‹ Du pape. 25. éd., seule conforme à celle de 1821, augm. de lettres inédites de l'auteur, de notes et d'une table analytiqueChapitre 38 sur 85 · SOUTENUES COMME PRINCES TEMPORELS · texte numérisé non relu

SOUTENUES COMME PRINCES TEMPORELS

C'est une chose extrêmement remarquable, mais nullement ou pas assez remarquée, que jamais les Papes ne se sont servis de l'immense pouvoir dont ils sont en possession pour agrandir leur état. Qu'y avait-il de plus naturel, *>ar exemple, et de plus tenlatif pour la nature humaine, que de se réserver une portion des provinces conquises par les Sarrasins, et qu'ils donnaient au premier occupant pour repousser le Croissant qui ne cessait de s'avancer? Cependant jamais ils ne l'ont fait, pas même à l'égard des terres qui les touchaient, comme le royaume des Deux-Siciles, sur lequel ils avaient des droits incontestables, au moins selon les idées d'alors, et pour lequel néanmoins ils se contentèrent d'une vaine suzeraineté, qui finit bientôt par la haquenée, tribut léger et purement nominal, que le mauvais goût du siècle leur dispute encore.

Les Papes ont pu faire trop valoir, dans le temps, cetto suzeraineté universelle, qu'une opinion non moins universelle ne leur disputait point. Ils ont pu exiger des hommages, imposer des taxes trop arbitrairement si l'on veut ; je n'ai nul intérêt d'examiner ici ces différents points. Mais toujours il demeurera vrai qu'ils n'ont jamais cherché ni saisi l'occasion d'augmenter leurs états aux dépens de la justice, tandis qu'aucune autre souveraineté temporelle

n'échappa à cet anathème, et que dans ce moment même, avec toute notre philosophie, notre civilisation et nos beaux livres, il n'y a peut-être pas une puissance européenne en ctat de justifier toutes ses possessions, devant Dieu et la raison.

Je lis dans les Lettres sur l'histoire, que les Papes ont quelquefois profité de leur puissance temporelle pour augmenter leurs propriétés 1 .

Mais le terme de quelquefois est vague ; celui de puissance temporelle l'est aussi, et celui de propriété encore davantage : j'attends donc qu'il me soit expliqué quand et comment les Papes ont employé leur puissance spirituelle ou leurs moyens politiques pour étendre leurs états aux dépens d'un propriétaire légitime.

En attendant que ce propriétaire dépouillé se présente, nous n'observerons point sans admiration, que parmi tous les Papes qui ont régné, dans le temps de leur plus grande influence, il n'y ait pas eu un usurpateur, et qu'alors même qu'ils faisaient valoir leur suzeraineté sur tel ou tel état, ils s'en soient toujours prévalus pour le donner, non pour ie retenir.

Considérés même comme simples souverains, les Papes sont encore remarquables sous ce point de vue. Jules II, par exemple, fit sans doute une guerre mortelle aux Vénitiens; mais c'était pour avoir les villes usurpées par la république.

Ce point est un de ceux sur lequel j'invoquerai avec confiance ce coup d'œil général qui doit déterminer le jugement des hommes sensés. Les Papes régnent depuis le IXe siècle au moins : or, à compter de ce temps, on ne

(i) Esprit de l'histoire, lettre XL. Paris, Nyon, 1803. iu-8, tom. II, p. 399.

Î7S trouvera dans aucune dynastie souveraine plus de respect pour le territoire d'autrui, et moins d'envie d'augmenter le sien.

Comme princes temporels, les Papes égalent ou surpassent en puissance plusieurs tètes couronnées d'Europe. Qu'on examine les histoires des différents pays, on verra en général une politique toute différente de celle des Papes. Pourquoi ceux-ci n'auraient-ils pas agi politiquement comme les autres? Cependant on ne voit point de leur côté celle tendance à s'agrandir qui forme le caractère disiinctif et général de toute souveraineté.

Jules II, que je citais tout à l'heure, est, si ma mémoire ne me trompe point, le seul Pape qui ait acquis un territoire par les règles ordinaires du droit public, en vertu d'un traité qui terminait une guerre '. Il se fit céder ainsi le duché de Parme; mais cette acquisition, quoique non coupable , choquait cependant le caractère pontifical : elle échappa bientôt au Saint-Siège. A lui seul est réservé l'honneur de ne posséder aujourd'hui que ce qu'il possédait il y a dix siècles- On ne trouve ici ni traités, ni combats, ni intrigues, ni usurpations ; en remontant on arrive toujours à une donation. Pépin, Charlemagne, Louis, Lolhaire, Henri Otton, la comtesse Mathilde, formèrent cet élat temporel des Papes, si précieux pour le christianisme : mais 5a force des choses l'avait commencé, et cette opération cachée est un des spectacles les plus curieux de l'histoire.

