CHAPITRE XIV
»e la bulle d'Alexandre vi , Mer cœtera.
Un siècle avant celui qui vit le fameux traité de Westphalie , un Pape , qui forme une triste exception à cette longue suite de vertus qui ont honoré le Saint-Siège , publia cette bulle célèbre qui partageait entre les Espagnols et les Portugais les terres que le génie aventureux des découvertes avait données ou pouvait donner aux deux nations, dans les Indes et dans l'Amérique. Le doigt du Pontife traçait une ligne sur le globe , et les deux nations consentaient à la prendre pour une limite sacrée que l'ambition respecterait de part et d'autre.
C'était sans doute un spectacle magnifique que celui des deux nations consentant à soumettre leurs dissensions actuelles , et même leurs dissensions possibles au jugement désintéressé du Père commun de tous les fidèles , à mettre pour toujours l'arbitrage le plus imposant à la place des guerres interminables.
C'était un grand bonheur pour l'humanité que la puissance pontificale eût encore assez de force pour obtenir ce grand consentement, et le noble arbitrage était si digne d'un véritable successeur de saint Pierre , que la bulle Mer cœtera devrait appartenir à un autre Pontife.
Ici du moins il semble que notre siècle même devrait applaudir; mais point du tout. Murmontel a décidé en
princes chréliens ) , accordé au Souverain Pontife, serait de tous les titres le plus naturel , le plus magnifique et le plus sacre'. Je n'imagine rien de plus beau que ses envoyés, au milieu de tous ces grands congrès, demandant la paix sans avoir fait la guerre , n'ayant a prononcer ni le mot d' 'acquisition , ni celui de restitution , par rapport au Père commun , et ue parlant que pour la justice, l'humanité et la Religion. Fiat ! /.'«< .' Di' PAPE.
propres termes, que de tous les crimes deBorgia, cet fi bulle fut le plus grand * . Cet inconcevable jugement ne doit pas surprendre de la part d'un élève de Voltaire; mais nous allons voir qu'un sénateur français ne s'est montré ni plus raisonnable , ni plus indulgent. Je rapporterai tout au long son jugement très- remarquable, surtout sors le point de vue astronomique.
« Rome, dit-il, qui, depuis plusieurs siècles , avait a prétendu donner des sceptres et des royaumes sur son « continent, ne voulut plus donner à son pouvoir d'au- « très limites que celles du monde. L'équateur même fut « soumis à la chimérique puissance de ses concessions2. »
La ligne pacifique, tracée sur le globe par le Ponlifo romain, étant un méridien3, et ces sortes de cercles ayan», comme tout le monde sait , la prétention invariable de courir d'un pôle à l'autre sans s'arrêter nulle part; s'ils viennent à rencontrer l'équateur sur leur route, ce c\\ù peut arriver aisément, ils le couperont certainement à angles droits, mais sans le moindre inconvénient ni pour l'Eglise, ni pour l'état. Il ne faut pas croire au reste qu'Alexandre VI se soit arrêté à l'équateur ou qu'il l'ait pris pour la limite du inonde. Ce Pape, qui était bien ce qu'on appelle un mauvais sujet, mais qui avait beaucoup d*esprit et qui avait lu son Sacro Bosco, n'était pas homme à s'y tromper. J'avoue eneore ne pas comprendre pourquoi on l'accuserait justement d'avoir attenté sur l'équateur même , pour s'être jeté comme arbitre entre deux princes dont les possessions étaient ou devaiecl être coupées par ce grand cercle même.
(i) Voyez les Irxas , tom. ï, p. 1-2.
(2) Lettres sur l'hist. lom. III , !et. I.VII , p. 157.
(3) Fabricvndo et cor.stnicr.' j '.i; h rn ;i ftTn Rrctîcc eé peîctn r.ntcnti cuui . ( Buite 'nier caif.ri â'&Jeisw&r*) VI . f4&$»J