‹ Du pape et du concileChapitre 51 sur 135 · II. — A. Quant aux droits du Souvei'ain Pontife en général · texte numérisé non relu

II. — A. Quant aux droits du Souvei'ain Pontife en général

1° La primauté de Pierre n'est pas attachée à Rome, et ne donne -au Pape d'autre prééminence sur les évêques que celle d'un métropolitain sur ses suffragants, dont les droits restent toujours intacts. De là :

2° Le Pape a la direction et la surveillance de toutes les Eglises, mais il n'a sur elles aucune juridiction proprement dite et universelle, de sorte que la pi'imauté du Pontife Romain consiste dans une simple AUTORITÉ de direction et d'inspection.

3° Le Pape est, à la vérité, le chef, le maître, et le pasteur de toute l'Eglise prise distributivement , c'est-à-dire par rapport à chaque Eglise particulière, mais non prise collectivement, c'est-à-dire par rapport au Concile oecuménique ou au corps entier des évêques, qui, unis ensemble, lui sont supérieurs, même en matière de foi et de mœurs. De là :

a) Un Concile sans le Pape n'est pas par là même sans chef, non plus que les Conciles provinciaux sans le métropolitain, non plus que l'Eglise universelle à la mort de l'évêque de Rome.

b) Les Conciles généraux n'ont besoin ni de l'approbation, ni de la confirmation du Souverain Pontife, attendu que la suprématie pontificale est dans l'Eglise, et non au-dessus de l'Eglise.

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c) L'appel du Pape au Concile est conforme à la pratique et à la tradition de l'Eglise.

d) Si le Pape ne peut ou ne veut point convoquer un Concile réputé utile et nécessaire, les princes séculiers peuvent y pourvoir, conformément à la pratique suivie pour les huit premiers Conciles œcuméniques, qui ont été convoqués par les empereur^

e) Les Pontifes Romains étant inférieui's à l'Eglise universelle, ne peuvent ni abroger ni infirmer des droits et des Canons établis et reçus par elle, vu qu'ils ne sont pas les maîtres, mais les exécuteurs des Canons.

B. — Relativement aux droits spéciaux attachés à la primauté pontificale, il faut distinguer ceux qui ont l'apport aux questions de foi de ceux qui concernent la discipline.

Quant aux premiers, Fébronius prétend: 1° que le Pape n'est pas infaillible ; 2° que ses décisions ne sont pas irréfragables, et ne constituent pas le tribunal en dernier ressort ; 3° que son pouvoir n'est pas purement monarchique.

Quant aux seconds, voici sa théorie : 1° Le Pontife Romain a le droit immédiat et universel de surveiller, d'admonester, d'excommunier, mais il ne peut, sans le consentement formel ou tacite de l'Eglise, porter une loi nouvelle qui soit universellement obligatoire : et la menace d'excommunication ne donne à cette loi aucune sanction morale.

2° Les droits obtenus par les Papes dans le cours des siècles, tels que ceux de pouvoir décider les causes contentieuses des évêques et des clercs subalternes, de convoquer et de présider les Conciles, de nommer, confirmer, transférer, et déposer les évêques, de recevoir les appels interjetés de la sentence des évêques et des Conciles, d'accorder des dispenses ou des privilèges, de se réserver des cas de conscience, de conférer des bénéfices, etc., ne sont qu'une concession des évêques et des Conciles, une usurpation subreptice, ou même une pure extorsion.

3° Si un Pape s'oppose aux décrets d'un Concile national et sépare un royaume de sa communion, il faut pourvoir cette Eglise nationale d'un chef extraordi7iaire et teynporaire.