Il n'y a pas en Europe de souveraineté plus justifiable, s'il est permis de s'exprimer ainsi, que celle des Souverains

(1) Et même encore, d'après une observation faite à Rome, on pourrait contester cette exception unique; Jules II n'ayant fait que revendiquer les droits légitimes du Saint-Siège sur le duché de Parme, droits qui dérivaient incontestablement des libéralités ds Pépia ou de ccUm is !a comtes»* Itfalbild*.

Pontifes. Elle est comme la loi divine, justificata in sernetipsâ*. Mais ce qu'il y a de véritablement étonnant, c'es! de voir les Papes devenir souverains sans s'en apercevoir, et même, à parler exactement, malgré eux. Une loi invisible élevait le siège de Rome, et l'on peut dire que le Chef de l'Eglise universelle naquit souverain. De Féchafaud des martyrs, il monta sur un trône qu'on n'apercevait pas d'abord, mais qui se consolidait insensiblement comme toutes les grandes choses, et qui s'annonçait dès son premier âge par je ne sais quelle atmosphère de grandeur qui l'environnait, sans aucune cause humaine assignable. Le Pontife romain avait besoin des richesses, et les richesses affluaient £ il avait besoin d'éclat, et je ne sais quelle splendeur extra-' ordinaire parlait du trône de saint Pierre, au point que déjà dans le IVe siècle l'un des plus grands seigneurs de Rome, préfet de la ville, disait en se jouant, .au rapport de saint Jérôme : « Promettez-moi de me faire Evêque de Ro- « me, et tout de suite je me ferai chrétien 2. » Celui qui parlerait ici d' 'avidité religieuse, d'avarice, d'influence sacerdotale, prouverait qu'il est au niveau de son siècle, mais tout à fait au-dessous du sujet. Comment peut-on concevoir une souveraineté sans richesses? Ces deux idées sont une contradiction manifeste. Les richesses de l'Eglise romaine étant donc le signe de sa dignité et l'instrument nécessaire de son action légitime , elles furent l'œuvre de la Providence qui les marqua dès l'origine du sceau de la légitimité. On les voit, et l'on ne sait d'où elles viennent ;

(1) [Ps. XVIII, 10.]

(2) Zaccaria. Anti-Febron. Vindic. Toca. IV, dissert. IX, cap. HT, p. 33. [Miscrabilis Pralexlatus, qui designatus consul est mortuus, huma sacrilegns et idolorum cullor, solebat ludens bealo papa; Dumaso diccre ; Facile me Romanœ urbit Episcopum , et ero protinus chrislianv*. S. HieroD. Epist. XXXVIII, edit. Marlianav.]

ISO on les voit, et personne ne se plaint. C'est le respect, c'esî l'amour, c'est la piété, c'est la foi qui les ont accumulées. De là ces vastes patrimoines qui ont tant exercé la plume des savants. Saint Grégoire, à la fin du VIe siècle, en possédait vingt-trois en Italie, et dans les îles de la Méditerranée, en Iliyrie , en Dalmatie . en Allemagne et dans les Gaules1. La juridiction des Papes sur ces patrimoines porte un caractère singulier qu'on ne saisit pas aisément ù travers les ténèbres de cette histoire , mais qui s'élève néanmoins visiblement au-dessus de la simple propriété. On voit les Papes envoyer des officiers, donner des ordres c! ce faire obéir au loin, sans qu'il soit possible de donner un nom à cette suprématie dont en effet la Providence n'avait point encore prononcé le nom.

Dans Rome , encore païenne , le Pontife romain gênait déjà les Césars. Il n'était que leur sujet ; ils avaient tout pouvoir contre lui , il n'en avait pas le moindre contre eux : cependant ils ne pouvaient tenir à côté de lui. On lisait sur son front le caractère d'un sacerdoce si ëmincnl , que V empereur , qui portait parmi ses titres celui de Souverain Pontife , le souffrait dans Rome avec plus d'impatience qu'il ne souffrait dans les armées un César qui lui disputait V empire 2. Une main cachée les chassait de la ville éternelle pour la donner au chef de V Eglise éternelle. Peut-être que , dans l'esprit de Constantin , un commen-

(1) Voy. la dissertation de l'abbé Ccnni à la fin du livre du cardinal Orsi, Délia origine del dominio e délia sovranità de'rom. Pontefici sotra <jli tlati loro temporalmenle toggctli. Roma, Pagliarini, in-12, 1754, p. 306 à 309. Le patrimoine appelë des Alpes Coltiennes, était immense ; if contenait Gênes et toute la côte maritime jusqu'aux frontières de Franc*. Voyez les autorités. Ib.

