‹ Du pape et du concileChapitre 36 sur 135 · FUT CE CHEF SUPRÊME · texte numérisé non relu

FUT CE CHEF SUPRÊME

ARTICLE L

NOTIONS PRÉLIMINAIRES

Pour qu'il y eût dans le gouvernement de l'Eglise un ordre parfait, il ne suffisait pas qu'un certain nombre de ministres sacrés fussent destinés à lui prêter leu'r concours et qu'ils fussent rangés dans les différents degrés de la hiérarchie ecclésiastique, d'après les différents ministères qu'on y exerce ; mais il fallait encore qu'ils fussent subordonnés les uns aux autres, afin que toutes les parties de l'Eglise pussent se réduire à une unité parfaite. C'est pourquoi on distingue dans l'Eglise le pouvoir d'Ordre du pouvoir de Juridiction, comme on distingue entre le droit de commander et l'obligation d'obéir. Aussi, a-t-on toujours regardé comme nécessaire dans l'Eglise, la mission des ministres conférée par leurs supérieurs. *

(*) Il ne sera pas hors de propos, avant d'entamer ce Chapitri; et les suivants, Je rappeler succinctement quelques notions sur le Pouvoir de l'Eglise Catholique. — L Eglise a pour fin de procurer le salut de l'homme par le moyen de la religion que Dieu même a révélée. Or, Dieu, qui veut que tous les hommes parviennent à la connaissance de la vérité et, par elle, au salut, a dû établir son Eglise de manière à lui rendre possible et facile l'obtention de sa fin ; et à cet effet, il a da

Avant de priver l'Eglise de sa présence et de remonter au ciel le jour de sa glorieuse Ascension, notre divin Sauveur voulut établir sur cette terre un homme qui fût son Vicaire visible et qui gouvernât l'Eglise en qualité de chef suprême, afin que tous les fidèles eussent recours à lui dans leurs doutes et pussent obtenir une décision certaine au sujet de la véritable doctrine, de manière à conserver dans toute l'Eglise une seule et même foi. Ce résultat n'aurait pu s'obtenir, si Dieu n'avait établi un chef et juge unique qui décidât d'une manière infaillible toutes les controverses, et à qui tous dussent se soumettre. Un seul est élu, dit Saint Jérôme, afin que, le chef une fois établi, toute occasion de schisme soit enlevée : Propterea unus eligitur, ut capitc constituto, schismatis tollatur occasio} Et Saint Cyprien a émis cette pensée profondément vraie, que toutes les hérésies et tous les schismes sont provenus de ce qu'on n'obéit pas au Prêtre de Dieu, et qu'on ne considère pas qu'il n'y en a qu'un dans l'Eglise qui soit ici-bas prêtre et juge à la place de Jésus-Christ.

(1) Adv. Jovinian. l. i. n. 26.

lui donner 1° le moyen de pourvoir à la conservation et à la propagation de la doctrine révélée ; ce qu'il est impossible de réaliser sans l'enseignement ; de là la nécessité du pouvoir d'enseigner [Magisterium) ; 2° le moyen de conserver et d'entretenir le culte extérieur ; de là la nécessité du pouvoir de régler le culte public et de dispenser les Sacrements {Ministerium) ; 3° le moyen de pourvoir à sa propre conservation par un gouvernement bien ordonné ; de là la nécessité du pouvoir de régir et de gouverner {Heyimen) , qui comprend le pouvoir législatif, judiciaire, et coactif. C'est ainsi qu'à une triple mission répond un triple pouvoir. En somme, l'idée de l'Eglise se résume dans ces trois mots: Doctrine;, Culte, Société: doctrine qu'elle conserve par le magisterium ; culte auquel elle pourvoit par le ministerium ; société qu'elle maintient par le regimen. C'est ce triple pouvoir qui est connu sous le nom de Pouvoir dbs Clefs, ou simplement Clefs de i/Eglise. On le divise également en pouvoir à'ordre, qui répond au ministerium, et en pouvoir de juridiction, qui répond au regimen : le premier, qui se confère par l'ordination sacrée et est inhérent au Sacrement d'Ordre avec un caractère indélébile, rend apte à offrir le Saint Sacrifice, à administrer les Sacrements, et à remplir les fonctions sacrées ; le second, qui exige une mission légitime ou une institutioa canonique, confère une autorité sur les fidèles pour le gouvernement de l'Eglise, et donne le droit d'enseigner et d'exercer les Ordres.

Mais pour que l'Eglise pût atteindre toujours et infailliblement sa fin dernière, qui est de sauver l'homme, Jésus-Christ a dû la constituer comme une société toujours existante et toujours infaillible ; par conséquent, il a dû lui conférer le triple pouvoir avec la double prérogative de V Indéfectibilité et de Y Infaillibilité : c'est ce qu'il a réalisé, en le conférant immédiatement et pour toujours aux Apôtres et à leurs successeurs. — Mais ce pouvoir suppose naturellement et nécessaire-

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