4" L'autorité du Pontife Romain a été amplifiée outre mesure, au détriment du pouvoir épiscopal, par différentes causes, telles qHe les collections de Canons et de Décrétales, notamment celles du faux

Isidore,* l'usurpation des droits des Patriarches occidentaux, le prestige de la sainteté et de la science d'un bon nombre de Pontifes, les qualifications de gouverneur, pasteur, et chef de l'Eglise universelle, données au Souverain Pontife, et celles de mère et de maîtresse, données à l'Eglise Romaine. De plus,

5° De nombreux et criants abus se sont introduits dans la cour romaine. C'est pourquoi,

6° Il faut en revenir à la situation faite primitivement à l'Eglise par les quatre premiers Coiiciles œcuméniques, conformément au désir manifesté par les Pérès du Concile de Trente. A cet effet,

7° Les évêques doivent défendre leurs droits naturels et revendiquer ceux qu'ils ont perdus, faire appel à un Concile général libre, et apprendre à ne pas craindre les censures romaines. Ils peuvent, au besoin, interdire la publication et empêcher l'exécution des Bulles pontificales dans leurs diocèses respectifs, s'ils les jugent incompatibles avec les Canons et préjudiciables à la liberté de l'Eglise. — De leur côté, les princes catholiques peuvent user du droit de convoquer un Concile universel, de l'appel aux Conciles, du placet royal, de l'appel comme d'abus, et surtout refuser l'obéissance au Pape, sans se séparer toutefois de sa communion.

Ces principes attentatoires aux droits du Saint-Siège et subversifs du gouvernement de l'Eglise, provoquèrent une condamnation formelle prononcée, le 27 février 1764, par le pape Clément XIII, et réitérée en 1766, en 1767, et, sous Clément XIV, en 1773; de plus, une interdiction expresse de l'ouvrage de Fébronius dans une dizaine de diocèses d'Allemagne; un jugement académique de l'Université de Cologne (1765),' en rapport avec celui du Souverain Pontife; enfin, de savantes réfutations de la part des Catholiques et même des Protestants.

Citons notamment, parmi les premiers, d'après l'ordre chronologique : le jésuite Kleiner,^ Georges Trautwein, chanoine régulier,^ les

(1) Vniversitatis Coloniensis de proscriptis a SS. D. N. Clémente papa XIII... libris Justini Febronii anno i764, die 27 februarii, Judicium acadeniicuin anno 4763, idibus septembris.

(2) Observationes quœdain sutnmariœ, etc. 1764. — Opuscul. critic. contr. Just. Febronii librum. 1765.

(3) Vindiciar. adv. Just. Febronii de abusu et usurpatioyie summœ potest. pontiflciœ librum singularem, liber singularis. 1765.

(*) Voir ce que nous disons à ce sujet dans la note qui fait suite au cliapitre I*'.

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dominicains Bartoli et Corsi,' les jésuites Zech ^ et Zacc'aria,^ le conventuel Sangalli,^ le récollet Sappel,^ le docteur Godefroid Kauflfmans,*^ le capucin Barthélemi de Coccaglio,' Pierre Ballerim,^ et le dominicain Mamachi;^ enfin, la réfutation que nous ofFrons ici au lecteur, et qui fut éditée en 1768. — Hontheim répondit à ses contradicteurs par divers écrits publiés sous le masque de nouveaux pseudonymes, tels que ceux de Justinianus noviis, Joannes Clericus, Joannes a Calore, Aulus Jordanus, et Theodorus a Palude.

Comme par suite de ces débats, le Fébronianisme continuait à agiter fortement les esprits, le pape Pie Yl parvint à obtenir, mais non sans peine, une rétractation spéciale de la part de l'auteur, comprise en dix-sept articles et datée du 1*' novembre 1778. Après avoir avoué qu'il était tombé dans l'erreur, et avoir sollicité le pardon de Pie VI en considération de son repentir, Fébronius reconnaissait que les Clefs de l'Eglise ont été données à un seul et en même temps â l'unité ; que la primauté du Pape est une primauté de juridiction, et doit être perpétuelle ; que l'Eglise a droit de déterminer le sens et de juger la doctrine des propositions; qu'on doit une entière obéissance à la Bulle Unigenitus;' que s'il s'élève quelque doute sur l'état de l'Eglise, il faut avoir recours au Pape ; que le Concile de Trente a été libre et a bien fait de réserver au Pape certaines dispenses ;

(1) Propozizioni apologetiche délia podestà legittima e monarchia spiritale del Pontefice Romano contre Giust. Febbronio. 1765-17G7.