(2) Bossu et. Lettre pastor. sur la ceauaun. pascale, N. IV, ce C#?< >r,>st. U ad Ant.

renient de foi et de respect se mêla à la gêne dont je parle ; mais je ne doute pas un instant que ce sentiment n'ait influé sur la détermination qu'il prit de transporter le siège de l'empire , beaucoup plus que tous les motifs politlques qu'on lui prête : ainsi s'accomplissait le décret du Très-Haut 1. La même enceinte ne pouvait renfermer l'empereur et le Pontife. Constantin céda Rome au Pape. La conscience du genre humain qui est infaillible ne l'entendit pas autrement, et de là naquit la fable de la donation , qui est très-vraie. L'antiquité , qui aime assez voir et toucher tout , fit bientôt de Y abandon ( qu'elle n'aurait pas même su nommer ) une donation dans les formes. Elle la vit écrite sur le parchemin et déposée sur l'autel de saint Pierre. Les modernes crient à la fausseté, et c'est l'innocence même qui racontait ainsi ses pensées 2. Il n'y a donc rien de si vrai que la donation de Constantin. De ce moment on sent que les empereurs ne sont plus chez eux à Rome. Us ressemblent à des étrangers qui de temps en temps viennent y loger avec permission. Mais voici qui est plus étonnant encore : Odoacre avec ses Hérules vient mettre fin à l'empire d'Occident , en 475 ; bientôt après les Hérules disparaissent devant les Golhs , et ceux-ci à leur tour cèdent la place aux Lombards, qui s'emparent du royaume d'Italie. Quelle force , pendant plus de trois siècles, empêchait tous les princes de fixer d'une manière

(1) Iliade, I, 5.

(2) Ne voyait-elle pas aussi un Ange qui effrayait Allila devant saint Léon? Nous n'y voyons, nous autres modernes, que l'ascendant du Pontife ; mais comment peindre un ascendant ? Sans la langue pittoresque des hommes du Ve siècle, c'en était fait d'un chef-d'œuvre de Raphaël ; au reste, nous sommes tous d'accord sur le prodige. Vn ascendant qui arrête Attila est bien aussi surnaturel qu'un Ange ; et qui sait même si ce sont deux choses?

stable leur ti ône à Rome ? Quel bras les repoussait à Milan, ù Pavie, à Ravenne , etc. ? Celait la donation qui agissait sans cesse , et qui partait de trop haut pour n'être pas exécutée.

C'est un point qui ne saurait être contesté , que les Papes ne cessèrent de travailler pour maintenir aux empereurs grecs ce qui leur restait de l'Italie coutre les Goths, les Hérules et les Lombards. Ils ne négligeaient rien pour inspirer le courage aux exarques et la fidélité aux peuples ; ils conjuraient sans cesse les empereurs grecs de venir au secours de l'Italie ; mais que pouvait-on obtenir de ces misérables princes ? Non-seulement ils ne pouvaient rien faire pour l'Italie, mais ils la trahissaient systématiquement, parce qu'ayant des traités avec les barbares qui les menaçaient du côté de Constantinople , ils n'osaient pas les inquiéter en Italie. L'état de ces belles contrées ne peut se décrire et fait encore pitié dans l'histoire. Désolée par les barbares , abandonnée par ses souverains , l'Italie ne savait plus à qui elle appartenait , et ses peuples étaient réduits au désespoir. Au milieu de ces grandes calamités , les Papes étaient le refuge unique des malheureux ; sans le vouloir et par la force seule des circonstances, les Papes étaient substitués à l'empereur, et tous les yeux se tournaient de leur côté. Italiens , Hérules, Lombards , Français , tous étaient d'accord sur ce point. Saint Grégoire disait déjà de son temps : Quiconque arrive à la place que f occupe est accablé par les affaires , au point de douter souvent s'il est prince ou Pontife *•

(1) Hoc in loco qnisquis paslor dicitof , curis exterioribns graviter ocenpatur, ità ul sa?pè incertum sil ulrùm pasloris ofOcium an terreni proccria agal. Lib. I, episl. 25, al. 24, ad Joh. episc. C. P. el caet. orieat. Pair. «— Orgi, dare le livre cilé, préf. p. six.

