SUR LA PRÉTENDUE INVARIABILITÉ DU DOGME CHEZ LES
ÉGLISES SÉPARÉES DANS LE XIIe SIÈCLE.
Plusieurs catholiques , en déplorant notre funeste séparation d'avec les Eglises photiennes , leur font cependant l'honneur de croire que , hors le petit nombre de points contestés , elles ont conservé le dépôt de la foi dans toute son intégrité. Elles-mêmes s'en vantent et parlent avec emphase de leur invariable orthodoxie.
Cette opinion mérite d'être examinée, parce qu'en l'éclaircissant on se trouve conduit à de grandes vérités.
Toutes ces Eglises séparées du Saint-Siège , au commencement du XIIe siècle , peuvent être comparées à des cadavres gelés dont le froid a conservé les formes. Ce froid est l'ignorance qui devait durer pour elles plus que pour nous; car il a plu à Dieu , pour des raisons qui méritent d'être approfondies , de concentrer , jusqu'à nouvel ordre , toute la science humaine dans nos régions occidentales.
Mais dès que le vent de la science qui est chaud viendra à souffler sur ces Eglises , il arrivera ce qui doit arriver suivant les lois de la nature : les formes antiques se dissoudront , et il ne restera que la poussière.
Je n'ai jamais habité la Grèce, ni aucune contrée d*
TÀsie ; mais j'ai longtemps habité le monde , et j'ai le bonheur d'en connaître quelques lois. Un mathématicien serait bien malheureux , s'il était obligé de calculer l'un après l'autre tous les termes d'une longue série ; pour ce cas et pour tant d'autres , il y a des formules qui expédient le travail. Je n'ai donc aucun besoin de savoir (quoique je n'avoue point que je ne le sais pas) ce qui se fait et ce qui se croit ici ou là. Je sais , et cela me suffit, que si la foi antique règne encore dans tel ou tel pays séparé , la science n'y est point encore arrivée , et que si la science y a fait son entrée , la foi en a disparu ; ce qui ne s'entend point , comme on le sent assez, d'un changement subit , mais graduel , suivant une autre ioi de la nature qui n'admet point les sauts , comme dit l'école. — Voici donc la loi aussi sûre, aussi invariable que son auteur :
aucune religion , excepté une , ne peut supporter l'épreuve de la scienck
Cet oracle est plus sûr que celui de Calchas
La science est une espèce d'acide qui dissout tous les métaux , excepté Vor.
Où sont les professions de foi du XVIe siècle? — Dans les livres. Nous n'avons cessé de dire aux protestants : Fous ne pouvez vous arrêter sur les flancs d'un précipice rapide, vous roulerez jusqu'au fond. Les prédictions catholiques se trouvent aujourd'hui parfaitement justifiées. Que ceux qui n'ont fait encore que trois ou quatre pas sur cette même pente , ne viennent point nous vanter leur prétendue immobilité : ils verront bientôt ce que s'est que le mouvement accéléré.
J'en jure par l'éternelle vérité , et nulle conscience européenne ne me contredira : La science et la foi ne s'allieront jamais hors de l'unité.
On sait ce que dit un jour le bon La Fontaine en rendant le nouveau Testament à un ami qui l'avait engagé à le lire. S ai lu votre nouveau Testament , c'est un assez bon livre. C'est à celte confession , si l'on y prend bien garde , que se réduit à peu près la foi prolestante , à je ne sais quel sentiment vague et confus qu'on exprimerait fort bien par ce peu de mots :
Il pourrait bien y avoir quelque chose de divin dans h christianisme.
Mais lorsqu'on en viendra à une profession de foi détaillée, personne ne sera d'accord. Les anciennes formules ecclésiastiques reposent dans les livres : on les signe aujourd'hui parce qu'on les signait hier; mais qu'est-ce que tout cela signifie pour la conscience ?
Ce qu'il est bien important d'observer , c'est que les Eglises photiennes sont plus éloignée^ de la vérité que les autres églises protestantes ; car celles-ci ont parcouru le cercle de l'erreur , au lieu que les autres commencent seulement à le parcourir , et doivent par conséquent passer par le calvinisme , peut-être même par le socinianisme avant de remonter à l'unité. Tout ami de cette unité doit donc désirer que l'antique édifice achève de crouler incessamment chez ces peuples séparés , sous les coups de la science protestante, afin que la place demeure vide pour la vérité.
