CHAPITRE VII
SUITE DE LA DEMONSTRATION DU POUVOIR SUPRÊME DU SOUVERAIN PONTIFE. — IL EST FAUX QUE LES ÉVÊQUES AIENT DANS L'ÉGLISE UN POUVOIR ÉGAL A CELUI DU PAPE.
Fébronius intitule comme suit un des chapitres de son ouvrage : Episcopatus in Ecclesia unus est, et omnibus episcopis certo modo communis:! L’épiscopat est un dans l'Eglise, et, d’une certaine manière, commun à tous les évêques. — Puis il écrit que Jésus-Christ a confié aux Apôtres le soin de poursuivre l'œuvre de notre salut, qu'il avait lui-même commencée ; et c'est pourquoi, ajoute-t-il, il leur a départi une autorité égale à celle qu’il a conférée à Pierre, avec le pouvoir de s'associer, pour achever cette œuvre, d'autres ministres pourvus d'une semblable autorité. Il tire de là cette conséquence, qu'en vertu de leur institution, qui prévaut sur toute disposition humaine, tous les évêques sont égaux en pouvoir dans le gouvernement de l'Eglise, non-seulement pour ce qui est du pouvoir d'ordre, mais encore de celui de juridiction, en tant que les choses qui s'y rapportent, concernent le gouvernement de l'Eglise ; car, ajoute-t-il, il est évident que le successeur hérite des droits de son prédécesseur, à moins qu’il ne soit démontré que ces droits ont été légitimement restreints dans le successeur : Ex his consequens est omnes episcopos in sua institutione, prœveniendo omnem humanam ordinationem , esse in potestate gubernandi Ecclesiam œquales, non tantum quoad ea que
(1) Loc. cit. c. 3. $ f.
ordinis sunt, sed et qua jurisdictionis, in quantum hec ad Ecclesia regimen spectant ; constat etenim successorem in jura sui praedecessoris succedere, nisi ustendatur hac in successore legitime restricta esse.*
Il poursuit ensuite sa thèse en disant que les évêques n'ont point hérité des Apôtres quant aux faveurs qui leur étaient propres en tant qu'Apôtres, tels que les dons des langues, des miracles, et autres choses semblables, mais bien quant à celles qui leur appartenaient en tant qu'évéques; d'où il conclut que chaque évêque a une part égale dans le soin du corps entier des fidèles, et que l’épiscopat est un seul et même tout, géré par plusieurs; car, dit-il, le pouvoir des Clefs a été transmis au corps de l'Eglise, pour être exercé par ses ministres selon la part propre à chacun; et parmi ces derniers se trouve le Souverain Pontife : Clavium potestas universitati Ecclesia ita transcripta est, ut illa per ejus ministros pro sua cujusque portione, ac inter hos per Summum Pontificem, exerceatur .?
Ensuite, dans son chapitre septième,? il dit qu'après la division des diocèses (division qu'il fait remonter aux temps des Apôtres), cette sollicitude et cette obligation des premiers pasteurs sont restées solidaires, mais sans préjudice des droits des autres évêques dans les diocèses qui leur sont assignés.
Dans le même chapitre, il affirme encore que si un troupeau déterminé est assigné aux évêques, cela n'empêche nullement qu'ils ne soient appelés à exercer sur tous les fidèles leur charge pastorale, dès que le salut du peuple l'exige : À dscriptio episcoporum ad certum populum non impedit quominus idem vocari censeantur ad impendendam omnibus fidelibus pastoralem curam, dum id salus populi eæigit.f Et à ce propos, il allègue ce texte de Saint Cyprien: Zpiscopatus unus est, cujus a singulis in solidum pars tenetur :> L'épiscopat est un seul corps dont chaque évêque possède solidairement une partie. — S'appuyant sur cette parole, Fébronius, ce nouveau modérateur de l'Eglise, prétend que les évêques et le Pape n'exercent dans
(1) Loc. cit. c. 7. $ 1. (2) Loc. cit. c. 1. $ 6. init. (3) S 5. (4) Ibid, ch. 7. S 1. n. 4. (5) De Unit. Eccl. c. 5.
toute la chrétienté qu'un seul et même épiscopat, chacun pour sa part. Il nous faut donc peser attentivement le témoignage de Saint Cyprien, pour saisir le véritable sentiment du Saint Docteur, sentiment qui est bien éloigné de celui que lui attribue Fébronius, comme nous allons le voir.
Dans son célèbre ouvrage De Unitate Ecclesiæ, Saint Cyprien écrit que c'est Satan qui a inventé les hérésies et les schismes pour bouleverser la foi et rompre l'unité : Hæreses invenit et schismata, quibus subverteret fidem,... scinderet unitatem.! Or, d'après le Saint Docteur, ces hérésies et ces schismes proviennent de ce qu'on ne remonte pas à la source de la vérité et qu'on n'en cherche pas la tête: Hoc eo fif,... dum ad veritatis originem non reditur, nec caput quæritur.® Donc, pour écarter les hérésies et les schismes, il faut remonter à l’origine ou à la tête de la puissance ecclésiastique. Or, quelle est cette origine, quelle est cette tête? Ecoutons le même Saint Cyprien, qui nous l'enseigne : Le Seigneur dit à Pierre: « Je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les Portes de l'enfer ne triompheront point d'elle ; je te donnerai les Clefs du royaume des cieux, et tout ce que tu lieras sur la terre, sera lié aussi dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre, sera délié aussi dans les cieux. » Et'après sa résurrection, il lui dit de nouveau : « Pais mes brebis. » C'est sur lui seul qu'il bâtit son Eglise ; c'est lui qu'il charge de paitre ses brebis. Et quoique, après sa résurrection, il donne à tous les Apôtres une puissance égale et qu'il dise : « Comme mon Père m'a ‘envoyé, moi aussi je vous envoie; recevez le Saint-Esprit; les péchés seront remis à celui à qui vous les remettrez, et seront retenus à celui à qui vous les retiendrez, » cependant, pour manifester l'unité, il établit une Chaire unique, et par son autorité, il fait descendre d'un seul l'origine de l'unité. Les autres Apôtres étaient ce qu'était Pierre; ils avaient une part égale d'honneur et de puissance ; mais Je commencement dérive de l'unité. La primauté est conférée à Pierre, pour montrer qu'il n’y a qu'une seule Eglise et qu'une seule Chaire : Loquitur Dominus ad Petrum :
(1) De Unit. Eccl. c. 3. (2) Ibid.
« Ego tibi dico quia tu es Petrus, et super hanc petram ædijcabo Ecclesiam meam, et Porta inferorum non vincent eam ; et tibi dabo Claves regni cœlorum, et que ligaveris super terram, erunt ligata et in cœlis, et quæcumque solveris super terram, erunt soluta et in cœlis.!' » Et iterum eidem post resurrectionem suam dicit : « Pasce oves meas.* » Super illum unum edificat Ecclesiam suam, et illi pascendas mandat oves suas. Et quamvis Apostolis omnibus, post resurrectionem suam, parem potestatem tribuat, et dicat : « Sicut misit me Pater,et ego mitto vos; accipite Spiritum Sanctum ; si cujus remiseritis peccata, remittentur illi; si cujus tenueritis, tenebuntur,® » tamen, ut unitatem manifestaret, unam Cathedram constituit, unitatis ejusdem originem ab uno incipientem sua auctoritate disposuit. Hoc erant utique et cateri Apostoli quod fuit Petrus, pari consortio prediti et honoris et potestatis, sed exordium ab unitate proficiscitur, et primatus Petro datur, ut una Christi Ecclesia et Cathedra una monstretur. * Ainsi porte l'édition des œuvres de Saint Cyprien publiée par Paul Manuce, en 1563; et le même texte se retrouve dans le Décret de Gratien,’ sauf quelques mots retranchés.
Saint Cyprien déclare donc dans ce passage, que pour rendre visible l’unité de l'Eglise, le Seigneur a voulu que le principe (c'est-à-dire le principe du pouvoir ecclésiastique) partit ou dérivät de l'unité (par opposition à la pluralité) ou d'une seule tête; car, s’il dérivait de Ja pluralité, c'est-à-dire de plusieurs têtes, l'Eglise ne serait plus une, mais multiple et divisée, et son unité ne pourrait plus être maintenue. L'unité de l'Eglise dépend donc de l'unité de principe ou de tête ; et c'est pourquoi, dans le même endroit de ses œuvres, Saint Cyprien® compare le principe de l'unité de l'Eglise à la lumière unique du soleil, de laquelle émanent des rayons multiples; à une racine unique, d'où sortent plusieurs rameaux; à une source unique, d'où découlent plusieurs ruisseaux; de sorte que toute la vigueur
(1) Matth. 16. 18 et 19. (2) Joan. 21, 17.
(3) Ibid. 20. 21, 22, et 23. (4) De Unit. Ecct. c. 4. (5) Causa 24. q. 1. can. 18. (6) De Unit. Ecet. c. 5.
des rayons, des rameaux, et des ruisseaux, dérive d'un seul soleil, d’une seule racine, et d'une seule source.
