JE CROIS QU'IL CROIT QUE JE LE CROIS
L'un des fanatiques les plus endurcis qui aient jamais existé , Warburton , fonda en mourant une chaire pour prouver que le Pape est V Antéchrist 3. A la honte
(1) Considérations snr les diodes nécessaires à cenx qui aspirent aa saint ministère , par Cl. Ces. Chavanne, min. du S. Et. et prof, en tbëol. à l'acad. de Lausanne. Yvcrduo, 1771 , in-8, p. 105 et 106.
(2) I* credo ch' ei credelle ch* i© credesse. Dante , In fer n. XII , IX. (3} Ce nom de H'arburlon me fait souvenir qu'au nombre de se»
Œuvres se trouve une édition de SLakspeare avec une préface el un commentaire. Personne sans doute n'y verra rien de re'préheosible de la part d'un homme de lettres ; mais que l'on se figure si l'on peut Christophe de Beaumont , par exemple , éditeur et commentateur de Corneille ou de Molière, jamais on n'y réussira. Pourquoi ? Parce que c'est un homme d'un autre ordre que Warburton. Tous les deux purlent la mitre. Cependant l'un est Pontife, et l'autre n'est qu'un gentleman. Le premier peut être ridiculisé ou flétri par ce qui ne fait oui tort à Vautre.
On sait que lorsque Télémaque parut , Bossuet ne trouva pas l'ouvrage astes térieux pour un prêtre. Je me garde bien de dire qu'il eut raieoD , je dis seulement que Bossuel a dit cela»
ool
de noire malheureuse nature , cette chaire n'a pas encore vagué ; on a pu lire même, dans les papiers publies anglais de cette année ( 1817 ), l'annonce d'un discours prononcé à l'acquit de la fondation. Je ne crois point du tout à la bonne foi de Warburton ; mais quand elle serait possible de la part d'un seul homme , le moyen d'imaginer de même comme possible une série d'extravagants ayant tous perdu l'esprit dans le même sens , et délirant de bonne foi ! Le bon sens se refuse absolument à cette supposition ; en sorte que , sans le moindre doute , plusieurs et peut-être tous auraient parlé pour de l'argent contre leur conscience. Qu'on imagine maintenant un Pitt, un Fox, un Burke , un Grcy , un Grcnvilh , ou d'autres têtes de cette force , assistant à l'un de ces sermons. Non-seulement le prédicateur sera perdu dans leur esprit , mais la défaveur rejaillira même sur l'ordre entier des prédicateurs.
Je traite ici d'un cas particulier ; mais il y a bien d'autres causes générales qui blessent le caractère de l'ecclésiastique dissident, et le ravalent dans l'opinion. Il est impossible que des hommes dont on se défie constamment, jouissent d'une grande considération ; jamais on ne les regardera, dans leur parti même , que comme des avocats payés pour soutenir une certaine cause. On ne leur disputera ni le talent , ni la science , ni l'exactitude dans leurs fonctions ; quant à la bonne foi , c'est autre chose.
« La doctrine d'une Eglise réformée , a dit Gibbon , « n'a rien de commun avec les lumières et la croyance « de ceux qui en font partie , et c'est avec un sourire ou « un soupir que le clergé moderne souscrit aux formes de
« l'orthodoxie et aux symboles établis Lesprèdic
« tions des catholiques se trouvent accomplies. Les armi- « nions , les ariens , les soci nions , dont il ne faut pa<
« calculer le nombre d'après leurs congrégations respectif « ves , ont brisé et rejeté l'enchaînement des mystères. »
Gibbon exprime ici l'opinion universelle des protestants éclaires sur leur clergé. Je m'en suis assuré par mille et mille expériences. Il n'y a donc plus de milieu pour le ministre réformé. S'il prêche le dogme , on croit qu'il ment ; s'il n'ose pas le prêcher, on croit qu'il n'es! rien.
Le caractère sacré étant absolument effacé sur le front de ses ministres , les souverains n'ont plus vu dans eux que des officiers civils qui devaient marcher avec le reste du troupeau , sous la houlette commune. On ne lira pas sans intérêt les plaintes touchantes exhalées par un membre même de cet ordre malheureux , sur la manière dont l'autorité temporelle se sert de leur ministère. Après avoir déclamé , comme un homme vulgaire , contre la hiérarchie catholique , il plane tout à coup au-dessus de tous les préjugés , et il prononce ces paroles solennelles :
« Le protestantisme n'a pas moins avili la dignité sa- « cerdotale \ Pour ne pas avoir l'air d'aspirer à la hié- « rarchie catholique, les prêtres protestants se sont défaits « bien vite de toute apparence religieuse, et se sont tous « mis très-humblement aux pieds de l'autorité tempo-
« relie Parce que la vocation des prêtres protes-
« tants n'était nullement de gouverner l'étal, il n'aurait « pas fallu en conclure que c'était à l'état à gouverner « l'Eglise2 Les récompenses que l'état accorde
(1) Ainsi ee caractère est avili des J"ux côtés î II faudrait bien cependant prendre un parti ; car si le sacerdoce est avili par la hiérarchie et par la suppression de la hiérarchie , il est clair que Dieu u'a pas su faire un sacerdoce , ce qui me parait un peu fort.
(2) Nullo part l'état ne gouverne l'éolisb ; mais toujours et partout il gouvernera justement ceux qui , s'éiaat tais hors de X Eglise , osent
■ aux ecclésiastiques , les out rendus tout à fait sécu-
« liers Avec leurs habits sacerdotaux , ils ont dé*
« pouillé le caractère spirituel..... L'état a fait son
« métier , et tout le mal doit être mis sur le compte du
« clergé protestant. 11 est devenu frivole.... Les prêtres
« n'ont bientôt plus fait que leur devoir de citoyens.
« L'état ne les prend plus que pour des officiers de
« police Il ne les estime guère, et ne les place que
« dans la dernière classe de ses officiers Dès que la
« Religion devient la servante de l'état , il est permis de
« la regarder, dans cet état d'abaissement, comme l'ou-
« vrage des hommes , et même comme une fourberie1.
« C'est de nos jours seulement qu'on a pu voir l'indus-
« trie j la diète , la politique , l'économie rurale , et la
« police entrer dans la chaire Le prêtre doit croire
« qu'il remplit sa destinée et tous ses devoirs en faisant
« lecture en chaire des ordonnances de la police. II don
« dans ses sermons publier des recettes contre les épi-
a rooties , montrer la nécessité de la vaccination , et
« prêcher sur la manière de prolonger la vie humaine.
« Comment donc s'y prendra-t-il aprèscela pour détacher
« les hommes des choses temporelles et périssables , tan-
« dis qu'il s'efforce lui-même , avec la sanction du gou-
cepondant s'appeler l'Eglise» Il tant choisir entre 1» hiérarchie catholique et la suprématie civile , il n'y a point de milieu. Et qui oserait blâmer des souverains qui établissent l'unité civile partout où ils n'en trouvent pas d'autre ? Que ce clergé séparé , qui ne se plaint que de lui-même, rentre dune dans l'unité légitime, et tout de suite il remontera comme par enchantement h ce haut degré de dignité dont mi-même se reconnaît déchu. Avec quelle bienveillance , avec quelle allégresse noua l'y reporterions Je nos propres mains ! Notre respect les attend.
(i) Voilà précisément ce que je disais tout à l'heure; et c'est un ïujei inépuisable d'utiles réflexions.
3^,5 • vernement , d'attacher les hommes aux galèbes de la