CHAPITRE PREMIF.R
blesse, le clergé, lu nation entière, se montrèrent saisis d’indignation. Une déclaration des droits, formulée par l'archevéquc de Reims Ilincmar, au nom du clergé et de la noblesse, en 867, portail :
« 1“ Que la puissance ecclésiastique ne s'étend pas « sur la puissance du roi ;
« 2® Que le concile est supérieur au Pape ;
« 3® Que le jugement du Saint-Siège, en matière de « foi, n’est infaillible qu’avec l’assentiment de l’Église;
« 4® Que les lois et coutumes de l’Eglise gallicane « devaient être respectées. »
Les Papes ne s’arrêtaient pas devant de telles oppositions. Ils avaient pris, dès le règne des Carlovingiens, un empire tellement irrésistible que, de temps à autre, la puissance civile était forcée de plier. L’interdit, l'excommunication, la déposition des princes, faisaient planer la terreur sur leurs têtes, tandis que la Papauté et le clergé, dans tous les pays, se gorgeaient de richesses et de biens-fonds, qui accroissaient sans cesse et fortifiaient celte formidable autorité.
Les empereurs, il est vrai, articulaient et maintenaient généralement leur droit impérial d’approuver l’élection du Pape et de recevoir son serment; mais ils se faisaient sacrer aux genoux du Pape ; et il faut convenir qu’il y avait, dès lors, grande confusion dans le droit suprême. Chacune des deux puissances, à la faveur de l’ignorance des temps, se faisait passer pour supérieure à l’autre; mais il serait difficile de nier que la Papauté, durant tout le moyen âge, n’ait pas régné sur les princes ainsi que sur leurs sujets, tant par l’ascendant de la croyance religieuse que par les artifices qu’elle en tirait.
1)L' l'APK.
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Nous aurons occasion de voir, dans un rapide historique, les débats et les f^uerres qui eurent lieu entre les l’apes et les empereurs. Mais nulle part la résistance des princes et des nations ne fut éclairée et ferme comme en France , parce qu’aucun pays , durant le moyen âge, n'avait conservé au même degré le véritable sentiment religieux. Le roi saint Louis donna plus d'un glorieux exemple de l’indépendance de sa couronne. On connaît sa pragmatique sanction de 1269, destinée à assurer les libertés de l'Église nationale, et à protéger ses sujets contre les exactions du Pape et du clergé pendant qu’il irait en Terre-Sainte. On y lisait; « Nous ne voulons aucunement qu’on lève ou qu’on re- « cueille les exactions pécuniaires et les charges très- " pesantes que la cour de Rome a imposées, ou pour- ” rait imposer à l’Église de notre royaume, et par les- 1 quell(;s il est misérablement appauvri, si ce n’est pour " une cause raisonnable et très-urgente, ou pour une ” inévitable nécessité, et du consentement libre et ex- « près de nous et de l’Église. •
Un acte plus direct et plus caractéristique encore de la dignité et de la loyauté de saint Louis se voit dans une lettre écrite par lui à Grégoire IX, en réponse à l’offre que ce pape osait lui faire de la couronne de l’empereur Frédéi'ic, sous le prétexte ordinaire que ce prince était héréti(iue : « D’où viennent au Pape, écrivait le roi » au Pontife, cet orgueil et cette audace téméraire, de " vouloir déshériter et renverser du faîte impérial un « prince qui est tel qu’il n’a point son supérieur? Én « supposant que Frédéric eût les torts qu’on lui re- « proche, il n’y aurait qu’un concile général qui pùt le « casser légitimement... Ce que nous savons bien, c'est
CHAPITRF. l'REMIEU.
« qu’il a combattu fidèlemoiit pour Notre Seigneur Jé- " sus-Chrisl, s'exposant avec intn^pidilé aux périls île la " mer et de la guerre. Or, nous ne trouvons pas tant de « religion chez le Pape, lui qui, pendant son absence, a « cherché méchamment à supplanter un prince qui « combattait pour Dieu ' »
Le roi terminait sa lettre en disant: « Que son éjiée « était dévouée à la cause de la religion, et qu'il ferait « la guerre au Pape lui-méme, s’il apprenait qu'il pensât « mal de Dieu !... »
La querelle de Philippe le Bel, petit-fils de saint Louis, avec le pape Boniface Vlll est connue de tout le monde; elle donna lieu à 1a manifestation des principes contradictoires que nous allons voir dans une correspondance qui se ressent fort de celte verdeur de langage que nous avons vue dans la lettre précédente, et qui était évidemment celle de l’époque. Voici ces deux curieuses lettres du Pape et du roi, telles qu’on les
trouve dans le Itecueil de Daunou :
« Boniface, évéque, serviteur des serviteurs de Dieu, « à Philippe, roi des Français: crains Dieu et observe « ses commandements.
< Nous voulons que tu saches que tu nous es sôu-
• mis au spirituel et au temporel. La collation des bé- « néfices et des prébendes ne te concerne aucunement ; « et, si tu es quelquefois chargé de garder ceux qui « vaquent, lu dois en réserver les fruits aux successeurs
• des titulaires décédés ; et si tu en us conféré, nous
• en déclarons la collation nulle, et nous annulons tout
* Chronique de Mathieu Parti, I. IV.
iS
DU PAPK.
« ce qui a pu s’i'iisuivre. Nous déclarons hérétiques « ceux qui pensent autrement. »
Philippe répond : « Philippe, par la grâce de Dieu, « roi des Français, à Boniface, se disant Souverain- >< Pontife, peu ou point de salut!
« Que votre souveraine fatuité sache que, dans les « choses temporelles, nous ne sommes soumis à per- « sonne; que la collation dos évêchés et prébendes " nous appartient par le droit de notre couronne; que B nous pouvons nous en attribuer les fruits durant la " vacance; que les collations par nous faites, ou à B faire, ont été, sont et seront à jamais valides, et que « nous en maintiendrons la possession envers et contre B tous : ceux qui nient ces maximes, nous les tenons « pour sots et fous. »
Si les rois de France surent généralement repousser la cupidité de la cour romaine et protéger l’Église nationale de la tyrannie ultramontaine, ils furent noblement appuyés par le patriotisme des parlements. Nous citerons ici quelques arrêts de celui de Paris, qui ne sont pas tous, croyons-nous, généralement connus; car les Begistres qui les contiennent ne sont point encore publiés.
Un arrêt du Parlement, de l’année 1385, porte: « Les « évêques étant également successeurs de saint Pierre » comme des autres Apôtres, chacun d’eux, dans son « diocèse, est le vicaire de Jésus-Christ. »
Le 27 août 1386, l’Université, en plaidant, dit: « Qu’une bulle du Pape ne faisait rien; car le Pape ne » pouvait se mêler du temporel en France, et que le roi « ne le souffrirait point; que le Parlement ne souffre « aucune bulle contre l’autorité du roi, ni qu’on dise