REMARQUES PRÉLIMINAIRE
Plusieurs opinions sont ici en présence ;
1° La première est celle de Luther et de Calvin, qui enseignent cette doctrine hérétique, que le Pape est faillible, même lorsqu'il parle comme Docteur universel et d'accord avec le Concile.
2" La deuxième, qui est précisément l'opposé de la première, est celle d'Albert Pighius,* qui tient que le Pape ne peut errer, même quand il parle comme docteur privé.
8° La troisième est celle de certains auteurs qui soutiennent que le Pape est faillible dans les enseignements donnés en dehors du Concile. — A ce propos, il faut savoir tout d'abord, pour donner plus de jour à la question, que cette opinion a été embrassée par le clergé de France en 1682, lorsqu'il a émis les quatre célèbres propositions que l'on sait. Laissant de côté celles qui n'ont point rapport à la question présente, nous signalons
[*l Cet auteur, né vers 1490 à Kampeu, ville de la province d'Overyssel dans les Pays-Bas, et mort à Utrecht en décembre 15-12, prit le grade de bachelier à Louvain, et celui de docteur à Cologne. 11 se distingua par plusieurs savants ouvrages sur des matières de philosophie, d- théologie, et de mathématiques. Il se signala également par son zèle contre les premiers coryphées de la Réforme, et fut honoré de l'estime et de la confiance de trois Papes successifs, Adrien VI, Clément VIII, et Paul III, qui le chargèrent de plusieurs missions importantes. Sincèrement attaché au Saint-Siège, il porta peut-être trop loin la défense de ses droits et de ses privilèges, notamment dans son principal ouvrage intitulé : Assertio eMlesiastirœ Iherarrhlœ, dont la 3", la 4", et la 5*- partie sont consacrées à ces matières. ■£-* 'raducteur.
§ I. INFAILLIBILITÉ DU PAPK. 4(\3
d'abord la seconde, qui est ainsi conçue : La plénitude de puissance sur les choses spirituelles réside de telle manière dans le Siège Apostolique, que les décrets du Synode de Constance touchant l'autorité des Conciles généraux conservent toute leur force; et l'Eglise Gallicane n'approuve point ceux qui portent atteinte à la force de ces décrets, ou qui les restreignent au seul temps du schisme : Sic inesse Apostolicœ Secli... rerum spiritualium plenam poiestatem, ut simul valeant. . . Synodi Constantiensis. . . décréta de auctoritate Conciliorum generalium, nec prohari a Gallicana Ecclesia qui eorum decretorum... robur infringant, aut ad solion schismatis tempus Concilii dicta detorqueant } La quatrième proposition porte que le Souverain Pontife a la part principale dans les questions de foi, que ses décrets regardent toutes les Eglises et chacune d'elles en particulier, mais que son jugement n'est pourtant pas irréformable, à moins que le consentement de l'Eglise n'intervienne : In fidei quoque quœstionibus prœcipuas Summi Pontificis esse partes, ejusque décréta ad omnes et singulas Ecclesias pcrtinere, nec tamen irreformabile esse judicium, nisi Ecclesiœ consensus accesserit.^*
(1) Déclarât. Cleri Gallic. anni i6S2. Prop. S. (2) Ibid. prop. 4.
{*) Nous savons par les deux principaux biographes de notre Saint Auteur, le ptre Tannoia et le cardinal Villecourt, qu'il composa un opuscule spécial contre les quatre Articles de la Déclaration de 1682. Malheureusement ce précieux travail n'est pas parvenu jusqu'à nous, et en dépit de tous nos efforts, il nous a été impossible de nous le procurer, ainsi que nous l'avons fait remarquer dans l'Introduction de ce volume. Force nous est donc de nous en tenir à l'aperçu qu'en donnent les deux grands historiens de la vie de Saint Alphonse. Voici la traduction de l'exposé que nous fournit le père Tannoia, enfant et contemporain de notre Saint : " Comme Alphonse était persuadé qu'une des principales erreurs répandues contre la saine doctrine était de douter de l'infaillibilité du Pape en matière de foi, il résolut d'en donner une réfutation expresse. Reconnaissant que le principal argument dont on se prévalait pour soutenir cette pernicieuse erreur, était puisé dans la Déclaration de l'Assemblée tenue à Paris en 1682, il publia, pour la combattre, un opuscule intitulé : Rép.cxions sur la Déclaraiion de l'Assemblée de France louchant rinraillibUilé du Pape. Le contenu de cette Déclaration était comme une épine qui lui perçait le cœur. Il établit donc, dans son opuscule, l'infaillibilité du l'ape dans les questions de foi, en s'appuyant de l'autorité des Saints Pères et des Conciles œcuméniques. Il démontre en outre qu'on doit faire peu de cas de cetta Déclaration, attendu que l'Assemblée ne fut point générale, mais composée seulement de quarante-quatre évéques réunis par ordre de Louis XIV; il rappelle que le roi, blessé de ce que le Pape lui avait refusé les revenus des ôvêchi-s vacants,
404 ni® 'IRAITÉ. — DISSERTATION SUR L AUTORITE DU PAPE.
De plus, un décret do la Faculté de France a statué que personne ne serait admis à l'honneur du doctorat, s'il ne défendait d'abord publiquement ces propositions et ne s'astreignait par serment à les soutenir dans la suite. Plus lard, Alexandre VIII, dans sa Bulle - Inter mnUiplices, » datée de l'an 1690, déclara nul ce décret de la Faculté de Paris et prescrivit de le regarder comme non avenu.