Cette vérité est certaine ; mais on demande quel est ce principe de l'unité de l'Eglise, ou cette tête à laquelle le suprême pouvoir a été conféré. Fébronius prétend qu'il a été transmis au corps entier de l'Eglise; et c'est ce qui lui fait dire que l'Eglise possède originairement et radicalement le pouvoir des Clefs, qui dérive d'elle pour se transmettre à ses ministres et au Souverain Pontife lui-même, et est communiqué à chacun d'eux selon la part qui lui revient : Cum itaque Ecclesia ipsa principaliter et radicaliter obtineat potestatem Clavium, que ab illa in omnes ejus ministros ipsumque Summum Pontificem derivatur, et singulis quibusque pro sua portione communicatur, ete.® Il infère de là que chaque évêque a de plein droit la charge de veiller sur l'Eglise universelle, et il déduit cette conclusion d'un passage de Saint Cyprien? que nous avons déjà cité: De là, dit-il, cette idée bien connue de Saint Cyprien : « L'épiscopat est un seul corps dont chaque évêque posséde solidairement une partie: » Inde nata pervulgata illa apud Cyprianum notio : « Episcopatus unus est, cujus a singulis in solidum pars tenetur. »3
Mais Saint Cyprien enseigne évidemment le contraire, à l'endroit que nous avons rapporté plus haut: il déclare, en effet, que c'est Pierre, et non l'Eglise, qui a été établi par Jésus- Christ pour être le principe de l'unité sur lequel l'Eglise a été bâtie: Super unum illum (Petrum) @dificat Ecclesiam, etc.* — Il ajoute que, bien que le Seigneur ait donné à tous les Apòtres une puissance égale, cependant, pour rendre visible l'unité de l'Eglise, il n'a établi que le Siége de Pierre, afin que l'origine de cette unité commençät par un seul, c'est-à-dire par Pierre: Quamvis Apostolis omnibus... parem potestatem tribuat,... tamen, ut unitatem manifestaret, unam Cathedram (doctrinæ tenendæ) constituit, unitatis ejusdem originem ab uno incipientem sua auctoritate disposuit?® — Il ajoute ensuite :
(1) Loc. cit. ce. 1. SG. n.
(3) Loc. cit. c. 5. S 4. n.
(2) De Unit. Eccù. c. 5.
(4) De Unit. Ecct. c. 4. (5) Ibid.
di
Hoc erant utique et cœteri A postoli quod fuit Petrus, pari consortio prazditi et honoris et potestatis, sed exordium ab unitate proficiscitur, et primatus Petro datur, ut una Christi Ecclesia et Cathedra una monstretur.! Quoi de plus clair que ces paroles?
La primauté de pouvoir a donc été donnée à Pierre, afin que de ce principe unique, le pouvoir fût communiqué aux autres ministres de l'Eglise, et qu'il fût démontré par là qu'il n'ya qu'une Eglise et qu'une Chaire. Ainsi, l'unité de l'Eglise dérive de l'unité de la Chaire de Pierre; et c'est à ce propos que Bellarmin nous dit : Saint Cyprien compare le Siége de Pierre à une tête, à une racine, et à une source; or, de même que dans tout le corps la vigueur des membres dérive de la tête, que dans tout arbre la vigueur des rameaux provient de la racine, et que dans tout ruisseau l'eau découle de la source, de même aussi, dans l'Eglise, tout évèque dépend du Pape, qui est la tête, la racine et la source du pouvoir : Sanctus Cyprianus Sedem Petri comparat capiti, radici, et fonti : in omni corpore virtus membrorum derivatur a capite, in omni arbore virtus ramorum orilur ex radice, in omnibus rivis aqua fluit a fonte.? — C'est aussi à ce propos que Saint Bernard a écrit, en parlant des évêques : L'Eglise Romaine peut abaisser les uns et élever les autres, de sorte qu'il lui est permis de faire d'un évêque un archevêque, et vice versa : Romana Ecclesia potest alios (episcopos) deprimere, alios sublimare, ita ut de episcopis creare archiepiscopos liceat, et e converso.*
La nature de l’unité demande qu'il n'y ait qu'une Eglise, dont toutes les autres doivent dépendre sous le rapport de la doctrine, afin que la méme foi se conserve en permanence dans toutes les Eglises. Or, cette Eglise unique de laquelle procède l'unité ecclésiastique, est incontestablement l'Eglise Romaine, comme l'affirme Saint Cyprien, qui l'appelle l'Église principale: Ad Petri Cathedram, atque ad Ecclesiam PRINCIPALEM, unde
(1) Zbid. (2) De Rom. Pontif. 1. 4. c. 24, (3) Epist. 151, ad Medinlanens.
unitas sacerdutalis exorta est. C'est pourquoi Saint Irénée a dit, en parlant de l'Eglise Romaine : Il est nécessaire que toute l'Eglise, c'est-à-dire tous les fidèles de tous les pays, se réunisse à l'Eglise Romaine à cause de sa principauté suréminente : Ad hanc enim Ecclesiam propter potentiorem (ou, selon d'autres lecons, potiorem) PRINCIPALITATEM, necesse est omnem convenire Ecclesiam, hoc est eos qui sunt undique fideles.®? Notons bien ces paroles : « Propter potentiorem principalitatem; » done l'Eglise Romaine n'a pas seulement une certaine prééminence, comme le prétend Fébronius, mais la prééminence principale, à laquelle « il est nécessaire que toute l'Eglise se réunisse : Ad quam necesse est omnem convenire Ecclesiam; » et remarquons bien qu'on ne dit pas que cela est expédient ou convenable, mais NÉCESSAIRE : necesse est. C'est pour cela que l'Eglise Romaine est appelée le centre de l'unité, ütre que Febronius lui-même admet avec nous: Aucun catholique, dit-il, ne nie que le Siége de Rome ne soit la tête des autres Eglises et le centre de l'unité : ÆZanc (Sedem Romanam) caput esse aliarum Ecclesiarum et centrum unitatis, nemo catholicorum mnegat.* Que signifient ces paroles : « centre de l'unité? » elles signifient que, comme tous les rayons d'une circonférence se réunissent au centre, de même toutes les Eglises se réunissent et trouvent la paix dans le jugement de l'Eglise Romaine. C'est pourquoi Saint Cyprien dit que les hérésies naissent de ce qu'on se sépare de la Chaire de Pierre, qu'il appelle LA TÊTE ET LA SOURCE DE LA VÉRITÉ : Et cum hereses et schismata postmodum nata sint, dum conventicula sibi diversa constituunt, VERITATIS CAPUT @{que ORIGINEM reliquerunt.* Et ailleurs il dit que celui qui abandonne la Chaire de Pierre, n'est pas dans l'Eglise : Qui Cathedram Petri deserit, in Ecclesia se esse confidit?> Et plus tard Saint Léon a écrit que Jésus-Christ a bâti l'Eglise sur Pierre, afin que la construction du temple éternel reposàt sur la solidité de ce même Pierre; c'est ainsi, ajoute-t-il, qu'il a affermi son Eglise, pour que les
(1) Epist. 55, ad Cornel. (2) Adv. Heeres. 1, 3. c. 5. (3) Loc. cit. c. 7. $ 8. n. 2. (4) De Unit. Ecct. c. 12. (5) Ivia, e. 4.
Portes de l'enfer ne prévalent point contre elle : Ut ceterni templi œdificatio... in Petri soliditate consisteret, hac Ecclesiam suam firmitate corroborans,... ne Porte contra illam inferi prevalerent |
Ainsi donc, c'est pour conserver dans toute l'Eglise l'unité de doctrine et de foi, que le Seigneur a établi dans le seul Pontife Romain La tête de la vérité, d'après l'expression de Saint Cyprien, afin qu'il gouverne l'Eglise universelle, et que tous les fidèles et les évêques dépendent de lui et trouvent en lui la paix.
Mais Fébronius revient avec insistance sur cette proposition de Saint Cyprien : L'épiscopat est un seul corps, dont chaque évêque possède solidairement une partie : E piscopatus unus est, cujus a singulis in solidum pars tenetur.* Que signifie, dit-il, cette expression : « posséder solidairement, » sinon que chaque membre de l'épiscopat est chargé du soin de l'Eglise? — Telle est l'interprétation que Fébronius donne à ce passage, mais ce n'est pas celle de Bellarmin,* du père Mamachi,* et de la généralité des auteurs, sans excepter même le père Noël Alexandre.5 Saint Cyprien dit que chaque évêque possède solidairement une partie de l'épiscopat, mais il ne dit pas que chacun le possède solidairement d'une manière égale : le Saint Docteur a simplement voulu dire que tous les évêques forment un seul corps par lequel l'Eglise universelle est gouvernée, de telle sorte que tous réunis exercent le gouvernement épiscopal dans son ensemble, mais chacun en particulier pour sa part. En effet, si Saint Cyprien avait pensé que chaque évêque est chargé du soin de l'Eglise universelle, il aurait dit que l’épiscopat est un corps que chaque évêque possède solidairement dans son entier, tandis qu'il a simplement dit que chacun en possède solidairement une partie : Cujus a singulis in solidum pars tenetur. Tous les évêques réunis constituent donc un seul épiscopat dans son entier, mais chacun l’exerce pour sa part; tous dépendent d'un seul et même
(1) Epist. 10, ad Episc. prov. Vienn. Edit. Ballerini.
(2) De Unit. Ecct. c. à. (3) De Rom. Pontir. 1. 2. c. 16. (4) Originum christianar. 1. 4. p. 2, c. 1. S3.n. 1.
(5) Sec. I. diss. 4. S 3. obj. 7.
chef, comme tous les rayons émanent d'un seul et même soleil, afin que par ce moyen l'unité de l'Eglise et de la foi soit sauvegardée.
Saint Cyprien emploie l'expression de « solidairement, in solidum, » parce que, bien que chaque évêque soit particuliérement chargé du soin de sa part, il est solidairement responsable de celles de tous les autres, en ce sens que chaque évêque doit être tellement rattaché aux autres par le lien d'une union mutuelle (mais non toutefois d'une obligation expresse), qu'il est tenu de pourvoir au bien des autres parties du troupeau, lorsque c'est nécessaire, cu même de tout le bercail, quand il le peut; car c'est une obligation naturelle pour tous les membres d'une corporation quelconque, de concourir à empécher le dommage qui pourrait être causé à un autre membre, et à plus forte raison au corps tout entier, dès qu'on ne peut remédier autrement à ce dommage.
