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PREUVES DB NOTRE PROPOSITION', ET RÉPONSES AUX OBJECTIONS

Il ressort de I'Evangile avec la dernière évidence que, parmi tous les Apôtres, Saint Pierre a été choisi de Jésus-Christ pour être son Vicaire, et qu'il a reçu de lui la primauté dans l'Eglise ; en effet :

1° Comme Saint Pierre venait de le reconnaître publiquement pour le Fils du Dieu vivant, Notre-Seigneur lui dit : Et moi je vous déclare que vous êtes Pierre , et que sur cette pierre je bâtirai mon Eglise : Et ego dico tibi quia tu es Petrus, et super hanc petram œdificabo Ecclesiam meam. ^

Par ces paroles il est clairement énoncé que Saint Pierre était établi sur la terre comme le fondement et le soutien de tout l'édifice de l'Eglise , ainsi que l'entendent communément les Saints Pères. Saint Basile nous dit : Comme Pierre l'emportait sur les autres par sa foi, il fut constitué le soutien de l'Eglise : Quoniam fide prœstabat (Petrus), Ecclesiœ... œdificationem suscepit.^ — Et Saint Léon : Par la sublimité de sa foi, Saint Pierre plut tellement à Jésus-Christ, qu'il mérita, avec l'assurance de l'éternelle béatitude, de devenir ce roc ferme et indestructible sur lequel l'Eglise devait être bâtie et prévaloir contre les puissances de l'enfer : Tantum in hac fidei sublimitate (Petrus Christo) complacuit, ut beatitudinis felicitate donatus, sacram inviolabilis Petrœ acciperet firmitatem, supra quam fundata Ecclesia Partis inferi... prœvaleret.^ — Et dans un

(1) Matth. i6. 18. (2) Contra Eunom. l. 2.

{3) Somil. de Transfigurât.

(*) Voir, sur ce dernier point, les quelques détails dans lesquels entre Saint Alphonse, à propos de la supériorité du Pape sur les Conciles (ci-après, ch. III. art. II. n. IV.) Le traducteur.

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autre endroit, le Saint Docteur représente Jésus-Christ s'adressant en ces termes à Saint Pierre : C'est moi, il est vrai, qui suis la pierre indestructible ; cependant, vous aussi, vous êtes pierre, parce que ma force affermit la vôtre, de sorte que tout ce qui m'est propre en vertu de ma puissance, vous devient commun avec moi par participation : Cum ego sim imnolabilis petra..., tamen tu quoque petra es, quia mea virtute solidaris, ut quœ mihi potestate sunt propria , sint tibi mecum participatione communia. ^ — Et Saint Cyprien : La iirimauté est accordée à Saint Pierre pour montrer qu'il n'y a qu'une seule Eglise du Christ et qu'une seule Chaire : Primatus Petro datur, ut una Christi Ecclesia et Cathedra una monstretur. ^ — Et après avoir cité ces paroles: « Vous êtes Pierre, etc.,'» le même auteur sacré ajoute : C'est sur lui seul que Jésus-Christ bâtit l'Eglise, et c'est à lui qu'il confie le soin de paître ses brebis : Super illum unum œdificat Ecclesiam, et illi pascendas mandat oves suas.^ — Saint Hilaire, * Tertullien,^ Origène,^ Saint Epiphane''', et Saint Jean Chrvsostome^ parlent dans le même sens. Mais prévenons ici une objection des hérétiques. Il est hors de doute que le fondement principal de l'Eglise a été et sera toujours Jésus-Christ, conformément à ces paroles de Saint Paul : Personne ne peut poser d'autre fondement que celui qui a été posé , et ce fondement, c'est Jésus-Christ : Fundamentum enim aliud nemo potest ponere prœter id quod positum est, quod est Christus Jésus. ^ Donc, si plus tard Jésus-Christ a établi Saint Pierre comme le fondement de l'Eglise, il a fait voir par là qu'il est lui-même le fondement principal de l'Eglise, de Pierre, et de tous les fidèles, mais que Saint Pierre est le fondement secondaire, qui, toutefois, n'est nullement différent du premier. Saint Basile dit que Jésus-Christ est pierre et qu'il rend pierre, faisant part à ses serviteurs de ce qui lui appartient en propre : Petra est et petram fecit : quœ sua sunt, largitur

(1) In antnv. assunipt. suce, serm. S. (2) De Unit. Ecoles, c. 4. (3) Ibid.

