‹ Du pape et du concileChapitre 42 sur 135 · DE LA SUPERIORITE DU PONTIFE ROMAIN SUR LES CONCILES · texte numérisé non relu

DE LA SUPERIORITE DU PONTIFE ROMAIN SUR LES CONCILES

ARTICLE I

NOTIONS PRÉLIMINAIRES

Pour faciliter l'intelligence de ce que nous allons dire, il est à propos d'énoncer tout d'abord trois vérités incontestables.

1° La première, c'est que, pour être légitime, tout Concile œcuménique ou général doit avoir été convoqué par le Pape. Calvin a prétendu que l'empereur seul pouvait indiquer un Concile général : Universale Concilium indicere solus imperator poterat} Or, cette proposition est complètement fausse; en effet, il appartient au Pasteur de réunir ses brebis, parmi les-

(l)Instit. l. 4. c. 7. n. 8.

(*) Avant de nous engager dans cette question si vivement débattue, qu'on nous permette de citer, par manière de préambule, quelques lignes d'un auteur qui a vécu dans not;e siècle, et qui a écrit dans notre langue; auteur spirituel, profond, et, pardessus tout, chrétien; auteur que le saint et savant évéque de Sainte- Agathe aurait certainement cité comme autorité, s'il avait été son contemporain comme écrivain. Nous croyons, du reste, faire un sensible plaisir au lecteur en mettant sous ses yeux ces quelques phrases remarquables par leur naturel et leur profonde simplicité ; nous faisons toutefois nos réserves à propos de la conclusion qu'on pourrait tirer de la première citation et qui tendrait à faire envisager la question comme dépourvue d'importance et de gravité : • Partout où il y a un Souverain (et dans le système catholique, le Souverain est incontestable), il ne peut y avoir d'assemblées nationales et légitimes sans lui. Dès qu'il a dit veto, l'assemblée est dissoute, ou sa force colégislative est suspendue ; si elle s'obstine, il y a révolution. Cette notion si simple, si incontestable, et qu'on n'ébranlera jamais, expose dans tout son jour l'immense ridicule de la question si débattue si le Pape est audessus du Concile, ou le Concile au-dessus du Pape; car c'est demander en d'autres termes, si le Pape est au-dessus du Pape, ou le Concile au-dessus du Concile ?... Puisqu'il ne peut y avoir de Concile œcuménique sans Pape, que signifie la question s'il est au-dessus ou au-dessous du Pape ?.. — '•Le Pape, pour dissoudre un

quelles il faut compter les évoques et les souverains, qui tous sont soumis, quant au spirituel, au Vicaire de Jésus-Christ. Tel est l'enseignement commun des autours, d'accord en cela avec Pierre de Marca^ et Saint Thomas.^ Voici notamment ce qu'écrit le Saint Docteur : Ce n'est que par l'autorité du Pontife Romain que le Concile peut être assemblé ; c'est par lui que les décisions du Concile sont confirmées, et l'on peut appeler de celui-ci au Pape : tout cela ressort évidemment des Actes du Concile de Chalcédoine : Romanus Pontifex... cujus auctorilate sola Synodus congregari potest, et a quo sententia Synodi confirmatur ; et ad ipsum a Synodo apjpellatur : quœ omnia patent ex gestis Chalcedonensis Synodi^. En effet, le Concile de Chalcédoine a fait la déclaration suivante : Le Pape de la ville de Rome, où réside la tête de toutes les Eglises, ordonne que Dioscore, archevêque d'Alexandrie, ne participe pas au Concile, parce qu'il a osé convoquer un Synode sans l'autorité du Siège Apostolique; ce qui n'est pas permis, et ce qui ne s'est jamais fait : Papa urbis Romœ, quœ est caput omnium Ecclesiarum, prœcipit ut Dioscorus, Alexandrinoruyn archiepiscopus, non sedeat in Concilia..., quia Synodum ausus est facere sine auctoritate Sedis Apostolicœ, quod nunquam licuit, nunquam

(1) De Concord. l. -2. c. 6.

(2) Qiiœst. disp. de Patent, q. 40. a. 4. ad iS. (3) îbid.