C'est ce que Saint Cyprien lui-même exprime dans une de ses lettres, où il dit: Copiosum corpus est sacerdotum concordia mutua glutino atque unitatis vinculo copulatum, ut si quis ex collegio nostro haresim facere et gregem Christi lacerare et vastare tentaverit, subveniant cateri.... Nam, etsi pastores multi sumus, unum tamen gregem pascimus, et oves universas quas Christus Sanguine suo et Passione quæsivit, colligere et fovere debemus :! La nombreuse corporation des évêques est rattachée ensemble par le ciment d'une concorde mutuelle et par le lien de l'unité, en sorte que si l'un d'entre nous tentait de créer une hérésie, de déchirer et de dévaster le troupeau de Jésus-Christ, les autres devraient courir au secours ; car, bien que nous soyons beaucoup de pasteurs, nous paissons tous cependant un même troupeau, et nous devons rassembler et soigner toutes les brebis que Jésus-Christ s'est acquises par son Sang et par sa Passion. — Saint Augustin a exprimé la même pensée, lorsqu'il a écrit : Cum communis sit omnibus nobis, qui fungimur episcopatus officio (quamvis Ipse in eo præeminens celsiore fastigio), specula pastoralis, facio quod possum pro
(1) Epist. 67 ‘atias 68 , ad Stephan. n. 3 et 4.
mei particula muneris, quantum mihi Dominus, adjuvantibus orationibus Tuis, dare dignatur, ut pestilentibus et insidiantibus eorum scriptis medentia et munientia scripta pratendam :* Comme la vigilance pastorale est commune à nous tous, qui sommes chargés de l’'épiscopat, quoique Vous ayez Vous-méme (le pape Boniface I) la prééminence au sommet que Vous occupez, je fais ce que je puis pour la petite part de ma charge, autant que le Seigneur daigne me l’accorder par le secours de Vos priéres, afin d'opposer à leurs écrits funestes et perfides (ceux des Pélagiens) d'autres écrits qui soient à la fois un remède et un préservatif.
C'est ainsi que Saint Cyprien et Saint Augustin expliquent comment chaque évêque est tenu, dès qu'il en est besoin, de réparer tout dommage causé à la foi, et de sauvegarder l'unité de l'Eglise. C'est encore ce que Saint Cyprien déclare assez clairement à l'endroit où il énonce cette proposition que nous avons rapportée plus haut et que Fébronius allègue à plusieurs reprises : « L'épiscopat est un corps dont chaque évêque possède solidairement une partie. » En effet, le Saint Docteur veut prouver dans cet endroit, que l'Eglise est une, parce que tous sont tenus de professer et de défendre la méme foi; c'est pourquoi il dit: Hanc Ecclesie unitatem qui non tenet, tenere se fidem credit?... quando et Beatus A postolus Paulus hoc idem doceat et sacramentum unitatis ostendat, dicens : « Unum corpus et unus spiritus, una spes vocationis vestræ, unus Dominus, una fides, unum baptisma, unus Deus? » Quam unitatem firmiter tenere et vindicare debemus, maxrime episcopi, qui in Ecclesia prasidemus, ut episcopatum quoque ipsum unum atque indivisum probemus.... Episcopatus unus est, cujus a singulis in solidum pars tenetur. Ecclesia quoque una est, que in multitudinem latius incremento fœcunditatis eatenditur. Quomodo solis multi radii, sed lumen unum, et rami arboris multi, sed robur unum tenaci radice fundatum, et cum de fonte uno rivi plurimi defluunt,... unitas tamen servatur in origine;... sic et Ecclesia Domini, luce
(1) Contr. duas eptst. Petag. 1.4. c. 4. (2) Ephes. 4 4-6.
perfusa, per orbem totum radios suos porrigit;... unum tamen caput est et origo una :* Celui qui ne maintient pas cette unité de l'Eglise, pense-t-il maintenir l'unité de la foi? tandis que le bienheureux Paul enseigne précisément la même chose, et nous montre le mystère de l'unité en disant : « Il n'y a qu'un corps et qu'un esprit; nous n'avons été appelés qu'à une même espérance ; il n'y a qu'un Seigneur, qu'une foi, qu'un baptême, qu'un Dieu. » Cette unité, nous devons la tenir fermement et la protéger, surtout nous autres évêques, qui présidons à l'Eglise, afin de montrer que l'épiscopat aussi est un et indivisible. L'épiscopat est un corps dont chaque évêque possède solidairement une partie. L'Eglise aussi est une, et elle s'étend au loin par l'accroissement de sa fécondité pour former une grande multitude, de même que le soleil a plusieurs rayons, mais une lumière unique ; de même que l'arbre a plusieurs branches, mais une racine unique qui fait toute sa force; de même qu'une source donne naissance à plusieurs ruisseaux, et reste cependant une source unique... C'est ainsi que l'Eglise du Seigneur, répandant partout sa lumière, étend ses rayons à toute la terre, et cependant il n'y a qu'une tête, il n'y a qu'une source.
Il est donc évident que dans ce passage, Saint Cyprien veut uniquement indiquer que tous les fidèles, et surtout les évêques, sont tenus de protéger et de garder l'unité de foi et de doctrine, . afin de maintenir l'unité de l'Eglise; et c'est pourquoi tous doivent dépendre du Pontife Romain comme de la tête et de la source de l'unité.
J'attire ici l'attention du lecteur sur ces expressions de Fébronius : Diximus (cap. I. SI.) Claves a Christi non uni Apostolo sed corpori Ecclesia datas esse, primario gerendas per A postolos, quibus omnibus et singulis Dominus eas tradidit immediate, ita ut quilibet horum aqualem in eis partem habuisse credatur, non quidem quoad externum et polilicum regimen, sed primam et essentialem religionis partem christianæ, vide-
(1) De Unit. Eccl. e. 4 et 5.
licet fidei seu doctrinæ propagationem et conservationem:! Nous avons dit précédemment que les Clefs n'ont pas été données par Jésus-Christ à un seul Apôtre, mais au corps de l'Eglise, et que les Apôtres devaient en être les premiers dépositaires, puisque Jésus-Christ les a remises immédiatement à eux tous et à chacun en particulier; de telle sorte que chacun d'eux doit être considéré comme y ayant une part égale, non pas toutefois (remarquons bien ces paroles) quant au gouvernement extérieur et politique, mais quant à la partie principale et essentielle de la religion chrétienne, c'est-à-dire la propagation et la conservation de la foi ou de la doctrine. — Donc, d'après Fébronius, les Apôtres n'avaient pas une part égale dans le gouvernement extérieur de l'Eglise. Comment a-t-il pu dire ailleurs, ainsi que nous l'avons fait remarquer au commencement de ce chapitre, que les évêques, en leur qualité de successeurs des Apôtres, sont égaux au Souverain Pontife dans le pouvoir de gouverner l'Eglise, non-seulement pour ce qui est du pouvoir d'ordre, mais encore de celui de juridiction, en tant que les choses qui s'y rapportent, concernent le gouvernement de l'Eglise : Omnes episcopos... esse in potestate gubernandi Ecclesiam œquales (Pontifici), non tantum quoad ea que ordinis sunt, sed et que jurisdictionis, in quantum hac ad Ecclesia regimen spectant?? Voilà comment Fébronius est forcé parfois de se ‘contredire luimême dans son faux système ! C'est ce qui arrive à tous ceux qui se basent sur de faux principes : ils tombent aisément dans d'étranges contradictions.
Mais qu'il se figure et détermine comme il le voudra l'état et le gouvernement de l'Eglise, il ne parviendra jamais à dénaturer cette vérité qu'enseignent les Conciles et les Peres, à savoir, que le pouvoir suprême dans l'Eglise a été conféré à Pierre (et à ses successeurs), qui est la tête, la racine, et la source d'où découle ce pouvoir pour être ensuite transmis aux autres évêques. Tel est, avons-nous vu, l'enseignement de Saint Cyprien, qui l'énonce clairement dans l'endroit que nous avons cité, et qui le confirme et l'explique plus clairement encore dans
. (1) Loc. cit. c-3. SA. init. {2) Loc. cit. c. 7.S 1.
plusieurs autres. Ainsi, dans sa lettre à Jubajanus, il s'exprime en ces termes : Nos... Ecclesia unius caput et radicem tenemus ;... nam Petro primum Dominus, super quem @dificavit Ecclesiam, et unde (id est a quo Petro) unitatis originem instituit et ostendit, potestatem istam dedit:" Quant à nous, nous ne reconnaissons qu'une tête et qu'une racine à l'Eglise une; car c'est en premier lieu à Pierre, sur qui il a bâti son Eglise et en qui il a établi et montré la source de l'unité, qu'il a accordé ce pouvoir. — Donc, toute la puissance ecclésiastique a été conférée à Pierre, source de l'unité de l'Eglise, et c'est par lui qu'elle est communiquée aux autres.
Ailleurs il dit: Ad Petri Cathedram atque ad Ecclesiam principalem, unde unitas sacerdotalis exorta est :? C'est de la Chaire de Pierre et de l'Eglise principale qu'est sortie l'unité sacerdotale. — Et ailleurs : Ecclesia, que una est, super unum qui et Claves ejus accepit Domini voce, fundata est :* L'Eglise est une, et elle est fondée sur un seul homme, qui, d'après la parole du Seigneur, en a reçu les Clefs. — Et ailleurs: Qui Petri Cathedram deserit, in Ecclesia se esse confidit?* Celui qui abandonne la Chaire de Pierre, peut-il se flatter d'être dans l'Eglise? — Et dans un autre endroit, où il expose clairement le pouvoir suprême et l'infaillibilité du Souverain Pontife, il dit: Deus unus est, et Christus unus, et una Ecclesia, et Cathedra una super Petrum Domini voce fundata; aliud altare constitui, aut sacerdotium novum fieri, prater unum altare et unum sacerdotium, non potest :> Dieu est un, le Christ est un, l’Eglise est une, et la Chaire fondée sur Pierre d'après la parole du Seigneur, est une; on ne peut élever d'autre autel que l'autel unique, ni établir d'autre sacerdoce que le sacerdoce unique. — Il termine en disant que celui qui amasse ailleurs, dissipe : Quisquis alibi collegerit, spargit.