(4) In Matth. c. 16. (5) De Prœscriptionib. c. 22.

(6) In Exod. homil. 5. (7) Ancorat.

{8) Serm. de Prœm. Sanctor., etc. (9) /. Cor. 3. 41.

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servis suis. ^ Il est hors de doute que le Seigneur, en communiquant à Saint Pierre la qualification de pierre, lui a communiqué en même temps les pouvoirs de chef suppléant ; de sorte ■que l'édifice de l'Eglise repose sur le double fondement de Jésus- Christ et de Pierre : principalement sur le premier, mais immédiatement aussi sur le second. Il résulte de là que ceux qui sortent de l'enceinie de cet édifice, n'appartiennent plus à l'Eglise, et restent séparés d'elle. Par là s'évanouit l'illusion des hérétiques qui se flattent de pouvoir trouver le salut en bâtissant, ■comme ils disent, sur la foi seule en Jésus-Christ. Car cette foi ne sera jamais véritable, si elle n'est unie à celle de Pierre et ■des Pontifes, ses successeurs. Au contraire, celui-là est sûr et ne peut errer, qiii se trouve uni au Chef visible que Jésus-Christ a laissé à son Eglise comme le Fondement, la Règle, le Docteur, et le Défenseur de la foi.

2° De plus, Notre-Seigneur a ajouté en parlant à Saint Pierre : Je vous donnerai aussi les Clefs du royaume des cieux ; tout ce que vous lierez sur la terre, sera aussi lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre, sera aussi délié dans le ciel : JS"^ tibi daho Claves regni cœlorum; et quodcumque ligaveris super terram, erit ligatum et in cœlis, et quodcumque solveris super terrain, erit solutum et in cœlis. ^ Par le mot Clefs, la puissance suprême se trouve confirmée dans Saint Pierre, d'après ces paroles de l'Apocalypse : Voici ce que dit le Saint et le Véritable qui a la Clef de David : il ouvre, et personne ne ferme ; il ferme, et personne n'ouvre : Hœc dicit Sanctus et Verus, qui habet Clavem David, qui aperit et nemo claudity claudit et nemo aperit. ^ *

Peu importe, du reste, que les paroles ci-dessus mentionnées

(1) Eomil. de Pœnit. (2) Matth. 46. 19. (3) Apoc. 3. 8.

{*) D'après les interprètes sacrés, cette Clef de David signifie, dans le sens propre, la clef du Temple de David, ou de la maison de David; ce qui est conforme à ces paroles d'Isaïe : Je mettrai sur son épaule la clef de la maison de David : Et dabo clavem domus David super humêrum ejus {Is. 22. 22.). Or, la clef était le symbole du Pontificat ou de la suprême puissance dans le Temple, comme elle était celui de la première dignité dans la Maison royale. " Chez les peuples Orientaux, dit le savant archevêque de Westminster, le cardinal Wiseman, on remarque qu'il n'y a de pouvoir réel qu'avec les clefs emblématiques, et que l'un ne va pas sans