En plusieurs endroits de ses lettres, on le voit faire le rôle d'un administrateur souverain. Il envoie , par exemple , un gouverneur à Nepi , avec injonction au peuple de lui obéir comme au Souverain Pontile lui-même : ailleurs il dépêche un tribun à Naples , chargé de la garde de cette grande ville 1. On pourrait citer un grand nombre d'exemples pareils. De tous côtés on s'adressait au Pape ; toutes les affaires lui étaient portées : insensiblement enfin , et sans savoir comment , il était devenu en Italie , par rapport à l'empereur grec , ce que le maire du palais était en France à l'égard du roi titulaire.

Et cependant les idées d'usurpation étaient si étrangères aux Papes , qu'une année seulement avant l'arrivée de Pépin en Italie, Etienne II conjurait encore le plus méprisable de ces princes ( Léon l'Isaurien ) de prêter l'oreille aux remontrances qu'il n'avait cessé de lui adresser pour l'engager à venir au secours de l'Italie 2.

On est assez communément porté à croire que les Papes passèrent subitement de l'état particulier à celui de souverain , et qu'ils durent tout aux Carlovingiens. Rien cependant ne serait plus faux que cette idée. Avant ces fameuses donations qui honorèrent la France plus que le Saint- Siège, quoique peut-être elle n'en soit pas assez persuadée, les Papes étaient souverains de fait , et le titre seul leur manquait.

Grégoire II écrivait à l'empereur Léon : « L'Occident « entier a les yeux tournes sur notre humilité;... il nous « regarde comme l'arbitre et le modérateur de la tran-

(1) Lib. II, episl. XI, al. VIII ad Nepes. ibid. pag. xx.

(2) Deprecans imperialem clcmentiam ut, juxlà id rçuod eisœpiùs scripseral, cura exercitu ad tuendas has Italiœ parles modis omnibus adveniret,elc. (Anast. le bibliolh. cité dans la disert. dçCenni, ibid. p. 203.)

« quillité publique.... Si vous osiez en faire l'essai , vous « le trouveriez prêt à se porter même où vous êtes pour y « venger les injures de vos sujets d'Orient. »

Zacharie , qui occupa le siège pontifical de 741 à 762, envoie une ambassade à Rachis , roi des Lombards , et stipule avec lui une paix de vingt ans,, en vertu de laquelle toute V Italie fut tranquille,

Grégoire II , en 726, envoie des ambassadeurs à Charles Martel , et traite avec lui de prince à prince *.

Lorsque le Pape Etienne se rendit en France , Pépin vint à sa rencontre avec toute sa famille et lui rendit les honneurs souverains ; les fils du roi se prosternèrent devant le Pontife. Quel Évéque, quel Patriarche de la chrétienté aurait oser prétendre à de telles distinctions ? En un mot, les Papes étaient maîtres absolus , souverains de fait, ou , pour s'exprimer exactement } souverains forcés , avant routes les libéralités carlovingiennes ; et pendant ce temps môme , ils ne cessaient encore , jusqu'à Constantin Copronyme , de dater leurs diplômes par les années des empereurs , les exhortant sans relâche à défendre l'Italie, à respecter l'opinion des peuples , à laisser les consciences en paix ; mais les empereurs n'écoutaient rien , et la dernière heure était arrivée. Les peuples d'Italie , poussés au désespoir, ne prirent conseil que d'eux-mêmes. Abandonnés par leurs maîtres , déchirés par les barbares , ils se choisirent des chefs et se donnèrent des lois. Les Papes devenus ducs de Rome, par le fait et par le droit, ne pouvant plus résister aux peuples qui se jetaient dans leurs bras , et ne sachant plus comment les défendre con-

(1) On peut voir tous ces faits Maillés dans l'ouvrage Ju cardioal Orsi qui a épuisé la matière. Je ne puis insister que sur les vérilcs générales et sur les traits les plus marquants.

tre les barbares , tournèrent enfin les yeux sur les princes français»

Tout le reste est connu. Que dire après Baronius, Pagi, !e Coinle , Marca , Thomassin , Muratori , Orsi , et tant d'autres qui n'ont rien oublié pour mettre celte grande époque de l'histoire dans tout son jour ? J'observerai seulement deux choses suivant le plan que je me suis tracé :