Ainsi, d'aprés Saint Cyprien, toute l'Eglise dépend de la Chaire de Pierre, et est régie par elle; car, de même qu'il n'y
(1) Epist. 75. n. 2 et 7. (2) Epist. 55, ad Cornet. n. 14. (3) Epist. 75, ad Jubajan. n.40. (4) De Unit. Eccles. c. 4. (5) Epist. 40, ad pleb. de quing. presb. schism. n, $.
a qu'un Christ et qu'une Eglise, de même il n'y a qu'une Chaire, c'est-à-dire celle de Pierre, dans laquelle se trouve la véritable doctrine de la foi et hors de laquelle quiconque amasse, dissipe. Je remarque que Jansénius a employé les mêmes expressions, lorsqu’après avoir protesté qu'il suit l'Eglise Romaine et le successeur de Pierre, il dit : Super illam petram cedificatam Ecclesiam scio; quicumque cum ipso, successore Petri, non colligit, spargit :! Je sais que l'Eglise est bâtie sur cette pierre; quiconque n’amasse pas avec le successeur de Pierre, dissipe. — Peut-être que pour quelques-uns, ce témoignage de Jansénius sera d'un plus grand poids que celui de Saint Cyprien.
Il n'y a donc qu'une Chaire, c'est-à-dire celle qui est fondée sur Pierre, et ceux qui s'écartent de cette Chaire, marchent hors de la voie du salut, conformément à cet oracle du Seigneur : Celui qui n'amasse point avec moi, dissipe : Qui non congregat mecum, spargit.?
La même vérité se trouve confirmée par Saint Optat de Milève : Vous ne pouvez ignorer, dit-il à Parménien, un fait qui vous est bien connu : c'est que la Chaire épiscopale érigée dans la ville de Rome a été occupée d'abord par Pierre, qui s’y est assis comme chef de tous les Apòtres et qui pour cela a été appelé Céphas, afin que dans cette Chaire unique, l'unité fût gardée par tous, et que les autres Apòtres n’eussent pas une Chaire à part; en sorte que quiconque élève une autre Chaire contre cette Chaire spéciale de Pierre, est schismatique et coupable de péché : Negare non potest scire te in urbe Roma Petro primo Cathedram episcopalem esse collatam, in qua sederit omnium Apostolorum caput Petrus, unde et Cephas appellatus est; in qua una Cathedra unitas ab omnibus servaretur, ne cæteri Apostoli singulis sibi quisque defenderent, ut jam schismaticus et peccator esset, qui contra singularem Cathedram alteram collocaret.* Et pour montrer que cette Chaire est l'Eglise
(1) Augustinus, De Grat. primi homin. lib. procemiat. c. 29. (2) Matth. 12. 30.
(3) De Schism. Donatist. adv. Parmenian. 1. 2. c. 2. et 3.
Romaine, Saint Optat ajoute : Pierre a donc occupé cette Chaire unique, et cette qualité est la première de toutes: à Pierre a succédé Lin, à Lin Clément, etc. : Ergo Cathedra unica, quæ est prima de dolibus, sedit prior Petrus, cui successit Linus, Lino successit Clemens, etc.! Quoi de plus évident que ces paroles? C'est dans cette Chaire unique de Pierre, dit le saint auteur, que se conserve l'unité de l'Eglise, et celui qui en élève une autre, est schismatique et impie. ui
Saint Pacien, évêque de Barcelone, a écrit dans le même sens: Ante Passionem suam dixerat Dominus : « Quæcumque ligaveritis, etc. n... Ad Petrum locutus est Dominus, ad unum ideo, ut unitatem fundaret ex uno; mox id ipsum in commune præcipiens, qualiter tamen ad Petrum incipit : « Et ego dico tibi, inquit, quia tu es Petrus, et super hanc petram edificabo Ecclesiam meam » :* Avant sa Passion, Notre-Seigneur avait dit: « Tout ce que vous lierez sur la terre, etc. » Il ne s'est adressé qu'à Pierre, qu'à un seul, afin de faire dériver l’unité d'un seul; plus tard, donnant le même précepte à tous en commun, c'est cependant par Pierre qu’il commence, en lui disant : « Je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. » — Notons bien ces paroles: « Ad unum ideo, ut unitatem fundaret ex uno; » comment Jésus-Christ ferait-il dériver d'un seul l'unité de l'Eglise et de la doctrine, si tous les évêques avaient dans l'Eglise une autorité égale à celle du Souverain Pontife?
Saint Augustin enseigne la méme chose en peu de mots, lorsqu'il dit : Zn ipso Petro unitatem commendavit ; multi erant Apostoli, et uni dicitur : « Pasce oves meas » :* Jésus-Christ a recommandé l'unité dans la personne même de Pierre; il y avait plusieurs Apôtres, et cependant c’est à un seul qu'il est dit : « Pais mes brebis. » — Ainsi donc, c'est à Pierre seul que Jésus-Christ a confié son bercail, afin d'y maintenir l'unité de doctrine; mais, pour maintenir cette unité de doctrine, ce n'était pas assez d'une prééminence quelconque : il fallait que
(1) De Schism. Donatist. adv. Parmenian. 1. 2. c. 2 et 3. (2) Epist. T.n. 11. (3) Serm. 46. c. 43. Edit. Ben.
Pierre eût une prééminence suprême qui l'élevât au-dessus de tous les autres, comme dit Saint Jérôme; car, sans cela, ajoute le Saint Docteur, les schismes seraient inévitables : Æcclesiæ salus in Summi Sacerdotis dignitate pendet, cui si non exsors quædam et ab omnibus eminens detur potestas, tot in Ecclestis efficientur schismata, quot sacerdotes.! Remarquez que ce pouvoir prééminent, eminens polestas, a été donné, non pas au corps entier de l'Eglise, comme le prétend Fébronius dans sa doctrine nouvelle, mais au Prêtre Supréme, Summo Sacerdoti, de la dignité duquel dépend, d'après l'enseignement du Saint Docteur, le salut de l'Eglise : Ecclesi@ salus in Summi Sacerdotis dignitate pendet.
Fébronius nous oppose l'autorité de Saint Augustin, qui écrit quelque part que Jésus-Christ n'a pas remis les Clefs à Pierre seul, mais à toute l'Eglise : Ce n'est pas un seul homme, dit le Saint Docteur, mais l'Eglise entière qui a reçu ces Clefs; écoutez, continue-t-il, ce que le Seigneur dit à ses Apôtres dans un autre endroit : « Recevez le Saint-Esprit; » et immédiatement aprés : « Les péchés seront remis des que vous les remettrez : » Has enim Claves non homo unus, sed unitas accepit Ecclesiæ.…. Audile in alio loco quid Dominus dicat Apostolis suis : « Accipite Spiritum Sanctum; » et continuo : « Si dimiseritis peccata, dimittentur, etc. » ? — Le vénérable Bède s'exprime de même : C'est à toute l'Eglise des élus qu'est donné le pouvoir de lier et de délier, selon la mesure des fautes ou du repentir : Omni igitur electorum Ecclesia, juxta modum culparum vel pœnitentiæ, ligandi atque solvendi datur auctoritas.® — Saint Fulgence et Saint Cyrille d'Alexandrie, cités par Fébronius, disent la mème chose.
Nous répondons que les Pères précités parlent dans ces passages, du pouvoir d’absoudre; or, il est hors de doute que ce pouvoir n'appartient pas seulement au Souverain Pontife, mais
(1) Dialog. adv. Luciferian. c. 9. (2) Serm. 295. c. 2. Edit. Ben. (3) Homit. t, 2. homit. 16. in Natal. SS. Petri et Pauli.
encore à tous les évêques, comme étant intrinsèque à leur caractère épiscopal ; mais ce pouvoir même est et a toujours été subordonné au Souverain Pontife, en ce sens que celui-ci peut le limiter, comme l'a déclaré le Concile de Trente : C'est à bon droit, dit-il, que les Souverains Pontifes ont pu, en vertu du pouvoir suprême qui leur a été donné dans l'Eglise universelle, réserver certaines causes plus graves à leur jugement particulier : Merito Pontifices Maximi, pro suprema potestate sibi in Ecclesia universa tradita, causas aliquas criminum graviores suo potuerunt peculiari judicio reservare.! Et à l'appui de cette proposition, le Concile cite plusieurs Canons, notamment les suivants : Cap. Ita quorumdam, de Judeis; cap. Conquesti, de sent. excomm.; cap. Quicumque, eodem tit. in 6.
Fébronius allègue un autre passage de Saint Augustin, où le Saint Docteur, parlant en général de Ja puissance ecclésiastique, s'exprime ainsi: Unus pro omnibus dicit: « Tu es Filius Dei vivi,? » et propter hoc Claves cum omnibus, tamquam personam gerens Ecclesia, accepit ; ideo unus pro omnibus quia unitas in omnibus :3 Un seul dit pour tous les autres : « Vous êtes le Fils du Dieu vivant, » et c'est pour cela qu'il a reçu les Clefs avec tous les autres, comme représentant la personne de l'Eglise; ainsi, un pour tous, parce que l'unité les renferme tous.* — Mais qu'est-ce donc que Fébronius peut inférer de ces paroles? Le Saint Docteur dit que Pierre « a regu les Clefs avec tous les autres : Claves cum omnibus accepit ; » sans doute ; car lui seul ne pouvait gouverner l'Eglise universelle sans le ministère des autres. Saint Augustin ajoute que « l'unité les renferme tous : Unitas in omnibus; » certainement, puisque l'unité de l'Eglise consiste dans l'union des membres avec la tête, pourvu qu'on
(1) Sess. 14. can. 7. (2) Matth. 16. 16. (3) In Joan. tr. 118. n. 4.