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aient été adressées également aux autres Apôtres, et que le pouvoir de lier et de délier leur ait été pareillement conféré par ces autres paroles : Je vous le dis en vérité, tout ce que vous lierez sur la terre, etc. : Amendico vohis , guœcumque alUgaveritis super terram, etc.^ Car tous les Apôtres furent envoyés par Jésus-Christ pour propager la foi, avec le pouvoir de créer des prêtres et des évêques, et même, dans ces premiers temps où la Loi nouvelle avait besoin de s'affermir, de fonder des Eglises. Toutefois, ce pouvoir qui fut accordé aux Apôtres, fut toujours un pouvoir subordonné à celui de Saint Pierre, comme le dit Noël Alexandre dans une Dissertation où il défend la primauté de Pierre; 2 s'il en était autrement, il n'aurait pu la défendre. Ce fut en outre un pouvoir extraordinaire, qui s'éteignit avec eux, tandis que le pouvoir conféré à Saint Pierre fut absolu et en quelque sorte ordinaire, comme le dit Pierre de Marca,^ et devait même passer à ses successeurs. Ainsi, dit Saint Jérôme, quoique dans ces premiers temps, où la foi avait besoin de se propager , tous les Apôtres eussent le même pouvoir, néanmoins c'est à Pierre seul que fut conféré le pouvoir suprême, afin qu'il eût la préséance sur tous les autres en qualité de chef. Voici les paroles du Saint Docteur : C'est proprement sur Pierre que l'Eglise est bâtie; et quoique dans un autre endroit des Ecritures, on en dise autant de tous les Apôtres, que tous aient reçu les Clefs du royaume des cieux, et que la force de l'Eglise repose également sur eux tous, un seul pourtant est choisi entre douze, afin que, le chef une fois établi, toute occasion de schisme fût enlevée : Super Petrum fundatur Ecclesia; licet idipsum in alio loco super omnes Apostolos fiât, et cuncti Claves regni

(1) Matth. 18. 18. (2) Sœc. 1. diss. i.%3. object. 4.

(3) Exercitat. de singul. Primat. Pétri, n. 8.

l'autre. » [Discours sur les principales doctrines, etc.] — Dans le sens figuré, la maison de David représente le ciel ou l'Eglise, dont l'ancien Temple des Juifs était la figure. Jésus-Christ tient la clef de l'un et de l'autre, c'est-à-dire qu'il possède dans l'Eglise le suprême Pontificat ou la suprême puissance, et qu'il ouvre ou ferme le ciel à volonté ; cette clef, il l'a remise à Saint Pierre et à ses successeurs, qui le remplacent dans le suprême Pontificat et qui exercent en son nom dans l'Eglise le pouvoir de remettre ou de retenir les péchés, c'est à-dire d'ouvrir ou de fermer le ciel. Le traducteur.

12 l*"" TRAITÉ. LE SUPRÊME PONTIFICAT, ETC.

cœlorum accipiant, et ex œquo super eos Ecclesiœ fortAtudo solidetur, tamen propterea inter duodecim unus eligitur, ut, eapite constituto, schismatis tollatur occasio. ^ — Saint Cyprien parle dans le même sens : Les Apôtres, dit-il, avaient reçu chacun une part égale d'honneur et de pouvoir; mais le commencement dérive do l'unité. La primauté est conférée à Pierre, pour montrer que l'Eglise du Christ est une : Erant... Apostoli... pari consortio prœditi et honoris et potestatis ; sed exordium ab unitate proficiscitur. Primatus Petro datur, ut una Christi Ecclesia monstretur;^ ce qui s'accorde avec ce que le même auteur écrit un peu plus bas : De même, dit-il, que la lumière du soleil est une, quoique ses rayons soient multiples, de même l'Eglise de Dieu étend ses rayons lumineux sur le monde entier, quoique sa lumière ainsi répandue soit une. La tête de l'Eglise, continue-t-il, est une, son origine est une (et ici il entend parler de Saint Pierre à qui a été conférée la primauté dans l'Eglise) : Quomodo solis multi radii, sed lumen unum,... sic et Ecclesia Domini luce perfusa per orbem totum radios suos porrigit ; unum tamen lumen est , quod ubique

diffunditur Unum caput est et origo una.^

Louis Dupin se trompe lorsqu'il prétend que le pouvoir suprême réside dans l'Eglise, et qu'il est communiqué par elle -au Pape et aux évêques. Il se trompe, dis-je; car, par cette doctrine, il détruit complètement la primauté de Pierre. Saint Augustin, il est vrai, dit que Jésus-Christ a donné les Clefs à l'Eglise représentée par Pierre; mais dans ce passage, le Saint Docteur ne considère pas Pierre comme ministre de l'Eglise, mais comme souverain et chef de cette même Eglise, qu'il représente de la même manière qu'un roi représente tous ses vassaux et qu'un père de famille représente tous ses enfants. C'est pourquoi Saint Augustin écrit également que Pierre représente l'Eglise en tant qu'il y possède la primauté : On énonce, dit le Saint Docteur, certaines propositions qui paraissent regarder proprement l'Apôtre Saint Pierre, et qui cependant n'ont un sens véritablement clair, que pour autant qu'on les applique à l'Eglise, que

1) Adv. Jovinian. l. i. n. 26. (2) De Unit. Ecoles, c. 4. (3) Ibid.

