PREUVES DE CETTE PROPOSITION
Jésus-Christ a fondé son Eglise avec l'intention de la faire durer jusqu'à la fin des- temps, et c'est pourquoi il lui a promis qu'il ne l'abandonnerait point jusqu'à la consommation des siècles : Ego vobiscum sum.. . usque ad consummationem sœcuU. ^ Or, cette promesse aurait été vaina et le Seigneur aurait montré peu de sollicitude pour son Eglise, s'il n'avait pas établi que le pouvoir suprême qui fut accordé à Saint Pierre en qualité de chef visible de son Eglise et qui était indispensable au bon gouvernement de cette Eglise, ainsi que nous l'avons vu ci-dessus, passerait aux successeurs de cet Apôtre et ne finirait point avec sa vie. Les privilèges de ce Siège, écrivait le pape Nicolas I à l'empereur Michel, sont perpétuels; ils sont plantés et enracinés par une main divine; on peut les ébranler, mais on ne saurait les arracher. Ils ont existé avant votre empire, ils existent présentement, grâce au ciel! dans leur intégrité, ils existeront encore après vous, et ils ne cesseront d'exister aussi longtemps que le nom chrétien sera prêché : * Privilégia istius Sedis péril) Matth. 28. 20.
[*) Nous ferons remarquer ici, une fois pour toutes, qu'en faisant passer dans notre langue, pour la facilité d'un plus grand nombre de lecteurs, les nombreux
20 l®*" TRAITÉ. — LE SUPRÊME PONTIFICAT, ETC.
petua simt; divinitus radicata atqiie plantata sunt; trahi possunt, evelli non possunt. Quœ ante imperium vestrum fuerunt et permanent, Deo grattas, hactenus illibata, manehuntque post vos, et quousque christianum nomen prœdicatum fuerit, illa suhsistere non cessahunt. Aussi le Concile général de Constance dit-il que lorsqu'il s'élève des doutes sur les dogmes du christianisme, nous avons à notre disposition une règle certaine pour découvrir la vérité : c'est de nous en référer à la décision de l'Eglise où se conserve la succession des Apôtres, parce que là aussi se conserve, sans nul doute, la véritable doctrine des Apôtres.
Notre-Seigneur a déclaré autrefois que les Portes de l'enfer ne prévaudraient jamais contre l'Eglise fondée sur la pierre; or, depuis longtemps elles auraient prévalu, si cette promesse du Rédempteur ne s'était pas également réalisée à propos des successeurs de Pierre. Mais nous ne devons avoir aucun doute à ce sujet, dit Saint Optât de Milève, parce que Saint Pierre a reçu de Jésus-Christ les Clefs du royaume des cieux, non-seulement pour lui-même, mais aussi pour tous les Pontifes, ses successeurs, à qui il devait les transmettre : Beatus Petrus... prœferri Apostolis omnibus meruit, et Claves regni cœlorum communicandas cœteris solus accepit. ^
Dieu nous a donc donné une règle pour connaître la véritable Eglise, et cette Eglise n'est autre que celle dont le chef descend, par une légitime succession, de l'Apôtre Saint Pierre.
Voici comment les Saints Pères nous dépeignent la véritable Eglise de Jésus-Christ : L'Eglise Romaine, dit Saint Irénée, possède une tradition qu'elle tient des Apôtres, et une foi qui est annoncée partout et qui est parvenue jusqu'à nous par la succes-
(1) De Schism. Donatist. adv. Parmenian. l. 7. c. S. passages des Conciles, des Papes et des Saints Pères, qui seront cités jusqu'à la fin de cet ouvrage , nous avons respecté autant que possible le texte des citations latines, préférant, en ce point, l'exactitude à l'élégance, et nous tenant même à la lettre, pour autant que nous y autorise le génie des langues.
Le traducteur.
CH. n. LES PAPES, SUCCESSEURS DE SAIxNT PIERUE. ART. I. 21
sion des évêques : Romœ fundatu... Ecclesia hahet ah Apostolis traditionem, et annimciatam hominibus fidetn per successiones episcopomm pervenientem usqiie ad nos. ^
Saint Ambroise^ et Saint Jérôme^ disent la même chose.
Ecoutons Saint Optât de Milève, exprimant la même vérité avec encore plus de précision: Vous ne pouvez nier, dit-il à Parménien, un fait que vous connaissez très-bien : c'est que la chaire épiscopale érigée dans la ville de Rome, a été occupée d'abord par Pierre, et qu'il s'j est assis comme chaf de tous les Apôtres ; Lin a succédé à Pierre, Clément a succédé à Lin, et ainsi de suite : Negare non potes scire te m urbe Romœ Petro primo cathedram episcopalem esse collatam, in qua sederit omnium Apostolorum caput Petrus...; Petro successif Linus, Lino Clemens, etc. ^
Saint Atlianase écrit en ces termes au pape Saint Marc : Nous désirons recevoir par l'autorité du Siège sacré de votre Eglise, laquelle est la mère et la tête de toutes les Eglises, ce qui a rapport à la correction et au soulagement des fidèles : Optamus ut a vestrœ Sanctœ Sedis EccLesiœ- auctoritate, quœ est mater et caput omnium Ecclesiarum, ea ad correctionem et recreationem fidelium percipere, etc. ^
Quelle consolation pour nous, dit Bossuet, de pouvoir remonter du Pontife actuel jusqu'à Saint Pierre, qui a été établi par Jésus-Christ !