Mais, appuyé par Louis Dupin, qui s'adjoignit bientôt à lui,
voulut s'en venger, et ordonna en conséqlience à cette assemblée et aux docteurs de Sorbonne d'enseigner la doctrine opposée à l'infaillibilité du Pape, exigeant en outre que les èvéques absents fissent de même dans leurs diocèses respectifs. Indépendanament de l'autorité des Pères et des Conciles qui se sont prononcés pour l'infaillibilité pontificale, Alphonse démontre encore la fausseté de la doctrine de l'assemblée par le témoignage d'un grand nombre de docteurs français qui se sont accordés à soutenir l'infaillibilité du Pape, soit avant, soit après la Déclaration; de plus, il montre comment les quarante-quatre évéques eux-mêmes ont protesté au Pape qu'ils n'avaient pas eu l'intention de condamner le sentiment opposé au leur. - Telle était la valeur de cet opuscule, qu'il mérita même les éloges du parti opposé. • (Tannoia, Vila éd. IslUuto di S. Alfonso de Liguori, 1. 3. c. 25. — Villecourt : Yie et Institut de S. Alph. de Lig. 1. 3. ch. 24 ; 1. 4. ch. 17; 1. 6. p. 2. eh. 3. a. 3.)
Nonobstant la perte de cet opuscule, ce qui nous reste dans les divers écrits de Saint Alphonse sur la Déclaration de i682, notamment dans cette Dissertation et dans le Traité précédent (ch. VII. n. V), nous montre assez manifestement quelle était son opinion sur cette assemblée de triste mémoire.
Depuis que notre Saint a écrit sur la Déclaration de 1682, plusieurs auteurs se sont attachés à mettre dans tout son jour cette grave question si longtemps et si vivement débattue, quoique vidée aujourd'hui aux yeux des appréciateurs impartiaux et non prévenus ; c'est ainsi que le cardinal Litta {Vingt-neuf Lettres sur les quatre Articles dits du Clergé de France), le comte de Maistre {Du Pape. — De l'Eglise Gallicane dans son rapport avec le Saint-Siége), le cardinal Gousset (Théol. dogm. De VEglise, p. 3. ch. 7.) et le docteur Bouix {Tract, de Papa. p. 3. C. 10 et seq. — Revue des Sciences ecclés. ann. 1865], ont dit le dernier mot sur lé fond même des quatre Articles , comme sur l'assemblée qui les dicta ou les subit. Mais il est une œuvre récente qui vient de surprendre agréablement le monde savant par des révélations et des documents inconnus jusqu'à ce jour : nous voulons parler de l'ouvrage de M. Charles Gérin, juge au tribunal civil de la Seine : Recherches historiques sur V Assemblée du Clergé de France de 1682 (Paris. 1869). Après avoir consacré six ans à ses laborieuses et consciencieuses recherches, après avoir exploré les dépôts publics de Paris et opéré le dépouillement des pièces émanées des ennemis du Siège Apostolique, ce magistrat français a classé et coordonné ses matériaux de manière à élever un véritable monument historique, qui est destiné à faire époque : documents inédits et des plus authentiques, citations puisées aux sources manuscrites et contemporaines, pièces intimes et secrètes, mémoires, lettres, notes, billets, voilà ce qui compose ce dossier formidable dont le public a su, dès le principe, apprécier la haute importance. On peut dire que ce travail porte le coup de grâce au gallicanisme, à cette doctrine maintenue, hélas ! trop longtemps sous le nom fascinateur de maximes et de libertés gallicanes : selon nous, la discussion est close désormais, et les rigoureuses con-
§ I. INFAILMBIf.ITÉ DU PAPE. 405
Louis Maimbourg, après avoir quitté l'habit de la Comnaii^niia de Jésus, ou plutôt après avoir été justement expulsé de l'Institut, s'offrit à défendre hardiment ces propositions, comme il le fit en effet, jusqu'au moment où Dieu lui infligea, par une mort imprévue, un digne châtiment de son audace.
Cependant, vers l'an 1693, les évêques de France qui avaient concouru dans l'Assemblée de 1682 à la production des quatre propositions, se rétractèrent dans une lettre collective adressée à Innocent XII. Et le roi très-chrétien, Louis XIV, après avoir
clusions du juge sont le pr moncé définitif de la sentence ; c'est cette pensée qui nous a déterminé à mentionner avec quelque détail cet important ouvrage. — Il ne nous reste plus qu'à placer ici le Bref dont Sa Sainteté Pie IX a honoré l'auteur : nous le citons avec d'autant plus d'à-propos, qu'il renferme des appréciations émanant d'un juge autorisé, et présente tout à la fois un résumé lucide et frappant de
la question.
PIE IX, r.\PE.
Cher fils, salut et bénédiction apostolique.
