CHAPITRE PREMIER
Tels sont, pour ce qui a rapport aux richesses, les préceptes que Jésus-Christ donne à scs disciples comme une condition indispensable à l’accomplissement du ministère sacré dont il veut les revêtir
Pour ce qui a trait à l’ambition du pouvoir temporel , à laquelle mène naturellement la satiété des richesses, nous allons voir comment le Sauveur s’en exprime à ses disciples. Il y avait entre ceux-ci des velléités de suprématie que plusieurs laissèrent voir. Après que le divin Maître leur eut prédit sa mort, l’idée leur était venue qu’il désignerait sans doute un successeur parmi eux , et ils eurent une contestation à savoir lequel devait être estimé le plus grand. Jésus alors leur dit : Les rois des nations régnent sur elles avec empire, qu’il nen soit pas de même parmi vous; mais que celui qui est le plus grand devienne comme le plus petit, et celui qui gouverne comme celui qui sert
Une autre fois les disciples s’approchèrent de Jésus- Christ et lui demandèrent de nouveau qui serait le plus grand dans le royaume des deux. Jésus, ayant appelé un petit enfant , le mit au milieu d’eux et leur répondit ■ Je vous le dis en vérité, que si vous ne vous convertissez, et si vous ne devenez comme de petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des deux \
La mère des Zébédé ayant demandé à Jésus-Christ que ses deux fils, Apôtres des plus dévoués, fussent placés à sa droite et ii sa gauche, dans le royaume des deux, et les autres Apôtres ayant manifesté de l hu-
' Tous les textes évangéliques cites dans ce livre sont tirés de la traduction de Sacy.
* S. Luc, ch. XXII, v. 24, 2ü, 26, 27.
* S. Matthieu, ch. xvin , v. t, 2, a, 4,
DU PAPK.
meur il'iine telle prétention, Jésus s’efforça de nouveau de les dissuader de la fausse idée (|u'ils se faisaient tous au sujet d’une suprématie ù établir entre eux. 11 leur répéta avec amplification ce qu’il leur en avait dit précédemment, et cette fois de manière à en être bien compris.
Vous savez, leur dit-il, que les princes des nations les dominent et que les grands les traitent avec empire : il nen doit pas être ainsi parmi vous. Mais que celui qui voudra devenir plus grand parmi vous, soit votre serviteur, et que celui qui voudra être le premier d’entre vous soit votre esclave; comme le fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie pour la rédemption de plusieurs ' Fojw n’avez qu’un seul maître ou con-
ducteur, qui est le Christ. Quiconque s’élève sera abaissé, et quiconque s’abaisse sera élevé! Celui qui violera un de ces commandements ou apprendra aux autres à le violer, sera regardé, dans le royaume des deux, comme le dernier. Mais celui-là seia gkand qui les enseignera et les mettra en pratique*.
Saint Pierre, qui prenait souvent la parole, demandant à Jésus quelle serait la récompense des douze disciples, pour avoir tout abandonné afin de le suivre, il leur fit, en s'adressant à tous, une réponse bien propre à mettre un terme à de nouvelles importunités et à leurs aspirations aux grandeurs de ce monde ; Pour vous qui m’avez suivi, leur dit-il, lorsque le fils de l’homme sera assis sur le trône de sa gloire, après i.a régénération ,
' 5^int Matthieu, ch. x\,\. 21 à 29.
* S.iinl Matihieu, cli. xxiii, v. S à 12.
CHAPITKt PRKMIF.il. 5
VOUS serez aussi assis sur douze trônes et vous jugerez les douze tribus d'Israël '!...
Dans quatre circonstances particulières, Jésus-Christ se prononça par l’exemple, en même temps que par la parole , contre la possession des richesses et de la souveraineté dans le sacerdoce. La première tut lorsque, tous les royaumes de la terre lui étant découverts sur la montagne, et lui étant otferts, il repoussa une semblable offre comme étant une tentation de Satan. La seconde fut lorsqu’on lui demandait à qui l'impôt devait être payé? Ici, le divin Maître n'hésita point à reconnaître que le pouvoir résidait dans le chef de l'État. La troisième fut lorsque les Juifs, au rapport de saint Jean, voulurent le faire roi, et qu’il s’enfuit sur la montagne; et la quatrième, lorsque étant interrogé insidieusement par Pilate, s’il était le roi des Juifs, il répondit : C'est vous qui le dites; mon royaume, à moi, n'est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour m’empêcher de tomber entre les mains des Juifs; mais mon royaume nest pas d'ici *. Enlin, Jésus-Christ poussa à la dernière limite l’exemple de toute abstention des attributs de la puissance séculière, en se refusant à assumer l’acte le plus simple de juridiction au sujet d’un partage de biens entre des frères : Qui m’a établi juge, pour que je prononce entre vous?....
