‹ Du pape. 25. éd., seule conforme à celle de 1821, augm. de lettres inédites de l'auteur, de notes et d'une table analytiqueChapitre 42 sur 85 · ARTICLE III · texte numérisé non relu

ARTICLE III

Liberté de l'Italie.

Le troisième but que les Papes poursuivirent sans relâche , comme princes temporels , fut la liberté de l'Italie qu'ils voulaient absolument soustraire à la puissance allemande.

« Après les trois 0 thons , îe combat de la domination « allemande et de la liberté italique resta longtemps dans « les mêmes termes 2. Il me paraîî sensible que le vrai

(1) Rivoluzione délia Germania, di Carlo Denina. Firenze, Piatti, in-3, lom. II, cap. V, p. 49.

(2^ Yolt. Essai sur lliist. g^n. toro. I, ch. XXXVII, p. 526,

v fond de la querelle était que les Papes et les Romains « ne voulaient point d'empereurs à Rome ' ; » c'est-à-dire qu'ils ne voulaient point de maîtres chez eux.

Voilà la vérité. La postérité de Charlemagne était éteinte. L'Italie ni les Papes en particulier ne devaient rien aux princes qui la remplacèrent en Allemagne. « Ces princes « tranchaient tout par le glaive2. Les Italiens avaient « certes un droit plus naturel à la liberté , qu'un Alle- « mand n'en avait d'être leur maître3. Les Italiens « n'obéissaient jamais que malgré eux au sang germa- « nique ; et celte liberté , dont les villes d'Italie étaient « alors idolâtres , respectait peu la possession des Césars « allemands4. » Dans ces temps malheureux « la papauté « était à l'encan ainsi que presque tous les évêchés : si « celte autorité des empereurs avait duré , les Papes « n'eussent été que leurs chapelains,, et l'Italie eût été es- « clave5.

« L'imprudence du Pape Jean XII d'avoir appelé les « Allemands à Rome , fut la source de toutes les calami- « tés dont Rome et l'Italie furent affligées pendant tant de « siècles6. » L'aveugle Pontife ne vit pas quel genre de prétentions il allait déchaîner , et la force incalculable d'un nom porté par un grand homme. « Il ne paraît pas « que l'Allemagne, sous Henri l'Oiseleur , prétendît être « l'empire : il n'en fut pas ainsi sous Othon le Grand7. » Ce prince } qui sentait ses forces, « se fit sacrer et obligea

(1) Volt. Essai sur l'hist. gdn. tom I, ch. XLVL

(2) Ibid. tom. II, ch. XLVII, p. 57.

(3) lbid. p. 56.

(4) Ibid. ch. LXI et LXII.

(5) l'nd. tom. I, ch. XXXVIII, p. 529 à 531,

(6) Ibid. ch. XXXVI, p. 521.

(7) Ibid. tom. II, ch. XXXIX, p, 5!3 cl 514.

c le Pape à lui faire serment de fidélité *. Les Allemands « tenaient donc les Romains subjugués, et les Romains bri- « saient leurs fers dès qu'ils le pouvaient2. » Voilà tout le droit public de l'Italie pendant ces temps déplorables où les hommes manquaient absolument de principes pour se conduire. « Le droit de succession même (ce palladium « de la tranquillité publique) ne paraissait alors établi « dans aucun état de l'Europe3. Rome ne savait ni ce « qu'elle était , ni à qui elle était4. L'usage s'établissait « de donner les couronnes non par le droit du sang , mais « par le suffrage des seigneurs5. Personne ne savait ce « que c'était que l'empire6. Il n'y avait point de lois en « Europe7. On n'y reconnaissait ni droit de naissance , « ni droit d'élection ; l'Europe était un chaos dans lequel « le plus fort s'élevait sur les ruines du plus faible , pour « être ensuite précipité par d'autres. Toute l'histoire de t ces temps n'est que celle de quelques capitaines bar- « bares qui disputaient avec des Evoques la domination « sur des serfs imbéciles8.

« II n'y avait réellement plus d'empire ni de droit, ni « de fait. Les Romains, qui s'étaient donnés à Charle- « magne par acclamation , ne voulurent plus reconnaître « des bâtards , des étrangers à peine maîtres d'une partie « de la Germanie. C'était un singulier empire romain9. « Le corps germanique s'appelait le saint empire romain,

(1) Volt. Essai sur l'hist. gé*n. tom. I, ch. XXXVI, p. 521,

(2) Ibid. p. 522 et 523.

(3) Ibid. ch. XL, p. 261.

(4) Ibid. ch. XXXVII, p. 527.

(5) Ibid.

(6) Ibid. t. II, ch. XLVII, p. 56 ; ch. LXIII, p« 223,

(7) Ibid. ch. XXIV.

(8) Ibid. tom. I, ch. XXXII, p. 508, 509 et 510. (0) Ibid. tom. II, eh. LXVI, p. 267.

« tandis que réellement il n'était ni saint, ni empire, ni

« romain { . Il paraît évident que le grand dessein de Fré-

« déric II était d'établir en Italie le trône des nouveaux

« Césars , et il est bien sûr au moins qu'il voulait régner

« sur V Italie sans borne et sans partage. C'est le nœud

« secret de toutes les querelles qu'il eut avec les Papes ;

« il employa tour à tour la souplesse et la violence, et

« le Saint-Siège le combattit avec les mêmes armes2. Les

« Guelfes, ces partisans de la papauté , et encore pli-

« de la liberté, balancèrent toujours le pouvoir des

« Gibelins , partisans de l'empire. Les divisions entre

« Frédéric et le Saint-Siège n'eurent jamais la religion

Page 1