Il y a cependant une grande chance en faveur des Eglises dites schismatiques , et qui peut extrêmement accélérer leur retour : c'est celui des protestants qui est déjà fort avancé, et qui peut être hâté plus que nous ne le
croyons par un désir ardent et pur séparé de tout esprit d'orgueil et de contention.
On ne saurait croire à quel point les Eglises dites simplement schismatiques s'appuient à la révolte et à la science protestante. Ali ! si jamais la même foi parlait seulement anglais et français , en un clin d'œil l'obstination contre cette foi deviendrait dans toute l'Europe un véritable ridicule , et pourquoi ne le dirais-je pas ? un mauvais ton.
J'ai dit pourquoi on ne devrait attacher aucun mérite à la conservation de la foi parmi les Eglises photienncs , quand même elle serait réelle" : c'est parce qu'elles n'auraient point subi l'épreuve de la science ; le grand acide ne les a pas touchées. D'ailleurs, que signifie ce mot de foi , et qu'a-t- il de commun avec les formes extérieures et les confessions écrives? S'agit-il entre nous de savoir ce qui est écrit?
autres considerations tirees de la position de ces
églises. remarque particulière sur les sectes
d'angleterre et de Russie.
Voici encore une autre loi de la nature : Rien ne s'altère que par mixtion , et jamais il riy a mixtion sans affinité. Les Eglises photiennes sont conservées au milieu du mahométisme comme un insecte est conservé dans l'ambre. Comment seraient-elles altérées , puisqu'elles ne sont touchées par rien de ce qui peut s'unir avec elles ? Entre le mahométisme et le christianisme , il ne peut y avoir de mélange. M;us si l'on exposait ces Eglises à l'action du
protestantisme ou du catholicisme avec un feu de science suffisant, elles disparaîtraient presque subitement.
Or , comme les nations peuvent aujourd'hui , au moyen des langues , se toucher à distance , bientôt nous serons témoins de la grande expérience déjà fort avancée en Russie. Nos langues atteindront ces nations qui nous vantent leur foi reliée en parchemin , et dans un clin d'œil nous les verrons boire à longs traits toutes les erreurs de l'Europe. — Mais alors nous eu serons dégoûtés , ce qui rendra probablement leur délire plus court.
Lorsque l'on considère les épreuves qu'a subies l'Eglise romaine par les attaques de l'hérésie et par le mélange des nations barbares qui s'est opéré dans son sein , on demeure frappé d'admiration en voyant qu'au milieu de ces épouvantables révolutions , tous ses titres sont intacts et remontent aux Apôtres. Si elle a changé certaines choses dans les formes extérieures , c'est une preuve qu'elle vit ; car tout ce qui vit dans l'univers change , suivant les circonstances , en tout ce qui ne tient point aux essences. Dieu qui se les est réservées , a livré les formes au temps pour en disposer suivant de certaines règles. Cette variation dont je parle est même le signe indispensable de la vie , l'immobilité absolue n'appartenant qu'à la mort.
Soumettez un de ces peuples séparés à une révolution semblable à celle qui a désolé la France durant vingt-cinq ans : supposez qu'un pouvoir tyrannique s'acharne sur l'Eglise, égorge, dépouille, disperse les prêtres; qu'il tolère surtout et favorise tous les cultes , excepté le culte national ; celui-ci disparaîtra comme une fumée.
La France , après l'horrible révolution qu'elle a soufferte , est demeurée catholique ; c'est-à-dire que tout ce qui n'est pas demeuré catholique n'est rien. Telle est la
force de la vérité soumise aune épreuve terrible. Uhomme sans doute a pu en être altéré ; mais la doctrine nullement, parce qu'elle est inaltérable de sa nature.
Le contraire arrive à toutes les religions fausses. Dès que l'ignorance cesse de maintenir leurs formes , et qu'elles sont attaquées par des doctrines philosophiques , elles entrent dans un état de véritable dissolution, et marchent vers l'anéantissement absolu par un mouvement sensiblement accéléré.
Et comme la putréfaction des grands corps organisés produit d'innombrables sectes de reptiles fangeux, les religions nationales qui se putréfient , produisent de même une foule d'insectes religieux qui traînent sur le même sol les restes d'une vie divisée, imparfaite et dégoûtante.