(*) Saint Alphonse cite et discute ce passage d'après l'analyse qu'en donne Fébronius; nous croyons opportun de mettre sous les yeux du lecteur le texte complet et original du Saint Docteur, tel que nous le lisons dans ses œuvres : Cum et illud (c'est à-dire ces paroles : « 7'u es Christus, Filius Dei vivi ») unus pro omnibus dixerit, et hoc (c'est-à-dire ces autres paroles : » Tibi dado Ciaves regni cœlorum ») cum omnibus tamquam personam gerens ipsius unitatis acceperit, tdeo unus pro omnibus, quia unilas in omnibus. Le traducteur.
maintienne toujours la soumission que les membres sont tenus de témoigner à la tête, attendu que c'est d'elle qu'ils reçoivent toute leur vertu. Toutefois, Saint Augustin n’a nullement entendu affirmer par cette proposition, que les membres sont égaux à la tête en fait de pouvoir, et bien moins encore que la tête est subordonnée aux membres quand ces derniers se trouvent réunis. En effet, dans plusieurs passages que nous avons rapportés ci-dessus, le Saint Docteur a suffisamment énoncé le pouvoir suprême que possède le Pape sur l'Eglise universelle. Dans uu endroit, il dit que la principauté de la Chaire Apostolique a toujours été en vigueur dans l'Eglise Romaine : Zn qua (Romana Ecclesia) semper À postolicæ Cathedræ viguit principatus.!
Dans un autre endroit, il dit encore : Comptez les prêtres qui ont vécu depuis le règne même de Saint Pierre, et examinez à qui chacun a succédé dans cette longue série de Pontifes : voilà la pierre dont ne triomphent point les Portes superbes de l'enfer : Numerate sacerdotes vel ad ipsa Petri Sede, et in ordine illo Patrum quis cui successit videte : ipsa est petra quam non vincunt superbe inferorum Porta.* Voilà certes une exposition bien claire de l’infaillibilité du Siége de Rome, infaillibilité qui doit être nécessairement unie au pouvoir suprême.
Ailleurs, il confirme expressément cette doctrine en disant : In his verbis Apostolicæ Sedis, tam antigua atque fundata, certa et clara est catholica fides, ut nefas sit de illa dubitare christiano :* Dans ces paroles du Siége Apostolique,* la foi catholique est si ancienne et si bien fondée, si certaine et si claire, que ce serait un crime pour un chrétien de douter de cette foi.
Il fait ailleurs la même déclaration, en donnant pour exemple la condamnation des Pélagiens; voici, en effet, ses expressions : Inde (a Sede Apostolica) rescripta venerunt ; causa (Pelagianorum) /inita est;* toto orbe christiano damnati sunt : Le
(1) Epist. 43. n. 7. Edit. Ben. (2) Psalm. contr. part. Donat. (3) Epist. 190. c. 6. n. 23. Edit. Ben.
(4) Serm. 131. Edit. Ben. (5) Epist.190. Edit. Ben.
(*) Il s'agit ici d'une citation que le Saint Docteur avait empruntée au pape Zozyme. Le traducteur.
Rescrit du Siége Apostolique a mis fin à la cause des Pélagiens; ils sont condamnés dans le monde entier. Litteris Innocentii de hac re dubitatio tota sublata est :* Tout doute à ce sujet a été enlevé par les lettres d'Innocent. — Notons ces ces paroles : « Litteris Innocentii ; » c'est donc la condamnation prononcée par le Souverain Pontife qui a enlevé fout doute.
C'est d'après cela que le pape Saint Pélage, s'appuyant sur Saint Augustin, a qualifié de schisme toute opinion qui s'écarte de la doctrine du Siége Apostolique : Contra Apostolicam Sedem temere credentes, pessima divisit opinio ; quod schisma specialiter esse beatus denuntiat Augustinus.?
Fébronius® nous oppose également le témoignage du vénérable Bède, qui a émis cette proposition : C'est comme représentant de l'unité même que Pierre a reçu les Clefs du royaume des cieux : Claves regni colorum Petrus, tamquam personam gerens ipsius unitatis, accepit.* — En effet, répondrons-nous, Pierre, en sa qualité de chef de l'Eglise, représentait l’unité de cette Eglise, c'est-à-dire toute l'Eglise unie, de la même manière qu'un roi représente tout son royaume. Saint Augustin a écrit dans le même sens : Pierre, dit-il, a mérité d'entendre ces paroles : « Je te donnerai les Clefs du royaume des cieux, etc., » parce qu'il représentait seul toute l'Eglise : Petrus... propter ipsam personam quam totius Ecclesia solus gestabat, audire meruit : « Tibi dabo Claves, etc. » 4
Fébronius se trompe avec Louis Dupin, lorsqu'il affirme, d'après les paroles citées de Bède et de Saint Augustin, que le pouvoir suprême se trouve entre les mains de l'Eglise, et est communiqué par elle au Souverain Pontife. Il se trompe, dis-je; car Saint Augustin ne regardait pas Pierre comme un simple
(1) Contr. duas epist. Pelag. 1. 2. c. 5.
(2) Can. Schism. caus. 24. g.4. (3) Loc. cit. c. 1. $ 6. n. 2. (4) Serm. 295. c. 2. Edit. Ben.
(*) Nous n'avons pas trouvé ce texte dans les œuvres du vénérable Bède. Il est à croire que Fébronius s'est trompé en lui attribuant ce passage, que nous croyons être de Saint Augustin, comme on peut le constater par les paroles que nous avons citées plus baut du Saint Docteur (page 334, note). Le traducteur.
ministre de l'Eglise, mais comme le prince et le chef de cette même Eglise, qu'il représentait comme un roi représente tous ses sujets. Voici en quels termes le Saint Docteur expose cette vérité dans un de ses ouvrages, où il dit que Pierre représente l'Eglise en tant qu'il y possède la primauté : Quædam dicuntur que ad Apostolum Petrum proprie pertinere videantur, nec tamen habent illustrem intellectum, nisi cum referuntur ad Ecclesiam, cujus ille agnoscitur in figura gestasse personam propter primatum quem in discipulis habuit, sicuti est : « Tibi dabo Claves, etc. » :* Il est des propositions qui semblent regarder proprement l'Apôtre Pierre, et qui cependant n'ont un sens véritablement clair que pour autant qu'on les applique à l'Eglise, que cet Apôtre représentait d'une manière figurée à cause du pouvoir supréme dont il était investi parmi les autres disciples; ainsi en est-il, par exemple, de ces paroles : « Je te donnerai les Clefs du royaume des cieux, ete. » — Voilà comment le Saint Docteur allie la suprématie de, Pierre sur les disciples avec son titre de réprésentant de l'Eglise. En effet, si Pierre représentait l'Eglise, c'était parce que toute la puissance de l'Eglise résidait en lui, puissance qui consistait dans la primauté.
Aussi, le père Noël Alexandre, qui cependant est un des plus grands ennemis du pouvoir pontifical, admet que telle est réellement l'opinion de Saint Augustin, c'est-à-dire que les Clefs n'ont pas été remises à Pierre en sa qualité de mandataire de l'Eglise, tel qu'un ambassadeur royal qui reçoit les clefs d'une ville au nom de son roi, mais en sa qualité de directeur et de chef de cette même Eglise, tel qu’un prince qui reçoit une épée au nom du peuple, dont il est obligé de prendre la défense. Voici, au reste, les propres paroles du père Noël : Petro non sunt collatæ Claves nisi nomine Ecclesia, id est, ut Ecclesia legato, nego; id est, ut Ecclesia supremo post Christum et sub Christo rectori ac moderatori, concedo. Illius itaque propositionis duplex potest esse sensus: primus, quod Sanctus Petrus Ecclesia nomine Claves acceperit, quemadmodum regius orator, nomine regis, alicujus civitatis claves accipit, in quam propterea nul-
(1) In Psatm. 108. n. 4.
lam habet potestatem ; at nequaquam ita est. Secundus, quod Ecclesiæ nomine Claves acceperit ut illius rector et gubernator, quomodo princeps, populi nomine, gladium accipit, et ad ejus tuitionem totum regni splendorem convertere tenetur, quo sensu Sanctum Petrum Claves nomine Ecclesia accepisse dicit Sanctus Augustinus:! Les Clefs n'ont été données à Saint Pierre qu'au nom de l'Eglise : si l'on entend par là qu'elles lui ont été données en sa qualité de légat de l'Eglise, je le nie; en sa qualité de chef et de gouverneur suprême de l'Eglise (remarquons ce mot de supréme) après Jésus-Christ et sous la dépendance de Jésus-Christ, je l’accorde. Cette proposition peut done avoir deux sens : le premier, c'est que Saint Pierre a recu les Clefs au nom de l'Eglise, de la même manière qu'un ambassadeur royal reçoit au nom du roi les clefs d'une ville, sur laquelle, par conséquent, il n'a lui-même aucun pouvoir; or, ce sens n'est nullement admissible. Le second sens peut être que Saint Pierre a reçu les Clefs au nom de l'Eglise, en qualité de chef et de gouverneur de cette Eglise, de la même manière qu'un prince reçoit, au nom du peuple, une épée qu’il est tenu de consacrer à la défense et à la gloire du royaume : c'est dans ce sens, d'après Saint Augustin, que Saint Pierre a reçu les Clefs au nom de l'Eglise. — Tel est le langage du père Noël Alexandre. On voit que nos adversaires eux-mêmes ne peuvent s'empêcher parfois de dévoiler la vérité. Aussi un savant auteur moderne, parlant de l'opinion de Dupin, qui prétend que le pouvoir dans l'Eglise est communiqué d’une manière égale aux évêques et au Souverain Pontife, dit que ces assertions sentent l’hérésie et le schisme : Hæresim porro et schisma sapiunt assertiones istæ.* C'est de la tête que la vigueur est transmise aux membres, et non des membres à la tête; c'est pourquoi Tertullien a écrit : Si adhuc clausum putas cœlum, memento Claves ejus Dominum Petro, et per eum Ecclesia, reliquisse :? Si vous pensez que le ciel est encore fermé, rappelez-vous que le Seigneur en a remis les Clefs à Pierre, et par lui à l'Eglise.