Nous avons accueilli avec la plus grande faveur, cher fils, vos liecherches hisloriques sur la Déclaration du Clergé de France. Jamais, en effet, l'opportunité d'un pareil ouvrage ne s'est fait sentir autant que dans les circonstances présentes ; et votre qualité de laïque, votre titre de magistrat, en vous assurant un rang exceptionnel, donnent à votre travail la plus grande autorité dans une matière qui est loin de plaire à tout le monde. Bien des écrivains ont déjà démontré avec assez de clarté et de solidité, que cette Déclaration du Clergé de France, si opposée à l'autorité pontificale et au pouvoir ecclésiastique, rendue dans l'assemblé* de 1682, n'était conforme ni au sentiment commun, ni à celui de la majorité; qu'elle n'avait pas été émise en toute liberté et conscience, mais plutôt sous l'empire de la crainte ou en vue de la faveur royale ; qu'elle n'avait pas été longtemps maintenue, mais qu'elle fut bientôt rétractée par ceux-là mêmes, qui avaient travaillé soit à la faire admettre, soit à la publier; qu'elle n'avait été enfin pour l'Eglise Gallicane, la source d'aucune gloire, d'aucune liberté, mais p'.utôt une tache et une vraie servitude. Ce que d'autres auteurs ont soutenu, appuyés qu'ils étaient sur l'histoire de cette époque et sur de solides arguments, Nous Nous réjouissons de le voir confirmé par les témoignages authentiques que vous apportez. Votre travail, en effet, ne servira pas peu à dissiper dus préjugés, à fermer l'entrée aux sophismes, à persuader, enfin, à tous que les Eglises particulières sont d'autant plus fortes et d'autant plus glorieuses, qu'elles sont unies par un lien plus étroit au Souverain Pontife, à qui Notre-Seigneur a conféré, daos la personne de Pierre, la primauté d'honneur, de juridiction, d'autorité, et de pouvoir sur l'universalité des fidèles. Puisse cette lettre vous affermir et augmenter votre ardeur pour la défense de la vérité ! et, en attendant, recevez comme g:ige de la grâce céleste et comme assurance de notre paternelle tendresse, la bénédiction apostolique que Nous vous ui.-oordons avec grand amour.
Donné à Saint-Pierre, à Rome, le 17 février 1869, la 83« année d.- notre pontificat PIE IX, PAPE.
Nous ii'iijouterons rien à ces paroles significatives du Chef do la chrétienté. — Quant aux détails de l'ouvrag'', nous ne pouvons qu'y renvoyer le lecteur.
Le traducteur.
400 m® TRAITÉ. DISSERTATION SUR l'aUTORITÉ DU PAPK.
révoqué par un édit public celui qu'il avait d'abord promulgua pour prescrire l'observation du décret de Paris, fit également parvenir au Souverain Pontife une lettre de rétractation. On peut consulter à ce sujet Graveson, Roncaglia,i et Milante.^ — Voilà pour ce qui concerne la troisième opinion.
4° La quatrième, qui est l'opinion commune et à laquelle nous adhérons, est celle-ci : bien que le Pontife Romain puisse errer comme simple particulier ou docteur privé, ainsi que dans les pures questions de fciit qui dépendent principalement du témo'gnage des hommes, cependant, lorsque le Pape parle comme docteur universel définissant ex cathedra, c'est-à-dire en vertu du pouvoir suprême transmis à Pierre d'enseigner l'Eglise, nous disons qu'il est absolument infaillible dans la décision des controverses relatives à la foi et aux mœurs.*
Cette opinion est défendue par Saint Thomas,^ Turrécrémata,^ de Soto ,^ Cajétan ,^ Alexandre d'Alès , Saint Banaventure ," Augustin Triumphus,^ Nicolas de Lyre,' Saint François de Sales, '<' de Sponde,^' Thomassin,^^ Louis Bail,'^ Duval,^^ et une foule d'autres cités par Alliante, évêque de Castellamare de Stabia,^^ dans son savant ouvrage sur la 29® proposition condamnée par Alexandre VU! ; il en est de même de tous les autres théologiens en général, comme l'attestent le cardinal Gotti,"^ Milante,^^ et Troila.i»
(1) Ad Natal. Alex, super Concil. Constant. Animadv. % i 1.
(2) Super Propos. 29. ab Alex. VIII damn. Exerc. 19.
(3) 2. 2. q. 1. a. 10. (4) Summa de Eccl. l. 2. c. 109 et seq.
(5) Defensio cath. p. I. c. 83, 84 et 83.
(6) De Auctorit. Papœ et Coiicil. tr. i. c. 9.
(7) Summa theol. q. 1. a. S. d. S. (8) De écoles. Potest. q. G. a. I . (9) Comment, in Luc. 22. 32. (10) Controverses, dise. 32.
(11) Annal, ad ann. 800. n. 2. (12) In Concil. diss. 18.
(13) Apparat, ad summ. Concil. p. o.
(14) De supr. Rom. Pontif. Potest. p. 2. q. /. et passim.
(15) Super Propos. 29 ab Alex. VIII damn. Exerc. 19.
(16) Vera Christ. Eccles. t. 1. c. if. § 1. (17) Loc. cit. (18) Theol. dogm. tr. 6. de Pontif. d. 1. %2. n. H.
(*) On peut rapprocher de ce passage ce qui est dit sur le même sujet dans le l*' Traité (eh. IV, page 141). Le traducteur.
§ I. INFAILLIBILITE DU PAIE. 407
Parmi ces auteurs , quelques-uns enseignent que le Pape est, à la vérité, infaillible, mais seulement lorsqu'il procède avec maturité, en prenant avis des personnes éclairées. Mais d'autres soutiennent avec plus d'exactitude que cette condition est seulement de convenance, et non de nécessité; en effet, tous ceux qui défendent l'infaillibilité pontificale sont forcés de reconnaître que la promesse d'infaillibilité n'a pas été faite à des conseillers, ni sous la réserve de l'examen, mais uniquement au Souverain Pontife; sans quoi, les hérétiques pourraient toujours objecter l'absence d'un examen suffisant, comme les sectaires l'ont effectivement objecté contre le Concile de Trente. Mais il appartiendra à l'Esprit-Saint, comme le remarque trèsbien Suarez,' de veiller à ce que le Souverain Pontife se garde de jamais agir ou décider d'une manière téméraire ou impru d-;nte dans des matières d'une telle importance.
