V* TRAITÉ. DE L AUTORITÉ DES CONOILKS
vent fort bien tomber dans l'erreur, et souvent ils sont en désaccord entre eux sur les points controversés ; ce n'est donc que lorsqu'ils se trouvent réunis en Concile que nous devons les écouter comme infaillibles, de même que Jésus-Christ est luimême infaillible. Aussi les Saints Pères ont-ils tenu pour hérétiques tous ceux qui ont contredit les dogmes définis par les Conciles généraux : tels sont, parmi ces Pères, Saint Grégoire de Nazianze,* Saint Basile,- Saint Cyrille d'Alexandrie,^ Saint Ambroise,^ Saint Athanase,^ Saint Augustin,^ et Saint LéonJ
II. — Aux preuves qui précèdent, viennent se joindre celles que nous fournit la raison.
Si les Conciles œcuméniques pouvaient errer, il n'y aurait plus dans l'Eglise aucun jugement assuré qui pût mettre fin aux dissentiments relatifs à des points dogmatiques et maintenir l'unité de foi.
Ajoutons à cela que si les Conciles n'étaient pas infaillibles dans leurs jugements, on ne pourrait plus dire d'aucune hérésie qu'elle est condamnée et qu'elle est vraiment hérésie.
De plus, il n'y aurait plus de certitude au sujet de plusieurs livres de l'Ecriture, tels que l'Epitre de Saint Paul aux Hébreux, la deuxième Epître de Saint Pierre, la troisième de Saint Jean, les Epitres de Saint Jacques et de Saint Jude, et l'Apocalypse de Saint Jean ; car, encore que ces Livres aient été reçus par les Calvinistes, ils ont été néanmoins mis en doute par d'autres, jusqu'à l'époque où ils ont été déclarés canoniques par le IV® Concile œcuménique.
Enfin, il faut ajouter que si les Conciles pouvaient errer, il s'ensuivrait qu'ils ont tous commis une erreur intolérable, en proposant à notre croyance comme articles de foi des points dont la vérité ou la fausseté ne serait point constatée ; et ainsi seraient anéantis les Symboles de Nicée, de Constantinople , d'Ephèse, et de Chalcédoine, où l'on a déclaré dogmes de foi
(1) Ad Cledon. epist. I. (2) Epist. 123. Edit. Ben.
(3) De Trinit. dialog. 1. (4) Epist 32.
(5) Epist. ad episc. Afros, n. 1. (6) De Bapt. contra Donat. (7) Epist. 77, ad Anatol.
m. OBJECTIONS. 497
plusieurs points qui jusque-là n'étaient pas tenus pour tels; et cependant ces quatre Conciles ont été reçus comme règles de foi par les Novateurs eux-mêmes.
OBJECTIONS
Mais passons aux nombreuses et fastidieuses objections de nos contradicteurs.
1° Calvin 1 objecte d'abord plusieurs passages de l'Ecriture où les prophètes, les prêtres et les pasteurs sont qualifiés de menteurs et d'ignorants : Depuis le prophète jusqu'au prêtre, dit Jérémie, tous ne font que mensonge : A propheta usque ad sacerdctem, cuncti faciunt mendacium;^ et Isaïe : Les sentinelles d'Israël sont toutes aveugles, et les pasteurs mômes n'ont aucune intelligence : Speculatores ejus cœci omnes,... ipsi pastores ignoraverunt intelligentiam.^
On répond qu'il arrive bien des fois dans l'Ecriture que tous sont repris en général à cause de quelques méchants en particulier, comme le remarque Saint Augustin.* Citons comme exemple ce passage : Tous cherchent leurs propres intérêts : Omnes enim quœ sua sunt quœrunt ;^ or, c'est ce qui n'avait pas lieu assurément dans les Apôtres, qui ne cherchaient que la gloire de Dieu; aussi Saint Paul adresse-t-il cette exhortation aux Philippiens : Mes frères, soyez mes imitateurs, et proposez-vous l'exemple de ceux qui se conduisent comme nous : Imitatores meiestote, fratres, et ohservate eos qui ita ambulante
Nous répondons en second lieu que dans les premiers textes cités, il s'agit des prêtres et des pasteurs pris séparément et trompant le peuple, mais non de ceux qui parlent lorsqu'ils sont assemblés au nom de Dieu.
Ajoutons que l'Eglise du Nouveau Testament a reçu des
(1) Institut, l. 4. c. 9. n. 3 et 4.
(2) Jerem. 8. 10. (3) Is S6. 10 et il.
(4) De Unit. Eccles. c. 15. n. 34. Edit. Ben.
(5) Philip. 2. 2f. (6)PMlir'. 3. 17.
498 V* TRAITÉ. — DB l'aUTORITÉ DES CONCILES.
promesses beaucoup plus assurées que celles que possédait la Synagogue, qui n'a jamais été appelée, comme notre Eglise, la colonne et le soutien de la vérité : Ecclesia Dei vivi columna et firmament um veritatis}
Calvin réplique que, même dans la Loi nouvelle, il y a beaucoup de faux prophètes et de séducteurs, comme il est dit dans Saint Matthieu : Et midti X)seudoprophetœ surgent, et seducent multos.'^ — Cela est encore vrai ; mais Calvin aurait bien dû appliquer ce texte à lui-même, à Luther, et à Zwingle, et non aux Conciles œcuméniques des évêques, à qui l'assistance du Saint-Esprit a été promise, de sorte qu'ils peuvent dire en toute vérité ; Il a semblé bon au Saint-Esprit et à nous : Visum est Spiritui Sancto et nobis."^
2° Calvin* objecte encore contre les Conciles l'iniquité du conseil de Caïphe, qui fut bien réellement un Concile général de tous les princes des prêtres et dans lequel Jésus-Christ fut condamné comme digne de mort.^ Il en conclut que les Conciles, même œcuméniques, sont faillibles.
Nous répondons que nous ne reconnaissons comme infaillibles que les Conciles généraux qui sont légitimes et qui, comme tels, sont assistés du Saint-Esprit; or, comment peut-on regarder comme légitime et assisté du Saint-Esprit, un Concile où l'on condamne Jésus-Christ comme blasphémateur, pour avoir attesté qu'il est le Fils de Dieu après en avoir donné tant de preuves ? un Concile où l'on usait de fourberie en subornant les témoins, et où l'on agissait par envie, ainsi que Pilate lui-même l'a reconnu; car il savait bien, dit l'Evangéliste , que c'était par envie qu'on avait livré Jésus-Christ : Sciebat erdm quod per invidiam tradidissent eum.^
3° Luther'' objecte qu'au Concile de Jérusalem, Saint Jacques changea la décision donnée par Saint Pierre ; car, ajoute-t-il, Saint Pierre avait dit que les Gentils n'étaient point astreints aux observances légales,* tandis que Saint Jacques a soutenu
(1) /. Tim. ù. 15. (2) Matth. 2i. 11. (3) Act. 15. 28. (4) Institut, l. 4. c. 9. n. 7. (5) Matth. 26. 66.
(6) Matth. S7. 18. (7) Assert, art. 29. (8) Act. 15. 10.