(1) Sec. I. diss. 4. $ 3. obj. 4. (2) Scorpiac. c. 10.
(*) D'après ua autre endroit des Œuvres de notre Saint, ces paroles sont de Charles Gagliardi. Le traducleur.
Mais Fébronius insiste, en alléguant que le Concile de Trente enseigne, à propos des Indulgences, que le pouvoir a été remis à l'Eglise : Cum potestas... Ecclesia concessa sit, ete.! — Mais, demanderai-je, qu'est-ce que l'Eglise? Saint Cyprien établit ce principe : L'Eglise, c'est le peuple uni au prêtre, c'est le troupeau attaché à son pasteur : Ecclesia plebs sacerdoti adunata, et pastori suo grex adhærens.® L'Eglise est un corps composé de tous les fidèles unis ensemble et adhérant à leur tête, le Souverain Pontife, dont le siége est comme le centre où toutes les autres Eglises doivent se réunir, d'après l'expression de René Massuet, que cite Fébronius ? et qui conclut en ces termes : Hoc (Ecclesia Romana) c@terarum caput, cui arctissime adherere tenentur omnes :* L'Eglise Romaine est la tête des autres, et toutes doivent s'y attacher étroitement. — Ceci est d'autant plus vrai, que si Jésus-Christ a conféré à Pierre le pouvoir des Clefs, c'est surtout pour qu'il le transmit ensuite aux autres et les en rendit participants, afin de conserver l'unité de l'Eglise, comme nous l'apprend Saint Thomas: Dominus soli Petro promisit : « Tibi dabo Claves regni; » ...ut ostenderetur potestas Clavium per eum ad alios derivanda ad conservandam Ecclesia unitatem.*
Et avant lui, Saint Optat de Milève avait écrit : Pour le bien de l'unité, le Bienheureux Pierre a mérité d'être mis à la tête de tous les Apôtres, et il a reçu seul les Clefs du royaume des cieux pour les communiquer aux autres : Bono unitatis Beatus Petrus... praferri Apostolis omnibus meruit, et Claves regni celorum communicandas cateris solus accepit.® Il dit « communicandas, pour être communiquées, » non pas immédiatement par Jésus-Christ, comme le prétend Fébronius, mais par le Bienheureux Pierre; car le méme Saint Père a dit ailleurs, comme nous l’avons remarqué ci-dessus,* que le Seigneur a donné à Pierre, comme chef de l'Eglise, une Chaire spéciale, afin que
(1) Sess. 25. cap. 21. contin. (2) Epist. 69, ad Florent.
(3) Loc. cit. c. 2. S 5. n. 2. (4) In S. Iren. diss. 5. a 4. n. 50. (5) Contr. Gent. 1. 4.c. 76.
(6) De Schism. Donatist. adv. Parmentan. 1. 7. c. 3. (*) Page 331.
l'unité de la doctrine et de l'Eglise pùt y être conservée, de telle sorte que celui qui tenterait d'élever une autre Chaire contre celle de Pierre, devrait être tenu pour schismatique et impie. Saint Optat est done d'avis que le pouvoir des Clefs doit être transmis aux autres par Saint Pierre, et c'est ce que Tertullien, cité plus haut, avait écrit longtemps auparavant : Le Seigneur, dit-il, a laissé les Clefs à Pierre, et par lui à l'Eglise : Claves coli Dominum Petro, et per eum Ecclesia reliquisse.!
C'est dans le même sens qu'Innocent I°" a écrit, en 404, aux évéques d'Afrique réunis dans le III° Concile de Carthage : A quo (Petro) ipse episcopatus et tota auctoritas nominis hujus emersit :* L'épiscopat même, avec toute l’autorité attachée à ce titre, émane de Pierre.
C'est encore dans le même sens que Saint Léon a écrit : Dicitur Beatissimo Petro: « Tibi dabo Claves, etc. » Transivit quidem etiam in alios Apostolos jus* potestatis istius, et ad umnes Ecclesia principes hujus decreti constitutio commeavit ; sed non frustra uni commendatur quod omnibus intimatur ; Petro enim ideo hoc singulariter creditur, quia cunctis Ecclesiæ rectoribus forma præponitur :% Il a été dit au Bienheureux Pierre : « Je vous donnerai les Clefs du royaume des cieux, etc. » Le droit de cette puissance a passé aussi, il est vrai, dans les autres Apôtres, et l'arrêt de cette sentence a été transmis à tous les princes de l'Eglise; mais ce n'est pas inutilement que ce qui est intimé à tous, est confié à un seul; car c'est à Pierre en particulier que ce pouvoir a été remis, parce qu'il est proposé comme modéle à tous ceux qui gouvernent l'Eglise. — Remar quez ces expressions : « Transivit, commeavit. »
Dans le même sermon, Saint Léon ajouté: Zn Petro ergo om-
(1) Scorptac. c. 40.
(2) Rescript. ad Concil. Carthag. (et inter oper. S. Aug. epist. 181. Edit. Ben.)
(3) In annivers. assumpt. sue, serm. 3. c. 3,
(*) Dans la même citation reproduite ailleurs (ci-dessus, page 223), Saint
Alphonse écrit vis nu lieu de jus : en effet, les manuscrits portent l'une et l'autre leçon (Confer. edit. Ballerin.). Le traducteur.
nium fortitudo munitur,.… ut firmitas que... Petro tribuitur, per Petrum Apostolis conferatur :! C'est donc dans Pierre que réside la force de tous les autres, de sorte que la fermeté qui est donnée à Pierre, est communiquée par Pierre aux Apôtres. — Et dans une de ses lettres, il a écrit que c'est principalement dans Pierre que le Seigneur a placé la primauté, afin que ses dons émanent de lui comme de la tête pour se répandre dans tout le corps : Ut in Beatissimo Petro principaliter (primatum) collocaret, ut ab ipso quasi quodam capite dona sua velut in corpus omne diffunderet.? Aussi, lorsque le Pape crée des évêques, il dit d'après une coutume ancienne : Nous nommons N... à l'Eglise de N..., et le plaçons en qualité d'évêque à la tête de cette Eglise, dont nous lui confions l'administration temporelle et spirituelle : Providemus Ecclesiæ N... de persona N..., et praficimus eum in episcopum ejusdem Ecclesiae, committentes ei administrationem in temporalibus et spiritualibus. C'est dans le même sens que Duval a écrit dans la suite : Petrus Claves accepit a Christo quia ab illo in reliquos Ecclesia pastores, tamquam e fonte, capite, et radice, erant derivandæ 33 Pierre a reçu les Clefs de Jésus-Christ, parce que c’est de lui qu'elles devaient émaner comme de la source, de la tête, et de la racine, pour être communiquées aux autres.
En présence de ces témoignages, Gerson a été forcé de reconnaître, comme nous l'avons fait observer plus haut,* qu'en vertu de l'institution même de Jésus-Christ, aussi bien que de la tradition des Conciles généraux et de l'Eglise entière, le pouvoir pontifical est suprême et monarchique ; et à ce propos, il ajoute : Oser attaquer cette primauté avec obstination, c'est être hérétique : Quem primatum quisque impugnare... presumit... pertinaciter, hereticus est.t Et dans un autre endroit, le même
(1) Zn annivers. assumpt. suæ, serm. 3. c. 3.
(2) Epist. 89, ad episc. prov. Vienn. Edit. Raynatd.
(3) De suprem. Rom. Pont. Potest. p. 1. q. 5.
(4) De Statib. eccles. super stat. Summ Pont. consid. 1.
(*) Page 302.
auteur déclare que la plénitude de la puissance ecclésiastique ne peut, d'après une loi prescrite, exister formellement et subjectivement que dans le Souverain Pontife : Plenitudo potestatis ecclesiastica... non potest esse, de lege ordinata, nisi in Summo Pontifice formaliter et subjective.\ Or, si, d'une part, la plénitude de la loi, qui est la même chose que la plénitude du pouvoir, se trouve dans le Souverain Pontife, et si, d'autre part, c'est une erreur d'affirmer que l'Eglise a plusieurs chefs, le Souverain Pontife est donc le chef unique en qui réside le pouvoir plein, suprême, et indépendant. Mais comment Gerson, aprés avoir établi de tels principes, a-t-il pu soutenir que le Pape est subordonné au Concile ? c'est ce que, pour ma part, je ne saurais comprendre.