PREUVES
I. — Notre proposition se prouve d'abord par les Ecritures et notamment :
P Par ce texte de Saint Matthieu : Tu es Petrus, et super hanc petram œdi/îcabo Ecclesiam meam, et Portœ inferi non prœvalehunt adversus eam .^ Vous êtes Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les Portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. — Par cette pierre, Noèl Alexandre^ entend l'Eglise; mais c'est là une interprétation absurde, qui rendrait le sens également absurde, puisque, d'après cette explication, il reviendrait à ceci : « Sur cette Eglise, je liàiirai naon Eglise, n Cependant il ressort évidemment du sens même de la phrase, que tout le discours s'adresse à Pierre. Les Saints Pères, tels que Saint Basile/ Saint Cyprien,^ Saint .Tenn Chrysosioine,^
(1) Dr Fide, disp. S. sect. 8. (2) Matth 16. 18.
(3) Sœc. XV. et XVI. dtss. 4. a. 1. n. 12.
(4) Contia Ennom. t. 2. (5) De Unit. Eccl c. 4. (6) Serm. de Priem. Sanct.
408 UI® TRAITÉ. DISSERTATION SUR l'aUTORITÉ DU PAPE.
Saint Hilaire,! Tertullieri,^ Saiat Epiphane,^ et Origène,-* cités par Joseph Baronius,^ nous disent que par le moi pierre il faut entendre l'Apôtre Saint Pierre.
Saint Basile dit notamment, en parlant de Pierre : Comme il l'emportait sur les autres par sa foi, il fut constitua le soutien de l'Eglise : Quoniam fide prœstahat, Ecclesiœ. .. œdifieationem suscepit '^
Et Saint Léon : Par la sublimité de sa foi, Pierre plut tellement à lésus-Christ, qu'il mérita, avec l'assurance de l'éternello béatitude, de devenir ce roc ferme et indestructible sur lequel l'Eglise devait être bâtie et prévaloir contre les puissances de l'enfer et les lois de la mort : Tayitiim in hac fidei sublimitate (Petrus Christo) complacuit, ut beatitudinis felicitate donatus, sacram inviolahilia Petrœ acciperet firmitatem supra quam fundata Ecclesia Partis inferi et mortis legibus prœvaleret P
Saint Cyprien a dit également que la primauté a été accordée à Pierre pour montrer qu'il n'y a qu'une seule Eglise du Christ et qu'une seule Chaire : Primatus Petro datur, ut loia Christi Ecclesia et Cathedra una monstretur.^ — Et après avoir cité ces textes : « Vous êtes Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ; Paissez mes brebis, » il ajoute contre les Novatiens : C'est sur lui seul que Jésus-Christ bâtit l'Eglise, et c'est à lui qu'il confie le soin de paitre ses brebis : Super illum unum œdificat Ecclesiatn, et illi pascendas mandat oves suas.^
Saint Léon nous représente Jésus-Christ s'adressant en ces tei'ines à Saint Pierre : C'est moi, il est vrai, qui suis la pierre indestructible; cependant, vous aussi, vous êtes pierre, parce que ma force affermit la vôtre, de sorte que tout ce qui m'est pj:'opre en vertu de ma puissance, vous devient commun avec moi par participation : Cnm ego sim inviolabilis petra..., tamen ta quoque petra es, quia mea virtute solidaris, ut quo^
(1) In Matth. c. 16. (•?.) De Prœscript. c. 22.
(3) Ancorat. c. 9. (4) In Exod. homîl. S.
(5) Contr. Piccinin. diss. 2. c. S.
(6) Contr. Eunom. l. 2. (7) Homil. de Transflg. (8) De Unit. eccl. c. 4. (9) Ibid.
§ I. IXFAILMIHLITÉ DU PAPK. 409
mihi potpstate sunt propria , sint tibi mecum participatione communia.^
Cette vérité ressort plus évidemment encore du Concile de Chalcédoine, qui appelle cet Apôtre la pierre et le pivot de l'Eglise Catholique : Appellat Petrum petram et crepidinem Ecclesiœ CathoUcœ.^ A ce propos, Bellarmin ajoute : Les Catholiques enseignent que cette métaphore signifie que le gouvernement de toute l'Eglise a été confié à Pierre, surtout pour ce qui regarde la foi ; car, c'est le propre de la pierre fondamentale de servir de direction et de soutien à tout l'édifice : Catholici docenf. hac metophora significari Petro esse commissum regimen tolius Ecclesiœ, et prœcipue circa fidem ; petrœ enim fundamentali hoc est proprium, totum œdificium regere et sustentare ?
Ajoutons le témoignage de Saint Cyrille d'Alexandrie, qui nous dit que, d'après cette promesse (vous êtes Pierre, etc.), l'Eglise Apostolique de Pierre ne contracte aucune souillure de toutes les séductions de l'hérésie : Secundiim hanc pronissionem, ■ Ecclesia ApostoUca Pétri ah omni seductione hœretica... manei immaculata .*•
Si donc l'Eglise, contre laquelle les enfers ne peuvent prévaloir, est figurée par un édifice, il faut nécessairement, pour qu'elle ne puisse réellement être renversée, que sa base et son fondement soient indestructibles, de peur que, le fondement une fois ruiné, tout l'édifice ne s'écroule. Aussi Origène nous dit-il que si les enfers prévalaient contre la pierre sur laquelle l'Eglise est bâtie, ils prévaudraient aussi contre l'Eglise elle-même : Siprœvalerent (inferi) adversus petram in qua fundata Ecclesia erat, contra Ecclesiam etiam prœvalerent ^
2" Notre proposition se prouve également par ce texte de Saint Luc : Ego autem roganipro te, ut non deficiat fides tua :^ J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point.