La mission donnée par Jésus-Christ à ses disciples était entièrement spirituelle ; il prit un soin constant ù en éloigner tout mélange. Il avait dit à Pierre : Paissez mes brebis Quand vous serez convertis, confirmez vos
' Saint .Matlliieu, di. xiv, v. 28.
Saint Jean, ch. vi, v. lü. — Ch. .wiii, v. 36.
frères! 11 avait dit aussi aux disciples réunis : Vous êtes la lumière du monde; mais jamais , vous êtes les maîtres du monde!
Dans des circonstances solennelles, le Sauveur donna à ses ordres la plus grande précision : « Avant appelé « les douze disciples, dit l’évangéliste, il leur donna < pouvoir sur les esprits impurs pour les chasser et pour € guérir toutes sortes de langueurs et de maladies; t puis, il les envoya immédiatement prêcher le royaume « des deux, et leur dit : Rendez la santé aux malades, « resstiscitez les morts, guérissez les lépreux, chassez les ■ démons et donnez gratuitement ce que vous M)ez reçu « gratuitement, sans vous mettre en peine d'avoir de l’or • et de l’argent dans vos bourses »
Les actes de bienfaisance définis dans ces dernières paroles de Jésus-Christ, sont, avec l’enseignement du saint Evangile, les uniques objets de la mission apostolique. La faculté de les remplir constituait, avec l'initiation sacrée ou sacerdotale, l’unique pouvoir donné aux apôtres, et ce pouvoir leur suffit, ainsi qu’aux saints confesseurs de la primitive Église, pour répandre et faire aimer la morale chrétienne dans tout l’univers alors connu.
Les théologiens formalistes ont fait, au moyen de quelques mots de l’Évangile de saint Matthieu, interprétés contrairement à tous les préceptes relatifs à la domination, une supériorité à saint Pierre sur les autres disciples ; supériorité de droit divin qu'ils ont ensuite imposée à l’Eglise, et, par extension, aux
* Sailli Matthieu, ch. x, v. I et 8. — Saint .Marc, ch. vi, v. 7. — Saint Luc, ch. ix, v. I.
CHAPITIIE PKEMIEIt.
royaumes de la terre. Ce droit di^n n’était point fondé, et l’application par voie de logique en était aussi vicieuse qu’illégitime. Saint Matthieu rapporte que saint Pierre ayant dit à Jésus : « Vous êtes le Christ », le Seigneur lui répondit ; Et moi, je vous dis que vous êtes pierre, et que sur celte pierre, je bâtirai mon Église, et que les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. Ét je vous DONNKR.u les clcfs du roijaume des deux, et tout ce que vous lierez sur la terre sera aussi lié dans les deux; et tout ce que vous délierez sur la terre sera aussi délié dans les
deux' Telles sont les promesses qui furent faites à
Pierre. Mais les mêmes promesses étaient implicitenieiii faites assurément à tous les .\pôtres appelés à la mission. La preuve, c’est que, le temps étant venu do les tenir, Jésus-Christ, dans le cénacle et sur le mont des Oliviers, oîi il leur apparut après sa mort , et leur précisa ses instructions, ne fît aucune différence entre eux. Tous les .\potres reçurent ensemble et en même temps le don du Saint-Esprit , avec les attributs ou pouvoirs qui s'y rattachaient , et en des termes absolument semblables à ceux qu’avait employés le Sauveur dans la promesse faite à Pierre.