Dans l'assemblée de 1682, le clergé de France a émis quatre propositions devenues célèbres, dont la dernière est ainsi conçue : In fidei quoque quæstionibus precipuas Summi Pontificis esse partes, ejusque decreta ad omnes et singulas Ecclesias pertinere ; nec tamen irreformabile esse judicium, nisi Ecclesia consensus accesserit : ? Le Souverain Pontife a la part principale dans les questions de foi, et ses décrets regardent toutes les Eglises et chacune d'elles en particulier; cependant son jugement n'est pas irréformable, à moins que le consentement de l'Eglise n'intervienne.* — Mais, demanderons-nous, comment ce consentement doit-il intervenir? Les uns disent que les définitions pontificales deviennent irréformables, lorsque le consentement de tous les fidèles intervient; les autres exigent du moins le consentement de tous les évéques; d'autres pensent qu'il suffit du consentement d'une province; d'autres enfin requièrent le consentement de la majeure partie des évêques qui vivent dans l'univers chrétien. Mais cette dernière opinion n'est pas du goût de Fébronius, qui prétend que le consentement de la majeure partie des évêques n'est pas suffisant, quoique ce soit la pratique
(1) De Potest. eccles. et Orig. jur. conci. 2. (2) Declarat. in comit. ann. 1682. prop. 4.
(*) La question de la Declaration de 1682 est exposée avec plus d'étendue dans le Traité suivant; à cette occasion, nous donnerons quelques détails sur des travaux rècents concernant cette matière. Le traducteur.
des Corciles cecuméniques de définir les questions à la simple majorité des suffrages. En présence de ces opinions, que faire si le décret pontifical est accueilli par un nombre égal d'évêques adhérants et opposants ? que faire, s'il ne réunit que la minorité, comme cela est arrivé au IV® siècle, lorsque dix-huit évêques orthodoxes seulement adhérèrent à la décision du pape Saint Melchiade, tandis que quatre cents autres la rejetèrent, ainsi Que le rapporte Haunold dans son /ntroduction au Droit canonique. Dans des cas semblables, qui tranchera le différend, si l'on ne reconnait un juge suprême qui ait le pouvoir de décider les questions en matière dé foi ?*
Au reste, c'est une erreur de dire que les évêques ne forment un corps que lorsqu'ils sont réunis en Concile. Il est de foi, écrit Duval, que l'Eglise ne peut errer, non-seulement quand elle est assemblée en Concile général, mais encore quand elle se trouve dispersée dans le monde entier : Est enim de fide Ecclesiam, non tantum ut congregatam in œcumenico Concilio, sed
(*) Voici quelques réflexions saillantes du comte de Maistre qui s'harmonisent parfaitement avec celles de Saint Alphonse : « Pour mettre le comble à la confusion et au paralogisme, les députés déclarent dans ce dernier article (la proposition IVe), que les décrets du Saint- Siége ne sont irréformables que lorsque le consentement de l'Eglise vient s'y adjoindre. Mais de quel consentement veulent-ils parler ? de l'exprès ou du tacite? Cette seule question fait tomber l'article, qui n'a rien dit en croyant dire beaucoup. S'ils entendent parler d'un consentement exprès, il faut donc assembler un Concile œcuménique ; mais, en attendant, comment faudra-t-il agir ou croire? A qui appartiendra-t-il d'assembler le Concile? Et si le Pape s'y oppose, et si les princes même n'en veulent point, quid juris (comme disent les jurisconsultes) ? ete. Que si l'on a entendu parler d'un consentement tacite, les difficultés augmentent ; comment s'assurer de ce consentement} comment savoir que les Eglises savent} et comment savoir qu'elles approuvent ? Qui doit écrire? à qui faut-il écrire? La pluralité at-elle lieu dans ce cas? Comme prouve-t-on la pluralité des silences? S'il y avait des Eglises opposantes, combien en faudrait-il pour annuler le consentement} Comment prouve-t-on qu'il n'y a point d'opposition? Comment distinguera-t-on le silence d'approbation, du silence d'ignorance et de celui d'indifférence1 Les évêques de Québec, de Baltimore, de Cusco, de Mexico, du mont Liban, de Goa, de Luçon, de Canton, de Pékin, etc., ayant autant de droits, dans l'Eglise Catholique, que ceux de Paris ou de Naples, qui se chargera dans les moments de division, de mettre ces prélats en rapport et de connaitre leurs avis ? etc., etc. = — Après cela, l'auteur ajoute en note : « Revenons à la grande maxime : Si le Souverain Pontife a besoin du‘ consentement de l'Eglise, Pour gouverner l'Eglise, il n'y a plus d'Eglise. « (De l'Eglise Gallirane dans son rapport avec le Saint-Siége, 1. 2. c. 4.\ Le traducteur.
ut diffusam per orbem, errare non posse. Et la Faculté de Paris a rendu la déclaration suivante contre un livre intitulé : Le Pacifique véritable :* Ces propositions sont téméraires, injurieuses à l'Eglise et hérétiques, en tant qu'elles n'accordent l'infaillibilité à l'Eglise universelle que lorsqu'elle se trouve assemblée en Concile œcuménique : Ha propositiones, in quantum infallibilitatem Ecclesiæ universali in nullo alio statu quam in solo Concilio ecumenico congregatæ tribuunt,... temerariæ sunt, ipsi Ecclesia injuriosæ, et hæreticæ.? Aussi est-il bien certain, quoi qu'en dise Fébronius, que, soit en Concile, soit en dehors du Concile, la décision We la majeure partie des évêques adhérant au jugement du Souverain Pontife constitue un dogme de foi. Or, si le consentement de la plus grande partie des évêques suffit, noùs devons croire évidemment que le Pape est infaillible, dès qu'il décide par une définition un point concernant la foi ou les mœurs ; en effet, cette vérité est et a toujours été admise, non-seulement par la majeure partie, mais par la très-grande partie de l'Eglise, comme l’enseignent Bellarmin * et le pape Benoit XIV,‘ cité par Billuart.5 La France seule fait exception. Donc, il faut ou bien reconnaître l'infaillibilité du Souverain Pontife, ou bien admettre que l'Eglise Catholique est exclusivement restreinte à l'Eglise Gallicane.
Mais, dira-t-on, l'Eglise est le corps mystique de Jésus-Christ ; par conséquent, de même que le corps ne peut subsister sans tête, de même la tête ne peut subsister sans corps. — Nous répondons : il est hors de doute que le corps ne peut subsister sans tête, non plus que la tête sans corps; mais cela ne fait
(1) De supr. Rom. Pontir. Potest. p. 2. q. 2.
(2) Anno 1644. (3) De Rom. Pontif. 1. 4. c. 2. (4) Epist. ad Inquisit. gener. Hispan. 13 jul. 4748.
(5) In. 2. 2. De regulis fidei, diss. 4. a. è. S 1.
(*) L'auteur de cet ouvrage, dont voici le titre complet : Le Pacifique véritable sur le débat de l'usage du Sacrement de Pénitence, est Théophile Brachet de la Milletière. D'abord Calviniste et écrivain de sa secte, il fit son abjuration en 1645; à dater de cette époque, il publia de nombreux ouvrages en faveur de la vérité catholique, notamment celui dont il est ici question, mais il conserva toujours certains principes erronés, qui étaient vraisemblablement le résultat de sa première éducation religiruse, Le iraducteur.
rien à la chose dans le cas présent ; car ici il ne s’agit pas de la constitution ou de l'intégrité du corps de l'Eglise, mais seulement de son gouvernement : sans doute, la constitution ou l'intégrité du corps implique nécessairement qu'il ne soit pas sans téte, ni la téte sans corps; mais le gouvernement du corps de l’Eglise implique que celui-ci soit gouverné par le Pape, qui en est la tête, de la même manière que le corps humain est gouverné par l'esprit de l'homme. C'est donc l'office propre de la tête, c'est-à-dire du Souverain Pontife, de gouverner et d’enseigner, comme c'est l'office du corps, c'est-à-dire de l'Eglise, d'écouter et d’obéir. C'est pourquoi le Concile de Florencé a déclaré que le Souverain Pontife est la tête et le docteur de toute l'Eglise: Pontificem esse... totius Ecclesiæ caput et... doctorem.!
Mais, dira-t-on encore, si les jugements du Souverain Pontife sont infaillibles et si son autorité est suprême et indépendante, à quoi servent donc les Conciles? — On répond qu'ils servent à plusieurs fins des plus importantes : ils servent à ce que les évèques s'appliquent plus énergiquement à étouffer les dissentions; ils servent à réprimer les contumaces ; ils servent à mettre les évêques plus à même d'instruire leur peuple ; ils servent à donner partout de la publicité aux définitions pontificales ; ils servent enfin à ce- qu'on s'en tienne plus soigneusement aux dogmes de foi, comme l'a écrit Vincent de Lérins : Quel résultat, dit-il, l'Eglise a-t-elle réalisé par les décrets des Conciles, sinon de faire admettre avec plus d'empressement ce qui d'abord ne faisait l'objet que d'une simple croyance : Denique quid unquam aliud (Ecclesia) Conciliorum Decretis enixa est, nisi ut quod antea simpliciter credebatur, hoc idem postea diligentius crederetur??
Ajoutons que parfois les Souverains Pontifes convoquent des Conciles afin d'être plus éclairés du Saint-Esprit par la discussion engagée dans le Concile sur quelque doute en matière
(1) Sess. ult. Def. — Lav. t. 13. cor. 1167.
(2) Commonitor. c. 32.
de foi ; car, dit le Na De Perron, 1 l'infaillibilité du Pape ne consiste pas en ce qu'il reçoive toujours du Saint-Esprit la lumière nécessaire pour décider toutes les questions de foi, mais en ce qu'il prononce un jugement exempt d'erreur sur les questions dans lesquelles il se sent suffisamment éclairé de Dieu; quant à celles pour lesquelles il ne se sent pas pourvu d'une lumière suffisante , il les renvoie à la décision du Concile, afin de prononcer ensuite son propre jugement.
