S. AU CHAPITRE lVé § 1er
Tai remarqué dans ce chapitre que l'esprit des dissidents n'avait jamais changé dans l'Eglise. Photius et ses adhérents disaient dans leur protestation contre les décisions du concile qui les avait condamnés : Nous ne connaissons d'autre autorité que celle des canons; ce sont là nos juges ; nous ne connaissons ni Rome , ni Antioche , ni Jérusalem , etc. '. Ecoutons maintenant l'Eglise anglicane déchirant sa foi , en 1562 , dans ses fameux articles.
Jérusalem s'est trompée, Alexandrie s'est trompée ? Rome s'est trompée; nous ne croyons qu'à l'Ecriture sainte»
On voit comment le même principe inspire les mêmes idées, et jusqu'aux mêmes paroles. Ce rapprochement m'a paru piquant.
Comme il a été fort question du Filioque dans le chapitre précédent , on accordera peut-être quelque attention à l'observation suivante. On connaît le rôle que joua le platonisme dans les premiers siècles du christianisme. Or , l'école de Platon soutenait que la seconde personne de sa fameuse Trinité procédait de la première , et la troisième de la seconde12. Pour être bref, je supprime les
(1) Maimbourg, Hist. du schisme des Grecs , liv. II. ad ann. 869.
(2) [Sur la question de savoir s'il y a, ou s'il n'y a pas, dans Platon, la Trinité que les philosophes syncre'lisles voulurent y trouver, on peut ïuix la Théodicce chrétienne de M. l'abbé Maret , pag. 233-238.]
autorités qui sont incontestables. Arius qui avait beaucoup hante les platoniciens, quoique dans le fond il fût sur la Divinité moins orthodoxe qu'eux; Arius, dis-je , s'accommodait fort de cette idée ; car son intérêt étail dé tout accorder au Fils, excepté la consubstanlialité. Les ariens devaient donc soutenir volontiers avec les platoniciens (quoique partant de principes différents) que It Saint-Esprit procédait du Fils. Macédonius, dont l'hérésie n'était qu'une conséquence nécessaire de celle d'Àrius , vint ensuite , et se trouvait porté par son système à la même croyance. Abusant du célèbre passage : Tout a itè [ait par lui , et sans lui rien ne fut fait, il en concluait que le Saint-Esprit était une production du Fils qui avait tout fait. Cette opinion étant donc commune aux ariens de toutes les classes , aux macédoniens et à tous les ama teurs du platonisme, c'est-à-dire, en réunissant ces différentes classes, à une portion formidable des hommes instruits alors existants, le premier concile de C. P. devait la condamner solennellement ; et c'est ce qu'il fit < n déclarant la procession ex Pâtre. Quant à la procession ex Filio , il n'en parla pas, parce qu'il n'en était pas question , parce que personne ne la niait, et parce qu'on ne la croyait que trop , s'il est permis de s'exprimer ainsi. Tel est le point de vue sous lequel il faut, ce me semble, envisager la décision du concile; ce qui n'exclut , au reste , aucun autre argument employé dans cette question décidée, même indépendamment des autorités théologiques (qui. doivent cependant nous servir de règle), par les raisonnements tirés de la plus solide ontologie.