H. II. LES PAPES, SUCCESSEURS DE SAINT PIERRK. ART. II
s'accorde avec l'Apocalypse, ^ où la ville de Rome est appelée Babylone, à cause des nombreuses superstitions que les païens y pratiquaient. Et dans le môme livre, ^ Saint Jean prédit que cette Babylone devait tomber un jour : ce qui doit s'entendre du paganisme et de la puissance temporelle de cette ville.
Il importe peu que les Papes aient résidé un certain nombre d'années à Avignon, en France; car la résidence personnelle dans l'Eglise de Rome n'appartenait pas à l'essence de la juridiction pontificale; et, du reste, pendant la durée de leur séjour à Avignon, personne d'autre que le Pontife résidant en cette ville n'a été regardé comme Pontife Romain. En outre, les savants ne sont pas d'accord sur la question de savoir si la primauté universelle de l'Eglise est attachée de droit humain ou de droit divin à l'épiscopat romain. Quoi qu'il en soit, il est certain que depuis la mort de Saint Pierre, qui fixa son pontificat dans le Siège de Rome, il n'a jamais été et il ne sera jamais permis, pas même à l'Eglise universelle, d'adjuger la succession de Saint Pierre à un autre évêque qu'à celui de Rome, en séparant l'autorité épiscopale de cette ville d'avec l'autorité pontificale ; car ce serait là interrompre la succession des évêques Romains, à l'aide de laquelle les fidèles, guidés par les Saints Pères, ont toujours reconnu la succession de la puissance de Saint Pierre.*
II importe peu également que, dans les siècles passés, il y ait eu parmi les Papes des élections illégitimes ou des intrusions frauduleuses dans le Pontificat. Il suffît qu'ils aient été ensuite acceptés comme Papes par l'Eglise universelle, attendu que, par cette acceptation, ils ont été rendus Pontifes véritables et légitimes. Mais si, pendant quelque temps, ils n'ont pas été réelle-
(1) Cap. 17. et seq. (2) iMd.
(*) Nous croyons à propos de signaler ici la doctrine énoncée au sujet de cette question par l'immortel Pie IX, dans le Syllabus ou Résumé des principales erreurs modernes, annexé à sa célèbre Encyclique Quanta cura du 8 décembre 1864. Voici donc la proposition condamnée dans cet important document : » Rien n'empêche que, par un décret d'un Concile général ou par le fait de tous les peuples, le souverain pontificat soit transféré de l'Evêque Romain et de l'Eglise de Rome à un autre évéque et à une autre ville. « [Syllab. § F. n. 35.)
Le traducteur.
28 l®"^ TRAITE. LB SUPRÊME PONTIFICA-T, ETC.
ment reconnus par l'Eglise universelle, alors il faut dire que, pendant ce temps, le Siège pontifical a été vacant, comme il arrive à la mort des Souverains Pontifes.
Il importe peu enfin, que, dans le cas d'un schisme, on ait été longtemps en doute sur le Pontife véritable ; car alors, ou bien un des compétiteurs aurait été le vrai Pape, quoiqu'il ne fut pas suffisamment connu ; ou bien tous auraient été des antipapes, et alors le Pontificat aurait vaqué pendant ce temps.
On a également cherché à prouver que certains Pontifes étaient tombés dans l'hérésie ; mais on n'a pu y parvenir, et on n'j parviendra jamais; bien plus, nous démontrerons évidemment le contraire au Chapitre IV®. Du reste, si Dieu permettait qu'un Pape fût notoirement hérétique et contumace, il cesserait d'être Pape, et le Pontificat serait vacant. Mais s'il était hérétique occulte, et qu'il ne proposât pas à l'Eglise de faux dogmes, alors il n'en résulterait pour celle-ci aucun dommage. Or, nous sommes fondés à croire, comme dit le cardinal Bellarmin,^ qu'aucun des Pontifes Romains, même comme homme privé, ne deviendra hérétique, soit notoire, soit occulte.
(1) De Rom. Pont. l. 4. c. 6.