Fébronius prétend que les Conciles sont d'une absolue nécessité, à cause de l’irrécusable autorité qui leur est exclusivement propre dans les matières de foi : Propter indeclinabilem in materiis fidei auctoritatem, illis solis inhœærentem.? — Or, les théologiens enseignent communément que les Conciles sont assurément utiles, mais non nécessaires : tel est le sentiment de Juénin,* de Tournély,‘ de Duval, et autres. La Faculté de Paris a formellement déclaré la même chose en 1663 ; et nous constaterons ci-aprés* que la plupart des hérésies ont été éteintes sans le concours du Concile, mais par les seules décisions des Souverains Pontifes, décisions dont il est injuste de révoquer en doute l'infaillibilité. Le cardinal d'Aguirref et le père Petitdidier* démontrent, en suivant la série des siècles, que tous les auteurs chrétiens ont toujours combattu en faveur de l'infaillibilité du Pontife Romain; bien plus, Charlas® et le père Serry® écrivent que les évêques de France en particulier, leurs Synodes, l'Université de Paris, et d’autres théologiens français, ont toujours défendu avec zèle l'infaillibilité ponti-
(1) Apud Christophor. Du Puis: Perroniana, verbo « Infallibilitas. »
(2) Loc. cit. c. 6. $ 7. init.
(3) Instit. theol. proleg. diss. 4. q. 3. c. 1. a. 5. concl. 2.
{4} Proelect. theolog. De Deo, disp. prev. q. 4. De Eccles. quer. 6°, et prasertim de Concit. quer. 8°.
(5) De supr. Rom. Pontif. Potest. p.2.q.2. et p. 4. q. {.
(6) Derensio Cathedræ Petri.
(7) Dissert. histor. et théol. etc. sur l'autor. du Pape et son infaillib.
(8) De Libertatib. Eccles. Gattic. 1. 10.c. 10 et 11.
(9) De Rom. Pontif. dissert. duplex, appena.
(*) Chapitre IX.
ficale. Citons encore parmi ceux qui ont écrit en sa faveur, Louis Bail,' le père Raynaud,? Jean Jaubert de Barrault, archevêque d'Arles, * Nicolas Coeffeteau , évêque de Marseille ,* Michel Mauclerc, 5 Thomassin, f et autres.
Duval a écrit: Velint nolint adversarii, liquido constat veteres Ecclesiæ Gallicanæ proceres hanc in Summis Pontificibus infallibilitatem semper agnovisse, eosque qui veritatem hanc impugnare conati sunt, a ducentis aut circiter annis, quibus in Ecclesiam horrenda schismata irruerunt, cœpisse :? Que nos adversaires le veuillent ou ne le veuillent pas, il est bien constaté que les personnages éminents de l'ancienne Eglise de France ont toujours reconnu cette infaillibilité dans les Souverains Pontifes, et que ceux qui ont pris à tâche d'attaquer cette vérité, datent de deux cents ans, ou à peu prés (c'est-à-dire depuis l'époque du Concile de Constance), alors que d'effroyables schismes ont fait irruption dans l'Eglise. — Baluze, dans sa Vie de Pierre de Marca ,8 et Antoine Charlas® attestent que cet auteur a démontré dans un de ses ouvrages, que l'opinion contraire est seulement tolérée par l'Eglise : Ad Ecclesia tolerari tantum. 10
De plus, dans son assemblée du 20 janvier 1625, le clergé de France a fait la déclaration suivante : « Les évêques respecteront aussi notre Saint Père le Pape, chef visible de l'Eglise universelle, Vicaire de Dieu en terre,... en un mot, successeur de Saint Pierre, auquel l'apostolat et l'épiscopat ont eu commencement, et sur lequel Jésus-Christ a fondé son Eglise, en lui baillant (donnant) les Clefs du ciel avec l'infaillibilité de la foi.!! »
(1) Apparat. ad summ. Concilior. p. 3.
(2) Pontinciæ, Corona aurea, Epilog. verit. 7 et 8.
(3) Clypeus cath. nd.
(4) Pro sacra Monarch. Eccl. Cath. adv. rempub. M. A. de Dominis.
(5) De sacra Monarch. (6) Dissert. super Conctt. (7) De supr. Rom. Pontif. Potest. p. 2. q. 2. (8) Num. 52. (9) De Libertatib. Eccl. Gallic. 1. 10. c. 10.
(10) Manuscripta, t. 2. n. 51.
(11) Avis de l'assemblée à MM. les Archev. et Evéq. du royaume, n. 137. — Procès-verbaux des assembl. du clergé de France. Edit. de Paris, 1768. t. 2. Pièces justificatives, p. 95.’
— En outre, les évêques réunis dans l'assemblée tenue à Paris en 1653, adressèrent, entre autres, les paroles suivantes à Innocent X : Judicia pro sancienda regula fidei a Summis Pontificibus lata,... divina que ac summa per universam Ecclesiam auctoritate niti, cui christiani omnes, ex officio, ipsius quoque mentis obsequium prestare tenentur :! Les jugements portés par les Souverains Pontifes pour établir une règle de foi, sont appuyés sur une autorité à la fois divine et suprême dans l'Eglise universelle, autorité à laquelle les chrétiens sont tenus par devoir de soumettre leur esprit même.
Ce n'est donc pas sans fondement que le marquis Maffei a écrit dans son ouvrage intitulé : Osservazioni letterarie : « En somme, on ne peut soutenir que, sur l'article de l'infaillibilité du Pape et de sa supériorité sur le Concile, l'illustre nation française ait universellement renoncé, de nos jours, aux sentiments professés pendant tant de siècles par ses ancêtres, attendu que nous voyons un si grand nombre de ses hommes les plus marquants et de ses assemblées les plus vénérables, tenues de nos jours, se montrer si favorables à l'ancienne opinion embrassée à Rome. »
Enfin, si quelqu'un veut connaitre jusqu’à quel point l’opinion favorable à l'infaillibilité pontificale est ancienne et commune parmi les Catholiques, il n'a qu'à parcourir l'ouvrage du père Louis Jacob, publié à Lyon, en 1643, sous le titre de Bibliotheca Pontificia, et à consulter le père Raynaud dans son opuscule sur la même matière;* Louis Andruzzi dans son écrit intitulé : Vetus Gracia ;* François-Antoine Simeoni dans son traité sur la Puissance du Pontife Romain; Victor-Amédée Soardi, docteur de l'Université de Turin, dans l'ouvrage qui a pour titre : De Pontificis Auctoritate;® l'ouvrage anonyme qui a
(1) Lettre du 15 juil, 1653. — Procès-verbaux des assembl. du clergé de France, t. 4. Pièces justificatives.
(2) Biblioth. Pontif. cum catalog. auctor. etc.
(3) Opuse. de Infallib. Pape.
(4) Vet. Græc. de S. Roman. Sede præclare sentiens.
(5) De Rom. Pontif. judictaria Potest.
(6) De supr. Rom. Pontif. auctorit. hodierna Eccles. Gallic. doctrina.
été mis au jour en 1682, sous le titre de : Doctrina quam de Primatu, Auctoritate, ac Infallibilitate Romani Pontificis tradiderunt Lovanienses Sacra Theologia magistri ac professores, tam veteres quam recentiores.*
Mais il est curieux d'entendre Fébronius énoncer les conditions dont un Concile doit étre pourvu pour étre véritablement légitime et œcuménique. Il requiert à cet effet, qu'indépendamment des évêques, non-seulement les clercs, mais encore les laïques assistent au Concile, parce que, dit-il, l'Eglise ne so compose pas seulement des évêques, mais aussi des clercs et des laïques; or, ajoute-t-il, c'est le corps composé de laïques et de clercs qui nous transmet dans son intégrité la foi qu'il garde comme un dépôt inaltérable : Extra Concilium Ecclesia consistit non in solis episcopis, sed in reliquis etiam clericis, imo laicis.... Corpus vero ex laicis clericisque compositum fidem, quam tamquam fidele depositum servat, ad nos illibatam transmittit.*
Il exige en outre que le Souverain Pontife se reconnaisse soumis aux décisions du Concile : Se ejusdem (Concilii) decisionibus agnoscat subjectum.® Voilà. donc le Concile légitime et absolument nécessaire que réclame Fébronius! un Concile composé d'évéques, de clercs, et de laïques ! un Concile aux décisions duquel le Souverain Pontife doit reconnaître qu'il est subordonné! Mais où trouver un Pape qui, traitre à son Siége et à ses droits, se soumette de plein gré aux décisions d'un Concile; et d'un tel Concile, c'est-à-dire composé de clercs et de laïques ? Téls sont les Conciles d'invention nouvelle, par lesquels Fébronius prétend réformer l'Eglise universelle.
(1) Loc. cit. c. 6.8 8. n. 12. (2) Loc. cit. c. 9.83.
(*) L'auteur de cet ouvrage est d'Aubermont, professenr A la Faculté de Théologie de Louvain. A la suite du titre transcrit par Saint Alphonse, on lit ces mots qui précisent le but de l'auteur : «... Declarationi Cleri Gallicani de ecclesiastica Potestate nuper edita: opposita. » Ce but fut si bién atteint par la solidité de l'ou« vrage, que Bossuet s'en émut, comme on peut le constater par sa Défense de la Déclaration (Gallia orthod. n. 29 et 70; Defens. Declar. lt. 1, sect. 1. c, 2,, et Append. 1. i. c. 12-18, L. 2. c. 13, etc.). On doit encoté au même auteur l'ouvrage suivant : Mantissa celebrium in Belgio et Gallia Scriptorum, dans lequel il bat également en bréche les doctrines nouvelles du Gallicanisme, en s'appuyant sur de nombreux et puissants témoignages. Le traducteur.