(2) De Judiciis ecclesiasticis, tit. 13. 1766.

(3) Antifebronius. 1767. — Antifebronius vindicatiis. 1771.

(4) Dello stato délia Chiesa e legittima podestà del Romano Pontefice... contre il nuovo sistema... di Giust. Febbronio. 1766.

,'5) Liber singularis ad formandum genuinum conceptum de statu Ecclesiœ et Summi Pu7itiflcis potestate, contra Just. Febronium. 1766.

(6) Pro statu Ecclesiœ Cath. et légitima potest. Romani Po7iti/îcis contra Just, Febronii librum. 1766.

(7) Italus ad Febronium. 1768.

(8) De Potestate ecclesiast. Summor. Pontifie, et Concilior. gênerai, liber, U7ia cum vindiciis auctoritatis Pontificiœ contra opusc. Just. Febronii. 1768.

(9) Epistolœ ad Just. Febroniiun. 1776.

{*) Célèbre Bulle du pape Clément XI, par laquelle ont été condamnées, en 1713, les cent une jiropositious du trop fameux Quesnel, et contre laquelle se sont toujours opin'àtrément élevés les Jansénistes qui ont suivi cet audacieux novateur. — Saint Alphonse traite au long de ce sujet dans son Triomphe de l'Eglise. (Œuvres dogmatiques, tome IV. ch. XII. art. IV.)

qu'il faut regarder comme illégitimes les évêques non reconnus par lai; qu'on a eu raison de lui réserver la canonisation des Saints; que pour la foi, les sacrements, et la discipline, la puissance ecclésiastique prononce de plein droit.

Tels sont les principaux articles de cette rétractation, qui fut envoyée â Rome et dont le pape Pie VI fit part aux cardinaux dans le consistoire du 25 décembre 1778. Le Pape félicita par lettre l'évêque repentant, qui, de son côté, publia sous la date du 3 février suivant, une lettre pastorale pour proclamer et confirmer sa rétractation : il déclarait qu il renonçait irrévocablement aux assertions émises dans son ouvrage, s'engageait à le combattre, et notifiait lui-même un ordre de l'électeur, qui interdisait de lire ou de retenir son livre. Cependant, comme on répandait le bruit que ces démarches n'avaient pas été tout à fait spontanées, Hontheim publia, le 2 avril 1780, une déclaration qu'il transmit au prince-archevêque, en assurant que sa rétractation avait été sincère et qu'il se proposait de la confirmer dans un ouvrage auquel il travaillait. En effet, il publia, l'année suivante, son Commentaire sur sa Rétractation,! qu'il développa en trente -huit propositions et confirma réellement quant au fond. Malheureusement, on y trouve des interprétations, des exceptions, des distinctions qui ont paru suspectes et ont même été jugées contraires à l'acte du 1" novembre 1778. C'est à cette occasion que le cardinal Gerdil, à l'examen duquel le Pape avait soumis le Commentaire, publia un remarquable écrit intitulé : In Commentarium a Justino Febronio in suam Retracta tionem editum Animadversiones , dans lequel il fait ressortir les tournures embarrassées et les expressions peu franches de l'auteur.

Quoi qu'il en soit de la sincérité de Hontheim dans cette circonstance, ses allures peu décidées dénotent en lui une faiblesse de caractère bien constatée, et il faut reconnaître que son Commentaire n'est trop malheureusement, en bien des endroits, qu'une espèce de rétractation de sa rétractation, par suite des explications équivoques et tortueuses qu'on y a remarquées. Aussi cet écrit a-t-il été jugé très-sévèrement par le prince Clément de Saxe, d'abord évêque de Ratisbonne et de Freisingen, plus tard archevêque-électeur de Trêves, et, par conséquent, supérieur spirituel et temporel de Fébroniua.