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cet Apôtre représentait d'une manière jflgurée, à cause du suprême pouvoir dont il était investi parmi les autres disciples; ainsi en est-il, par exemple, de ces paroles : « Je vous donnerai les Clefs du royaume des cieux : « Quœclam dicuntur quœ ad Apostolum Petrum proprie pertinere videavtur, nec tamen hahent illustrem intellectum, nisi cum referiintiir ad Ecclesiam, cvjus ille agnoscitur in figura gestasse personam, propter primatum quem in discipulis hahuit ; sicuti est: « Tibi dabo Claves regni cœlorum. «i C'est, en effet, d'après Noél Alexandre, le sentiment de Saint Augustin, que les Clefs furent données à Saint Pierre, non pas en sa qualité de légat de l'Eglise, mais en qualité de chef et de gouverneur de cette même Eglise : Petro non sunt collatœ Claves nisi nomine Ecclesiœ , id est, ut Ecclesiœ legato, nego ; id est, ut Ecclesiœ supremo post Christum et sub Christo rectori ac moderatori, concedo. ^ Cette proposition, continue le même auteur, peut donc avoir deux sens : le premier, c'est que Saint Pierre a reçu les Clefs au nom de l'Eglise, de la même manière qu'un ambassadeur royal reçoit au nom du roi les clefs d'une ville, sur laquelle, par conséquent, il n'a lui-même aucun pouvoir; or, dans notre cas, ce sens n'est nullement admissible. Le second sens peut être que Saint Pierre a reçu les Clefs au nom de l'Eglise, en qualité de gouverneur et de chef de cette Eglise , de la même manière qu'un prince reçoit, au nom du peuple, une épée qu'il est tenu de consacrer à la défense et à la gloire du royaume : c'est dans ce sens, d'après Saint Augustin, que Saint Pierre a reçu les Clefs au nom de l'Eglise : lllius itaque propositionis duplex potest esse sensus : primus, quod Sanctus Petrus Ecclesiœ nomine Claves acceperit, quemadmoàutn regius orator , nomine régis , alicujus civitatis claves accipit, in quayn propterea nnllani habet potestatem; at nequaquam ita est. Secundus, quod Ecclesiœ nomine Claves acceperit ut illius rector et gubernator, quomodo princeps, popidi nomine, gladium accipit, et ad ejus tuitionem, iotum regni splendorem convertere tenetur; quo sensu Sanctuni Petrum Claves nomine Ecclesiœ accepisse dixit Sanctus

(1) In Ps. 108. n. i. (2) Sœc. I. diss. 4. § 4. object. 4.

14 l*^"" TRAl'IK. l.E SUPRÊME PONTIFICAT, ETC.

Augustinus. * C'est pourquoi un savant auteur moderne, Charles Gagliardi, écrit ces paroles à propos du sentiment de Dupin : Ces assertions, dit-il, sentent l'hérésie et le schisme : Hœresim porro et schisma sapiunt asseyHiones istce. C'est par le chef que le pouvoir est transmis aux membres, et non par les membres au chef. Sachez bien, dit Tertullien, que c'est à Pierre que Notre-Seigneur a remis les Clefs, et par lui à l'Eglise : Mémento Claves Dominum Petro, et per eum Ecclesiœ reliquisse. ^