(1) In annivers. assumpt. suce, serm S. c. 2.
(2) Act. S. apud Bellarm. De Rom Pontif. l. 1. <-. 10.
(3) Loc. cit. (4) Apud S. Thom. Catena aurea, in Matth. 16. 18.
(5) In Matth. 16. 18. et apud Bellarm D Rom. Pontif. l 4. c. 3.
(6) Luc. 22. 32 ,
410 m* TRAITE. DISSERTATION SUR LAUTORITÉ DU PAPE.
Tous les auteurs ont également iaféré dj ce texte, comnao l'affirme Maldonat,^ que les Souverains Pontifes sont à jamais infaillibles.
II. — Notre thè.se se prouve en outre par les Conciles œcuméniques, et :
1° Par le Concile de Chalcédoine, où nous lisons, d'après ce (lue rapporte Saint Thomas, ^ que toutes les définitions du Pape doivent être adoptées, parce qu'elles émanent du Vicaire du Trône Apostolique : Omnia ah eo (Papa) de.finita teneantur, tamquam, a Vicario Apostolici Throni. Et après qu'on y eut donné lecture de la lettre de Saint Léon, on prononça l'anathème contre ceux qui ne croyaient pas de raéme.^ Ensuite les Pères du Concile embrassèrent la doctrine du Souverain Pontife comme celle de Saint Pierre lui-même, et demandèrent que tous leurs décrets fussent confirmés par l'autorité du Siège Apostolique.''
2" Le IP Concile œcuménique de Lyon s'exprime ainsi : Ipsa quoque Sancta Romana Ecclesia swnmum... principatum super universam Ecclesiam ohtinet, quem se ab ipso Domino in Beato Petro, cvjus Romanus Pontifeoc est successor, cum potestatis plenitudine, récépissé... recognoscit ;... sic et si quœ de fide subortœ fuerint qucestiones, sua debentjudicio definiri : '" La Sainte Eglise Romaine possède la suprême principauté sur l'Eglise universelle, principauté qu'elle reconnaît avoir reçue, avec la plénitude du pouvoir, de Noire-Seigneur môme dans la personne du Bienheureux PieT*re, dont le Pontife Romain est le successeur; et si des questions sont soulevées au sujet de la foi, elles doivent être définies par son jugement.
3** Dans le Concile de Florence, nous lisons ces paroles : Definimus Romanum Ponti/îcem in universum orbem tenere primat um , et... successorem esse Beati Pétri,... totiusque Ecclesiœ Caput, et christianorum Patrem et Doctorem existere, et ipsi in Beato Petro regendi Ecclesiam a Domino nostro Jesu
(1) /n Luc. S2. 52. (2) Contra errov. Grœcor. c. 52.
(3) Act. 2. (4) Act. p. 5. c. 2.
(5) Epist. Mich. imper, ad Grey. X.
Christo plénum potestatem traditam esse, quemadmodum etiam in gestis œcumemcorum Conciliorum et in sacris Canonihus coniinetur:^ Nous définissons que le Pontife Romain est investi de la primauté sur le monde entier, qu'il est lo successeur du Bienheureux Pierre, le Chef de toute l'Eglise, le Pcre et le Docteur de tous les Chrétiens, et qu'il a reçu de Notre-Seigneur Jésus-Chrisf, dans la personne du Bienheureux Pierre, le plein pouvoir de gouverner l'Eglise ; ce qui est aussi contenu dans les Actes des Conciles œcuméniq.'jes et dans les saints Canons. — Or, s'il est certain que le Pape est le Docteur de toute l'Eglise, il faut aussi tenir pour certain qu'il doit être infaillible, afin que l'Eglise ne puisse jamais être trompée par son propre maitre.
4° Ajoutons ici le témoignage du Concile de Vienne, quinzième œcuménique, qui se tint sous Clément V et décréta que c'est uniquement au Siège Apostolique qu'il appartient de prononcer sur les doutes en matière de foi : Dubia fidei declarare, ad Sedem dumtaxat Apostolicam pertinere.^
III. — Notre proposition se prouve encore par les Saints Pères.
Saint Iréuéo a écrit : Il est nécessaire que tous dépendent de l'Eglise Romaine comme de la source eî, de l^i tête : Necesse est. omms ah ipsa (Romana Ecclesia) tamquam a fonte et capite pendtre?
Saint Athanase dit que l'Eglise Romaine conserve toujours la vraie doctrine sur Dieu : Romanam Ecclesiam semper conservare veram de Deo sententiam.* Et dans la même lettre, il s'exprime en ces termes, en adressant la parole au Souverain Pontife : Vous êtes le destructeur des hérésies sacrilèges et de tous ceux qui attaquent et infestent l'Eglise; vous êtes Prince, Docteur, et Chef, quant à la doctrine orthodoxe et à la foi inaltérable : Tu profanarum hœresum atque impetitcrum omniiimque
(1) Sess. ult. Def. — Labh. t. IS. col. 1167.
(2) Clementiiiar. Fidei Cath. de Summa Trinit.
(3) Adv. Hœrcs. l. 3. c. S. et apud Bellartn. De Rom. Pont. l. 2.c. IH. (4'i Epist. ad Felic. pap.