C'est ce qu'on peut observer de tous côtés ; et c'est par là que l'Angleterre et la Russie surtout peuvent s'expliquer à elles-mêmes le (nombre et l'inépuisable fécondité des sectes qui pullulent dans leur vaste sein. Elics naissent de la putréfaction d'un grand corps : c'est l'ordre de la nature.
L'église russe , en particulier , porte dans son sein plus d'ennemis que toute autre ; le protestantisme la pénètre de toutes parts. Le rascolnisme x , qu'on pourrait
(1) On pourrait écrire un mémoire ^intéressant sur ces rascolnics. Renfermé dans les bornes étroites d'une note , je n'en dirai que ce qui est absolument indispensable pour me faire entendre.
Le mol de rascolnic, dans la langue russe , signifie, au pied de la lettre , schismalique. La scission désignée par cette expression générique a pris naissance dans une ancienne traduction de la Bible , à laquelle les rascolnics tiennent infiniment, et qui contient des textes altérés suivant eux dans la version dont l'Eglise russe fait usage. C'est sur ce fondement qu lisse nemment eux-mêmes (et qui pourrait les en empêcher?) hommes d» l'antique foi , ou vieux croyants (staroversi). Partout où le pccyleu
appeler VUluminisme des campagnes , se renforce chaque jour : déjà ses enfants se comptent par millions ; et les lois n'oseraient plus se compromettre avec lui. VUluminisme, qui est le rascolnisme des salons, s'attache aux chairs délicates que la main grossière du rascolnic ne saurait atteindre. D'autres puissances encore plus dangereuses agissent de leur côté , et toutes se multiplient aux dépens de la masse qu'elles dévorent. Il y a certainement de grandes différences entre les sectes anglaises et les sectes russes ; mais le principe est le même. C'est la religion nationale qui laisse échapper la vie , et les insectes s'en emparent.
possédant pour son malheur l'Ecriture sainte en langue vulgaire, s'avise de la lire et de l'interpréter, aucune aberration de l'esprit particulier ne doit étonner. Il serait trop long de détailler les nombreuses superstitions qui sont venues se joindre aux griefs primitifs de ces hommes égarés. Bientôt la secte originelle s'est divisée et subdivisée , comme il arrive toujours, au point que dans ce moment il y a peut-être en Russie quarante sectes de rascolnics. Toutes sont extravagantes, et quelques-unes abominables. Au surplus, les rascolnics en masse protestent contre l'Eglise russe, comme celle-ci proteste contre l'Eglise romaine. De part et d'autre c'est le même motif, le même raisonnement et le même droit ; de manière que toute plainte de la part de l'autorité dominante serait ridicule. Le rascolnisme n'alarme ni ne choque la nation en corps, pas plus que toute autre religion fausse ; les hautes classes ne s'en occupent que pour en rire. Quant au sacerdoce , il n'entreprend rien sur les dissidents , parce qu'il sent son impuissance , et que d'ailleurs l'esprit de prosélytisme doit lui manquer par essence. Le rascolnisme ne sort point de la classe du peuple ; mais le peuple est bien quelque chose , ne fût-il même que de trente millions. Des hommes qui se prétendent instruits portent déjà le nombre de ces sectaires au septième de ce nombre , à peu près , ce que je n'affirme point. Le gouvernement qui seul sait à quoi s'en tenir s'en dit rien et fait bien. Il use , au reste , à l'égard des rascolnics, d'une prudence, d'une modération , d'une bonté sans égales ; et quand même il en résulterait des conséquences malheureuses , ce qu'a Dieu ne plaise! il pourrait toujours se consoler en pensant que la sévérité n'aurait pas mieux réussi.
Pourquoi ne voyons-nous pas des sectes se formel en France , par exemple , en Italie , etc. ? Parce que la Religion y vit toute entière , et ne cède rien. On pourra bien voir à côté d'elle l'incrédulité absolue , comme on peut voir un cadavre à côté d'un homme vivant ; mais jamais elle ne produira rien d'impur hors d'elle-même , puisque toute sa vie lui appartient. Elle pourra , au contraire , se propager et se multiplier en d'autres hommes chez qui elle sera encore elle-même, sans affaiblissement ni diminution , comme la lumière d'un flambeau passe à mille autres.