Mais du moins, disent nos adversaires, Saint Paul fut égal en puissance à Saint Pierre ; en effet, Saint Irénée et Saint Epiphane rapportent que ces deux Apôtres ont été l'un et l'autre évêques de Rome, et Saint Paul lui-même a dit qu'il était chargé du soin de toutes les Eglises : Sollicitudo omnium Ecclesiarum.^ — On ne nie pas, répondrons-nous, que ces deux Apôtres n'aient rempli la charge de Pasteurs à Rome, et c'est bien là, en effet, ce qu'on doit inférer du témoignage des deux Saints Pères qu'on a cités ; mais il n'en résulte pas que Saint Paul ait reçu le même pouvoir suprême que celui qui fut conféré à Saint Pierre. Et quant au soin que Saint Paul avait de toutes les Eglises, Saint Augustin"* répond que ce soin avait rapport à la Clef de science, Clavem scientiœ, qui fut donnée à Saint Paul en qualité de Docteur des nations, et non à la Clef de PUISSANCE, Clavem, potentiœ, qui ne fut accordée qu'à Saint Pierre. 'Saint Paul fut donc égal à Saint Pierre quant à la prédication de la doctrine, mais non quant à l'exercice du pouvoir dans le gouvernement universel de l'Eglise,* Aussi est-ce Saint Pierre seul qui fut chargé d'affermir dans la foi les Apôtres, ses

(1) Sœc. I. diss. 4. § 4. object. 4. (2) Scorpiac. c. 10.

(3) //. Cor. H. 28. (4) Serm. 202. Append. Edit. Ben.

(*) Remarquons ici que l'opinion émise par certains auteurs, que Saint Pierre et Saint Paul furent tous deux ciiefs de l'Eglise, a été condamnée par un décret d'Innocent X, sous la date du 29 janvier 1674, et déclarée véritablement hérétique; le même Pape cond.unna en même temps tous les livres qui énonçaient cette pernicieuse opinion, (o)

(o) Saint Alphonse traite encore de cette question dans son Triomphe de l'Eglise, (ch. xil. art. III. n. 9), à. propos d'un ouvrage anonyme, intitulé : De la Grandeur de l'Eglise Romaine, et du Pontificat de Saint Pierre et de Saint Paul, ouvrage que certains auteurs attribuent au trop fameux Arnauld, l'ardent fauteur du Jansénisme, et que notre Saint réfute par quelque» argumeats courts, mais solides. — Voir le Tome IV de ses (Eavres Dogmatiques (page 377), que nous avons publiées en français. Le traducteur.

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frères: Et tu aliquando conversus confirma fratres tuos.^ Jésus-Christ lui-même a déclaré que les Apôtres n'étaient pa» tous égaux, mais que l'un d'entre eux était plus grand que les autres, et il a demandé que celui-là se comportât comme le plus petit de tous, par amour pour la vertu d'humilité : Que celui qui est le plus grand parmi vous, dit-il, devienne comme le plus petit ; et que celui qui gouverne, soit comme celui qui sert ; car, qui est le plus grand, de celui qui est à table, ou de celui qui sert? n'est-ce pas celui qui est à table ? Qui major est in voMs, fiât sicut minor; et gui prœcessor est, sicut ministrator; nam guis major est, gui recumbit, an qui ministrat? nonne qui recumbit?^ Par ces dernières paroles, Notre-Seigneur a montré clairement qu'il ne parlait pas d'une supériorité de vertu, mais d'une supériorité de rang dans le gouvernement de l'Eglise, c'est-à-dire de la primauté accordée à Saint Pierre, laquelle fut une primauté suprême comme celle de Jésus-Christ. C'est ce qui fait dire à Saint Cyrille, qu'on doit la même obéissance à Saint Pierre qu'à Jésus-Christ, et que tous, jusqu'aux maîtres du monde, doivent incliner le front devant lui : Petro omnes jure divino caput inclinant , et primates mundi tanquam ipsi Domino Jesu obediunt.^

3° Notre-Seigneur a dit en outre à Saint Pierre : Paissez mes agneaux; paissez mes brebis : Pasce agnos meos;... pasce oves meas.* Par le mot paître, on entend tout acte exercé par le pasteur, comme de présider, conduire, et ramener; par agneaux, on entend tous les fidèles, qui sont les enfants de la famille, et par brebis, qui sont les mères, on entend tous les Apôtres et les évêques, leurs successeurs : tel est le sentiment commun des Saints Pères , d'accord avec Saint Léon , qui s'exprime ainsi : Dans le monde entier, Pierre seul est choisi pour être mis à la tête de toutes les nations appelées à la foi, ainsi que de tous les Apôtres et de tous les Saints Pères de l'Eglise, de sorte que, malgré le grand nombre de prêtres et de pasteurs préposés au

(1) Luc. 2S. S2. (2) Luc. 22. 26 et 27.

