‹ Du pape et du concileChapitre 53 sur 135 · PREMIER TEXTE : '• ET TIBI DABO, ETC · texte numérisé non relu

PREMIER TEXTE : '• ET TIBI DABO, ETC

Dans le même chapitre seizième de Saint Matthieu, nous lisons encore que Jésus-Christ a adressé à Pierre les paroles suivantes : Et tibi daho Claves regni cœlorum; et quodcumque ligaveris super terram, erit ligatum et in cœlis ; et quodcumque solveris super terram, erit solutum et in cœlis : ^ Je vous donnerai les Clefs du royaume des cieux ; et tout ce que vous lierez sur la terre, sera lié aussi dans les cieux, et tout ce que vous délierez sur la terre, sera délié aussi dans les cieux. — Or, Fébronius^ soutient que le pouvoir des Clefs n'a pas été accordé à Pierre et à ses successeurs, mais au corps entier de l'Eglise, de sorte que ce pouvoir est exercé par le Souverain Pontife comme par les autres ministres de l'Eglise, chacun pour sa part; et il cite en sa faveur le Concile de Trente, où il est dit : Si quis dixerit Claves Ecclesiœ esse datas tantum ad solvendum, non etiam ad ligandum, et propterea sacerdotes, dum imponunt pœnas confit ent ihus , agere contra finem Clavium et contra institutionem Chrisli,... ana/'/îcma sï7 .-^ Si quelqu'un dit que

(1) Matth. 16. 19. (2) Loc. cit. c. 1. § 6.

(3) Sess. 14. De Pœnit. Sacrum, eau. 15.

CH. rr. AUTRES PREUVES TIRÉES DE l'ÉCRITURE. § I. 237

les Clefs n'ont été données à l'Eglise que pour lier, et non aussi pour délier, et que pour cela les prêtres agissent contre la destination des Clefs et contre l'institution de Jésus-Christ lorsqu'ils imposent des pénitences à ceux qui se confessent, qu'il soit anathème. — Il est donc faux, dit Fébronius, que les Clefs de l'Eglise aient été confiées spécialement à Pierre ; en effet, les évêques se sont toujours regardés comme les ministres de l'Eglise dans l'usage de ces Clefs.

Mais Tertullien, Saint Grégoire, Saint Basile, Saint Paschase, etc., sont contraires à Fébronius, et à bon droit; car, quoique l'Eglise participe au pouvoir de lier et de délier, attendu que les Clefs ont été transmises à Pierre pour l'avantage de cette même Eglise, cependant on ne peut nier que ce ne soit Pierre principalement qui les a reçues de Jésus-Christ, et qu'il ne les ait reçues en tant que chargé de gouverner l'Eglise universelle, dont le soin lui a été confié, et de communiquer ensuite aux autres Eglises le même pouvoir des Clefs.

C'est dans ce sens que Saint Grégoire a écrit : Ecce Claves regni eœlestis accepit Petrus; potestas eî ligandi et solvendi tribuitur, cura ei totius Ecclesiœ et principatus committitur : ' Pierre a reçu les Clefs du royaume céleste ; le pouvoir de lier et de délier lui est conféré, et le soin de toute l'Eglise lui est confié avec la principauté. — Ailleurs il dit de lui-même, qu'il est chargé du soin de toutes les Eglises : Curœ nobis fuit, quœ universis Ecclesiis a nobis impenditur, etcJ

Saint Paschase Radbert a écrit dans le même sens : Jure igitur (Petrus) in raeritis primus œstimatur, per quem et in quo ad altos dona transniittuntur ; accipiunt autem reliqui in eo omnes Claves regni cœlorum, cum ei a Domino specialius committuntur, etc. :^ C'est donc a bon droit que Pierre est regardé comme le premier en mérite, lui par qui et en qui les dons sont transmis aux autres ; c'est dans sa personne que ces derniers reçoivent toutes les Clefs du royaume des cieux, attendu qu'elles lui ont été confiées plus spécialement par le Sei-

(1) Epist. l. 5. epist. 20. {allas l. 4. ep. 3i.) (2) Ibid. epist. 13. (3) In Matth. l. 6.

gneur. — Notons ces paroles : « Per quem ad alios dona transmittuntur . »

Saint Basile avait déjà écrit la même chose : Beatus ille Petrus , omnibus discipulis prœlatus, eut soli majora data quam aliis sunt testimonia, qui prœdicatus est beatus, cui Claves regni cœlorum concreditœ sunt : ^ Le bienheureux Pierre a été mis à la tête des autres disciples ; lui seul a reçu de plus grands témoignages que les autres, il a été proclamé bienheureux, et c'est à lui que les Clefs du royaume des cieux ont été confiées.