412 III® TRAITE. DISSE'.tTATIOX SQR l'A-UTORITÉ DU PAPE.
infestantium depnsUor, Prtnçeps, et Doctor, Caputqup. omnium crthodoœœ doctrinœ et immaculatœ fidei existis}
Théodoret, évêque d'Asie, s'exprime ainsi dans une lettre au pape Léon : J'attends la sentence de Votre Siège Apostolique, et je supplie et conjure votre Sainteté de me prêter secours, à moi qui appelle à votre jugement juste et droit : Ego Apostolicœ vestrœ Sedis expecto sententiam , et supplico et ohsecro Vestram Sanctitatem ut mihi opem ferat , justmn vestrum et rectum appellanti j udicium.^
Saint Cyprien écrit également : Dieu est un, le Christ est un, l'Eglise est une, et la Chaire fondée sur Pierre d'après la parole du Seigneur, est une; on ne peut établir d'autre sacerdoce que le sacerdoce unique ; quiconque amasse ailleurs, dissipe : Deus unies est, et Christus unus, et una Ecclesia, et Cathedra una super Petrum Domini voce fundata ; aliud... sacerdotium novum fieri prœter... unum sacerdotium non potest ; quisquis alibi collegerit, spargit.^ — Le même Saint Père nous dit encore que celui qui abandonne la Chaire de Pierre, sur laquelle l'Eglise est fondée, ne peut se flatter d'être dans l'Eglise : Qui Cathedram Pétri, supra quam fundata est Ecclesia,' deserit, in Ecclesia se esse confldit ? ^
Saint Jérôme écrit au pape Saint Damase : C'est au successeur du Pêcheur que je m'adresse. Je sais que sur cette pierre (c'està-dire sur la Chaire de Pierre) l'Eglise a été bâtie. Quiconque mange l'Agneau hors de celte maison, est un profane ; s'il ne S3 trouve point dans l'Arche de Noé, il périra par le déluge. Celui (jui n'amasse point avec vous, dissipe, c'est-à-dire que celui qui n'est pas à Jésus-Christ, est à l'antechrist : Cnm successore
Piscatoris loquor Super illam petram œdificatam Ecclesia^n
scio Quicumqve extra hanc domum Agnum comedit , pro-
fanus est. Si quis in Noe Arca non fuerit, peribit régnante
diluvio Quicumqne tecum non colligit, spargit, hoc est, qui
Christi non est, antichristi est.^
(1) Ibil. (-2) Epist. 115, ad Léon.
(3) Epist. 40, ad plcb. de quinq. presb. schism.
(4) De Unit. Eccl. c. 4. (5) Eirist. U. Edit. Ben.
§ I. INFAILLIBILITE DU PAPR. 413
Saint Basile' écrit à Saint Aihanase qu'il faut recourir à l'Evêque de Rome, afin qu'il détermine ce qu'il faut croire, si l'on n'a pas la facilité d'obtenir la définition d'un Concile.
Saint Augustin déclare que les Rescrils du Pape ont mis fin à la cause des Pélagiens : Inde etiam (a Sede Apostolica) Rescripta venerunt ; causa (Pelagianorum) finita est.^
Saint Thomas enseigne qu'il faut s'en tenir à la sentence du Pape, auquel il appartient de prononcer en matière de foi, plutôt qu'à celle de tous les sages : Magis standum est sententiœ Papœ, ad quem pertinet determinare de fide, quam quorumlibet sapientum. — Et ailleurs il dit : Une fois que les choses ont été décidées par l'autorité de l'Eglise universelle, celui qui refuserait opiniâtrement de se soumettre à celte décision, serait censé hérétique; or, cette autorité de l'Eglise résida principalement dans le Souverain Pontife : Posiquam essent auctoritate universalis Ecclesiœ determinata, si quis tali ordinationi pertinaciter repugnaret , hœreticus censeretur ; quœ quidem auctoritas principaliter residet in Summo Pontifice.^
Saint Bonaventure dit que le Pape ne peut errer, supposé deux choses : premièrement, qu'il prononce en tant que Pape; deuxièmement, qu'il ait l'intention de faire un dogme de foi : Papa non potest errare, supipositis duohus : primum, quod
determinet quatenvs Papa ; alterum, ut intendat facere
dogma fidei.*
IV. — Notre proposition se prouve par I'école gallicane elle-même.
En effet, c'est bien à tort que l'hérétique Hottinger nous objecte que toute la France diffère de sentiment avec nous. Car Milanie^ afl^rme qu'il y a peu de Français qui contestent l'infaillibilité du Pontife Romain, eu égard aux auteurs plus distingués de France qui la défendent, notamment Pierre Matthieu, de Sponde,* et Boyvin.'
(1) Eplst. l 2. ep. 69. Edit. Ben. (2) Serm. loi. Edit. Ben.
(3) 2. 2. q. 41. a. 2. ad 3. (4) Summa theol. q. 1. a. S. d. S.
(5) Super Propos. 29. ab Alex. VIII damn. Exerc. 19.
(6) Annal, ad ann. 1415. n. 16. in décret. Constant.
(7) Theol. Scot. t. 4. de Concord.
414 m" TRAITÉ. DISSERTATION SUR l'aUTORITE DU PAPB.