(3) Lib. Thesaur. Apud D. Thom. opusc. contra error. Grœc. c. 32.

{4)Joan. 21. 16 et 17.

peuple de Dieu, c'est cependant Pierre qui gouverne proprement tous ceux que Jésus-Christ même gouverne comme supérieur en chef : De toto mundo unus Petrus eligitur, qui et universarum gentium vocationi, et omnibus A postoUs, cunctisgue Ecclesiœ Patribiis prœponatur, ut, quamvis in populum Dei midti sacerdotes sint , multique pastores, omnes tamen proprie regat Petrus, quos principaliter régit et Christus.^

Donc, répliquent de nouveau les hérétiques, il est bien vrai que l'Eglise a deux chefs, ou bien ce n'est pas Jésus-Christ, mais le Pape, qui est le chef de l'Eglise. — La réponse à cette objection saute aux yeux de tout le monde : Jésus-Christ a été et est encore le chef principal qui a fondé l'Eglise, et qui présentement la gouverne par son assistance; mais comme il devait quitter cette terre, il fallait à l'Eglise, ainsi que nous l'avons dit plus haut, un chef visible à qui tous pussent recourir, et d'après le jugement duquel ils pussent se régler; en conséquence, Jésus- Christ même s'est nommé un Vicaire sur la terre, par qui il s'est fait remplacer en qualité de chef de l'Eglise, et à qui il veut que tout le monde obéisse ; et de même que celui qui obéit au vice-roi, obéit au roi, de même celui qui obéit au Pontife Souverain, obéit à Jésus-Christ.

Mais, dira-t-on, comment peut-on appeler le Pape chef de l'Eglise, attendu qu'il est lui-même membre de l'Eglise? — Il est membre de l'Eglise par rapport à Jésus-Christ, qui est le chef principal et invisible de tous ; mais par rapport à l'Eglise, il est le chef visible qui la gouverne au nom de Jésus-Christ. *

Mais nos adversaires ne sont pas encore las de reproduire cette objection surannée, à laquelle on a répondu tant de fois : je veux parler de ce blâme que Saint Paul a infligé à Saint Pierre, et qu'il a formulé lui-même en ces termes, en s'adressani aux Galates : Je lui ai résisté en face, parce qu'il était répréhensible : In faciem ei restiti, quia reprehensibilis erat.^ —

(1) 7n anniv. assiimpt. siiœ. serm. S.

(2) Galat. 2. 11.

{*] Cette objection se représente dans le chapitre III, art. II. § I. 4o.

Le traduclexir .

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Les uns, comme Saint Jérôme, ^ répondent que cette constestation fut concertée à dessein pour apaiser les Juifs; mais d'autres, d'accord avec Saint Augustin, 2 Saint Cjprien,^ Saint Grégoire,'' Saint Thomas,^ et Saint Jérôme lui-même, ^ qui se rétracta dans la suite, disent plus communément et avec plus de vraisemblance que ces paroles furent un blâme véritable, mais qu'il ne s'agissait pas pour lors d'une question doctrinale, à savoir, si, même sous la Loi évangélique, on devait maintenir les observances légales des Juifs. Saint Pierre savait bien que ces observances devaient être abolies; bien plus, lorsqu'antérieurement Saint Paul vint lui rapporter les exigences des Juifs convertis d'Antioche, qui voulaient que les Gentils devenus chrétiens fussent circoncis, il blâma sévèrement une telle prétention : Pourquoi donc, dit-il, tentez-vous maintenant Dieu, en imposant aux disciples un joug que ni nos pères, ni nous, n'avons pu porter : Nunc ergo quid tentatis Deum imponere jugum super cervices discipulorum, quod neque patres nostri, neque nos, portare potuimus?'' Mais il s'agissait seulement, dans la circonstance, d'un point de discipline et de convenance, à savoir, s'il convenait alors d'abolir, ou non, la loi Mosaïque ; car, quoiqu'elle fût déjà morte, elle n'était pas encore devenue une cause de mort pour ceux qui l'observaient ; et c'est ce qui fait dire à Saint Augustin, 8 qu'il fallait l'ensevelir avec honneur. El dans le fait. Saint Paul lui-même voulut, dans ces premiers temps, que pour éviter de scandaliser les Juifs, Saint Timothée fût circoncis. ^ Du reste, c'est à bon droit que Saint Paul blâma plus tard Saint Pierre, qui, dans la crainte de mécontenter les Juifs croyants, se sépara d'avec les Gentils , qui ne voulaient pas observer les lois de Moïse; car, pour lors, il était beaucoup plus important de ne pas rebuter les Gentils croyants, qui étaient fort nombreux, que de ne pas mécontenter les Juifs, qui étaient

