III. OBJECTIONS
qu'ils devaient s'abstenir des viandes immolées aux idoles, de la fornication, du sang, et de la chair des animaux étouffés; ^ ce qui était véritablement judaiser.
Nous répondons avec Saint Augustin 2 et Saint Jérôme ^ que, par cette défense, on ne changea point la décision rendue par Saint Pierre, et qu on n'imposa pas proprement l'observation de la Loi ancienne; mais c'était là un précepte temporaire de discipline, donné dans le but d'apaiser les Juifs, qui, dans ces premiers temps, ne pouvaient souffrir de voir les Gentils se nourrir de sang et de chairs, dont ils avaient tant d'horreur; mais ce fut un simple précepte, qui, après cette époque, cessa d'être en vigueur, comme le remarque encore Saint Augustin.*
4° On nous objecte aussi que dans le Concile de Néocésarée, adopté par le P"" Concile de Nicée,^ comme l'atteste celui de Florence, s on trouve l'erreur qui interdit en ces termes les secondes noces : Presbyler convivio secundarum nuptiarum interesse non dehet : ^ Le prêtre ne doit pas assister au repas des secondes noces. — Mais, disent nos contradicteurs, comment pouvait-on faire cette défense, qui est en opposition avec l'Epitre de Saint Paul où il est dit : Si le mari meurt, la femme est libre; qu'elle se marie à qui elle voudra, pourvu que ce soit selon le Seigneur : Si dormierit vir ejus, libérât a est; cui vult nubat, tantum in Domino*
Nous répondons que dans le Concile de Néocésarée, on n'a point interdit les secondes noces, mais seulement la célébration solennelle d'un second mariage et les festins qui n'étaient en usage qu'à l'occasion du premier; et c'est pourquoi on a défendu au prêtre d'assister, non pas au mariage, mais au festin qui faisait partie de la solennité.
5° Luther objecte également que le Concile de Nicée a prohibé la milice, tandis que Saint Jean-Baptiste ^ la représente comme licite.
Je réponds que ce Concile n'a point interdit la milice, mais
{\) Act. 15.20. {2)Contr. Faust l. 52. c.lo. (3) Eptst. ad Augustin. (4) Loc. cit. (5) Décréta et Sanct. c. 7. (6) Sess. 7.
(7) Can. 7. (8) /. Cor. 7. 39. (9) Luc. S. U.
500 V® TRAITÉ. DE l'aUTORITÉ DES CONCILES.
il a défendu de sacrifier aux idoles dans le but d'obtenir le ceinturon militaire; car, comme le rapporte Rufin,^ on n'accordait ce ceinturon qu'à ceux qui immolaient aux idoles; or, ce sont ceux-là seulement qui furent condamnés par le Concile.*
6° L'hérétique objecte en outre que dans ce même Concile, on ordonna de rebaptiser les Pauliniens, tandis que dans un autre Concile, que Saint Augustin^ appelle plénier (on croit que c'est celui d'Arles,* auquel toute la France prit part), on a défendu de rebaptiser les hérétiques, conformément à l'ordonnance rendue par le pape Saint Etienne contre le sentiment de Saint Cjprien.
Nous répondons que le Concile de Nicée n'a prescrit de rebaptiser les Pauliniens que parce que ces hérétiques, ne voyant en Jésus-Christ qu'un pur homme, altéraient la forme du Baptême et ne baptisaient pas au nom des trois personnes divines, ce qui rendait leur Baptême absolument nul; et en cela ils différaient des autres hérétiques, qui baptisaient au nom de la Sainte Trinité, tout en ne croyant pas que les trois personnes fussent également Dieu.
7° Les Novateurs objectent encore que le IIP Concile de Carthage* a rangé au nombre des Livres sacrés ceux de Tobie, de Judith, de Baruch, de la Sagesse, de l'Ecclésiastique, et des Machabées, tandis que, d'autre part, le Concile de Laodicée^ les a rejetés.
Nous répondons en premier lieu que ces deux Conciles ne furent pas oecuméniques : celui de Laodicée fut un Concile provincial composé de vingt-deux évêques, tandis que celui de Carthage fut un Concile national composé de quarante-quatre évêques ; de plus, ce dernier fut confirmé par Je pape Léon IV, comme nous le lisons dans le Canon De lihellis,^ et fut postérieur à celui de Laodicée ; par conséquent, on peut dire qu'il a corrigé le premier,
(1) Hist. l. 40. c. S2. (2) Can. 12 {alias H).
(3) Be Bupt. contr. Donastist. l. 1. c. 7. etl. 2. c. 9. Edit. Ben.
(4) Ca7i. 47. (5; Can. 60. [Q] Dist. 20.
(*) On peut voir à ce sujet les réflexions des Bénédictins, à l'endroit indiqué de Saint Augustin. Le traducteur.