(1) Justini Febronii Commentarius in suam Retractationem Pio VI... submissajn.

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Ecrivant au pape Pie VI, en 1781, à propos de Hontheim, qu'il appelle <• un esprit vain et artificieux, comme sont ordinairement les novateurs, » ce prélat s'exprimait ainsi : " 11 me paraît indubitable que la rétractation que AI, de Hontheim a faite de ses erreurs, n'était qu'une feinte, ou qu'il s'est repenti aussitôt de l'avoir faite; » puis, après avoir donné quelques raisons de cette assertion, il ajoute : « Il a fait imprimer à mon insu, sous le titre prétendu de Commentaire, une production plus abominable encore que mal désignée. Je dis •i mal désignée ; » car qui donnerait la dénomination de Commeyitaire sur une Rétractation, â un ouvrage qui ne paraît entrepris que pour énerver la rétractation même ; à un ouvrage qui, au lieu de lumières, répand de nouvelles ténèbres sur l'esprit du réti'actant, et qui, bien loin d'établir sur des arguments solides les vérités catholiques opposées aux eiTeurs abjurées et si solennellement reconnues dans l'acte d'abjuration, en ramène de nouveau plusieurs dans la catégorie des propositions douteuses;... à un ouvrage enfin si différent de la rétractation, que, tandis que celle-ci a été bien reçue de tous ceux qui aiment sincèrement l'Eglise, l'autre n'a pu mériter que les éloges des hérétiques? »

Quant au livre même de Fébronius, il a été jugé depuis longtemps à sa juste valeur. On y a signalé des contradictions qui sont, à elles seules, une véiùtable réfutation de l'auteur ; — une incroyable mauvaise foi dans les citations, empruntées, du reste, pour la plupart à des auteurs de toutes les sectes et de toutes les factions, hérétiques ou ennemis acharnés du Saint-Siège, comme le déclare Clément XIII dans son Bref du 14 mars 1764, adressé à l'archevêque de Mayence : Omnia ille ex hœreticorura et huic Sanctœ Sedi infeiisissimorum hominum libris conquisita et deprompta in loium congessit ; — un dédain fastueux et insultant envers ses contradicteurs les plus modérés; — un latin indigne bien souvent d'un écolier novice ; — enfin, comme le remarque le savant abbé Bergier, cet ouvrage «• est une compilation sans oi'dre, sans justesse, sans logique, aussi mal arrangée que mal écrite.' » Il n'a pas même le mérite de la nouveauté, puisque l'auteur a calqué ses propositions les plus importantes sur les écrits de Richer et de son adepte Ellies du Pin, que le pape Clément XI a appelé " un homme d'une détestable doctrine, et coupable de plusieurs excès envers le Siège Apostolique;^ » ajoutons que Fébronius a mis

(1) Lettre au duc Louis-Eugène de Wurtemberg, 12 octob. 1775. (2j Bref à Louis XIV.

largement à contribution la Défense de la Déclaration du clergé de France par Bossuet.