1° L'idée de la souveraineté pontificale antérieure aux donations carlovingiennes était si universelle et si incontestable , que Pépin , avant d'attaquer Astolphe , lui envoya plusieurs ambassadeurs pour l'engager à rétablir la paix et à restituer les propriétés de la sainte Eglise de Dieu et de la république romaine ; et le Pape de son côté conjurait le roi lombard , par ses ambassadeurs , de restituer de bonne volonté et sans effusion de sang les propriétés de la sainte Eglise de Dieu et de la république des Romains x ; et dans la fameuse charte Ego Ludovicus , Louis le Débonnaire énonce que Pépin et Charlemagne avaient depuis longtemps , par un acte de donation , restitué Vexarchat au bienheureux Jpôtre et aux Papes '2.

Imagine-t-oh un oubli plus complet des empereurs grecs, une confession plus claire et plus explicite de la souveraineté romaine?

Lorsque les armes françaises eurent ensuite écrasé les Lombards et rétabli le Pape dans tous ses droits, on vu

(1) Ut pacificè sine ul!à sanguinis effusione, propr'a S. Dci Ecelesne et reipublicœ rom. reddant jura. Et plus haut, p.estitcenda jura. Orsi, ihid. , chap. VII, p. 94, d'après Anaslase le bibliothécaire.

(2) Exarchatura quenw Pipinus rex et genilor nosler Carohis,

isiperalor, B. Petro et prœdecessoribus vestris jàm dudùm per donations paginam restitcerunt. Cette pièce est imprimée tout au long dans la nouvelle édition des Annales d'i cardinal Baronius, tora. XIII, p. 62"?. (Orsi, ilid.,can. X, p. 201.)

Î36 arriver en France les ambassadeurs de l'empereur grec qui venaient se plaindre , et « d'un air incivil , proposer « à Pépin de rendre ses conquêtes. » La cour de France se moqua d'eux , et avec grande raison. Le cardinal Orsi accumule ici les autorités les plus graves pour établir que les Papes se conduisirent dans celte occasion selon toutes les règles de la morale et du droit public. Je ne répéterai point ce qui a été dit par ce docte écrivain , qu'on est libre de consulter1. Il ne paraît pas d'ailleurs qu'il y ail des doutes sur ce point.

2° Les savants que j'ai cités plus haut , ont employé beaucoup d'érudilion et de dialectique pour caractériser avec exactitude le genre de souveraineté que les empereurs français établirent à Rome , après l'expulsion des Grecs et des Lombards. Les monuments semblent assez souvent se contrarier, et cela doit être. Tantôt c'est le Pape qui commande à Rome , et tantôt c'est l'empereur. C'est que la souveraineté conservait beaucoup de celte mine ambiguë que nous lui avons reconnue avant l'arrivée des Carlovingiens. L'empereur de C. P. la possédait de droit; les Papes, loin de la leur disputer, les exhortaient à la défendre. Ils prêchaient de la meilleure foi l'obéissance aux peuples, et cependant ils faisaient tout. Après le grand établissement opéré par les Français , le Pape et les Romains , accoutumés à cette espèce de gouvernement qui avait précédé, laissaient aller volontiers les affaires sur le même pied. Ils se prêlaient même d'autant plus aisément à celte forme d'administration, qu'elle était soutenue par la reconnaissance, par l'attachement et par la saine politique. Au milieu du bouleversement général qui marque cette triste mais intéressante époque

(i)Orsi, ibid. :ap* VJI, p. tO't et srq^.

de l'histoire , l'immense quantité de brigands que suppose un tel ordre de choses , le danger des barbares tou jours aux portes de Rome , l'esprit républicain qui commençait à s'emparer des tôles italiennes ; toutes ces causes réunies , dis-je , rendaient l'intervention des empereurs absolument indispensable dans le gouvernement des Papes. Mais à travers cette espèce d'ondulation , qui semble balancer le pouvoir en sens contraire , il est aisé néanmoins de reconnaître la souveraineté des Papes qui est souvent protégée , quelquefois partagée de fait , mais jamais effacée. Ils font la guerre , ils font la paix ; ils rendent la justice , ils punissent les crimes , ils frappent monnaie , ils reçoivent et envoient des ambassades : le fait même qu'on a voulu tourner contre eux dépose en leur faveur ; je veux parler de cette dignité de palrice } qu'ils avaient conférée à Charlemagne , à Pépin , et peut-être même à Charles Martel ; car ce titre n'exprimait certainement alors que la plus haute dignité dont un homme peut jouir sous

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