‹ Du pape et du concileChapitre 54 sur 135 · DEUXIÈME TEXTE : » ROOAVI PRO TE, ETC · texte numérisé non relu

DEUXIÈME TEXTE : » ROOAVI PRO TE, ETC

Nous trouvons dans l'Evangile de Saint Luc un autre texte qui prouve l'infaillibilité du Pontife Romain, d'après le témoignage de plusieurs Saints Pères : Simon, Simon, ecce Satanas expetivit vos, ut cribraret sicut iriticum; ego autem rogavi pro te, ut non deficiat fides tua ; et tu aliquando conversus confirma fratres tuos :^ Simon, Simon, Satan a demandé à vous cribler tous, comme on crible le froment; mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point; lors donc que tu auras été converti, affermis tes frères.

Nous soutenons que, dans ce passage, Jésus-Christ a prié pour Pierre, afin que la foi ne vint jamais à défaillir en lui ou dans les Pontifes, ses successeurs. Mais Fébronius prétend que,

(1) Controverserses, dise. 32. (2) Ibid. ,3j Luc. i-^. 51 et 52.

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212 [I** TR.MTR. — J)ÉFENSE DU POUVOIR SUPRÈMH, ErC.

dans celte circonstance, le Sauveur na pas prié pour Pierre en tant que chef de l'Eglise, mais en tant que personne privée, afin qu'il ne perdit point la foi dans le scandale commun auquel allaient être exposés les autres disciples;^ aussi arriva-t-il que Pierre conserva la foi dans le cœur, quoiqu'il eût extérieurement renié le Seigneur de bouche.

Mais le sentiment de Saint Bernard et d'autres Pères est que Jésus-Christ a véritablement prié dans ce moment pour Pierre et pour ses successeurs, afin qu'ils fussent toujours infaillibles dans l'enseignement de la foi. Voici les paroles du Saint Docteur : Dignnm namrjue arbitrer ibi iMtissimum resarciri damna fidci, uhi non possit fides sentire defectum. . . Hœc quippe hujus prœrogativa Sedis. Cui enim alteri aliquando dictitm est : " Ego pro te rogavi, ut non deficiat fides tuai '^'^ Istam infallihilitatis pontificiœ prœrogativam constantissima perpetuaque Sanctorum Patrum traditio coramonstrat : Il convient, me semble-t-il, que les dommages causés à la foi soient surtout réparés là ou cette môme foi ne peut faillir. Or, telle est la prérogative du Siège Apostolique, En eflét, à quel autre ces paroles furent-elles jamais adressées : « J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point? " Cette prérogative de l'infaillibilité pontificale est démontrée par la tradition constante et permanente des Saints Pères.

Saint Lucius, pape et martyr, s'était déjà exprimé dans le même sens : Hœc sancta et apostolica mater omnium Ecclesiarwn, quœ a tramite apostoUcœ traditionis nunquam errasse probatur, secundum ipsius Domini pollicitationem, qui fatus est : « Ego pro te rogavi ut non deficiat fides tua " :^ L'Eglise Romaine, sainte et apostolique, est la mère de toutes les Eglises, et il est constaté qu'elle ne s'est jamais écartée du sentier de la tradition apostolique, conformément à cette i)romesse que le Seigneur lui-même lui a faite, en disant : « J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défciille point. »

Saint Agaihon, dans une lettre adressée à l'empereur Con-

(1) Matth. 26. .rt. (2) Epïst. 190, ad Innoc. II. prœf.

{^] Ad Episc. Oall. et Hisp. n. 6.

stanlin et approuvée au VP Concile œcuménique, s'exprime en ces termes, après avoir cité les paroles. « Ego autem rogavi pro te, etc. " .• (Dominus) fidem Pétri non defecturam promisit, et confirraare eum, fratres suas admonuit, qiiod Apostolicos Pontifices, meœ eœiguitatisprœdecessores, confidenter fecisse semper cunctis est cognitum :^ Le Seigneur a promis que la foi de Pierre ne défaillirait point, et il l'a chargé d'affermir ses frères; or, il est à la connaissance de tout le monde que c'est là ce qu'ont toujours pratiqué avec assurance les Pontifes Romains, dont je suis, malgré ma bassesse, le successeur.