Ecoutons encore ce que l'empereur Valentinien écrivait à Théodose : Il appartient au très-saint Evêque de Rome, à qui l'antiquité a attribué la principauté du sacerdoce,* de décider les questions qui concernent la foi et les prêtres : Beatissimus romance civitatis Episcopus, cui principatum sacerdotii super
(1) Adv. Ilœres. l. S. c. S.
(2) Orat. funeb. de obit. Satyr. n. 8.
(3) Apoloff. adv. Ruftn. l. i.
(4) De Schism. Donatist. adv. Parmen. l. S. c. 2.
(5) Epist. ad Marc. pap.
( ) Saint François de Sales emploie la même expression dans une lettre qu'il adressa, sous la date du 4 février 1597, au pape Clément VIII : a Nous reconnaissons dans Votre Béatitude la principauté du sacerdoce, etc. • Le traducteur.
22 l**" TRAITÉ. LE SUPRÊME PONTIFICAT, ETC.
omnes antiquitas contulit, locum habeat de fide et sacerdotibus judicare.^
Et avant cet empereur, Constantin le Grand avait dit, comme le constatent les Actes du Concile de Nicée, que c'est à Rome que l'Empereur céleste avait établi la principauté du sacerdoce et la tête de la religion : Romœ principatum sacerdotum et religionis caput ab Imperatore cœlesti constitutum esse.
Mais écoutons maintenant ce que disent les Conciles, et voyons quelle idée ils ont du Siège Apostolique.
Dans le IV® Concile de Constantinople, nous lisons ces paroles: Désirant ne nous écarter en aucune manière de la doctrine et de la foi de ce Siège Apostolique, et suivant en tout les Constitutions des Pères et surtout des Saints Pontifes de ce même Siège Apostolique, nous anathématisons toutes les hérésies, etc. : Ab hvjus ergo Sedis ApostoUcœ fide atque doctrina separari minime cupientes, et Patrum ac prœcipue Sanctorum Sedis ApostoUcœ prœsulum sequentes in omnibus constituta, anathematizamus omnes hœreses.^ Et à propos du même Siège Apostolique, le Concile ajoute un peu plus bas : C'est en lui que se trouve l'entière et véritable solidité de la religion chrétienne : In qua [Sede] est intégra et vera christianœ religionis soliditas.^
Dans le l®"" Concile de Nicée, nous lisons ces paroles : Celui qui occupe le Siège de Rome, est le chef et le prince de tous les Patriarches; car il tient le premier rang comme Saint Pierre, à qui a été donnée la puissance sur tous les princes chrétiens et sur tous leurs peuples, de sorte qu'il est le Vicaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ pour régir tous les peuples et toute l'Eglise Chrétienne; et quiconque soutient le contraire, est excommunié par le Concile : llle qui tenet Sedem Romœ, caput est et princeps omnium Patriarcharum, quandoquidem ipse est primus sicut Petrus, cui data est potestas in omnes principes
(1) Inter prœatnh . Conc. Chalceclon. n. 25. Edit. Lahb.
(2) Act. I. {Coll. reg. t. SS.) (3) Ibid.
(H. n. LES PAPKS, SUCCKSSEURS DE SAINT PIERRE. ART. 1. 23
christianos et omnes populos eorum, ut qui sit Vicarius Christi Domini nostri super cunctos populos et universam Ecclesiam, Christianam ; et quicumque contradixerit, a Synodo eœcommunicatur.^
El dans le Concile de Rome, tenu sous Adrien II, il est dit : Dans les temps passés, tandis que les hérésies et les crimes se multipliaient, les successeurs de Pierre dans le Siège Apostolique ont constamment extirpé ces plantes nuisibles et cette pernicieuse ivraie : Rétro olimque semper, cum hœreses et scelera pullularent, noxias illas herbas et zizania Apostolicœ Sedis (Romance) successores extirparunt*
Et dans le Concile de Florence, on lit ces paroles : Nous définissons également que le Saint Siège Apostolique et le Pontife Romain sont investis de la primauté sur le monde entier; que ce même Pontife Romain est le successeur du Bienheureux Pierre, prince des Apôtres ; qu'il est véritablement le Vicaire du Christ et le Chef de toute l'Eglise ; qu'il a reçu de Notre- Seigneur Jésus-Christ, dans la personne du Bienheureux Pierre, le plein pouvoir de paître, régir, et gouverner l'Eglise universelle : Item definimus Sanciam Apostolicam Sedem et Romanum Pontificem: in universum orbem tenere priTnatum, et ipsum Pontificem Romanum successorem. esse Beati Pétri, principis Apostolorum, et verum Christi Vicarium totiusque Ecclesiœ caput..., et ipsi in Beato Petro pascendi, regendi, et gubernandi universalem Ecclesiam a Domino nostro Jesu Christo plenam potestatem traditam esse.^
De plus, dans le Concile de Constance, ^ on condamna la proposition 37^ de Wicleff, laquelle était ainsi conçue : Le Pape n'est pas le Vicaire immédiat et prochain de Jésus-Christ : Papa non est immediatus et proximus Vicarius Christi. Ce Concile
(1) Can. 59. {Coll. reg. t. 2.)
