CH. II. LES PAPES, SUCCESSEURS DE SAINT PIERRE. ART. II
évêques, les princes, les Saints Pères, les docteurs de l'Eglise, et les autres fidéles (excepté les hérétiques, qui ont toujours cherché à se soustraire à l'obéissance du Pape), aient été aveugles au point de consentir, pendant tant de siècles, à se soumettre à l'Evêque de Rome, qu'ils ont vénéré comme chef de l'Eglise, et à se faire une obligation de tenir ses décisions pour des oracles, s'ils n'avaient été assurés par la doctrine de Jésus-Christ, que les Pontifes Romains sont les vrais successeurs de Saint Pierre dans la primauté et la suprême puissance qu'ils ont sur l'Eglise ?
| Tous, en effet, ont regardé l'Evêque de Rome comme le chef de l'Eglise. Aussi les Pontifes Romains ont-ils toujours continué, après la mort de Saint Pierre, à ordonner des évèques dans d'autres Eglises, ainsi que nous le lisons de Saint Lin, qui en a ordonné quinze, tandis qu'ils en ont déposé d'autres qui gouvernaient mal leur troupeau. Ainsi Bellarmin! rapporte notamment que huit Patriarches furent déposés par les Souverains Pontifes dans la seule Eglise de Constantinople.* C'est également un fait notoire, constaté par tout le Corps du Droit canonique, que les évéques recouraient aux Pontifes Romains dans leurs doutes, et que leurs réponses étaient considérées comme des lois. En outre, il est bien certain, ainsi que nous le verrons ci-après au Chapitre IV®, que, dès le principe, ces mêmes Pontifes condamnèrent différentes hérésies dans l'espace de plusieurs siècles, pendant lesquels il ne se tint aucun Concile.
ARTICLE II
Mais, dira quelqu'un, si Saint Pierre fut d'abord évêque d'Antioche, puis d'Alexandrie, et enfin de Rome, pourquoi ses successeurs dans le Siége de Rome doivent-ils avoir seuls la puissance pontificale, à l'exclusion de ses successeurs dans les Eglises d'Antioche et d'Alexandrie? — Nous répondons que les
(1) De Rom. Pontif. 1. 2. c. 18.
(*) Cette particularité est tirée de la lettre que le pape Nicolas Ier adressa à l'empereur Michel, et dont il est question au commencement de ce Chapitre. Le traducteur.
évêques de ces deux dernières villes ont succédé à Saint Pierre dans l’épiscopat, mais non dans le pontificat; en effet, il est bien vrai que Saint Pierre fut d'abord évéque particulier d'Antioche et d'Alexandrie; toutefois, il n'a jamais fixé le pontificat dans aucune de ces deux Eglises, mais il l'a transporté avec lui et établi définitivement dans le Siége de Rome, qui fut élevé par lui à la dignité pontificale. Voilà pourquoi il n'y a que les évéques qui ont succédé à Saint Pierre dans le Siége de Rome, qui aient été ses successeurs dans le pontificat. Telle est la raison. pour laquelle toute l'antiquité a constamment attribué la primauté à l'évêque de Rome, et non à ceux d'Antioche et d'Alexandrie, dont les Eglises ont été regardées simplement comme patriarcales, en considération de Saint Pierre, qui les gouverna quelque temps.
D'un autre côté, que Saint Pierre ait vécu à Rome bien des années (on les porte à vingt-cinq), et qu'il y soit mort, telle a toujours été, quoi qu'en disent les Novateurs, l'opinion commune de tous les Saints Pères et de tous les historiens. Seulement, les auteurs ne sont pas d'accord sur l'époque précise où Saint Pierre est arrivé à Rome; mais cela ne détruit point le fait de son séjour dans cette ville durant de longues années et jusqu'à sa mort. Du reste, indépendamment du témoignage d'une foule d'auteurs qui l'affirment, ce fait ressort en outre de la première Epitre du même Apôtre, dans laquelle nous lisons ces paroles : L'Eglise qui se trouve à Babylone et qui est élue comme vous, vous salue: Salutat vos Ecclesia quæ est in Babylone coelecta.* Par Babylone, Saint Pierre entend indubitablement la ville de Rome, comme l'atteste Papias, disciple de l'Apòtre, au rapport de l'historien Eusébe.?* Ce témoignage
(1) Z. Petr. 5. 13. (2) Hist. 1. 2, c. 5.
(*) Il y a ici appuremment une méprise. Eusèbe, dans l'endroit cité par notre Saint Auteur, n'apperte pas le témoignage de Papias pour établir le point qui est ici en question, mais pour faire voir que l'Evangile composé par Saint Marc a été approuvé dans la suite par Saint Pierre ; en foi de quoi l'historien produit l'attestation de Saint Clément et de Papias. Puis il ajoute : « On dit qu'il est fait mention de Saint Marc dans la Ire Epitre de Saint Pierre, qu'on prétend avoir été écrite à Rome ; cette dernière circonstance, continue l'historien, est insinuée par Saint Pierre lui-méme, qui, parlant en figure, appelle Rome une Badylone. » Le traducteur.