GHAFÏTEE IV.
sua le nom de pholieunes appliqué aus.
ÉGLISES SCHEMATIQUES.
Quelques lecteurs remarqueront peut-être , avec une certaine surprise , l'épi thète de pJiotienncs dont je me suis constamment servi pour désigner les églises séparées de l'unité chrétienne par le schisme de Phoiius, S'ils y voyaient la plus légère envie d'offenser, ouïe plus léger signe de mépris, ils se tromperaient fort sur mes intentions. 11 ne s'agit pour moi que de donner aux choses un nom vrai , ce qui est un point de la plus haute importance. J'ai dit plus haut , et rien n'est plus évident , que toute Eglise séparée de Rome est protestante. En efiet , qu'elle proteste aujourd'hui ou qu'elle ait protesté hier, qu'elle proteste sur un dogme , sur deux ou sur dix , toujours est-il vrai qu'elle proteste contre l'unité et l'autorité universelle. Pholius était né dans cette unité : il reconnaissait si bien l'autorité du Pape, que c'est au Pape qu'il demanda avec tant d'instance le titre de Patriarche
œcuménique , absurde dès qu'il n'est pas unique. II ne rompit même avec le Souverain Pontife , que parce qu'il ne put en obtenir ce grand titre qu'il ambitionnait. Car , il est bien essentiel de l'observer, ce ne fut point le dogme qui nous sépara des Grecs : ce même orgueil qui seul avait opéré la scission , chercha ensuite à l'appuyer sur ce dogme. Photius , il est vrai , nous avait assez violemment attaqués sur la procession du Saint-Esprit ; mais la séparation n'était point encore complète. Des querelles et des débats ne sont pas des schismes. Celui des Grecs ne fut réellement accompli que sous le patriarcat de Michel Cerularius, qui fit fermer les églises latines à Constantinople. Le Pape Léon IX, en l'année 1054, envoya encore dans cette capitale des légats qui excommunièrent Michel Cerularius; ce qui fait bien voir que la scission n'était point encore achevée. Or, dans l'écrit fondamental de ce dernier, composé par Nicetas Pectoratus , on reproche aux Latins de judaïser en observant le sabbat et les azymes, et de chanter V Alléluia en carême : on y ajouta depuis les barbes rasées , l'abstinence du samedi et le célibat des prêtres4, sur quoi Voltaire s'est écrié : Etranges raisons pour brouiller l'Orient et X Occidental Les Grecs commencèrent par dire que la primauté du Saint- Siège (qu'il n'y avait pas moyen de nier) lui venait, non de l'autorité divine, mais de celle des empereurs ; que l'empire ayant été transporté à Constantinople , la suprématie pontificale s'était éteinte à Rome avec l'empire , sans parler de l'invasion des Barbares, qui l'avaient annulée. Ce ne fut que dans la suite et pour justifier leur
(1) Maîmbourg , Hist. du schisme des Grées, liv. III, sa ann. 1053.
(2) Voll. Essai eu? les mœurs, etc. tom. I, ch. XXXI, in-8,
pnj. 502.
schisme, qu'ils en vinrent à soutenir que Rome était décime de son droit, à cause de son hérésie sur la procession du Saint-Esprit1. Enfin , c'est une chose bien digne de remarque que, depuis l'époque où les Latins avaient introduit de toutes parts le Filioque dans le Symbole , on célébra trois conciles généraux en Orient, deux desquels se tirent à C. P. , même sans qu'il y eût sur cet objet la moindre plainte , !a moindre réclamation des Orientaux2. Ces faits ne doivent point être répétés pour les théologiens qui ne peuvent les ignorer , mais pour les gens du monde qui s'en doutent peu , dans les pays même où il serait si important de les connaître.
Photius protesta donc, comme l'ont fait depuis les églises du XVIe siècle , de manière qu'il n'y a en(re toutes les églises dissidentes d'autres différences que celles qui résultent du nombre des dogmes en litige. Quant au principe, il est le même. C'est une insurrection contre TEglise-mère qu'on accuse d'erreur ou d'usurpation. Or , le principe étant le même , les conséquences ne peuvent différer que par les dates. 11 faut que tous les dogmes disparaissent l'un après l'autre , et que toutes ces Eglises se trouvent à la fin socinienncs ; l'apostasie commençant toujours et s'accomplissant d'abord dans le clergé , ce que je recommande à l'attention des observateurs.