Et avant tous les autres, TertuUien s'était expliqué plus clairement encore : Si adhuc clausum putas cœlum, mémento Claves ejus Dominum Petro, et per eum, Ecclesiœ reliquisse :^ Si vous pensez que le ciel est encore 'fermé, rappellez-vous que le Seigneur en a remis les Clefs à Pierre, et par lui à l'Eglise.

Le pouvoir des Clefs est donc communiqué par Pierre aux autres ministres de l'Eglise ; et c'est dans ce sens qu'il faut entendre le Canon du Concile de Trente que nous avons cité plus haut, et l'anathème qu'il renferme : Si quis dixerit Claves Ecclesiœ esse datas, etc. En effet, tous les ministres de l'Eglise reçoivent les Clefs, mais c'est plus spécialement à Pierre qu'elles sont confiées, afin d'être transmises par lui aux autres.

On objecte que, d'après un autre endroit de l'Evangile, Jésus- Christ a aussi remis les Clefs aux autres Apôtres, en disant : Amen dico vobis, quœcumque allîgaveritis super terram, erunt ligata et in cœlo; et quœcumque solveritis super terram, erunt soluta et in cœlo :^ En vérité, je vous le dis, tout ce que vous lierez sur la terre, sera lié aussi dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre, sera délié aussi dans le ciel. — Mais quelle difficulté y a-t-il en cela ? nous avons déjà dit plus haut que les Apôtres, en leur qualité de premiers fondateurs de l'Evangile, ont reçu immédiatement du Christ une puissance égale à celle de Pierre, mais qu'ils furent tous subordonnés à

(1) DeJudic. Dei, proœm. (2) Scorpiac. c. 10. (3) Matth. 18. 18.

CH. II. AUTRES PREUVES TIRÉKS DE L'kCRITORE. § l. 239

Pierre comme à leur chef et à leur prince, conformément aux titres que lui décernent tous les Saints Pères. Ainsi, Saint Grégoire de Njsse dit que le Seigneur a désigné Pierre pour être le prince du chœur apostolique : Ille (Petrus) quem Dominus apostolici chori principem designàvit;^ et Saint Ephrem, qu'il est le prince et la tête des Apôtres : Princeps et vertex Apostolorum Petrus;^ et Saint Basile, qu'il a été mis à la tête de tous les disciples : Beatus ille Petrus omnibus discipulis prœlatus ;^ et Saint Grégoire de Nazianze, qu'il est le prince des Apôtres : Petrus, Apostolorum princeps.*^ Un grand nombre d'autres Pères s'expriment de même. Aussi le Concile d'Ephèse a-t-il dit : Beatissimus Petrus, Apostolorum princeps et caput, ficleique columna, et Ecclesiœ Cafholicœ fwidamentum, a Domino nostro Jesu Christo... Claves regni accepit .-^ Le bienheureux Pierre, prince et chef des Apôtres, la colonne de la foi, et le fondement de l'Eglise Catholique, a reçu de Notre-Seigneur Jésus-Christ les Clefs du royaume des cieux.

Il faut remarquer en outre, comme nous l'avons indiqué plus haut, que cette égalité de puissance fut accordée aux Apôtres en vertu d'un privilège spécial, et que, par conséquent, cette puissance s'est éteinte avec eux. Il est donc faux que les évoques, en qualité de successeurs des Apôtres, soient égaux au Souverain Pontife quant au pouvoir des Clefs. Ils sont reconnus, à la vérité, pour les successeurs des Apôtres quant à l'ordre et au caractère, mais non quant au pouvoir et à la juridiction qu'avaient les Apôtres. Il est vrai encore que les évoques ont été établis par le Saint-Esprit pour gouverner l'Eglise, regere Ecclesiam Dei, comme il est dit dans les Actes des Apôtres ;° mais ils la gouvernent en qualité de membres, selon la part qui est assignée à chacun, tandis que le Pape la gouverne en qualité de chef, auquel la direction de toute l'Eglise a été confiée. — Mais nous éclaircirons davantage cette question dans la suite de ce Traité.*

(1) Laudat. S. in S. Stephan.