Gerson a enseigne la même vérité : Nous pouvons affirmer, dit-il, que la plénitude de la puissance ecclésiastique a été conférée par Jésus-Christ à Pierre, comme à son Vicaire, pour lui-même et pour ses successeurs : Tandem ex Ms dicere possumus quod ylenitudo potestatis ecclesiasticœ... a Christo collata est Petro, sicut Vicario suo, pro se et suis successoribus } Telles sont les propres paroles de ce docteur. Cependant, il n'est douteux pour personne, comme le remarque le père Victoria, que Gerson n'ait été hostile en tout à l'autorité des Souverains Pontifes, et qu'il n'ait infecté beaucoup d'autres de son venin; car, ajoute-t-il, son sentiment sur l'autorité du Pape diffère peu du schisme : Gerson per omnia fuit infestus auctoritati Summorum Pontificum, et multos alios infecit suo veneno ; parum enim differt a schismate ejus sententia de auctoritate Papœ. ^
Les anciens évoques de France se sont également appliqués à établir la même vérité en 1625,^ ainsi que dans le IP Concile général de Lyon, où les évêques français, qui reçurent la profession de foi des Grecs, l'emportaient en nombre sur tous les autres ; or, cette profession déclarait que la Sainte Eglise Romaine possède la suprême principauté sur l'Eglise universelle, ainsi que nous le rapporterons ci-après. Et quoique le collège de Sorbonne* ait été d'un sentiment contraire, le fait ne se produisit cependant qu'à l'époque du Concile de Constance, grâce à Gerson et à Almain, qui, admis dans cette Université, jugèrent que pour éteindre le schisme des trois Pontifes conlendants, il fallait déférer la cause au Concile, comme à un juge plus élevé et indispensable dans ces sortes de cas. Mais les docteurs plus récents de Sorbonne, ne considérant pas que leurs ancêtres ont parlé du Pape d'une manière douteuse, se sont appuyés de leur autorité pour prétendre que le jugement du Pontife Romain n'est infaillible que si le consentement de l'Eglise ou d'un Concile général intervient.
(1) De Potest. ecclesiaat. consid. 10. (2) Relcct. theol. relect. 4. .or. 4. (3) Avis de l'Assemblée génér. etc., comme ci-après, p. 416.
(*) Il date de l'an 1253, et doit son origine à Robert de Sorbon, confesseur do Saint Louis ; il fut érigé en Université, l'an 1290. Le iradticteur.
§ I. INFAILÎ.IBII.ITK DU PAPE. 415
Au reste, comme Je remarque RaynauH, écrivain français,' tous les théologiens antérieurs aux Conciles de Constance et de Bâle ont enseigné unanimement que les définitions pontificales, même en dehors du Concile, font article de foi. Bien plus, nous lisons dans Mauclerc,^ qu'en 1530, la Faculté de Paris condamna comme hérétiques les articles de Marsile de Padoue, qui prétendait que le Pontife Romain est faillible. Et en 1534, comme nous l'apprend le même auteur,^ elle condamna la même erreur dans Jean Morand.
De plus, Duval, docteur de France,^ qui écrivait vers l'an 1712, rapporte que c'était une coutume adoptée dans la Faculté de Paris, que ceux auxquels elle conférait les grades, fissent d'abord la promesse de ne jamais contredire l'Eglise Romaine. Le même auteur rapporte que la Faculté condamna comme hérétique Marc-Antoine de Dominis, pour avoir enseigné que l'autorité du Pontife Romain est faillible. Aussi, Duval, quoique docteur de Sorbonne, n'a-t-il pas fait difficulté d'écrire ces paroles : Opinio quœ liomœ tenetur, vacat omni te^nenlate, cum totus orMs, exceptis pauculis doctorihus, eam amplectatur, et prœterea rationilus validissimis cum ex Scriptura, Concilus, et Patribus, tum ex principiis theologiœ petitis , confirinetur .^ L'opinion qu'on tient à Rome, est exempte de toute témérité, attendu que le monde entier, à l'exception d'un bien petit nombre de docteurs, embrasse ce sentiment, qui, du reste, est confirmé par les raisons les plus solides tirées de l'Ecriture, des Conciles, et des Pères, ainsi que des principes empruntés à la ihéologie. — Et, ajoute-i-il, il n'est actuellement personne dans l'Eglise qui pense différemment, si l'on excepte toutefois Vigor et Richer ; si l'opinion de ces derniers était véritable, le monde chrétien tout entier serait plongé dans une fatale erreur en matière de foi, puisfju'il tient le contraire : Nemo nunc est in Rcclesia qui ita sentiat, prœter Vigorium et Rirhcriuni, quo-
(1) Cor-ona aurea Rom. Pontif. siibnot. 2. v;'rit. 7.
(2) De Monarchia, p. 4. l. S. c. G. (3) Ihid.
(4) De supr. Rom. Pontif. Potcst. p. 2. a. I.
(5) Ibiif. p. 4. q. 7.