Ces pouvoirs, les théologiens ont eu tort de vouloir les assimiler à ce qu’on entend communément par ce nom, et qui nous donne l’idée d’une autorité impérative. Dans le langage souvent figuré de rEvangile, remettre les péchés est synonyme de guérir les malades et de chasser les démons, parce que les maladies étaient considérées comme la peine du péché, et les afflictions corporelles comme ayant leur cause
' Saint Matthieu, ch xvi, v. 18 et 1!),
dans le mal moral, et dans la parlicipation ou présence des esprits impurs. Jésus-Christ s’étant servi de cette expression : Vos péchés vous sont remis, en parlant à un paralytique, « les pharisiens et les scribes s’en scanda-
lisaient, car, disaient-ils, qui peut remettre les pô- « chés, sinon Dieu ? Mais Jésus connaissant leur pensée, « leur dit : Pourquoi pensez-vous mal dans votre cœur? « Lequel est le plus aisé de dire vos péchés vous sont O remis, ou de dire : levez -vous, et marchez. Or, afin que » vous sachiez que le fils de l'homme a sur la terre le pouvoir « de remettre les péchés : levez-vous, je reus le commande, c dit-il au paralytique, emportez votre lit et vous en allez * en votre maison '. »
Il en est de m0me de l’expression lier et délier, et de celle les clefs du royaume des deux. Elles étaient usitées comme désignant les attributs de la théologie et de la morale. Nous n’en chercherons pas la preuve hors de l’Évangile. Jésus-Christ ne s’en sert-il pas, en effet, à l’occasion des scribes et des pharisiens, dans le sens de leur peu de justice et de charité envers les malheureux, et des obligations qu’ils imposaient au peuple, en s’en affranchissant eux-mémes? Les scribes et les pharisiens disent ce qu'il faut faire et ne le font pas. Ils lient des fardeaux pesants et insupportables sur les épaules des hommes, et ils ne veulent pas les remuer du bout du doigt
Tout le monde sait pareillement que dans les théologies orientales, les clefs signifiaient l’initiation aux sciences sacrées et aux devoirs du sacerdoce, ainsi qu’à la propagation des lumières de la raison.
* Saint Luc, ch. v, v. 20 à 2b.
CHAPITIUC PKKMIKR. 9
Jcsus-Ohrist se sert dans la niêine occasion des termes ouvrir et fermer le ciel : Malheur à vom, s’écriet-il, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous fermez aux hommes le royaume des deux, ccir i^ous n’y entrerez point vous-mêmes'. Ainsi donc, les attributs accordés aux Apôtres étaient uniquement les facultés propres à remplir dignement les charges du sacerdoce et à ac(;omplir des œuvres éclatantes de charité, telles que la guérison merveilleuse des malades par la seule imposition des mains et la prière. 11 a fallu, ce nous semble, torturer étrangement le texte évangéliciue, pour y trouver tout autre pouvoir que celui qui ressort de la prédication de la morale, des soins de la charité et des exemples de la vertu.
Précisons quelques mots de plus au sujet d’un texte évangélique dont on a abusé au point d’oublier, pour ainsi dire, le respect dû ù l'Écriture sacrée. Ce texte, qui SC trguve comme un jeu de mots dans saint Matthieu (et dont les trois autres évangélistes ne font pas mention), est connu de tout le monde : Vous êtes pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, etc. *.
Les théologiens formalistes, s’appuyant sur ces paroles, n’ont pas fait difficulté de dire que l’Eglise avait
' Saint Mallhii'u, ch. v. xxm, ;t, 4, 13.
* N’est-il pas bien singiilicr que des quatre évangélistes considérés comme authentiques, un seul ait mentionné une parole qui devait servir de hase au droit divin de la papauté romaine’? Saint Marc rapporte comme saint Matthieu la circonstance où saint Pierre dit à Jésus qu’il était le Christ , mais sans y ajouter la réponse rapportée par saint Matthieu. Saint Jean dit aussi que Jésus donna à Simon le nom de Pierre {Cephiis), mais sans y ajouter le fameux jeu do mots dont on a tant abusé. (Saint Marc, ch. ni, V. 16. — Saint Jean, ch. i, v. 42.) Saint Luc n’en dit absolument rien.
été effectivement établie sur la personne de saint Pierre en particulier; même que cet Apôtre était la • pierre du fond, la pierre angulaire!!!
Mais, ainsi que nous l’avons démontré déjà, tous les attributs qui avaient été promis à Pierre furent donnés à tous les autres Apôtres en môme temps qu’à Pierre lui-méme, lorsque le temps d’accomplir les promesses fut venu pour Jésus-Christ. Et pourciuoi le Sauveur, dans sa suprême sagesse, en eût-il agi autrement? Pierre présentait-il des mérites ou des actes de service de nature à motiver une préférence ou une supériorité ?