Quanta l'invariabilité des dogmes écrits, des formules nationales, des vêtements, des mitres, des crosses, des génuflexions, des inclinations, des signes de croix, etc., etc. , je n'ajouterai qu'un mot à ce que j'ai dit plus haut.
(1) Maimbourg, Hist. du schisme des Grecs , liv. m , ad ann. 1053*
(2) Ibid. liv. I, ad ann. 867. Ces trois conciles sont le 2e deC. P. en 553 , le 3e de G. P. en 680 , el le 2e de Nicée en 787.
César et Cîcéron , s'ils avaient pu vivre jusqu'à nos jours, seraient vêtus comme nous : leurs statues porteront éternellement la toge et le laliclave.
Toute Eglise séparée étant donc protestante , il est juste de les renfermer toutes sous la même dénomination. De plus , comme les Eglises protestantes se distinguent entre elles par le nom da leurs fondateurs , par celui des nations qui reçurent la prétendue réforme , en plus ou en moins , ou par quelque symptôme particulier de la maladie générale , de manière que nous disons : II est calviniste } il est luthérien , il est anglican, il est méthodiste , il est baptiste, etc. ; il faut aussi qu'une dénomination particulière dislingue les Eglises qui ont protesté dans le XIe siècle , et certes on ne trouvera pas de nom plus juste que celui qui se tire de l'auteur même du schisme, quoiqu'il soit antérieur au dernier acte de la rupture. Il est de toute justice que ce funeste personnage donne son nom aux Eglises qu'il a égarées. Elles sent donc photiennes comme celle de Genève est calviniste , comme celle de Wiltemberg est luthérienne. Je sais que ces dénominations particulières leur déplaisent 4 , parce que la conscience leur dit que toute religion quiportele nom d'un homme ou d'un peuple est nécessairement fausse. Or , que chaque Eglise séparée se donne chez elle les plus beaux noms possibles, c'est le privilège de l'orgueil national ou particulier : qui pourrait le lui disputer?
(1 ) Quant au terme de calviniste, je sais qu'il en est parmi euxqui t'offensent quand on les appelle de ce nom. (Perpétuité" de la foi. XI , 2. ) Les évangéliques , que Tolland appelle luthériens, quoique plusieurs d'entre eux rejettent cette dénomination. (Leibnitz, OEuvres , lom. V, p. 142.) On nomme prêférablemenl évangéliques en Allemagne ceux que plusieurs appellent luthériens mal a propos. (Le même, Nouv, Çssais sur l'entendement humain, p. 461. ) Lisez T6Ès-A-*>r.0P0S.
i Orbis me sibilat , at mihi pluudo
Ipsa domi *
Mais toutes ces délicatesses de l'orgueil en souffrance nous sont étrangères, et ne doivent point être respectées par nous ; c'est un devoir au contraire de tous les écrivains catholiques de ne jamais donner dans leurs écrits , aux Eglises séparées par Photius , d'autre nom que celui de photiennes ; non par un esprit de haine et de ressentiment (Dieu nous préserve de pareilles bassesses !), mais au contraire par un esprit de justice , d'amour , de bienveillance universelle; afin que ces Eglises, continuellement rappelées à leur origine, y lisent constamment 1 ur nullité.
Le devoir dont je parle est surtout impérieusement prescrit aux écrivains français ,
Qnos penès arbilriura est el jus et norma loquendi2 ;
l'éminente prérogative de nommer les choses en Europe leur étant visiblement confiée comme représentants de la nation dont ils sont les organes. Qu'ils se gardent bien de donner aux Eglises photiennes les noms d'Eglise grecque ou orientale : il n'y a rien de si faux que ces dénominations. Elles étaient justes avant la scission , parce qu'alors elles ne signifiaient que les différences géographiques de plusieurs Eglises réunies dans l'unité d'une môme puissance suprême ; mais depuis que ces dénominations ont exprimé une existence indépendante, elles ne sont pas tolérables et ne doivent plus être employées.
(1) [ . . . Populus me sibilat, at mihi plando
Ipse domi. Ilorat. I, sat. I , 66.]
(2) [Ilorat. ad Pis. 72.]