CHAPITRE PREMIER
ment, sous le manteau de la religion, ce parti fit croul(*r l’empire des Constantins et absorba celui des successeurs de Charlemagne, pour prix de la protection donnée par ces princes au christianisme. Mais nous n’en sommes encore qu’à rechercher les principes qui ont caractérisé, à travers les siècles, l'antagonisme des pouvoirs spirituel et temporel, et marqué pour ainsi dire les phases et vicissitudes du droit ecclésiastique et du droit civil. Dès le vin' siècle, les laits donnent déjà, dans l’Église, un démenti formel aux prescriptions de l'Évangile, des Apôtres et des saints Pères, et le ix' siècle voit se fonder la théocratie pontificale. Les théologiens, à cette époque, ont déjà laissé bien loin derrière eux la doctrine du désintéressement et de la soumission aux puissances, et il est donné à Adrien III de mettre, le premier, au jour la doctrine qui s’est sourdement formée dans les profondeurs du Vatican. Ce Pape, en l'an 884, rend un décret portant « qu’aucun prince chrétien « ne peut prendre le titre de roi, sans la permission du « Pape: que l’empereur lui-même dépend du Saint- « Siège, et que tous les royaumes lui sont soumis'!...»
A dater de ce temps environ, les différends sont incessants entre les Papes et les souverains; et les peuples portent le fardeau de ces querelles, qui voient grandir et diminuer tour à tour le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel. Grégoire VII parait avec son Dictatus Papa, dont voici la substance, et la Papauté a touché à la double cime de l’Église et des États : « Il n’y a, « s’écrie le Pontife, qu’un nom au monde, celui de « -Pape! Le Pape seul peut revêtir les ornements im-
' r.ianonc, Slor. civ. del. Regn. di Nnp.
« périaux; tous les princes doivent être à ses pieds: K personne ne peut le juger; son élection seule en fait " un saint. 11 n'a jamais erré ; jamais il n’errera à l’a- « venir. Il peut déposer les princes, délier leurs su- « jets du serment de fidélité , et disposer de leurs « États*!... »
Écrivant à l’empereur lui- même : « Sachez bien, lui » dit-il, que Dieu a établi les Papes sur les peuples et « sur les royaumes, pour détruire et arracher, pour <t bùtir et pour planter l... » Ét dans une lettre à Herman, évêque de Metz, qui hésite à partager tant de zèle: « Que craignez-vous? écrit-il; si vous êtes juge du spi- •> rituel, à plus forte raison l’êles-vous du temporel!...» Le pontife explique à Herman comme quoi la puissance universelle fut donnée aux évêques dans la personne des Apôtres, par le pouvoir de lier et de délier, et que ce pouvoir s’étend sur les princes comme sur leurs sujets. Énfin , il signifie à plusieurs souverains que leurs royaumes sont des fiefs relevant de l'autorité du Saint- Siège !...
Innocent III, poursuivant avec la même témérité l’absolutisme pontifical, ne craint pas de donner une forme triviale à sa pensée, en vue de la rendre plus sensible : « 11 y a, écrit-il à l’empereur Alexis Comnène, deux • grands luminaires au ciel, le soleil et la lune, créés « par Dieu. Le premier représente l’autorité pontificale ; « la seconde l’autorité royale. Autant il y a de diffé-
' Baronius, Annale» (t076). — Des écrivains ont douté que le décret en vingt-sept arUcles, rendu par Grégoire Vil sous le titre : Dictatu» Papœ, fût authenlique; mais les faits et gestes du pontife sont du moins assez conformes aux doctrines contenues dans ce décret pour qu’on n’ait aucun motif de le récuser.
CHAPITUK PHEMIEU.
« rencp entre le soleil et lu lune, autunt il y en a entre « le Pape et les rois!,.. » Ce Pontife proclame, comme point do droit, ce principe déjà émis par Léon lli, à l’occasion du sacre de Charlemagne, que « le Pape a
• le pouvoir, non-seulement de nommer les empereurs, « mais encore de transférer d’un prince à un autre » l’empire, ayant reçu ce droit par la donation de Co«- « slantinl...»
En présence des ambassadeurs de Philippe de Souabe, alors prétendant à l’empire, qui lui étaient envoyés. Innocent fait la déclaration suivante : « Le pouvoir des
* princes s’exerce sur la terre ; celui des prêtres dans « le ciel. Ceux-là ne gouvernent (jue le corps; ceux-ci « les âmes, .\insi, le .sacerdoce est autant au-dessus de 1 la royauté que le ciel est au-dessus de la terre, et que « Tâme est au-dessus du corps... Le pouvoir de chaque « prince est renfermé dans sa province, et celui de » chaque roi dans son royaume. Mais Pierre les sur-
• passe tous, par la plénitude et l’étendue de la puis- « sauce, parce qu'il est le vicain* de Celui à qui appar- « tient l’univers et tout ce qu'il renferme, la terre et
* tous ses habitants*. »
Ne s’agissait-il, dans la pensée d’innocent 111, comme dans celle de Grégoire Vil, que de démonti-er la supériorité incontestable de l’élément moral sur les éléments barbares de leur époque? Le moment n’est pas venu, pour nous, d’examiner ce qu’il pouvait y avoir de grand, en apparence, et de sincère dans le système Ihéocratique appliqué au gouvernement politique, ni de nous arrêter aux distinctions subtiles de pouvoir di-
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' Baluze, tome I». iRecueil.)
rectif et de pouvoir direct, établies dans les temps modernes, pour le justifier. Nous continuons d’exposer simplement les maximes propres ii donner une idée de l’esprit d'autorité qui régnait aux époques dont nous parlons, c’est-à-dire du xi® au xiii' siècle. Ce système, à la faveur de l’ignorance des peuples, entraînait les esprits dans sa logique absolue, et portait incessamment le trouble dans les États, et par réciprocité dans l’Église.
Le XIV' siècle marqua par un manifeste qui portait au comble l’exaltation aventureuse de la cour romaine. Ce fut la bulle U nam sanctam, publiée . par le pape Boniface Vlll, à l'occasion de ses démêlés avec le roi Philippe le Bel. Voici la substance de cette fameuse pièce : « L'Évangile nous apprend qu'il y a dans l’Église, et « que l’Église a en son pouvoir deux glaives : le spiri- ^ luel et le temporel. L’un et l’autre est au pouvoir de « l'Église; mais le premier doit être tiré par l'Église et " par la main du pontife; 1e second, pour l'Église, par x la main des rois et des soldats, à la demande du Pon- « tife. Le glaive temporel doit être soumis au spirituel, « c'est-à-dire le pouvoir temporel au spirituel, selon « cette parole de l’.^potre : 11 n'y a de pouvoir qui ne X vienne de Dieu!... La puissance spirituelle surpasse X autant la temporelle, en dignité, que les choses spi- « rituelles, en général, l’emportent sur les temporelles... X 11 appartient à la puissance spirituelle d’établir la tem- « porellc et de la juger, si elle s’égare... Cette souve- « raine puissance spirituelle a été donnée à saint Pierre « par ces paroles : Tout ce que vous lierez, etc.; celui • donc qui résiste à cette puissance résiste à l’ordre de X Dieu'! 1 ! »
' Nous n’avons pas besoin de faire observer que la bulle en