Concile comme Concile, n'a qu'à sortir de la salle en disant : Je n'en suis plus ; de ce moment, ce n'est plus qu'une assemblée, et un conciliabule, s'il s'obstine. Jamais je n'ai compris les Français, lorsqu'ils affirment que les décrets d'un Concile général ont force de loi, indépendamment de l'acceptation ou de la confirmation du Souverain Pontife. .. — Plus on examinera la chose attentivement, et plus on se convaincra que malgré les Conciles et en vertu même des Conciles, sans la monarchie romaine il n'y a plus d'Eglise. " — "Si, dans un besoin pressant de l'Eglise, le même zèle qui anima jadis l'empereur Sigismond, s'emparait à la fois de plusieurs princes, et que chacun d'eux rassemblât un Concile, où serait le Concile œcuménique et l'infaillibilité î « — « Que les èvèques séparés de lui (du Pape) et en contradiction avec lui, soient au-dessus de lui, c'est une proposition à laquelle on fait tout l'honneur possible, en la traitant seulement d'extravagante. « — » Il ne s'agit point de savoir si le Concile universel est au-dessus du Pape, mais de savoir s'il peut y avoir un Concile universel sans Pape ou indépendant du Pape. Voilà la question.... Faire sonner haut la suprématie du Concile sur le Souverain Pontife, sans savoir, sans vouloir, sans oser dire ce que c'est qu'un Concile œcuménique, il faut le déclarer franchement, ce n'est pas seulement une erreur de simple dialectique, c'est un péché contre la probité. - (De Maistre, Du Pape, 1. 1. ch. 3. 4 et 12.)

Le traducteur.

CH. III. SUPERIORITR DU PAPE SUR l-HS CONCILES. ART. I. 31

factura est} Et le pape Pelage II déclara nul un Concile qui avait été célébré sans le consentement du Pontife Romain, ainsi qu'on le voit dans le Canon MultU} Le même sort fut réservé à un autre Concile qui se tint à Antioche, et qui fut annulé par le pape Jules , pour n'avoir pas été présidé par le Souverain Pontife ou ses légats, d'après ce que rapporte l'historien Socrate.^ Bien plus, alors même que le Concile n'aurait pas été convoqué par le Pape, il deviendrait légitime, si, dans la suite, il avait été approuvé par lui. Le Pape peut toutefois, pour de justes causes, déléguer à d'autres le pouvoir de convoquer un Concile, ainsi qu'il est arrivé plusieurs fois dans les premiers temps de l'Eglise, du moins en Orient ; car, en Occident, tous les Conciles ont été convoqués par le Pape : les Souverains Pontifes prièrent les empereurs, qui étaient maîtres de presque tout le domaine temporel du monde chrétien, de leur accorder quelque ville pour y célébrer le Concile, et d'y convoquer les évêques.

2° Une seconde vérité certaine, c'est que, lorsqu'on temps de schisme, on est en doute sur le Pape véritable, le Concile peut être convoqué par les cardinaux et par les évêques ; et alors chacun des Papes élus est obligé de s'en tenir à la décision du Concile, parce que, pour lors, le Siège Apostolique est considéré comme vacant. Il en serait de même dans le cas où le Pape tomberait notoirement et persévérerait opiniâtrement dans quelque hérésie. Toutefois, il en est qui prétendent avec plus de fondement que, dans ce dernier cas, le Pape ne serait pas privé du pontificat par le Concile, comme si celui-ci lui était supérieur, mais qu'il en serait dépouillé directement par Jésus-Christ, parce qu'il deviendrait alors un sujet complètement inhabile et déchu de sa charge.

3° La troisième vérité, c'est que le Concile peut être considéré sous trois points de vue différents : a) le Concile sans le Pape ; et alors (excepté, comme nous l'avons dit plus haut, dans le cas de schisme ou d'hérésie), le Concile n'a aucune autorité; car un Concile n'est autre chose qu'une assemblée d'évêques constituée sous la dépendance d'un chef qui n'est autre que le Pape ; —

(1) Act. i. (2) Can. « Multis. " S. dist. 17. (3) Hist. l. 2. c. 8.

b) le Concile avec le Pape qui y préside comme une tête unie au corps; et dans ce cas, on ne peut pas dire que le Concile soit supérieur au Pape; car, s'il en était ainsi, il n'aurait pas besoin de l'autorité du Pape; — c) le Concile assemblé par le Pape, mais séparé ensuite d'avec le Pape, comme un corps séparé d'avec la tête ; or, dans ce cas, on demande si le Pape est supérieur au Concile, ou le Concile supérieur au Pape. Calvin, ^ Almain,^ et Gerson,^ soutiennent que le Concile est supérieur au Pape ; telle fut aussi la décision du Concile de Bâle/ dont nous parlerons ci-après. Mais Saint Thomas,^ Saint Bonaventure,^ Saint Antonin,"' Saint Jean de Capistran,* Saint Laurent Justinien,^ Thomas Netier de Walden (TFaZ^enszs),^'' Alexandre de Halès,*^ Chrétien Lupus, ^* Baronius,!^ Bellarmin,i* Gaétan, ^^ Duval,i« Cabassut,^' le cardinal Gotli,!^ etc., tiennent l'opinion la plus commune, que le Pape est supérieur au Concile.

ARTICLE II

Page 1