Saint Léon IX s'est exprimé dans le même sens : Nimirum soins est pro qiio, ne deficeret ejus /ides, Dominus et Salvator asset'it se rogasse, dicens : « Rogavi pro te, etc. » ; quœ venerahilis et efficax oratio ohtinuit quod hactenus fides Pétri non defecit, nec defectura creditur in throno illius : ^ Pierre est le seul pour lequel notre Seigneur et Sauveur affirme avoir prié, afin que sa foi ne défaille point : « J'ai prié pour toi, etc. ; » et cette prière auguste et efficace a obtenu que jusqu'ici la foi de Pierre ne défaillit pas, et l'on est persuadé qu'elle ne défaillira jamais dans le Siège de Pierre.

C'est pour cela qu'Innocent IIi a écrit dans la suite : Majores Ecclesiœ causas, prœsertim articulos fidei contingentes, ad Pétri Sedem, referendas intelligit, qui notàbit pro eo Dominum exorasse, ne deficiat fides ejus : ^ Si l'on considère que le Seigneur a prié pour Pierre, afin que sa foi ne défaille point, on comprend que les causes majeures de l'Eglise, surtout celles qui touchent à la foi, doivent être déférées au Siège de Pierre.

Un autre auteur du camp de nos adversaires prétend que lorsque Jésus-Christ a prononcé ces paroles: "Rogavi pro te, etc., » il n'a pas prié pour Pierre seul, mais pour toute l'Eglise, et que c'est à elle qu'il s'adressait dans la personne de Pierre. A l'appui

(1) Epist. ad Constantm. lecta in Concil. œcian. VI. act. i. et approbata act. 8.

(2) Epist, ad Petr. Antioch. (3) Epist. ad Archiepisc. Arelat.

de cette interprétation, il allègue ce passage de Saint Augustin : Manifestum est omnes in Petro contineri ; rogans enim pro Petro, pro omnibus rogasse dignoscitur :^ Il est évident que tous étaient renfermés dans Pierre ; car, en priant pour Pierre, Notre-Seigneur est censé avoir prié pour tous.

Il est hors de doute, répondrons-nous, qu'en priant pour Pierre, premier pasteur et docteur de l'Eglise, Jésus-Christ a prié aussi pour tous les fidèles, qui devaient être instruits par Pierre dans la foi. Néanmoins, il est bien clair que, dans cette occasion, Notre-Seigneur a prié pour Pierre seul, attendu que c'est à lui personnellement qu'il a dit : Simon, Simon, etc. ; et, après avoir donné cet avis aux autres : « Satan a demandé à vous cribler, Satanas edcpetivit vos, » c'est à Pierre seul qu'il s'adresse, en disant : « J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point : Ego rogavi pro te, ut non deficiat fuies tua ; n mais il ne dit pas : « J'ai prié pour vous, pro vobis. » *

Cette explication ressort plus clairement encore des paroles qui suivent : Lorsque tu auras été converti, aff"ermis tes frères : Et tu aliquando conversus confirma fratres tuos. En effet, d'après l'explication de Théophjlacte, ces paroles ont été adressées à Pierre en qualité de prince des Apôtres et de fondement de l'Eglise : Quia te habeo ut principem discipulorum, confirma cœteros; hoc enim te decet, qui post me Ecclesiœpetra es et fundamentum.^ — Telle est aussi l'interprétation de Saint Augustin : » Rogavi pro te, ut non deficiat fides tua, » hoc est, ne auferatur ex ore tuo verbum veritatis usque valde .'^ J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point, » c'est-à-dire afin que la parole de la vérité ne soit jamais ôtée de ta bouche. — Et auparavant déjà, Saint Jean Chrjsostome avait écrit : Quam

(1) Quœstiones Vet. et Nov. Testam. q. 75, inter opéra S. Aug. t. 3. append.Edit. Ben.

