‹ Du pape et du concileChapitre 9 sur 135 · IMPORTANCE ET ACTUALITÉ DO SUJET · texte numérisé non relu

IMPORTANCE ET ACTUALITÉ DO SUJET

Les questions traitées dans ce volume sont, en général, peu ou point comprises. En effet, la plupart de ceux qui sont éiran- ^'ers à l'étude de la science théologique, méconnaissent la haute portée et le côté pratique de la question de l'infaillibilité et de l'autorité pontificales, et n'j voient souv.Mit qu'une vérité tout à fait secondaire, une dispute scolastique, une pure question de personne.

D'autres, qui sont plus au fait de ces questions et qu'il faut même ranger au nombre des catholiques sincères, ne laissent pas que d'être abusés par des idées préconçues, de regretla,bles malentendus, et même des principes et des systèmes erronés, fruits malheureux d'une éducation religieuse mal dirigée. Désireux de pouvoir concilier avec leur conscience de chrétiens des théories récentes et dangereuses, qui, nous le disons franchement, n'ont jamais été celles do leur mère l'Eglise, ils voudraient })Ouvoir restreindre et même écarter, dans certains ca>, l'autorité pontificale qui flétrit ces théories, ou du moins arguer de l'incompétence du Pontife Romain pour ne devoir pas se départir de leurs idées favorites, idées aussi spécieuses que séduisantes, quoique décorées de certains titres sonores et pompeux : « idées modernes, principes immortels de 89, progrès de notre temps, conquêtes de la civilisation d i XIX^ siècle, etc. » Ces chrétiens pusillanimes, ces prudents du siècle, qui proclament avec assurance qu'il faut être de son temps, allèguent que la prérogative de l'infaillibilité décernée à un homme tendrait à entraver les élans du progrès moderne, à enrayer le mouvement de la pensée humaine, etc. : appréhensions vaines, peut-être un peu suspectes, et, en tout cas, plus fondées sur une prudence

INTRODUCTION UC THADCJCTE(JR. xi

humaine et de périlleus.^s ill:isions que sur res[)fit de foi et !a vérité divinement, révélée; comme si toutes ces questions de progrès et de libertés modernes ne touchaient pas au dogme et à la morale, et n<i rentraient pas conséquerament. en tant que doctrine, dans le domaine et la compétence de l'Eglise !

" Oui, disait tout récemment Monseigneur Pie, évêque de Poiiiers, ils tendent à former parmi nous une école séparée du véritable esprit et des véritables doctrines du christianisme, ce;^catholiques de nom et de volonté qui, sacrifiant à l'idole de l'esprit moderne, finissent par placer leur raison au-dessus de l'autorité de l'Eglise contemporaine, et par s'adjuger personnellement l'infaillibilité qu'ils refusent à la Chaire Apostolique, i , De plus, ces amis décidés des transactions, ces partisans des idées larges de tolérance et de liberté, envisagent avec une certaine appréhension la définition dogmatique de l'infaillibilité pontificale, comme pouvant amener la ratification du Syllahus de 1864, et avec elle k consécration des principes politiques et religieux énoncés dans ce célèbre document pontifical, qui reparaîtrait dés lors avec un surcroit de valeur et d'autorité. Qu'ils se persuadent donc de la haute portée des questions relatives à l'autorité du Pontife Souverain, à la nécessité d'un Chef suprême et infaillible pour maintenir dans l'Eglise l'unité de croyance et déterminer toutes ces questions modernes, qui, même abstraction faite de leur côté religieux , ont de si graves conséquences dans la pratique. Au surplus, ils ne doivent pas perdre de vue que ce n'est point sous prétexte dapaisemeni et de pacification qu'ont peut transiger avec des principes fondamentaux, et se résigner à des concessions qui afi'ectent la règle même d.i la foi et l'organisation intime de l'fiiilise : les saints: ne connaissaient pas les tempéraments de ce genre.

(1) Homélie prononcée, le 28 septembre 1 560, à la messe pontificale du 20 • anniversaire de sa promotion à l'épiscopat.

Xîi INTRODUCTION DU TRADUCTEUR.