.A Dieu ne plaise qu’il nous vienne à la pensée de méconnaître ou de vouloir diminuer les vertus et le zélé apostoliques dont Pierre fit constamment preuve après la mort de Jésus, non plus que la modestie dont le saint Apôtre ne se départit plus depuis le concile de Jérusalem. Mais saint Pierre avait dû précédeminom effacer des torts graves par le repentir. 11 est le seul des Apôtres que nous voyons réprimandé par Jésus-Christ comme naijanf de goût que pour les choses du monde, et comparé à Satan '. Il est le seul qui, oubliant toutes scs protestations de dévouement à son divin Maître, eut la faiblesse de le renier qu moment où il avait le plus besoin de se voir entouré d'afi’cction et de témoignages de dévouementl... Mais hâtons-nous d'arriver au temps que Jésus a prédit en disant à Pierre : Quand vous serez converti, confirmez vos frères. Ce temps arrive, et saint Pierre nous fournit lui-même la réponse que nous avons à donner aux théologiens matérialistes qui ont voulu
' Suint MaUhiüU, ch. xvi, v. 23.
CHAPITIIK PIIKMIEU.
qu’un homme, sanctifié il est vrai, mais infirme de sa nature, fût le fondement de l’Église, la pierre angulaire de l’Évangile. Voici, en effet, ce qu'écrit saint Pierre à ses néophytes :
< Si vous avez goûté combien le SeigneuB est doux, « approchez-vous de lui comme de la pieiire vivante « que les hommes avaient rejetée, mais que Dieu a « choisie et mise en honneur. — Entrez vous-mêmes « aussi dans la structure de l’édifice, comme étant des « pierres vivahtes, pour composer une mai»on spiri-' " tuelle, et un ordre de saints prêtres. — C’est pour- « quoi il est dit dans l’Écriture : Je vais mettre en Sion
• celui qui est la principale pierre de l'anyle, pierre « choisie et précieuse; et quiconque croira an lui ne
• sera point confondu. ^ Cette pierre est donc une « source d'honneur pour*ous, qui croyez; mais pour « les incrédules, la pierre qyc les architectes ont “ rejetée,- et qui," néanmoins, est devenue la tête de « l’angle, une pierre contre laquelle ils se heurtent, « et qui les fait tomber '. 1
Voilà ce que répond saint Pierre à ceux qui veulent qu’il soit le fondement de l'I^lise; et cette réponse exprime la même vérité que les sentences suivantes de saint Paul : « Personne ne peu^ .poser d’autre fonde - < ment que celui qui a été posé ; et ce fondement, c’est
«• Jésus-Christ Jésus-Christ est le chef e't la télé du
« corps de l’Église Il n'y a qu'un médiateur çntre
« Dieu et les hommes, qui est Jésus-Christ, homme *. »
Non, Dieu merci, l’Eglise chrétienne no fut pas
' Saiijt l’ieiTC, Kp. I, ch. ii, v. 'i ii'J.
* Sain^^ul, Kp. laux Corint., ch. ni, v. U. — Ep. aux Cuiossiens, ch. i, v. 18. — Ep. à Tintbthcc, cU. n, v.
fondée .sur un homme, mais sur un principe. Si Jésus- Chriat* avait pu vouloir fonder l’Église sur un homme fragile et mortel, une Église qui devait être inébranlable jusqu’à la fin des siècles, il ne nous eût pas montré la faililessc humaine dans cet homme même en disant à Pierre ; Lorsque tu étais jeune , tu te ceignais toi-inême, et tu allais où tu voulais; mais lorsque tu seras vieux, un autre te ceindra et te mènfra où tu ne voudras pas ' Se figure-t-on l'Église reposant sur cette décré-
pitude naturelle de l'intelligence et de la’ personne tout à la fois, et n'est-on pas^choqué de sa comparaison avec un édifice contre lequel les siècles ne doivent point prévaloir? Bossuet nous dit : « Saint Pierre paraît le « premier en toute manière : le premier à confesser la « foi; le premier des Apôtrci^iui vit le Sauveur ressus- <1 cité des morts; le premieiwjui confirma la foi par un « miracle; le premier partout. Tout eoncourt à établir sa " primauté, jusqu'à ses fautes’!... »
Oui, sans doute, Pierre était prompt à toute initiative; son zèle est incontcstafle. Mais il y a loin de là à une suprématie quelconque. Nous n'y voyons qu’une faculté d’esprit et de spoi^tanéité que nous trouverions de beaucoup surpassée du jour où saint Paul parait au milieu des Apôtres, si nous pouvions nous laisser aller à des recherches puériles, quand il s’agit de déterminer sérieusement ou de rejeter l’autorité de l'un des Apôtres sur les autres. La vérité est que toute domination fut interdite à saint Pierre comme à ses frères dans l’apostolat , et (jue Jésus refusa formellement de reconnaitre
i.iint Jean, cli. xxi, v. IS.