(2) In Luc. 22. 32. (3) In Psalm. U8. serm. 13. n. 5.

(*/ On peut ajouter ici que le texte allégué de Saint Augustin n'est pas du Saint Docteur, non plus que l'ouvrage d'où ce passage est extrait : c'est ce que démontrent les savants éditeurs de Saint Augustin, qui, d'accord avec la plupart des érudits, attribuent plutôt cet ouvrage au diacre Hilaire, auteur des Commentarii in Apostolum, publiés sous le nom d'Ambroise. — Voir l'introduction des Bénédictins, en tête de l'ouvrage cité plus haut. Le traducteur.

est fervidus! qicam agnovit credihim a Christo gregem! quam in hoc choro princeps est!... Merito prirmis omnium auctoritatem usurpât in negotio, ut qui omnes hàbeat in manu; ad hune enim dixit Christus : « Et tu aliquando conversus confirm,a fratres tuos » : ^ Pierre est l'Apôtre ardent, à qui la garde du troupeau a été confiée par Jésus-Christ, et qui est le prince du chœur des Apôtres. C'est à bon droit qu'il prend dans cette affaire* la principale autorité, parce que le soin de tous lui a été confié; en effet, c'est à lui que Jésus-Christ a dit : « Quand tu auras été converti, affermis tes frères. »

Conformément à cette doctrine, Saint Pierre lui-même, sachant bien qu'il avait été choisi de Dieu pour enseigner et gouverner l'Eglise, s'est exprimé en ces termes dans le P^ Concile de Jérusalem : Viri fratres, vos scitis quoniam ah antiquis diebus Deus in nobis elegit per os meum audire gentes verhum Evangelii, et credere :* Mes frères, vous savez que depuis longtemps Dieu m'a choisi parmi vous, afin que les Gentils entendissent par ma bouche la parole de l'Evangile, et qu'ils crussent. — Pierre a donc été personnellement choisi, non-seulement pour que les Gentils l'entendissent, mais encore pour qu'ils crussent. C'est pourquoi Saint Cyprien a écrit dans la suite : Ad quos (Romanos Pontifices) perfidia hahere non potest accessum :' Auprès des Pontifes Romains, la perfidie ne peut avoir accès. — Saint Fulgence a dit également: Quod... Romana tenet et docet Ecclesia tottisque cum ea christianus orbis,... nihil hœsitans, crédit ;* Ce que l'Eglise Romaine tient et enseigne, le monde chrétien tout entier le croit sans la moindre hésitation. — Et les Pères du VI® Concile œcuménique ont reconnu qu'aucune erreur n'a jamais existé et n'existera jamais dans la Chaire de Rome, et que les successeurs de Pierre, pour lequel Jésus-Christ a prié tout particulièrement, ne dévieront jamais du sentier de la foi : Nuîlum errorem in Cathedra

(1) In Âct. Apost. homll. S. n. 1 et S. (2) Act. 1S. 7.

(3) Epist. 55, ad Cornet.

(4) De Incarn. et Grat. Christi. c. 11. (alias epist. 17.)

(*) C'est à-dire l'élection d'un douzifînie Apôtre en remplacement du traître Judas.

L* traducteur.

Romana unquam fuisse, nec futurum, successoresque Pétri, pro quo tam particulariter rogavit Christus , nunquam a fidei semita deviaturos. ^

Mais passons à un autre texte de l'Evangile qui est encore plus pressant et plus convaincant en faveur de la suprême autorité du Pontife Romain.

(1) Act. 4. — Lahb. t. 6. col. 655.

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