Quant à l'esprit, aux tendances, et aux résultats de l'ouvrage, ils nous sont signalés par la voix la plus auguste et la plus autorisée, celle du Vicaire de Jésus-Christ : à l'occasion des lettres qu'il adressa à divers prélats allemands au sujet du livre de Fébronius, Clément XIII représente l'auteur comme un homme artificieux et de mauvaise foi, comme un catholique hypocrite, pour ne pas dire comme un hérétique déguisé : Callidus fraudum artifex,... sive hœreticus , gualem ex ipso libro possumus suspicari, sive catholicus, qualis videri vult,^ tandis qu'il applique à l'ouvrage les épithétes justement sévères de veneficus, exitialis,pestiferus, teterrimus, etc.,^ et va même jusqu'à le regarder comme une production sortie de l'officine de Satan : Ejusmodi libri, qui fartasse in officina Satanœ cuduntur.^ Nous avons décrété, ajoute le Pontife suprême, que ce livre, qui a été écrit par un ennemi acharné de l'Eglise Romaine pour anéantir, si c'était possible, le pouvoir du Pontife Romain et renverser complètement le Siège Apostolique de Pierre, doit être écarté des yeux des fidèles, de peur qu'après y avoir puisé le mépris du Siège de Rome, ils ne soient enfin amenés du champ du Seigneur dans les pâturages empestés des hérétiques : Hune librum ad eamdem potestatem (Romani Pontificis), si fieri posset, extinguendam, et Beatissimi Pétri Apostolicam Sedem funditus evertendam, ab homine Romance Ecclesiœ infensissimo scriptum, procul àb oculis fidelium arcendum decrevimus,... ne, hausto inde Romanœ Sedis contemptu, a dominico agro ad hœreticorum pestifera pascua denique abducanturA Ce livre, dit encore ce même Pontife, tend à renverser la pierre sur laquelle Jésus-Christ a bâti son Eglise, ^ et à saper par sa base la Chaire de Rome, sur laquelle l'Eglise Catholique repose comme sur son fondement.^

Plus tard, le pape Pie VI, parlant de Fébronius, rappelle que ses doctrines, qui sont en opposition complète avec celles de l'Eglise, ont été réprouvées par le Saint-Siège et par les évêques mêmes d'Allemagne : Cujus doctrince, a doctrina Ecclesiœ prorsus aliénée, fuerunt a

(1) Epist. adepiscop. Herbipolens, 24 mart. 1764.

(2) Epist. ad archieinscop . Trevir. etMoguntin., Si mart. 176i.

(3) Adepiscop. Herbip. ut supra.

(4) Epist. ad archiepiscop. Trevir. (5) Ibid. (6j Epist. ad episcop. Mogunt.

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Sancta Sede damnatœ , et ab ipsis germanicis episcopis reprobatœ; ' puis, citant l'opuscule : Coup d'œil sur le Congrès d'Ems (par Feller)*, il ajoute qu'il y est bien établi par des arguments péremptoires, que l'ouvrage de Fébronius a été condamné par les archevêques et évêques d'Allemagne, comme étant plein de scandale et de danger, un enfant des ténèbres, la sève des hérésies, et une production de Satan : Invictis documentis opus hujusmodi ab archiepiscopis et episcopis Germaniœ damnatum fuisse uti scandalo et periculo plénum, filium tenehrarum, succum hceresum, parfum Satanœ.^ — Ces déclarations du Siège Apostolique sont assez énergiques et assez significatives.

D'accord avec le Juge suprême de l'Eglise, les évêques d'Allemagne, tels que ceux de Trêves, de Cologne, de Prague, de Bamberg et Wurtzbourg, de Constance, de Mayence, de Freisingen et Ratisbonne, ont énoncé des blâmes non moins sévères au sujet de ce livre et de son auteur;* et notamment le prince Clément de Saxe, dans des termes analogues à ceux du Pape, dénonce à son clergé et à son peuple l'artificieux Fébronius comme un homme qui travaillait de toutes ses forces à saper par sa base le Siège Apostolique et à renverser la Pierre sur laquelle Jésus- Christ a bâti son Eglise : Apostolicam Sede m penitus evertere, et Petram illam supra guam Christus Dominus œdificavit Ecclesiam. suam, omni adhibito conatu, suffodere tentât.^ Bien plus, il n'hésite pas â classer son ouvrage parmi les livres les plus détestables qui inondent le champ du Seigneur, étouffent la semence de l'Evangile, et éteignent les sentiments de la vraie piété et de la religion chrétienne : Teterrimi libri. . . agrum Domini inundant, sem,entem Evangelii suffocant, verœ pietatis et christianœ religionis sensa extinguunt.^ Et de fait, comme le remarque Feller,^ la décadence presque générale de la religion en Allemagne doit être particulièrement attribuée à la secousse que Fébronius a donnée à la hiérarchie, au mépris qu'il a inspiré pour le Chef de l'Eglise, à ses calomnies contre le Siège de Rome, â ses efforts pour ourdir un schisme, etc. Ces tristes résultats du livre de Fébronius ont été confirmés par le témoignage même d'un protestant, pour ce qui concerne le clei'gé autrichien