(2) Sess. ult. Def. — Labb. p. 2. col. 22. (3) Sess. 8.
(*) Il parait assez probable que ces paroles ne sont pas proprement celles du Concile de Rome tenu sous Adrien II. Mais le sens de cette phrase se trouve dans la lettre que Saint Ignace de Constantinople écrivit à Adrien, et qui fut lue au IVe Concile de Constantinople, ou Ville œcuménique. Acte 3e. (Voir Collect. Reg. t. S.3. p. 188 ) .A.U reste, ce Concile de Rome n'existe plus qu'en substance.
Le traducteur.
24 l^'" TRAITÉ. — LE SUPRÊME PONTIFICAT, ETC.
approuva en outre la lettre de Martin V, par laquelle il prescrivait d'interroger les gens suspects d'hérésie, en leur demandant « s'ils croyaient que le Pape est le successeur de Pierre, avec l'autorité suprême dans l'Eglise de Dieu : » Utruyn credant quod Papa sit successor Pétri, hahens supremam auctoritatem in Ecclesia Dei.^ On voit par là que le Pontife Romain a toujours été reconnu pour successeur de Saint Pierre, et, par conséquent, pour Vicaire de Jésus-Christ et Chef suprême de l'Eglise.* Or, qui pourrait s'imaginer que, dès les premiers temps, les
(1) Sess. 4o. BiUla " Inter cunctas. " {Coll. reg. t. 29.)
(*) On pourrait compléter cette série de témoignages émanant des Conciles, en citant quelques-unes des paroles du saint Concile de Trente, le dernier œcuménique : il considère le Pape comme le Yicaire de Dieu même sur la terre : Ipsius Dei in terris Vicarins {Sess. VI. De jRefofm. cap. 1) ; — comme possédant l'autorité du Siège suprême : Supremœ Scdis aucloritate, etc. [ïbid.) ; — comme étant chargé de l'administration de l'Eglise universelle : Cum universalis Ecclesiœ administratio nitatur, etc. {Sess. XXV. cap. 1); — comme investi du pouvoir suprême dans l'Eglise universelle : Pro suprema potestate sibi in Ecclesia universa Iradita (Sess. XIV. De Pœnit. cap. 7) ; — comme le Pontife suprême à qui tous les Patriarches, Primats, Archevêques, Evéques, doivent la promesse et la profession d'une vraie obéissance : Veram obedientiam Summo Romano Poniiflci spondeant et profiteantur {Sess. XXV. De Reform. cap. 2).
On connaît les pages aussi attrayantes que solides qu'un des auteurs les plus justement renommés de ces derniers temps, l'illustre comte Joseph de Maistre, a écrites sur la suprématie pontificale {Du Pape, liv. I. ch. 6 et suiv.). Il fournit, en faveur de la suprématie romaine, non-seulement les témoignages unanimes des Eglises d'Orient et d'Occident, mais encore les témoignages particuliers de l'Eglise gallicane, du parti janséniste, du protestantisme, de l'Eglise russe et de l'Eglise grecque; et à cette occasion, il cite quelques noms propres qu'il est bon de relever, tels que ceux de Bossuet, Fleury, Pascal, Luther, Calvin, Mélanchthoa, Grotius, Mûller, Bonnet, etc. Nous ne résistons pas au plaisir de citer ici quelques lignes de l'éminent défenseur du Pape. Voici comment il s'exprime, dès le début, sur la suprématie du Souverain Pontife : » Rien dans toute l'histoire ecclésiastique n'est aussi invinciblement démontré, pour la conscience surtout qui ne dispute jamais, que la suprématie monarchique du Souverain Pontife. » (Chap. 6 ) — " Pour nous, la primatie du Souverain Pontife est précisément ce que le système de Copernic est pour les astronomes : c'est un point fixe dont nous partons ; qui balance sur ce point, n'entend rien au Christianisme. " (Ibid.) — Et après avoir cité un bon nombre de témoignages, il ajoute : « Cette suite d'autorités, dont je ne présente que la fleur, est bien propre sans doute à produire la conviction ; néanmoins, il y a quelque chose peut-être de plus frappant encore : c'est le sentiment général qui résulte d'une lecture attentive de l'histoire ecclésiastique. On y sent, s'il est permis de s'exprimer ainsi, on y sent je ne sais quelle présence réelle du Souverain Pontife sur tous les points du monde chrétien. Il est partout, il se mêle de tout, il regarde tout, comme de tous côtés on le regarde..- (Chap. 8.) Enfin, disons avec l'illustre auteur (chap. 6.) et le grand évoque de Genève {Lettres spirit. liv. VII. Let. 57. Lyon, 1634.) : - L'Eglise et le Pape, c'est tout un ! » Le traducteur.