(1) Comment, in Gai. 2. ■//. (2) Ein^t. <Vi. n. 22. Edit. Ben.

(3) Epist. 71, ad Quint. (4j Sup. Ezech. hamil. I<i.

{5)2. 2. q. 33. a. 4. ad 2.

(6) Adv. Pelag. l. t. — Apud August. Epist. ISO, ad Océan.

{l)Act. U. 10. (8) Epist. 82. n. 13. Edit. Ben.

(9) Act. 16. 3.

en petit nombre et qui se scandalisaient sans raison en voyant que les incirconcis ne se conformaient pas à leurs observances.* Enfin, un auteur protestant anonyme objecte que l'Eglise Catholique n'est pas infaillible, attendu qu'on conteste parmi nous sur la question de savoir quel est le tribunal qui définit infailliblement les questions de foi : si c'est le Pape seul , ou le Concile seul, ou bien le Pape et le Concile réunis. — Or, cet auteur se trompe ; en effet, supposé même que la première opinion, c'est-à-dire que le Pape seul est infaillible dans les définitions prononcées ex cathedra, serait douteuse, quoique nous la tenions pour certaine (ainsi que nous le démontrerons ci-après**), néanmoins on ne met et on n'a jamais mis en doute parmi nous que l'infaillibilité ne réside dans le Pape, du moins lorsque sa décision est appuyée par le consentement des évêques, soit réunis en Concile, soit disséminés sur la terre.

(*) On pourrait ajouter qu'il n'est pas pleinement constaté que le Céphas dont il s'agit ici, soit réellement Saint Pierre. Clément d'Alexandrie (Apwd Euaéb. Hist. l. l. C. i^.l le nie formellement, et, depuis, un assez bon nombre de savants ont embrassé cette opinion. Toutefois, Saint Augustin et Saint Jérôme, qui eurent entre eux, à ce sujet, la célèbre discussion qu'on connaît, tiennent positivement avec une foule de savants de premier ordre, que Saint Pierre est ici réellement désigné. En tout cas, on peut voir la Dissertation de dom Calmet sur cette question. [Bible de Vence, tome XXXII.) — Nous croyons devoir signaler ici un travail remarquable par son érudition et sa logique, publié par une des Revues périodiques les plus savantes de nos jours [Eludes relioieuses. historiques, et littéraires, tome VII, no» 30 et 32, juin et août 1865). D'accord sur la question qui nous occupe, avec l'importante'Revue romaine - Analecta Juris Pontificii, - la Revue parisienne, se basant notamment sur l'étude du texte sacré, l'histoire, la chronologie, la tradition. le contexte de l'Epitre, démontre solidement " d'après les règles austères de la théologie et les droits de la vraie critique, -. que » le Céphas mentionné par Saint Paul ne peut pas et ne doit pas être confondu avec Saint Pierre, et que ce sont là deux personnages totalement distincts. .- On doit savoir gré à cette précieuse Revue d'avoir mis en lumière un problème historique si important au point do vue de l'infaillibiliié de la Chaire de Pierre, et dont le rationalisme moderne, comme elle le dit elle-même, aime beaucoup trop à abuser. — Le père Lallemant, dans son ouvrage intitulé : Le Nouveau Testament de Notre-Sei'jneur Jésus-Christ (Epitre aux Gai. 2. 11.1, a aussi résumé plusieurs des preuves qui militent en faveur de

. . Le traducteur.

oette opinion.

,**) Chapitre IV.

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