‹ Du PapeChapitre 4 sur 192 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

vant Dieu aux appela de la conscience et de la iporalo, soit qu’il doive au besoin subir les jugements de l'Église collective. La doctrine évangélique nous présente constamment l’individu dans un milieu inverse et pour ainsi dire négatif du gouvernement politique. Ici , en effet, un homme règne avec empire, muni de tous les moyens effectifs du gouvernement; là, il n’y a d’autre autorité que celle de Dieu agissant directement sur l’individu par la voie de la conscience ou par les jugements moraux de la société. Et , par déduction logique d’un tel principe, chacun est appelé à faire pour tous; à se dévouer à tous : il y a solidarité.

Ce n’est pas là un ordre de choses politique, c’est un ordre de choses social et religieux , un essai permanent de ce royaume des cieux, dont il est si souvent parlé dans l'Écriture, et dont l’idéal nous révèle les améliorations successives par lesquelles nos gouvernements de fait se perfectionnent sans cesse et marchent, quoique d’un pas tardif, à la civilisation et au règne de Notre Père.

Nous voyons encore dans ce passage de l’Évangile l’individu eff’acé, dans un autre sens, au profit de l’idée sociale : 5i deux persannes, dit Jésus-Christ, s’unisseut sur la terre, quelque chose qu’elles demandent, mon père

accordera leur prière Si deux ou trois personnes se

réunissent en mon nom, je serai 'au milieu d'elles. Ici se manifeste puissamment, en effet, le principe social; l’unité personnelle est soigneusement écartée, et la doctrine est parfaite, car l’unité personnelle n’est pas sociale : le nombre deux est le point de départ de toute société.

Enfin, dans sa dernière apparition à ses disciples.

sur la montagne des Oliviers, où il a dit aux onze de se trouver, voici comment Jésus-Christ précise ses dernières instructions : Toute puissance m’a été donnée dans le ciel. et sur la terre; allez donc et instruisez tous les peuples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit, et leur apprenant à observer toutes les choses que je vous ai commandées; et assurez-vous que ie serai avec vous jusqu'à la consommation des siècles*.

Les théologiens politiques ont encore voulu voir dans ce passage de l'Évangile , un repère du droit divin et personnel ; ils ont dit : « Jésus-Christ avait reçu tous « les pouvoirs au ciel et sur la terre ; nous qui sommes • le vicaire de Jésus-Christ, nous devons, en consé- « quence, posséder ces pouvoirs universels. »

Les théologiens, évidemment, se sont trompés. Ils ont méconnu la nature du pouvoir dont Jésus-Christ parlait, et la part qu’il attribuait à ses disciples. Cette part n’était point autre chose que 1a faculté d’annoncer le vrai Dieu et de verser d’immenses bienfaits sur l’humanité. Si Jésus-Christ eût terminé ses instructions par dire aux Apôtres qu’il leur léguait une autorité impérative directe ou indirecte, une domination des uns sur les autres , ou sur les empires du monde , il aurait démenti ses prohibitions les plus formelles en celte importante matière. Mais il n’en est rien ; le Sauveur n’a point ici démenti ses prescriptions précédentes, il les a au contraire confirmées. Après avoir dit en etfet ces paroles : Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre, quelle est la conséquence qu’il en tire? Conclut-il ù léguer aux Apôtres un pouvoir impératif

' Saint Matthieu, ch. xxviii, v. 16-20.

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