416 m® TRAITÉ. DISSERTATION SUR LAUTORITÉ DU PAPE.
rumi si cera esset sentent ia, totus orbis christianus, qui contrarium, sentit, in fide turpiter erraret} C'est pourquoi il ajoute que l'opinion qui affirme la supériorité des Conciles sur l'autorité du Pape peut difficilement être excusée de désobéissance accompagnée de témérité, attendu qu'elle engendre généralement la désobéissance, et a toujours suscité dans l'Eglise de nombreuses contestations et de grands troubles : A temeritate inobedieniiœ vix potest excusari ; fovet enim ut plurimum, inohedientiam, et dissidia multa raagnosque tumuUus semper in Ecclesia excitavit}
A ce propos, on peut voir dans Troila^ et Milante,* combien de Conciles provinciaux de France ont été favorables à l'infaillibilité du Souverain Pontife. Voici quels étaient les sentiments d'une Assemblée tenue à Paris même, en 1625 : « Les évoques seront exhortés d'honorer le Saint-Siège Apostolique et l'Eglise Romaine, fondée dans la promesse infaillible de Dieu,... la Mère des Eglises.^ » Puis, parlant de la personne même du Pontife Romain, elle ajoute : « Ils (les évêques) respecteront aussi notre Saint Père le Pape,... successeur de Saint Pierre,... sur lequel Jésus-Christ a fondé son Eglise, en lui baillant (donnant) les Clefs du ciel avec l'infaillibilité de la foi.'' »
Mais ce qui est bien digne de remarque, c'est ce que les évêques de France écrivirent à Innocent X, comme le rapporte Milante,''' pour témoigner de leur soumission à la Bulle que ce Pape avait lancée pour flétrir les cinq Propositions deJansénius.* Voici, entre autres, les paroles qu'ils lui adressèrent: Très-Saint Père, nous avons enfin reçu cette constitution tant attendue, qui décide clairement, en vertu de l'autorité de Votre Sainteté, ce qu'il faut penser des cinq propositions controversées, extraites des
(1) Ibid. (2) Ibid. (3) Theol. dogm. tr. 6. a. 6. n. 54.
(4) Super Propos. 29 ah Alex. VIII damn. Exerc. 19.
(5) Assemblée de 1625. — Avis de l'Assemblée génér. à MM. les Arch. et Evèq. du royaume, n. 137. (Procès-verbaux des Assembl. du clergé de France. Edit. de Paris, 1768, t. 2. Pièces justificatives, p. 95.) (6) Ibid.
(7) Lac. cit.
(*) C'est-à-dire la Bulle • Cum oceaaiont, • datée du 9 juin 1653.
Le traducteur.
livres de Corneille Jansénius, évêque d'Ypres. Lo décret que Votre Sainteté a promulgué sur la demande d'un grand nombre devêques de France, a rendu à l'éclat de cette doctrine sa pureté primitive. Il se présente ici une chose bien digne de remarque: c'est que, de même que le pape Innocent P^ condamna autrefois l'hérésie Pélagienne d'après le rapport présenté par les évêques d'Afrique, de même Innocent X a proscrit par son autorité l'hérésie qui est en opposition directe avec celle de Pelage, conformément à la consultation des évêques de France. En effet, dès les premiers temps, l'Eglise Catholique, appuyée sur la seule autorité de la Chaire de Pierre, souscrivit sans délai à la condamnation de l'hérésie Pélagienne, prononcée dans la lettre décrétale qu'Innocent adressa aux évoques d'Afrique et qui fut suivie d'une autre lettre adressée par le pape Zozjme à tous les évêques de l'univers. Cette Eglise savait très-bien, non-seulement par la promesse de Notre-Seigneur Jésus-Christ faite à Pierre, mais encore par les actes des premiers Pontifes et par les anathèmes lancés peu auparavant par le pape Damase contre Apollinaire et Macédonius, avant qu'aucun Concile œcuménique les eût condamnés, elle savait que les jugements portés par les Souverains Pontifes pour établir une règle de foi, sont appuyés sur une autorité à la fois divine et suprême dans l'Eglise universelle (soit que les évêques expriment leur sentiment dans les actes de leur consultation, soit qu'ils omettent de le faire selon qu'il leur plaira), autorité à laquelle tous les chrétiens sont tenus par devoir de soumettre leur esprit môme : Beatissime Pater, optata pcrvenit ad nos tandem Constitutio illa qua Vestrœ Sanctitatis auctoritate quid senticndvm sit de contraversis quinque propositionibus eaccerplis e Cornelii Jansenii, Vprensis episcopi, libris, persptcue decernUur.. . . Hujus doctrinœ lucem... pristino nilori restituit... prolaium a Sanctitate Vestra, postuluntibus compluribus Galliarum episcopis, decretum. Que in negotiu illud observât ione dignum accidit, ut quemadmodum , ad Episcoporum Africœ rtlalionein, Innocentius I Pelagianam hœresim damnavit olim, sic, ad GulUcanorum (piscoporum consultationem, hœresim ex adverse Pelagianœ oppositam Innocentius X auctoritate sua proscri-
418 III* TRMTE. — DISSERTATION SVK l'aUTORITÉ DU PAPE.
pserit. Enimvero vetustœ illius œtotis Ecclesia CatJwUca, sola Cathedrœ Pétri... anctoritate fidto,, quœ in decretali epistola Innocenta ad Africanos data elucehat, quamque dein Zozytni altéra ad universos orbis episcopos epistola siibsecuta est, Pclagianœ hœresis damnationi absque cunctatione subscripsit ; pcrspectum enim hobebat, non snliim ex Christi Domini nostri poUicitatione Petro fada, sed etiam ex acf's priorum Ponlificum et ex anathematismis adversus ApoUinarivm et Macedonium, nondum ab ulla Synode œcumenica damnatos, a Damaso paulo antea Jadis, judida pro sandenda régula fidei a Sut7imis Pontifidhus lata, super episcoporum consultatione [sive suam in actis relationis sententiam ponant, sfve omittant, prout illis coUibuerit), divina œque ac summa per nniversam Ecclesiam audoritate niti, oui diristiani omnes ex offido ipsius quoque mentis obsequium jrœstare teneantur, efc.^ Ensuite les mêmes évèqnes, en témoignant de leur respect pour la Bulle, promirent de la promulguer.