(1) Respons. ad Metropol. Mogunt. etc super Nuntiattiris apost. i7S9.

(2) Ch. 5. (3) Nota i 8. (4) Décret., die 14 junii 1764. (5) Ibid. (6) Dictionn. historiq. art. Hontheim.

(*) Les documents relatifs à ce sujet sont rapportés dans VAntifebronius rindi catits de Zaccaria ^Dissert. 1. c. 1. append.).

en particulier. 1 Cette funeste influence s'accrut encore par la protec tion que la cour de Vienne accorda à l'ouvrage, par cela même qu'il attaquait la monarchie spirituelle du Pape , faisait de l'Eglise une espèce de république aristocratique, invitait les princes à réformer l'Eglise sur ce plan en protégeant les évèques contre le Pontife Romain, et proposait de faire un schisme en se passant du Pape universel et en créant un Pape national. Ces nouveautés schismatiques d'un évêque durent naturellement plaire à l'esprit novateur de Joseph II; aussi y eut-il défense de publier dans la capitale de l'Autriche, la l'étractation de FébroniuSj^dont les doctrines furent mises en pratique par l'empereur, non-seulement dans les provinces autrichiennes, mais encore dans la Toscane, dont son frère Léopold était grand-duc; et mal' heureusement, ils trouvèrent un complice des plus dociles dans l'évêque Scipion Ricci, fauteur du. Jansénisme et du Fébronianisme, et bien connu par le fameux Synode qu'il présida dans sa ville épiscopale de Pistoie.

De plus, quant à la France, on a voulu trouver dans les propositions de Fébronius, un appui à des théories exagérées et inadmissibles de l'Eglise gallicane, prise dans son sens le plus défavorable, d'autant plus que l'auteur prétendait n'enseigner que la docti'ine de cette Eglise. Et en général, que de fois les ennemis du Saint-Siège ne se sont-ils pas attachés à copier les assertions les plus audacieuses du novateur allemand, perpétuant ainsi la désunion et l'anarchie?

Ajoutons toutefois avec Feller,^ qu'il faut, à plusieurs égards, rendre justice aux bonnes qualités de l'auteur de cet ouvrage informe et anticatholique : poli, honnête, pi'évenaut, officieux, d'un commerce agréable et intéressant, prêtre et évêque recommandable par ses mœurs et par son exactitude à remplir son ministère, il était personnellement un contraste sensible et frappant de son livre avec lui-même.

Mais ce qu'il y a de plus consolant et de plus rassurant, c'est qu'il est mort réconcilié avec Dieu et avec l'Eglise, dans son château de Mont-Quintin (duché de Luxembourg), le 2 septembre 1790.*

(1) Voyage en Allemagne, par le baron de Riesbeck. — Observations sur Vienne.

(2) Menzel, Nouvelle Hist. des Allemands, t. 11. ch. 21. (3) Loc. cit.

(*) Outre les auteurs cités dans le corps de cet article, on peut consulter sur le Fébroniariisme : Wyttenbach et MûUer [Gesta Trevirorum, t. 3.); Phillips {Droit ecclésiastique, t. 3.); le Dictionnaire encyclopédique de la Théologie Catholique (art. Hontheim); Picot [Mémoiye&, années 1764 et 1778), et Pey (Traité de l'autorité des deux Puissances\

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