tosiuct , Sermon sur l'unité.
CHAPITnE PREMIF.n.
qu’il (lût y avoir entre les Apôtres un plus grand. Voit-on jamais, d’ailleurs, saint Pierre faire aucun acte d'autorité, si ce n’est contre les démons? Ce n’est point à lui qu’est dévolue la nomination de l’Apôtre destiné à remplacer Judas; cette nomination est faite sous l’inspiration de l’Esprit-Saint, par les disciples assemblés. Saint Pierre réprimandé à Antioche, par les autres apôtres, se soumet; saint Pierre, au concile de Jérusalem , voit sa prétention à évangéliser les gentils repoussée, et se soumet également. Nulle part il n’ordonne ni ne commande, et partout il obéit à l’Église, selon le précepte de Jésus-Christ.
C’est donc une interprétation vicieuse, que celle au moyen de laquelle on a voulu faire de saint Pierre le fondement de l’Église et le chef des Apôtres. Elle avait pour but de faire sortir du texte évangélique, contrairement à son esprit, l’autorité de l'homme dans l’Église, et de l’étendre ensuite, en raison d’une origine sacrée, au gouvernement des États par le sacerdoce. Toute la politique des Papes, leur prétendu droit divin, dérive de cette fausse interprétation, mais non pas l’établissement apostolique de l’Église.
Si l’Église eût reposé sur saint Pierre et sur les Papes, ses soi-disant successeurs, elle eût été alternativement prospère et déchue. Mais l’Église a vécu assurément d’une autre inspiration que celle des Pontifes romains, ün ne l’a pas vue fléchir sous les pontificats de Sergius III, de Jean X, de Jean XII, de Benoit IV, de Paul II, de Sixte IX, d’innocent VIII ou d’Alexandre VI. L'Église a vécu et vit encore exclusivement de la piété collective des fidèles et de l’enseignement évangélique. C’est en méconnaissant cette vérité fondamentale.
qu’on a établi des passions rivales dans l’Église, causé des déchirements douloureux et porté un trouble continuel dans les États.
Dans une circonstance, Jésus-Christ explique aux disciples réunis comment ils doivent en user à l’occasion des torts réciproques, et quelle doit être la forme de l’autorité et de la juridiction, au point do vue chrétien : Si voire frère a péché contre voux, leur dit-il, allex lui représenter sa faute. S'il ne vous écoule pas, prenez avec vota une ou deux personnes afin que tout soit confirmé par l’autorité de témoins. S’il ne les écoule pas plus, dites-le a l’Église. Je vous le dis en vérité, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. Je vous dis encore que si DEUX d'entre vous s'unissent ensemble sur la terre , quelque chose qu’ils demandent, elle leur sera accordée par mon Père qui est dans les deux; car en quelque lieu que se trouvent deux ou trois personnes assemblées en mon nom, je m’y trouve au milieu d’elles'.
Ce passage est un des plus remarquables de l’Évangile. Jésus-Christ y maintient avec une ferme sollicitude le système qui consiste à effacer l’autorité personnelle pour faire régner l’autorité morale. S’il s’agit d’un tort qui doive être réparé, il veut que la conciliation soit tentée, et à défaut de conciliation possible, qu’il soit fait appel à l’Église, c’est-à-dire à l’assemblée des fidèles. C’est l’Église qui est la juridiction la plus élevée, et non point tel ou tel individu.
Partout, dans le saint Évangile, la personnalité se voit soumise, soit que l’homme s’incline librement de-
‘ Saint Matlhicii, ch. wm, V. lüJkîl.