D'autres, enfin, poursuivent de leurs attaques haineuses et systématiques les vérités capitales qui ont rapport à Fautorité et à l'infaillibilité doctrinale du Pontife suprême; vérités qui sont si intimement unies à la sainte cause et aux plus graves intérêts de l'Eglise catholique, et qui sont encore ravivées de nos jours par des discussions résultant des principes nouveaux qu'on cherche à faire prévaloir. Ils savent très-bien, ces audacieux antagonistes, que si, par impossible (la parole de Dieu est là pour l'empêcher), ils réussissaient à renverser ou seulement à ébranler notablement l'autorité pontificale, ils saperaient par là même la base de l'Eglise Catholique. On peut appliquer à notre époque ces véridiques paroles du comte de Maistre, que nous citons textuellement en substituant simplement le présent ou pa.ssé : « La rage antireligieuse contre toutes les vérités et toutes les institutions chrétiennes s'est tournée surtout contre le Saint- Siège. Les conjurés savent assez, et le savent malheureusement bien mieux que la foule des hommes bien intentionnés, que le christianisme repose entièrement sur le Souverain Pontife. C'est donc de ce côté qu'ils tournent tous leurs efforts. S'ils proposaient aux cabinets catholiques des mesures directement MUtichrétiennes, la crainte ou la pudeur, au défaut de motifs plus nobles, suffirait pour les repousser; ils tendent donc à tous les princes le piège le plus subtil.

« Hélas! ils ont des rois égaré les plus sages!

«Ils leur présentent le Saint-Siège comme l'ennemi naturel de tous les trônes; ils l'environnent de calomnies, de défiances de toute espèce ; ils tâchent de le brouiller avec la raison d'Etat ; ils n'oublient rien pour attacher l'idée de la dignité à celle de l'indépendance. A force d'usurpations, de violences, de chicanes, d'empiétements de tous les genres, ils rendent la politique romaine ombrageuse et lente, et ils l'accusent ensuite des défauts qu'elle

INTRODUCTION UV TKADUCTEUR. XIII

tient d'eux.' « Voilà bien le portrait, frappant des ennemis du Saint-Siège à notre époque. Et qui sauvera notre société contemporaine, si languissante, si malade? un homme, un seul homme; et cet homme, c'est celui-là même dont Saint Alphonse venge les droits avec tant d'énergie ; cet homme, c'est le Pape; cet homme, c'est aujourd'hui le grand Pontife Pie IX, qui, pour remédier aux maux présents et conjurer les maux à venir, vient de convoquer, sous l'inspiration de l'Esprit de sagesse, tous les premiers pasteurs de l'univers chrétien.

Quant aux acatholiques , prétendus réformés ou prétendus orthodoxes de différentes nuances, on connaît leurs préjugés traditionnels et leurs aphorisraes laconiques et railleurs, dès qu'il s'agit de la primatie et de l'autorité de la Chaire de Pierre ; de sorte que nous pouvons répéter aujourd'hui ces paroles pleines de vérité, prononcées par un Saint qui fut un modèle de douceur et, si nous osions employer ce terme, de tolérance : « Les ministres (des Calvinistes), dit Saint François de Sales dans son gracieux langage, tâchent tant qu'ils peuvent, de troubler si finement la claire fontaine de l'Evangile, que Saint Pierre n'y puisse plus trouver ses Clefs, et font leur possible pour nous dégoûter d'y boire l'eau de la sainte obéissance qu'on doit au Vicaire de Notre-Seigneur. ^ " Qui sait cependant si, en remontant avec le saint et' savant évêque de Sainte-Agathe la chaîne de la tradition chrétienne, certains hommes francs et loyaux ne laisseront pas pénétrer un rayon de lumière dans les ténèbres qui obscurcissent leur esprit, et si cette étincelle lumineuse ne contribuera pas à rectifier des idées faussées par l'éducation ou dues au malheur de ta naissance? En toute espèce de supposition, si quelque chose les écarte du bercail commun, ce n'est pas la démonstration de l'infaillibilité du suprême Pontife et de sa supériorité sûr les Conciles, mais, comme le dit si judicieuse-

(1) Du Pape, Disc, prélimin. § 2. (2) Controverses, dise. 32.

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