(2) De Cumpunct. serm. 4. (3) De Judic. Dei, pi^oœm. (4j Poemat. l. 2. sect. 1. n. 12. de seipso et episc. vers. 22z.

(5) Acf. 5. — Labb t. 3. col. 626. (6) Act. 20. 28.

{*) Chap. VII.

Un partisan de Fébronius objecte que Jésus-Christ n'a pas dit à Pierre : « Je vous donne, » mais : « Je vous donnerai » les Clefs du royaume des cieux. Il infère de là que ces Clefs ont été seulement promises à Pierre, tandis qu'après sa résurrection, le Sauveur a dit à tous les Apôtres: « Quœcum.que alligaveritis super terrara, erunt ligata et in ccelo ; et qiiœcumque solveritis super terram, erunt soluta et in cœlo : ^ Tout ce que vous lierez sur la terre, sera lié aussi dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre, sera délié aussi dans le ciel. » Par conséquent, dit-il, les Clefs n'ont pas été remises à Pierre seul, mais à toute l'Eglise. — Nous répondons qu'il ne convenait point que Jésus-Christ, étant encore vivant sur cette terre et chef visible de l'Eglise, remît les Clefs à Pierre et le constituât son vicaire ici-bas ; mais que cela devait se réaliser lorsque Notre-Seigneur serait déjà monté au ciel et devenu invisible au monde ; c'est pourquoi il a dit à Pierre : « Je vous donnerai, » et non « je vous donne » les Clefs du royaume des cieux. Au reste, ceci ne peut être révoqué en doute : de même que cette profession de Pierre: « Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant : Tu es Christus, Filius Dei vivi, >r a été purement personnelle, de même la promesse des Clefs lui a été faite personnellement, Jésus-Christ voulant récompenser par le don des Clefs cette profession individuelle de Pierre, comme l'ont déclaré les Saints Pères que nous avons cités plus haut,* et auxquels il faut joindre Saint Augustin, qui s'exprime en ces termes : Pelrus Apostolus, qui, ubi diœit : " Tu es Christus, Filius Dei vivi, « tam heatus a Domino appellatus est, ut Claves regni cœîorwn accipere mereretur :^ Lorsque l'Apôtre Pierre eut dit : « Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant, » il fut proclamé bienheureux par le Seigneur, au point qu'il mérita de recevoir les Clefs du royaume des cieux.

Nous devons bien peser ici ces paroles écrites par Saint François de Sales dans un de ses discours : « Les ministres (des

(l) Matth. 18. 18. [9.) Contr. Gaudent. Donat. l. /. c. 51.

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hérétiques) tâchent tant qu'ils peuvent de troubler si finement la claire fontaine de l'Evangile, que Saint Pierre ny puisse plus trouver ses Clefs, et font leur possible pour nous dégoûter d'j boire l'eau de la sainte obéissance qu'on doit au Vicaire de Notre-Seigneur. Mais qu'ont-ils fait? Ils se sont avisés de dire que Saint Pierre avait reçu celte promesse de Notre-Seigneur au nom de toute l'Eglise, sans qu'il ait reçu aucun privilège particulier en sa personne. Or, si ceci n'est pas violer l'Ecriture, jamais homme ne la violera. » « De plus, le Saint remarque trèsjudicieusement que Notre-Seigneur venait immédiatement de parler de l'Eglise, en disant : Les Portes de l'enfer ne préVaudront pas contre elle : Portée inferi non prœvalebunt adversus eam; par conséquent, conclut-il, « s'il eût voulu donner les Clefs à toute l'Eglise immédiatement , qui l'eût empêché d'ajouter : Et dabo un Claves regni? Il ne dit pas iUi, mais dabo tibi.^ » C'est donc à Pierre principalement qu'il a remis les Clefs, afin que ce pouvoir fût ensuite communiqué aux autres ministres de l'Eglise.

§ II

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