Dieu est la cause immanente et non passagère de toute chose (1).

2* De la puissance souveraine de Dieu ou de sa nature . infinie effluent nécessairement et éternellement toutes choses (2). Tout ce qui vient de Dieu est infini et étemel comme lui.

Ainsi rien n'est contingent dans la nature, et tout est déterminé, dans son existence et sop action, par la nécessité de la nature divine.

La nature naturante, natura natvr ransy est ce qui est en soi, ce qui est conçu par soi. La nature naturée, naturata^ est ce qui dépend nécessairement de la nature divine, savoir : les modes et les attributs de Dieu, qui sont de Dieu, qui sont en Dieu, et ne peuvent être ni être conçus sans Dieu (3).

Vétendue et la pensée sont les attributs de Dieu. C'est par ce double attribut qu'il manifeste sa puissance.

Celle-ci n'est pas une volonté libre et un droit souverain et arbitraire sur les choses contingentes ; c'est là une erreur vulgaire. Dieu n'agit pas librement; car rien de ce qui a été produit par Dieu n'a pu l'être autrement qu'il ne l'est.

Il agit aussi nécessairement qu'il se comprend; la science qu'il a de luimême est son action; ce qu'il pense, il le fait dès qu'il le pense. La pensée réalisée est l'étendue.

Dieu est un être pensant et une chose étendue (4).

(1) Deus est omnium rerum causa imma* nenst non vero iransiens, Oav. cit., p. 54.

(2) A summa Dei poientia sive infinita natura, infiniia infinités modis^ hoc est omnia , necessario ef/luzisse vel semper eadem necessi' tate sequû P. 55,

(S) Ib., p. 56, pp. 21 ; p. 61, pp. 29.

(A) P. 64 , pp. 53. Extensio attributum Dei est, sive Deus est res extensa, p. "78, pp. 1. Sicuti ex necessitate divina naturœ sequiiur ut Deus se ipswn inteîligat, eadem etiam necessitate sequitur ut Deus injtnita infinitis modis agat, P. 79.

3° La manifestation de la pensée divine est Vâme de l'homme.

L'âme se réalise dans le corps.

Le corps, comme l'âme, n'est qu'une modification de Tessence divine, considérée dans celle-ci comme intelligente, comme étendue dans celui-là (1).

I/homme n'est donc point ime substance ; car les hommes sont multiples, et la substance est une et indivisible.

L'homme n'est qu'une modification des attributs divins (2).

L'âme humaine, n'étant qu'une partie de la pensée infinie^ ne pense que ce que Dieu pense, ne sait que ce qu'il sait. L'âme humaine, n'étant qu'un mode de la puissance divine, ne fait que ce que Dieu fait, en elle et par elle; son action est déterminée; elle est sous la main de Dieu comme l'argile entre les doigts du potier^ qui d'une même masse fait des vases servant les uns à des usages honorables, les autres à des usages ignominieux (3).

4"* L'âme, n'agissant que sous la seule motion de Dieu , ex solo Dei nutu , doit s'abandonner à cette motion qui l'identifie de plus en plus avec Dieu ; elle est tellement sous le pouvoir de cette nécessité, de ce fatum divin (non suijuris est, sed fortunx), qu'elle est souvent forcée de faire ce qui lui semble mauvais et de laisser ce qui lui paraît bon (4). Ifous disons ce qui lui semble bon ou mauvais; car le bien et le mal ne sont rien de positif; ce ne sont que des notions forgées par l'îma- , gination et l'abstraction. Les choses en elles-mêmes ne sont ni bonnes ni mauvaises, mais indifférentes (5). I

(1) P&r corpus intelligo modum qui Dei essentiam^ quatenus ut res extensa consideratur^ certo et determinato modo exprimit. P. 77*

(2) p. 85. Hinc sequitur essentiam hominis constitui a cerUs Dei attributorum modiftca»

tionibus.

(S) P. 86, 117, pp. 118, p. 121. — EpUt 22, 3. Alia ad decus^ alia ad dedebus,

(4) Bth, pan ly, pref. 199, de Servit, hum.

(5) Ib.f p. 203. Bomtm et malum quod atli-

Il en est de même des notions vulgaires de vertu et de vice. La vertu de rhomme n'est autre chose que la puissance qu'il a de faire ce qui est conforme aux lois de la nature. Or la raison ne demande rien de contraire à la nature. Elle demande que chacun s'aime lui-même et ce qui lui est utile ; que chacun cherche, désire ce qui peut le conduire à la souveraine perfection, c'est-à-dire à conserver son être autant qu'il est en lui. Le fondement de la vertu est donc l'effort de l'être cherchant à se conserver ; son bonheur est dans cette conservation (1).

C'est en s'identifiant par la pensée avec l'être dont il est que l'homme se conserve et parvient à la suprême félicité. Or plus l'homme se connaît , plus il s'aime, plus il aime et connaît Dieu, plus il sait qu'il est Dieu, un avec Dieu, plus il est heureux (2).

Et cet amour de l'âme pour Dieu n'est que l'amour même de Dieu s'aimant, non plus dans son infinie manifestation, mais dans sa manifestation particulière par l'âme humaine. Ainsi et l'amour de Dieu pour l'homme et l'amour de l'homme pour Dieu n'est qu'un même amour, source de la science, du salut, de la béatitude et de la gloire (3).

IX. Malebranche (4) en France, Leibnitz (5) en Allemagne combattirent de toute la force de leur génie le rationalisme, dont ils prévoyaient ^t prédisaient les conséquences funestes. Ils ne purent néanmoins, ni l'un ni Tau-

netf nil etiam positimtm in rehusy in se scilicet contideratis , indicant , nec aliud sunt quam cogitandi modus teu notiones,

(1) Odv. cit., p. 215, 216.

(2) P. 281 , pp. 15 ; p. 289, pp. SO. Qui se suosque ujjecius clare et distincte intelligit Deum amat , et eo magis quo se suosqtte affectus magis intelligit*

(3) là., p. 293.

tre, en arrêter le développement; et au moment même où, en France, on faisait l'apothéose de la raison en la plaçant sur l'autel , en Allemagne le rationalisme parvenait à son apogée par la doctrine du philosophe de Kœnigsberg (1).

1. Descartes avait attaqué la science de son temps; il en avait ébranlé le double fondement en niant à la fois l'autorité de la tradition divine et de la tradition humaine, des Écritures et d'Aristote. Il avait déclaré la raison autonome, ayant en elle le principe, la règle, la mesure, le critérium de la vérité.

Kant aussi s'en prit à la science de son époque, à l'empirisme des faits, comme son devancier à l'empirisme des mots. Il sonda les principes de la connaissance humaine, chercha à renverser le rationalisme de la métaphysique scolastique en établissant qu'il n'y a de conscience certaine que celle qui est fondée sur la raison pure, et que la raison, connue dans sa nature, se&lois, ses procédés, est absolument incompétente pour fonder la science métaphysique.

Le philosophe prussien, comme le philosophe français, se concentrant dans la contemplation de lui-même , fit du moi pensant la base de la science. L'un et l'autre voulurent échapper en pratique aux conséquences de leur théorie.

Descartes admit une morale par provision, obligatoire pour l'homme en société; Kant reconnut la raison pratique qui dicte une loi morale catégorique et impérative. Mais l'un et l'autre trouvèrent des disciples qui, plus conséquents et plus intrépides, s'appuyèrent sur la théorie pure et en déduisirent des systèmes d'une logique rigoureuse et terrible.

(1) La Critique de la Raison pure parât en 1781; mais eUe ne fut connue que quelques années plus tard.

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