CHAPITRE VI
Le deuxième concile œcuméniiiue, assemblé à Coustanlinople en 381, porte en son troisième canon « que B révêque de Coustantinople ait la primauté d’honneur, « après l’évèque de Rome, parce que Constantinople est
• la nouvelle Rome... »
Enfin, le quatrième concile général, assemblé à Chal- • çédoine en 49 1 , portait dans son vingt-huitième canon : « Suivant en tout les décrets des Saints Pères, et re- « connaissant le troisième canon du deuxième concile, « nous établissons et nous accordons les mêmes privi- « léges à la très-sainte Eglise de Constantinople, la ■ nouvelle Rome. Car les Pères ont accordé avec raison,
• au siège de l’antique Rome, les privilèges dont elle
« jouit, PARCE qu’elle ÉTAIT LA VILLE RÉONANTE. Ils Ont « jugé que la nouvelle Rome, qui a l'honneur de pos- « séder le siège de l'Empire et celui du sénat, doit avoir « les mêmes avantages dans l'ordre ecclésiastique et « être la seconde après elle... »
On voit qu'aucune des dispositions des conciles, par rapport aux sièges de Rome et des autres grandes Églises, n’est motivée autrement que sur l’importance des villes où ils sont établis, et sur leur ancienneté. Cela est si vrai que le concile de Nicée, après avoir reconnu que l’importance honorifique des sièges était, dès les premiers temps de l'Eglise, relative à l’importance des villes dans, lesquelles ils étaient établis, et ayant devant lui Jérusalem, la \ille sainte, lui fait une part exceptionnelle, mais sans la dispenser, pour l’ordre
Puisque, suidit le concile Il possession cet honneur.
épiscopal, de la stmtion à sa métroiiole : « « vaut lu coutumpiêt l’ancienne tradition, « (septième canç^), ^'évêque d’Elia est ( B d’étre honoré, Æ^ontinuera à jouir de
ni: PAPE.
« sans préjudice de la dignité métropolitaine. » Les conciles ont donc toujours traité la question des sièges selon le droit ecclésiastique, et non selon le droit divin ; et encore s’agissait-il simplement d’une préséance honorifique, n’impliquant autorité ni pour la doctrine, ni pour la discipline, une telle autorité restant l’attribution du concile. Enfin, un seul des grands sièges épiscopaux tirait son importance d’un motif religieux, et ce siège n’était pas Rome, mais Jérusalem.
11 y avait loin, sans doute, d’un ordre de choses si naturel à l'idée de placer saint Pierre en tête des évêques de Rome, pour faire découler de ce fait une primauté dont l’Âpotre Pierre aurait été revêtu par Jésus- Christ lui-même, et qui, grâce à une si haute origine, pouvait, d'interprétations en interprétations, devenir un droit à la fois divin et temporel, inhérent au siège épiscopal de Rome, et transmissible aux successeui’s de l'.âpôtre.
D'où sortait une pareille idée? Elle ne pouvait sortir que de Rome : Ille est cui prodest ! Ce fut à Rome, en effet, et dès le temps où le Père Éleuthère y occupait le siège épiscopal, que le crédule Hégésippe composa la chronique, qui fut lancée ensuite comme ballon d’essai, d’un évêché de saint Pierre ayant duré vingt-cinq ans. Cetle chronique n’ohtint, comme nous l’avons fait remarquer, qu’une médiocre créance durant deux siècles ; la légende allait languissante ; le mythe ne devait se former qu’insensiblement.
11 était réservé à Eusèbe d’affirmer décidément une fiction répondant à la double tendance religieuse et politique des e^prils, à l'unilé, et de lui donner quelque autorité. 11 le fit avec une singulière audace; et son la-